‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 83 sur 191 · Lamb's Lellers, t. I, p. 1G · texte numérisé non relu

Lamb's Lellers, t. I, p. 1G

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rieure ; 3" que les événements n'ayant pas de connexion nécessaire, ne se produisent pas les uns les autres, et enfin que les images sont un peu trop laborieusement accumulées '.

Cette dernière critique est la seule qui porte, ■'mais elle ne porle que sur la forme. Quant au fond, n'est-il pas intéressant de voir que Wordsworth ne veut pas que cette vision, cette rêverie, soit une vision, une rêverie, qu'il y voudrait lui aussi de la réalité, do la cohérence et de la logique?

Ainsi, il se refusait à quitter la terre avec Coleridge. Une poésie de pure imagination, il ne pouvait même se figurer que son ami l'eût tentée, car sa tâche à lui était d'interpréter la nature, mais non de la dépasser, et il ne pouvait en comprendre une autre.

Ces critiques des meilleurs esprits et des plus sympathiques à Coleridge nous font bien comprendre tout ce qui restait à faire en Angleterre pour fonder le romantisme poétique. Un Wordsworth. un Lamb, demandaient encore à la poésie le vrai, d'autres lui demandaient d'être morale. Vers la fin de sa vie Coleridge leur répondait encore :

Mrs. Uurbauld me dit un jour qu'elle aduiiiail beaucoup le Vieux Murin, mais qu'il y avait deux défauts dans celte œuvre, qu'elle était inqnobable, et qu'elle n'avait pas de morale. Quanta la probabilité, je reconnus qu'on pouvait la mettre en question, mais quant au besoin d'y voir une morale, je lui dis qu'à mon propre jugement le poème en avait trop et que son seul, ou principal défaut, si on me permettait de le dire, c'était l'oblrusion du sentiment moral, apparaissant si ouvertement au lecteur comme principe ou cause d'action dans un ouvrage de pure ima- L'inalion. Il n'aurait pas dû avuTr plus de morale que dans

1. \ole lu l/te Aiicicnt Mariner dans la 2' édition (ISOO; dos Lyrical liallads, reproduite dans Campbell, P. W.

les Mille et Une Niiits, le conte du marchand qui s'assied pour manger des dattes sur la margeHe d'un puits et qui jette les noyaux en l'air, et voici qu'un génie apparaît et lui dit qu'il faut qu'il le tue, lui marchand, parce que le noyau d'une des dattes avait, à ce qu'il paraît, crevé l'œil du fils de ce génie *.

Le Vieux Marin, ce conte des Mille et Une Nuits, est devenu un des poèmes les plus populaires de la littérature ang-laise. Il a eu une quantité d'éditions, et bien des artistes ont essayé de l'illustrer, sans grand succès d'ailleurs. Le plus célèbre, Gustave Doré, n'a pas mieux réussi que les autres. Les images du rêve s'effacent à la précision brutale du grand jour, ou deviennent mélodramatiques et vulgaires, et dans la Ballade du Vieux Marin, les paysages même sont des paysages de rêve. Coleridge n'avait vu ni les glaces du Nord, ni la splendeur des Tropiques, il n'était peut-être même jamais allé sur mer, et plus tard il remarqua qu'il as^ait décrit tout à rebours le sillage d'un navire.

La première idée du poème fut donnée, dit-on, par le rêve d'un ami de Coleridge, qui avait vu un vaisseau fantôme. D'autres disent qu'il prit cette idée dans un de ces livres inconnus du vulgaire dont il faisait ses délices, les Epitres de saint Paulin à Macarius. L'histoire de l'Albatros lui fut suggérée par un récit de voyage au cap Horn que Wordsworth avait lu, et il prit d'autres détails de description, pour suppléer à son ignorance, dans un autre voyage aux mers polaires. On ne rapporte tout ceci que pour faire ressortir le travail de l'imagination qui a su composer de tous ces détails un tout harmonieux et donnant l'impression de l'unité. Il faut aussi faire

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