‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 79 sur 191 · I.cgouis, p. -TtO · texte numérisé non relu

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LA POKSIE NOUVELLE. 139

rable de ^yords^vorth, n'était pas une intelligence, elle n'était qu'une sensibilité) se complétaient si merveilleusement, en cet instant de détente et de repos, loin du monde et près de la nature, que la plus ardente, celle de Coleridge, en fut tout de suite exaltée.

Wordsworth dut à Coleridge sa philosophie, qu'il développa lentement toute sa vie, et qui l'amena à une religion, Coleridge dut à Wordsworth seulement une brève, mais magnifique période d'excitation poétique qui lui permit d'écrire ses chefs-d'œuvre.

Mais ces chefs-d'œuvre, le Vieux Marin, Christabel, Kubla Khan, les Trois Tombes, ne doivent. rien directement à la poé.sie de Wordsworth. La seule imitation de Wordsworth qu'on puisse citer dans Coleridge c'est, avec le caractère d'Ordonio dans Osorio, les vers des Visions de Jeanne rf\4rc qui sont inspirés du Crime et Chagrin de Wordsworth. Mais Coleridge ne sut prendre à Wordsworth ni son intuition, ou plutôt son observation -psychologique, ni sa connaissance de la nature.

Sa psychologie est toujours subjective, il n'a jamais su représenter un caractère, et chez lui la nature n'est jamais aperçue que par éclairs, en images discontinues comme dans le rêve, et non en tableaux étudiés à loisir comme ceux de Wordsworth. C'est ainsi que Wordsworth lui même a caractérisé l'imagination de son ami et sa caractéristique est très exacte '. Il ne s'ensuit pas d'ailleurs que les images de Coleridge soient moins vraies que celles de Words- Avorth, elles se rapprochent au contraire davantage de la vision moyenne de l'humanité qui est confuse et fragmentaire, tandis que Wordsworth avait une vision de peintre, plus encore que de poète.

\. Cf. Prélude, Bk. VI.

140 s T. COLERIDGE.

Malgré toutes les différences qui dès ce moment les séparaient, il est certain ((uc leur amitié eut à ses débuts une période d'illusion splendide et féconde. Nous avons vu Dorothée nous décrire un Coleridge joyeux, bien dilïérenl du malheureux qui était venu s'établir dans la solitude par désespoir, plus encore que pour sa tranquillité. Et la solitude fut partagée par une foule d'amis dans cette année 17!J7. En juillet Charles Lamb vint lui rendre visite, encore abattu par la catastrophe de l'année précédente, mais prêt à refaire sa vie, à la consacrer uniquement à sa sœur avec un courage riant. Il fit connaissance avec les Wordsw orth et chercha doucement à tempérer le culte parfois irrétléchi de Coleridge pour eux. Cotlle, l'éditeur-bienfaiteur, vint aussi de Bristol pour voir Coleridge et revint enchanté et prêt à de nouveaux sacrifices d'argent. Poole était toujours là, toujours disposé aussi à rendre service à Coleridge, qui en avait toujours besoin. Le « jacobin » Thehvall vint aussi s'établir pour quelque tcm{)s dans le voisinage, attiré par Coleridge, et se révéla révolutionnaire aussi inoffensif qu'on pouvait le désirer. Comme Coleridge et Wordsworth lui faisaient visiter un vallon sauvage des environs dAlfoxden : (( Citoyen John, lui dit Cote ridge, voilà un bel endroit pour causer haute trahison. — Dites plutôt, citoyen Samuel, répondit Thehvall, que c'est un lieu ca[)ablede vous faire oublier la nécessité de cttmmetlre le crime de haute trahison '. )) Les espions mêmes, qui abondaient en ce temps, paraissent avoir été désarmés, s'il faut en croire les histoires de Coleridge sur le délateur (|ui, cji les entendant causer, avait fini par se persuader que tous ces jacobins connus n'c-laienl en somme que des poètes,

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