‹ Coligny avant les guerres de religionChapitre 10 sur 39 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Ligue secrète entre Paul IV et le roi de France. — Le cardinal Carafa. — Sa mission en France et son alliance avec les Guises pour faire rompre la paix de Vaucelles ; résistance de Coligny. — Guise part pour l'Italie. — Goligny offre sa démission du gouvernement de la Picardie; le roi

la refuse.

En concluant la paix de Vaucelles, Coligny avait cru faire un acte sérieux. Il estimait que la France avait besoin de refaire ses forces. Anne de Montmorency pensait de même, et, en cette occasion, sa longue pratique des affaires l'inspirait sagement. Renard écrivait à Philippe II, sous la date du 24 juin 1556 : « Le connétable, qui est vieux, qui pèse l'avenir, qui connaît intérieurement les affaires du roi de France, qui sait jusqu'où se peuvent étendre ses forces, connaissant l'humeur des seigneurs et partialités dangereuses, désire soutenir la trêve contre l'impugnation de ceux de Guise et illustrer sa maison pour avoir été auteur de paix » (1).

Malheureusement, deux ambitions s'étaient rencontrées dont l'alliance allait être néfaste à la France : celles des Guises et des Carafa.

(!) Papiers d'État de Granvelle (t IV, p. 603).

François de Guise, que sa défense de Metz avait couvert de gloire, était l'idole d'une partie de la noblesse française; son frère, le cardinal de Lorraine, l'un des esprits les plus souples et les plus remuants qu'ait produits cette époque, ne formait pas des rêves d'avenir moins grands que les siens. N'avait-on pas vu des parvenus, les Sforza, les Médicis, les Parnèse, se tailler récemment des États en Italie et prendre rang parmi les familles souveraines? La branche cadette de Lorraine ne pouvait-elle pas espérer trouver, elle aussi, sa large place au soleil? Nous avons dit que déjà, en 1 547, le cardinal de Lorraine rêvait la conquête du royaume de Naples au proBt de l'un de ses frères. Les Guises descendaient des Anjou, anciens possesseurs de ce royaume (1); la maison de Lorraine remontait à Charlemagne, et plus tard les Guises devaient se servir de ce prétexte pour essayer de se rapprocher du trône de France. Aujourd'hui, c'est Naples qui les attirait; mais Naples était à l'Espagne, et, pour conquérir ce brillant hochet, ils allaient se déclarer les implacables adversaires de ce Philippe II que. trois ans après, ils devaient étonner par leur dévouement servile.

Les Carafa étaient une famille du royaume de Naples qu'une haine héréditaire auimait contre les Espagnols. Pietro Carafe venait d'être élevé à la papauté, le io mai 1 îiiiiî, sous le nom de Paul IV; déjà avancé en

(I) Louis rllls de Jean le Bon, roi de France, mort en 136*) était duc d'Anjou; il avail épousé Mark' de Cli.ïlillon, comtesse de Guise; de ce maringe était né Louis II, roi de Blette, qui posséda le comté de Guise, ainsi que son (11b René.

René de Lorraine, pelît-lils de Km,'. d'Anjou, était mort eu 1508, en lalsuant héritier du ses droits son ilis Claude, père de François do Guise.

âge, ascète par ses goûts et fondateur de Tordre dès théatins, il était l'implacable ennemi de Charles-Quint ; irascible et fougueux, incapable d'oublier une injure, il s'était abandonné à la direction d'un de ses neveux, Carlo Carafa.

Ce dernier est Tune des figures les plus frappantes

du xvr siècle (1). Homme perdu de mœurs, ayant

mené dans sa jeunesse la vie d'un condottiere et d'un

vrai spadassin, il s'était tourné vers l'Église dès que

son oncle était devenu pape et avait été fait par lui

cardinal, le 7 juin 1555. Dès lors, il n'eut plus qu'une

pensée : créer à sa famille une souveraineté en Italie ;

