CHAPITRE XIV
Avènement de François II. — Les Bourbons sont écartés ainsi que le connétable. — Alliance étroite des Guises avec Philippe n. — Intervention de Goligny en laveur des rétonnés de Paris. — Assemblées de Vendôme
et de La Ferté.
La mort imprévue de Henri laissait le pouvoir aux mains d'un enfant de seize ans, François II, que les Guises dominaient entièrement par la jeune reine, leur nièce, la séduisante Marie Stuart. Mais si cette alliance les avait rapprochés du trône, elle ne pouvait pas anéantir les droits des vrais princes du sang, c'est-àdire des Bourbons. Chacun comprit dès le premier jour qu'une lutte d'influence allait éclater entre eux et les Lorrains.
Les Bourbons, depuis la révolte du fameux connétable Charles, avaient été toujours suspects aux Valois; Henri II, comme François I op , les avait systématiquement éloignés de toutes les grandes charges ; ils étaient alors représentés par trois princes : Antoine, que son mariage avec Jeanne d'Âlbret avait élevé depuis cinq ans au trône de Navarre, et ses deux frères, le cardinal Charles, chez lequel l'intérêt catholique l'emportait sur tout le reste et qui, après avoir servi les Guises, devait mourir comme roi des ligueurs, et
Louis, prince de Gondé, alors dans toute la fougù l'âge, et que son héroïsme à Metz, à Renty, à Si Quentin, à Calais, à Thionville, avait déjà n célèbre.
Le bruit commençait à courir qu'Antoine et I adhéraient au parti réformé ; la nouvelle était ex; mais les faits devaient cruellement démentir les e rances immenses que les calvinistes français y r chaient. Antoine, caractère versatile et mou, incapable d'une résolution suivie. Il avait précédé sa conversion au protestantisme sa vaillante < pagne; mais, tandis que Jeanne se donnait tout en à la cause nouvelle, lui devait la trahir honteusen Chez Condé, les convictions étaient plus fortes, le c; tère chevaleresque et Fimagination héroïque; ma légèreté naturelle devait souvent le livrer sans déi à l'emportement des passions et le faire manquer destinée.
Il semble que le connétable de Montmorency a dû, dès que les Guises arrivaient au pouvoir François II, se rallier au parti des princes ; mais, ( ces derniers et lui, il y avait d'anciennes rancune Languedoc, qui autrefois relevait de la Navam avait été détaché par Henri II, qui en avait doni gouvernement à Montmorency, et tout récemme connétable, principal négociateur du traité de Ga Gambrésis, n'avait fait aucune réserve pour ren< la France la partie de la Navarre que détenait ei l'Espagne. D'ailleurs, si les princes, soit par in politique, soit par conviction, soit sous Tinfluenc leurs femmes, inclinaient vers la Réforme, le co
table, alors presque septuagénaire, restait catholique très décidé et ressentait môme pour les novateurs une haine aveugle qui finit par faire de lui l'allié des Lorrains.
Mais, au lendemain de la mort de Henri II, la situation du connétable ne fut pas facile. Lui, que le feu roi appelait familièrement son compère, vit les deux Guises faire immédiatement bonne garde autour de François II, « sans permettre qu'aucun approchât de sa personne, et encore moins lui parlât, sinon en la présence de l'un d'eux, avec si bonne garde qu'ils ne le perdaient de vue (1). » Toutefois, « ce vieux routier, accoutumé de longtemps à diverses mutations, s'y porta si discrètement, qu'il trouva moyen d'avoir honneur en ce qui lui était brassé pour son déshonneur, » Huit jours après la mort du roi, « ayant dîné de bon matin, il donna rendez-vous à ses fils et à ses neveux, les Châtillons, et se présenta brusquement au Louvre, afin de saluer François au sortir de son repas. Mais les Guises avaient fait la leçon à ce dernier. Le connétable, voulant obtenir du roi un mot qui le confirmât dans ses dignités, parla de sa fidélité passée et des services rendus par ses neveux, espérant que le roi voudrait bien les maintenir dans leurs places, que, quant à lui... » Ici, François « l'arrêta court et lui dit qu'il accordait sa demande, principalement envers l'amiral de Châtillon, duquel il espérait se servir ; que, quant à lui, il le confirmait en ses états et voulait qu'il jouît de ses pensions,
(1) La Planche. Il faut lire dans oet historien toute la scène qui suit. Impossible de raconter avec plus de verve cette comédie de cour. Saint- Simon ne peindra pas mieux les scènes analogues dont 11 sera témoin.
