LrUers, p. Vil
qu'il ne connaît pas d'homme assez grand pour le remplacer, qu'il en est d'autres qu'il pourra aimer, estimer autant, quelques-uns peut-être qu'il pourra admirer autant, mais qu'il n'espère pas rencontrer jamais un autre homme qui lui inspire à la fois l'attachement pour sa personne, le respect pour son cœur et l'admiration pour son génie. Il lui assure qu'il ne le vénérait pas seulement pour ses vertus personnelles, mais qu'il le considérait comme la sauvegarde, l'ancre de sûreté pour les siennes propres, et que même, comme poète, sa vanité ne connaissait pas de plus grande satisfaction que les éloges de Southey \
Semble-t-il qu'après une lettre écrite sur un ton aussi superbement vertueux, Coleridge pouvait faire autre chose que de partir immédiatement pour l'Amérique ou au moins pour le Pays de Galles? Il se devait à lui-même de montrer comment on tient ses engagements envers soi-même, quand on a des principes. Mais c'est un cas de cécité morale complète que celui de Coleridge à cette époque.
Il pensait comme Southey, et il était incapable de s'en apercevoir. Il fit comme lui, se détacha insensiblement de convictions qui étaient devenues gênantes, mais crut toujours n'avoir jamais changé. En fait, il ne fut plus jamais question de la Pantisocratie, Coleridge se réconcilia avec Southey à son retour, l'année suivante, et retrouva chez plusieurs autres ces qualités du cœur et de l'esprit qui lui avaient paru incomparables. Cardans la Pantisocratie comme dans Southey il n'avait jamais aimé ({u'un rêve, une ombre, un symbole, une création de son propre esprit incapable de percevoir autre chose que lui-