pour y arriver, il se donna à la France comme il devait

plus tard se donner à l'Espagne. Tête froide, malgré les

emportements passagers où se trahit le tempérament

de sa race, intelligence déliée, possédant toutes les

roueries de la séduction, vaniteux dans le succès, mais

jamais abattu dans les revers, il devait être longtemps

l'âme damnée et l'inspirateur néfaste de son oncle, se

voir solennellement condamné par lui, mais se relever

a près sa mort, faire nommer le pape qui lui succéda,

et » après avoir dupé tout le monde, mourir étranglé

tkûs le château de Saint-Ange par ce pontife qui lui

devait tout. Par la prodigieuse souplesse de son génie

diplomatique, Carlo Carafa aurait été capable de mener

'*) Cette figure vient d'être retracée avec un singulier relief par

**' Georges Duruy dans un volume fort intéressant : Le cardinal Carlo

Ctrafa, étude sur le pontificat de Paul IV. (Paris, Hachette.) A l'aide de

OC|, oients en grande partie inédits, M. Duruy est arrivé, par une patiente

*°**y»e des textes, à mettre en pleine lumière le rôle de Carlo Carafa et

"Utftiper le prestige légendaire dont les panégyristes ecclésiastiques

tva ient enveloppé Paul IV.

à bout les plus difficiles entreprises si quelque grand grand dessein l'avait inspiré; il ne reste aux yeux de rhistoire qu'un comédien consommé, qui, pendant plus d'un an, leurra la France et la lança dans une misérable aventure. C'est l'un des mérites de Coligny d'avoir vu clair dès le premier jour dans l'âme de cet homme et d'avoir deviné les maux qu'il nous préparait.

Paul IV n'était pape que depuis quatre mois lorsque, sous l'influence de son neveu, il se tourna vers la France et commença à préparer avec elle une ligue secrète pour délivrer l'Italie des Espagnols.

Une question se pose ici qui a toujours embarrassé les historiens. Comment Henri II pouvait-il se prêter à de telles négociations au moment où il discutait la trêve de Vaucelles ? Faut-il croire, comme on l'a pensé, que cette trêve ne fût dans sa pensée qu'une feinte destinée à cacher son vrai jeu? Ce serait une erreur. Le soin avec lequel cette convention fut débattue, l'insistance que le roi mit à la préparer, l'approbation explicite qu'il donna à Coligny montrent qu'il désirait la paix. Mais il ne faut pas oublier qu'il y avait à la cour de Henri deux influences rivales : celle du connétable, favorable à la trêve ; celle des Guises, du cardinal de Lorraine en particulier, que le cardinal Carafa se ménagea dès les premiers jours. Diane de Poitiers désirait tout ce qui pouvait faire la fortune des Guises; Carafa, en adulant la maîtresse, n'avait pas oublié la reine légitime, et Catherine de Médicis s'était sentie flattée dans sa vanité d'Italienne par la perspective d'affranchir son pays du joug pesant de l'Espagne.

Les pourparlers furent conduits par le cardinal

Carafa avec une telle rapidité que, le 13 octobre 1555, un traité complet d'alliance entre la France et la papauté était préparé à Rome et accepté par le roi de France. Tout y était prévu : les forces militaires et les contributions en argent des parties contractantes, l'alliance de certains princes italiens et la neutralité des autres, le territoire que le roi de France revendiquerait et qui devait être le Milanais ou Naples, enfin la principauté à offrir aux Carafa (1). On voit que le cardinal n'avait point oublié les siens; telle était l'avidité de ces parvenus qu'ils rêvaient de faire épouser Marie, fille du comte de Montorio, par le duc d'Alençon, le dernier des fils de Henri II ! (2)

Carafa croyait la partie gagnée; il attendait déjà Tannée des Français en Italie, mais Henri II oscillait entre deux politiques ; au moment môme où il approuvait le traité secret qu'il ne paraît- pas toutefois avoir communiqué à tous les membres de son conseil privé, il pressait Coligny de poursuivre la négociation de Vaucelles. Celle-ci, comme nous l'avons dit, fut signée le 5 février. Lorsque, dix jours plus tard, la nouille en arriva à Rome, Carafa fut atterré, et le pape e ntra dans une de ces terribles colères où il se révékit tout entier (3).

(*) Le cardinal avait deux frères : l'ainé, Montorio, auquel Paul IV

menait de donner le duché de Pagliano, arraché par lui aux Colon na, dont

il «'était fait par cet acte des ennemis mortels, et le second le marquis de

NoaUbello.

M) Voir le document cité par G. Duruy. Appendice, p. 351, n° 13.