sa vie durant; » mais, au moment où le connétable reprenait bon espoir, le roi ajouta [que, voulant soulager sa vieillesse, il avait décidé de répartir entre ses deux oncles, les Guises, les principales fonctions du royaume; « qu'il avait baillé à l'un la charge des finances et celle d'État, et à Fautre le commandement sur ce qui concernait le fait de guerre ; » que si, par conséquent, le connétable désirait se reposer, il le pouvait, et que, quand il voudrait siéger au conseil, il serait toujours le bienvenu.
L'affront était dur à digérer; Montmorency changea immédiatement ses batteries, affirma qu'il était venu exprès pour être déchargé de ses fonctions, puis il ajouta : « Quant à ce qu'il plaît à Votre Majesté me retenir de son conseil, je la supplie aussi m'en excuser d'autant que deux choses ne me le peuvent permettre : l'une, d'être soumis à ceux auxquels j'ai toujours commandé, et l'autre, qu'étant plein de jours et quasi radotant (ce dit-on), mon conseil pourrait peu ou point servir. » Après avoir ainsi soulagé son orgueil blessé, Montmorency se rendit chez Catherine, auprès de laquelle il espérait pouvoir trouver un accueil plus favorable, d'autant qu'il avait souvent, dans le passé, soutenu sa cause ; il aimait à rappeler qu'il avait autrefois « moyenne son mariage » et empêché qu'elle ne fût répudiée pour cause de stérilité. Mais, sur un faux rapport des Guises, Catherine croyait qu'au lendemain de la mort de Henri, le connétable avait écrit au roi de Navarre pour l'appeler, ce qui l'avait irritée ; elle lui en voulait aussi d'avoir été l'ami le plus intime, le compère du feu roi. Pour justifier sa froideur, elle allégua
dit La Planche, des propos légers que le connétable avait tenus sur elle ; enfin, elle lui fit si froide mine qu'il se décida à se retirer sur ses terres en attendant des jours meilleurs.
Les Guises demeuraient donc les maîtres du jeune
roi, et Théodore de Bèze n'exagérait pas lorsque, à la
date du 12 septembre 1559, il écrivait à Bullinger :
<* Les Guises se sont tellement partagé le pouvoir qu'ils
n ^n ont laissé au roi que le nom. » On commençait,
^u reste, à remarquer que les partisans des Lorrains
assistaient sur le fait qu'ils descendaient de Charle-
^agne par les femmes, et qu'en conséquence ils avaient
^^s droits éventuels au trône.
Alors se passe un fait dont les historiens n'ont pas *°*rjours assez marqué l'importance, c'est l'évolution ^^^ Guises. On ne peut nier que jusque-là ils n'eussent ^*é, le duc surtout, résolument patriotes et opposés à iSspagne. Mais, en 1559, brusquement, cette attitude ange, et la faveur de Philippe II devient leur point mire. Pour qui va au fond des choses, tout s'explique *°fsqu'on se rappelle l'alliance étroite du cardinal de "lorraine avec Granvelle ; c'est Granvelle qui a dirigé ** attention des Guises sur la nécessité de résister avant *<Mit à l'hérésie, de se mettre résolument à la tête du t*arti catholique et de s'appuyer désormais sur l'Espagne, et c'est ainsi, seulement, que l'on peut comprendre comment, à peine arrivés au pouvoir, ils s'cm- X>ressèrent d'envoyer à Philippe II des hommages de Vrais vassaux. Le cardinal lui écrit dès le mois d'août, cju'il « a délibéré de ne lui faire service de moindre affection qu'au roi de France, » et le duc s'exprime dan»
des termes d'une égale soumission (1). Philippe II accepte le rôle qu'on lui confère et écrit à François II « qu'il lui porte telle affection, qu'il se déclare tuteur et protecteur de lui et de son royaume, comme aussi de ses affaires, lesquelles il n'a en moindre recommandation que les siennes propres. » En lisant ces paroles, on voit comment, sous l'influence de Granvelle et du cardinal de Lorraine, tout avait changé depuis Metz et Saint-Quentin.
