Lcllers, p. ISC
dire comme Garlyle, qu'un grand homme, bien mesuré, n'est après tout qu'une petite espèce d'iiomme, ou devons-nous porter sur Coleridge le même Jugement que Garlyle, et dire qu'il « n'était pas du tout un grand homme »?
Le miracle constant de la vie de Coleridge c'est qu'au milieu de difficultés sans nombre, dont les plus imaginaires n'étaient pas les moins sérieuses, car, on l'a très bien dit, « les visions font partie intégrante de la vie du visionnaire ' », il ait pu produire, créer, s'intéresser à tout, refléter la vie de toute une époque dans son désordre révolutionnaire. Nous n'entrerons plus dans des détails aussi menus sur les crises périodiques de la vie de Coleridge, mais il fallait bien montrer jusqu'où il est descendu, pour apprécier l'in^ croyable élasticité de son tempérament et sa facilité à retrouver l'équilibre. Le Coleridge des bonnes heures peut faire illusion, aucun homme n'eut le cœur plus léger que lui à certains jours, oubliant ses malheurs et ses fautes en toute innocence dès qu'un rayon de soleil dissipait le cauchemar de la vie sans espoir. L'Espérance visionnaire était, le cœur de son cœur et, s'il ne l'avait pas eue, il serait mort à la peine, bien avant d'avoir rien produit qui pût faire vivre son nom. On ne peut s'empêcher de penser que son plus granddéfaut fut peut-être la franchise entière et, sans restriction avec laquelle il laissa voir ses faiblesses, ses fautes et aussi ses grands espoirs jamais réalisés. C'est à cette franchise, après tout, que sont dus tous les aveux qui le font condamner, et pour la lumière intense qu'elle porte sur un côté de la nature humaine, elle devrait être pardonnée. La maladie de Coleridge peut s'appeler sentimentalisme ou idéa-
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lisme, on l'a aussi appelée romantisme, et on l'a adorée sous tous ces noms.
A l'appel éperdu de Coleridge, Tami dévoué qu'était Poole ne pouvait faire qu'une réponse. Il lui fit savoir qu'il n'avait pas d'objection absolue à son établissement à Stowey, s'il y voyait, lui, la fin de tous ses maux. Le jardin du pauvre cottage que devait habiter Coleridge touchait à celui de Poole, qui se promettait sans doute de venir en aide au poète quand la vie du jardinier deviendrait trop diflicile. Le 30 décembre 1796, Coleridge quitta Bristol avec sa femme et son enfant, et, le jour suivant, parut dans une revue de Cambridge une Od^ à V^nuoc qui finit qui était en môme temps comme un adieu au monde, et qui marquait aussi la fin de sa première manière poéti([iie et de beaucoup d'illusions, qui devaient être remplacées par d'autres. « Je ne suis pas fait pour la vie puhliqu(\ écrivait-il à Thelw ail, mais la lumière se répandra au loin de la fenêtre de mon cottage '. »