P} Il faut tenir compte de ces faits si Ton veut connaître le vrai Paul IV

*t sortir de la tradition légendaire qui ne voit en lui avant tout que l'aus-

Bro théatin. 11 n'y a qu'à lire, par exemple, le récit de la réception que, sous

Le cardinal, toutefois, ne se laissa pas longtemps abattre; il savait qu'il avait des alliés à la cour de France, et il demanda au pape de Fy envoyer. C'est ce que fit Paul IV. Comme le scandale aurait été trop grand de voir un pape préparer une guerre, le légat eut pour mission apparente de travailler à fortifier la paix entre la France et l'Espagne; mais, pendant que Paul IV le chargeait de tenir des discours édifiants, il lui ordonnait sous main de veiller à tous les préparatifs militaires (1).

L'arrivée de Carafa en France fut un véritable triomphe : à Fontainebleau et à Paris, les grands seigneurs ainsi que le peuple se prosternaient à ses pieds. Le roi demanda comme une faveur de bien vouloir être le parrain d'un de ses enfants à cet intrigant sans mœurs qui devait mourir noté d'infamie. Henri II se mit dévotement à genoux devant lui, pour recevoir Fépée bénite que lui envoyait le saint-père. On lui fit partout des fêtes splendides, et lui, tout entier à son projet, ne perdit pas un moment pour gagner les conseillers du roi et le roi lui-môme, et les amener à la rupture de la paix. L'entraînement fut si général, que

l'impression de la paix de Vaucelles, il fit plus tard à MM. de Selve et de Lan sac, envoyés du roi. Après avoir qualifié cette paix d'invention diabolique, et dit que quiconque la conseillait était ministre du diable, ministre d'iniquité, il menaça les ambassadeurs, s'ils y poussaient, de leur faire voler la tête de dessus leurs épaules, et, s'animant, il répéta qu'il enverrait par terre à centaines de telles têtes que les vôtres, et revint plusieurs fois à cette sanglante image avec une telle rage qu'il suffoquait. (Ribier, Lettres et Mémoires dEtat servant à V histoire de Henri //, t. II» p. 665.)

(i) On trouvera dans l'ouvrage de M. G. Duruy, p. 160 et suivantes, les preuves de ce double langage de Paul IV.

tous cédèrent, à commencer par le connétable, qui sentit qu'il y aurait péril pour son influence à trop résister. Montmorency était connu pour ces défections habiles qu'il cachait sous son air de rudesse ; la peau de lion dont il s'affublait ne dissimulait pas toujours le vieux renard. Afin d'excuser sa volte-face, il allégua la somme énorme qu'exigeait l'Espagne pour la rançon de sonfils aîné, encore prisonnier. Coligny, et avec lui un petit groupe de seigneurs patriotes, exprimèrent seuls leur aversion pour la comédie qui se jouait. Un vieux parlementaire, vrai Français celui-là, Etienne Pasquier, a consigné, avec sa verve caustique, l'impression que ce spectacle lui fit (1) : « Le capitaine Carafe, écrivait-il, neveu du pape, a été fait par lui cardinal, lequel il a envoyé soudain après par deçà pour apporter au roi non les clefs de saint Pierre, afin de nous ouvrir la porte du paradis, mais Tépée de saint Paul. Vous estimez que je me moque. Il a fait voirement au roi don d'une fort riche épée, et quant et quant Fa convié au recouvrement de l'État de Naples, qui est le jouet des papes et amusoirdes princes étrangers... Messieurs de la maison de Guise tiennent la main à cette nouvelle légation, comme ayant, ce leur semble, part à la querelle. » Et Pasquier ajoutait, avec un bon sens prophétique : « Bref, tout ce nouveau conseil ne nous promet rien de bon, que celui qui, comme chef de l'Église, doit être le premier père de la paix, soit le premier auteur et promoteur de guerre entre les princes chrétiens. » Garafa obtint du roi l'engagement formel que la trêve

(1) Œuvres (t. II, p. 73).

*4 *e iE vl^/vy.