L'année 1559 marque donc un changement décisif dans les destinées de la France; jusque-là sa politique était anti-espagnole, elle sera désormais antiprotestante; Charles-Quint était son ennemi; Philippe II devient son conseiller. Depuis que Granvelle et le cardinal de Lorraine se sont rencontrés et compris, une alliance existe entre ces deux hommes, et, comme Goligny le dira plus tard sur son lit de mort, rien ne se fera dans les conseils de la France sans que le roi d'Espagne en soit aussitôt averti.
Au fond de l'Escurial, le sinistre fils de Charles- Quint ourdit silencieusement la trame dont il rêve d'enlacer l'Europe. Ce que son père n'a pu faire par les armes, il veut l'accomplir par la diplomatie. On a quelquefois parlé de son génie politique. Où le voit-on? Cet homme a méconnu son temps et conduit l'Espagne vers la décadence dont on ne revient pas. Ennemi du grand jour, fuyant les débats publics, comme il a foi les champs de bataille, il veut, pour son œuvre de nuit, la morne solitude de sa triste retraite ; une rigide
(i) Voir dans Delaborde (t. I", p. 387) le texte de ces deux lettres.
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étiquette y (terme racées à tonte pensée nouvelle: nulle parole libre et franche n'y vibrera plus. Mais, chaque jour et presqu'à chaque heure, les courriers arrivent chargés des rapports de ses émissaires, qu'il a semés partout en Europe. Jamais l'espionnage n'a été, pratiqua sur uni' si vaste échelle. Philippe do se lie à per- . en travaillant avec ses conseillers, il mesure 'ouïes ses paroles; il a la timidité de l'orgueil, qui lui fait craindre de se compromet Ire eu livrant les hésifattions et li'- indéei-iuus de sa pensée; il ne contredit pfereonne en face, il semble approuver celui qui lui el lf lendemain ce dernier apprend que le roi a .1 perte.
Auprès de chacun de ses émissaires, il y a un agent s <îcret. qui surveille l'émissaire lui-même. Infatigable ^l lent, le roi rassemble ces lettres et les compare; il . ■ lui-même les réponses dans un langage plein *!.• BOus-entendus et de réticences, ne Rengageant Jamais sans se préparer une retraite, cachant un piège une promesse, trahissant ses amis eux-mêmes, et forcé, pour se retrouver dans ces complications sans tin, de noter dans la marge de la minute de telle lettre «me la chose qu'il affirme est fausse, et d'enregistrer n ses mensonges et ses perfidies avec une candeur ique plus effrayante que les emportements de la 1ère ou de la haine. C'est qu'en effet Philippe ne s'emporte jamais. Sur la toile où l'a peint le Titien, sou regard sec et dur ne révèle que trop son âme; blême et ri-1, cet Espagnol aie flegme d'un Flamand; son père a transmis la croyance inflexible à ses droits de irerain, qui le mettent au-dessus de tout et du pape
lui-même ; de sa race, il a gardé la morgue hautaine le fanatisme que rien n'attendrit. Sans remords, il donne l'assassinat; sans s'émouvoir, il livre à lato rature celui que la veille encore il appelait son ami. Da.jci.s sa volumineuse correspondance, cet homme, qui ^^ït tant de souffrances et commanda tant de supplices, m3.c laisse pas échapper une parole de pitié.
