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d'une jolie fille aimante et douce. Tous les malheurs de ce mariage inconsidéré, elle en souffrit plus tard sans avoir rien fait pour les amener, simple et bonne et n'ayant d'autre défaut que d'être la femme de Coleridge, à qui la science et la beauté d'Héloïse auraient à peine suffi.
Pour le moment, le temps passait délicieusement dans le petit cottage de Clevedon, près de Bristol, en vue de la mer d'Irlande. Il n'y avait pas de papier aux murs, mais les rosiers et les jasmins montaient jusqu'aux fenêtres, les myrtes fleurissaient dans la douceur de l'air marin. Le loyer était de cinq livres sterling par an, et Coleridge croyait son existence assurée, car le libraire Cottle lui avait promis une guinée et demie pour chaque centaine de vers nouveaux qu'il lui apporterait, « blancs ou rimes ». Cet éditeur était un ami auquel Coleridge s'adressait en toute circonstance, pour lui emprunter de l'argent comme pour placer ses billets de conférences politiques, et, deux jours après son mariage, il lui demanda de lui procurer sans retard une foule d'objets indispensables dont le jeune ménage avait oublié de se munir, entre autres « un tamis, une boîte de bougies, deux ventilateurs (soufflets?), deux verres pour la table à toilette,... une paire de chandeliers, trois éteignoirs, deux paillassons, une paire de pantoufles, deux grandes cuillers, une Bible un baril de porter, du café, des raisins secs, des noix de muscade, du gingembre, etc., etc. '.
La Bible entre la paire de pantoufles et le baril de porter est caractéristique de la piété de l'époque et de celle de Coleridge. L'amour heureux éveilla en lui un charmant poète, mais même les liéjlexions sur un lieu
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de retraite, qu'il écrivit après sa lune de miel, renferment une pensée religieuse, et Charles Lamb, aussi sincèrement religieux, mais plus laïque, en traduisait l'épigraphe Sermoni propr'wra par « plus propre à faire un sermon ».
Et cependant, c'est dans cet instant de bonheur qu'est né. le Coleridge poète, avec la sensibilité, et même la sensualité très fine qui l'inspirent. On ne peut pas employer un autre mot pour désigner ce genre de perception qui semble choisir parmi les impressions seulement celles qui peuvent donner une jouissance. L'éducation de l'écrivain, chez Coleridg'e, ne se fit pas dans la volonté et l'effort, mais par le plaisir. C'est pour cela que sa vision de la nature est toujours restée fragmentaire, et c'est pour cela aussi que ses esquisses les plus légères ont tant de charme. C'est ainsi qu'il décrivait avant son mariage la chaumière où allait se passer sa lune de miel.
Ma pensive Sara, ta fine Joue posée Ainsi, sur mon bras, comme il est calmant et doux D'«Hre assis près de notre cliaumière, toute couverte de jasmin aux Heurs blanches et de myrte aux larges (justes euiblèmes d'innocence et d'amour) jfeuilles
de cdiitcmpler les nuages tout à l'heure riches de lumière qui s'assombrissent lentement autour de nous, de remar-
Iquer Tétoile du soir qui brille sereine en face (ainsi doit être la sagesse) (]omme ils sont exquis les parfums
(Jui viennent par bouffées de ce champ de fèves, et le
(monde est si calme Le murmure paisible de la mer lointaine Nous parle de silence... '
11 y a un trait impardonnable dans une description ([ui voudrait être exacte rigoureusement, « le myrte