-^rut jiear c r>m.r:»Le; i iemamia jne l'armée qu'on •»s.T-*rruî: ^a lidiie rue MOiiëe îa iuc .ie Guise, promit e ■• -.ni- «ir-r issjit^ i»~2 incs ie Ferrare et de Parme, et de - suer :irn îliil > n^mire ie soLiats -jue le pape 3o«im:r lev*r. a!> r*. .i vaille ie son départ, enivré de -oc. ^ic^ë-s -*c ;zr s i" îz. ie res accès ie loi urgueil où <-- r-v-L.ii: le : .cui ie sou être, il convoqua les am- L-v.-rr.ju:eïirs érriz^ïr? er. levant eux. injuria sans ^ir-Tir^ •.harie-H^iin* -t Piîlijce II. annonçant que /b-^ire :•* la ven.rea2.ee ill lit sonner. Le scandale fut :•>: e: Li niila ir»rs-îe s: é n- raie m" :-n l'attribua à l'état l'ivresse .-: :i ievii; ^e rruver. A pioi servaient la •!:?T-nialic:'.z savante i-.nt il avait enveloppé ses dénurches. et > lm;n,re racidque qu'ii avait tenu au pui.-Lic. juis-iue. 1 la iera>*re heure, il trahissait son -eeret et le livrait a LTscazne!

'vjli^nv ivait assisté, le cœur outré, à cette entreprise *i follement c ciuite. Il venait à peine, après les effort* que Ton sait. le conclure la paix de Yaui^lles. Toute cette •pavre si laborieusement construite allait ^écrouler, et pourquoi ? On ne pouvait alléguer ici l'intérêt de la France: les Guises seuls y avaient profit : et c'était pour leur créer un apanage que Ton ri- {liait la destin»'-? du pays dans une aventure qui pouvait linirparundésa-tre. Et comment s'y engageai t-on? Au mépris de la fui jurée, en se faisant délier d'un serment public, « tellement que. parce conseil des Guises, la trêve qui, peu de mois auparavant, avait été jurée, fut violée, au jjrand déshonneur de la nation française et regret de l'amiral, à cause d'une telle perfidie, dont il iif! »e pouvait lasser de «lire que les issues étaient

toujours funestes, parce que Dieu est le vengeur indubitable, et en tous les siècles, des parjures (1).»

A la fin de juin, comme nous Favons dit, la rupture de la trêve était décidée. Toutefois, le roi crut qu'il devait la tenir secrète et se réserver de choisir le moment où il attaquerait les Espagnols sans déclaration de guerre préalable. Ce fut le pape qui donna le signal des hostilités contre eux ; dès la fin de juillet, il accusa Charles-Quint et Philippe II d'avoir accordé leur appui aux Golonna, seigneurs romains, qui étaient alors en révolte contre le saint-siège. Sous ce prétexte, il fit arrêter l'ambassadeur d'Espagne à Rome, et menaça d'excommunication l'Espagne elle-même. Voyant cela, le duc d'Albe, qui gouvernait alors Naples, s'avança avec une armée dans la campagne romaine, s'empara de quelques villes, mais n'osa pas poursuivre ses avantages, probablement à cause du souvenir odieux que le siège de Rome par les soldats de Charles-Quint, en 1527, avait laissé dans tout le monde catholique. Le pape, effrayé, supplia Henri II de tenir ses promesses, et, vers la fin de Tannée, le duc de Guise franchit les Alpes. Nous verrons plus loin quelle fut l'issue de cette campagne. Remarquons qu'en envoyant Guise en Italie Henri II n'avait point encore déclaré la guerre à Philippe II ; la trêve de Vaucelles semblait subsister.

L'énergie avec laquelle Coligny s'était prononcé pour le maintien de la paix, la ferme résistance qu'il opposait à l'entraînement général qu'excitait cette déplorable entreprise, avaient blessé le roi ; Coligny s'en

(i) Vita Colinii (1575, p. *3).