Granvelle était déjà et devait rester son conseilL de prédilection, et Granvelle, pour mieux observer France, avait placé à Paris, comme ambassadeur, s propre frère, Perrenot de Chantonnay. Ces deux se valaient, et le mal qu'ils ont fait à la France ne mesure pas. Nés sur la frontière, Français par la langu ayant toute la finesse des Francs-Comtois, et sacham la cacher sous un air de rudesse, ils servaient bieximieux les intérêts de Philippe que ne l'auraient fait de vrais Espagnols; chez ces derniers, l'orgueil et l'infatuation castillane produisaient souvent l'aveuglement et l'obstination dans le parti pris. Les autres savaient s'assouplir au besoin et suppléer par la ruse à la force. Chantonnay, du premier jour, prit à Paris sa place, se mit à pratiquer la noblesse, commença à s'y créer une clientèle au service de l'Espagne, inaugurant sourdement ce régime de corruption qui devait, trente ans plus tard, mettre à la solde de Philippe tous les chefs de la Ligue, et offrir à ce dernier la couronne même de la France.
Devant l'attitude nouvelle des Guises, le sentiment national devait se réveiller. Dès la fin d'août, Antoine de Navarre arrivait à Vendôme et y convoquait son frère le prince de Condé, les Chàtillons, le comte de La
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ucaiild, le vidame de Chartres, Antoine de Croy, futur neveu de Condé, et d'autres seigneurs attachés ■ ivi parti de Montmorency. La réunion fut très agitée. Coudé et le vidame voulaient qu'on rédigeât sur l'heure un appel aux armes pour délivrer le roi de la tyrannie i Lorrains. Goligny craignait tout ce qui pouvait résulter à une révolte. Il conseilla de recourir à des irésenlations solennelles adressées au roi et à la reine ifcfero. Antoine de Navarre fut chargé, comme prince du *• llg, <ie réclamer pour son frère et lui une part dans la direction des affaires et une situation digne de leur p «.ng. Beau projet qui devait avorter par l'incapacité et la. lâcheté de l'époux de Jeanne d'Albret!
Coligny et Coudé, sou neveu, se décidaient en même '•--mp- à intervenir, pour la première fois, en faveur 4«s protestants,
L'Église de Paris, se voyant cruellement persécutée, ft.vait décidé de recourir à l'amiral et à sa sœur ainée, àd™ de Roye, belle-mère de Coudé. Sur leur conseil, l'Église adressa directement une lettre à Catherine. I jbb réformés rappelaient que, « vivant le feu roi Henri et de longtemps, Us avaient beaucoup espéré de sa douceur et bénignité, en sorte qu'outre les prières qui se faisaient ordinairement pour la prospérité du roi, ils priaient Dieu particulièrement qu'il lui plût la fortifier tellement en son esprit qu'elle pût servir d'une seconde Esther; » que maintenant ils s'adressaient à elle et la suppliaient de ne « permettre ce nouveau règne être souillé du sang innocent, lequel avait tant ï devant Dieu qu'on s'était bien pu apercevoir son e avoir été embrasée ; pour laquelle éteindre il n'y avait
d'autre moyen que de donner relâche aux pauvres affligés et les écouter en leurs justifications, d Catherine fut heureuse de ce qu'on s'adressait à elle; elle comprenait déjà que le parti des protestants était une force qu'elle pourrait avoir, dit La Planche, c à sa dévotion » en une extrémité pressante.
En même temps, le 26 août, elle recevait une lettre d'un ancien gentilhomme de la reine Marguerite de Navarre, nommé Villemadon, lettre qui produisit sur elle une certaine impression (1).
Villemadon lui rappelait comment, autrefois, lorsqu'elle était délaissée par le feu roi, « elle avait eu son recours à Dieu, goûtant et lisant sa parole et chantant avec grand plaisir les psaumes traduits en rime française, entre lesquels elle avait choisi comme pour soi le 141% encore qu'il ne fût pas de la traduction deMarot (2), commençant ainsi :
Vers l'Éternel, des oppressés le père, Je m'en irai, lui montrant l'impropère (3) Que l'on me fait, et lui ferai prière A haute voix qu'il ne jette en arrière Mes piteux cris, car en lui seul j'espère.
