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pasteur unitaire qui devait devenir un grand critique, et un grand critique de Coleridge en particulier.
Quand j'arrivai là, écrit-il vingt ans plus tard,... Mr. Coleridge se leva et récita son texte : « Et il s'en alla dans les montagnes pour prier. Lui, seul ». Comme il récitait ce texte, sa voix « monta comme la fumée de parfums aux riches essences » et quand il arriva aux deux derniers mots, qu'il prononça d'une voix forte, profonde et distincte, il me sembla à moi, qui étais jeune alors, que ces sons étaient un écho venant du plus profond du cœur humain, et que cette prière aurait pu flotter dans un silence solennel à travers l'univers entier,... Le sermon était sur la paix et la guerre, sur l'Église et l'État — non pas sur leur alliance, mais sur leur séparation — sur l'esprit du monde et sur l'esprit du christianisme, non considérés comme identiques, mais comme opposés l'un ù l'autre K
Le jeune homme étudiait jusqu'au visage de l'apôtre.
Son teint était alors très pur et même éclatant. Son front était large et haut, clair comme s'il avait été fait d'ivoire, avec de grands sourcils proéminents et ses yeux roulaient au-dessous d'eux comme une mer, avec un éclat assombri.... Sa bouche était vulgaire, voluptueuse, entr'ouverte, éloquente, son menton bon enfant, rond, mais son nez, le gouvernail de la figure, l'index de la volonté, était petit, insignifiant, n'était rien, comme ce qu'il a fait.
Le critique qui rapporte ainsi ses souvenirs est sévère, mais ne nous dissimule pas que le jeune homme se crut transporté au ciel en entendant Coleridge. C'est un des plus curieux témoignages sur la puissance de son charme. Il semblait être en posses-
1. Allusions aux changements d'opinion de Coleridge. Se rappeler que Hazlilt était son ennemi déclaré quand il nota ses souvenirs dans ce passage.
sion de mille trésors, dont il daignait par moments laisser entrevoir quelques splendeurs dans des éclairs. 11 était l'Etranger, (jui aurait révélé des mystères, si on avait compris son langage. « Il allait habiter la colline du Parnasse, il allait être berger sur la Montagne des délices. Hélas, je n'en connaissais pas le chemin M »
Coleridge fut très aimable pour le jeune homme, l'invita à Stowey et lui permit de l'accompagner à pied une partie du chemin. Hazlitt observa, comme plus tard Carlyle à Highgate, « qu'il traversait continuellement la route, passant d'un côté à l'autre. Il semblait incapable de tenir la ligne droite ». On peut dire que ce fut le défaut de toute sa vie. JNIais « les bornes du chemin avaient des oreilles, et les collines se penchaient avec tous leurs pins pour écouter un poète ».
On voit d'ici les yeux brillants du jeune Hazlitt, qui toute sa vie rêva lui aussi d'être un grand homme et <( ne lit rien », comme il le reproche crnollomont à Coleridge, ne fit rien d'autre que de prodiguer son imagination en essais brillants. Il y a beaucoup d'anièrc déception dans la haine vivacedont il poursuivit plus tard Coleridge, qui lui .semblait avoir trahi non seulement son parti, mais ses espérances personnelles. .Mais comme on sent bien qu'en cet âge romanlifiuc les poètes rencontraient des admirations qui les soutenaient effectivement ilans la vie.
Quand Coleridge quitta Hazlitt, il venait de rece voir une bonne nouvelle. Les frères Thomas et .losiah Wcdgwood, fils du potier célèbre, qui avait fait une fortune avec ses imitations de céramique antique,
]. Ila/.lilt, M>/ First Acrjuainlance wilh Pocls dans The Libéral (1823). En partie déjà dans VEocaminer (1817). Cf. Doiiady. William llaziUl, cliap. Il, Clicz les poètes.
lui proposaient une pension viagère de 150 livres (3 750 fr.) par an, sans condition, pour qu'il pût cultiver la littérature et la philosophie sans avoir besoin d'entrer dans les ordres. Sa liberté devait rester entière, et les donateurs ne prévoyaient pas d'autre cause possible au retrait de la pension que leur ruine éventuelle.
Coleridge accepta, en croyant rêver. En même temps arrivait une lettre de Daniel Stuart, directeur du Morninrj Post, qui lui proposait de l'imprimer, prose ou vers, et qui devait l'aider généreusement pendant des années en le gardant toujours comme collaborateur malgré les interruptions causées par les mille hasards de sa vie. L'horizon semblait se rasséréner tout à fait. Coleridge renonça aussitôt à toute prétention à la chaire de pasteur dans laquelle il venait de prêcher. C'est dès le mois de mars qu'il semble avoir formé avec les Wordsworth le projet d'aller « passer deux ans en Allemagne pour apprendre la langue allemande et acquérir en même temps une quantité suffisante de connaissances dans les sciences de la nature ' ».
Ce projet ne devait se réaliser (à moitié) qu'en septembre de la même année, et dans les mois qui suivirent, Coleridge eut à passer par des épreuves assez pénibles, qui sans doute contribuèrent à l'engager à partir..
Charles Lloyd, le pauvre épileptique dont nous avons parlé déjà à propois du malheureux essai d'éducation tente sur lui par Coleridge, venait encore le voir assez souvent, et semble avoir été poussé par une impulsion de son mal à le brouiller avec Charles Lamb dont il était devenu l'ami intime. Il montra,