aperçut, et, sentant qu'il n'était plus l'homme de la situation, il voulut se démettre du gouvernement de la Picardie ; le roi le supplia de n'en rien faire. Coligny obéit; mais, en écrivant à son oncle le connétable, le 26 août 1556, il laissait clairement voir que pour lui le temps de la faveur royale était passé : « Vous savez, monseigneur, lui disait-il, que la récompense de Dieu et des hommes est du tout différente de Time à l'autre ; car celle de Dieu est après notre mort et celle du monde durant notre vie. Et ceux que Dieu aime le plus, souvent sont les plus travaillés en ce monde ; mais ceux que les princes aiment, ils le font apparaître par faveurs et bienfaits qu'ils font, ou autrement les hommes n'eu croient rien. Je vous dis ce propos pour ce que de ce dernier voyage je n'ai eu ni gracieuse parole ni autre démonstration par laquelle ni moi ni les autres hommes puissions juger que le roi ait contentement de moi. » Et plus loin il parlait des maîtres qui veulent être servis « à leurs opinions et non point à la nôtre. » Évidemment, pour lui, l'heure de la disgrâce semblait être venue ; seul il avait osé préférer l'intérêt du pays à la faveur royale. Quant au connétable, quoique aussi opposé que lui à la guerre, il s'était décidé, en vieux courtisan qu'il était, à suivre l'opinion dominante, estimant sans doute que le départ prochain de Guise pour l'Italie lui permettrait d'être maître de la situation (1).

(1) A ce moment (octobre 1556\ il faut noter, dans la vie de Coligny, un trait qui prouve que. s'il savait résister au roi, quand le salut du pays l'exigeait, il n'hésitait pas non plus à tenir tète à son oncle le connétable lorsqu'une question morale était en jeu.

François de Montmorency, fils aîné de ce dernier, et par conséquent

cousin germain de l'amiral, auquel le liait une étroite amitié, s'était épris d'une demoiselle de Piennes, fille d'honneur de la reine, « que sa noblesse, sa vertu et sa beauté rendaient digne de son assiduité (*). » Il lui avait promis le mariage et s'en était ouvert à Coligny. Le vieux connétable, qui n'en savait rien, avait de son côté formé le projet de marier son fils à Diane, veuve du duo de Castro et fille naturelle de Henri II. L'orgueil du courtisan fut singulièrement flatté lorsque le roi lui eut accordé son consentement à cette union. Le connétable ne doutait pas que son fils ne pensât comme lui. Désespéré par cette proposition, François de Montmorency demanda instamment à Goligny d'agir en sa faveur, d'avertir le roi, de lui dire le véritable état des choses, de supplier Henri H de ne pas s'irriter de son refus. Goligny se chargea de cette mission délicate. Le connétable ayant préparé un grand festin auquel le roi avait consenti à venir, « comme ledit sieur roi arriva en sa maison avec la suite des seigneurs, lui dit qu'il voudrait que Dieu lui eût fait tant de grâce que de pouvoir faire démonstration du vouloir qu'il a de témoigner au monde l'obligation qu'il a audit sieur roi pour l'honneur qu'il lui faisait oV allier et marier son fils à sa bâtarde (**). u Goligny, dans une occasion précédente, et lorsqu'il s'agissait du mariage d'une fille de Diane de Poitiers avec d'Aumale, s'était exprimé sur ce point avec une franchise assez rude; il ne pensait pas, comme son oncle, que de telles alliances apportassent un très grand honneur et qu'il y eût lieu à cette occasion de parler de la grâce de Dieu. Le roi, prévenu par lui, prit à part le connétable au moment où on allait se mettre à table et le mit au courant des choses, disant qu'il ne voulait point aller à la traverse de l'amour que son fils portait à la demoiselle de Piennes, à laquelle il s'était fiancé. « Ledit connétable en fut si perplexe qu'il fut mélancolique tout le long du souper (***). »

Le lendemain, il ne songea qu'à faire rompre cette promesse de mariage, disant qu'il recourrait pour cela au pape, s'il le fallait. François résista, et, en homme d'honneur qu'il était, invoqua son amour et sa parole jurée. Le connétable ne voulut rien entendre, s'emporta, et, malgré les instances de Goligny, fit sonner bien haut son autorité paternelle; il en vint à la violence, obtint du roi la séquestration de M lle de Piennes, allégua (ce qui était faux) une annulation de la promesse de mariage obtenue du pape, délia son fils de son engagement, et réussit enfin à lui faire épouser la duchesse de Castro. Telles étaient les allures despotiques de celui que Henri II appelait familièrement son compère et auquel il ne savait rien refuser. (Voyez sur cet incident, outre Le Laboureur, de Thou, Brantôme et La Place.)

(•) Le Laboureur, Addit. aux Mémoires de Cattilnau (t. II, p. 386).

(**) Lettre de Renard à Philippe II, citée par M. Delaborde (t. I". p. 237).

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