La reine, disait Villemadon, devait se souvenir comment Dieu Pavait alors exaucée, en lui donnant des
(1) On la trouve dans le recueil de documents publié au xvu e siècle, sous le nom de Mémoires de Condé (t. I er ) •
(2) 11 faut noter, en passant, ces mots. Marot était le poète à la mode : citer ou chanter du Marot ne tirait pas à conséquence; mais chanter on psaume qui n'était pas de la traduotloD de Marot, c'était chose plus grave et comme un signe qu'on inclinait à l'hérésie.
(3) Impropère, affront, inconvenance ; anglais : improper.
enfants. Après cela, tout avait bien changé. Le cardinal de Lorraine avait corrompu la cour,{et, maintenant, la France était livrée aux ennemis de Dieu ; le seul recours possible était de s'appuyer sur les princes du sang, et « qu'elle avisât à conduire ses enfants en la voie du bon roi Josias. »
Cette mention des princes du sang donna à réfléchir à Catherine ; elle se demanda si la lettre n'avait pas été écrite sous leur inspiration. Elle se résolut donc à user de ruse, « promit au prince de Gondé, à la belle-mère d'icelui et à l'amiral, de faire cesser la persécution, pourvu qu'on ne s'assemblât, et que chacun vécût secrètement et sans scandale. »
Elle fit plus, et, prenant à part son amie, M œe de Montpensier, « qu'elle savait être de leur parti », elle feignit d'être obligée, à son grand regret, de subir la pression des Guises, se plaignit du mépris où elle était et assura qu'avec le temps elle accorderait « toute faveur aux pauvres affligés. »
Cependant, les semaines s'écoulaient et rien ne montrait que la reine mère songeât à tenir ses promesses» La persécution continuait à sévir implacable, et l'on annonçait même qu'Anne Du Bourg allait être bientôt condamné au bûcher. Or on préparait le sacre du jeune roi, et cette fête pouvait être l'occasion d'une mesure de clémence. L'Église adressa donc à la [reine mère une nouvelle lettre. Les réformés rappelaient que, pour se conformer à son désir qu'ils ne fissent pas de « scandale », ils avaient tenu leurs assemblées « si petites que l'on ne s'en était comme point aperçu, de peur qu'à cette occasion, elle ne fût importunée par
leurs ennemis de leur courir sus de nouveau » ne voyaient point les effets de ses promesses, contenait des termes assez hardis ; on anno si Du Bourg était exécuté, « il y aurait gran que les hommes, pressés par trop grande vie ressemblassent aux eaux d'un étang, la cha quel rompue, les eaux n'apportaient, par le tuosité, que ruine et dommage aux terres v< non qu'ils eussent jamais conseillé eux-mêm< révolte, mais il y avait une foule d'hommes qu ranger à leur discipline ecclésiastique, ne p plus souffrir les abus ; « de quoi ils avaient b l'avertir, afin qu'advenant quelque meschel pensât iceluy procéder d'eux. »
Cette espèce de menace irrita beaucoup C Trouvant cette lettre « fort âpre et dure », « Eh bien ! on me menace, cuidant me faire p il n'en sont pas encore où ils pensent; » tout se radoucit, disant « n'entendre rien en cette d et affirmant que si quelques semaines aupara avait dit « être émue à leur désirer bien, c'ét par une pitié et compassion naturelle qui ac< volontiers les femmes que pour ôtre autremen et informée si leur doctrine était vraie ou fai quand elle considérait ces pauvres gens < cruellement meurtris, brûlés et tourmentés, larcin, volerie ou brigandage, mais simplen maintenir leurs opinions et pour icelles aller comme aux noces, elle était émue à croire qu quelque chose qui outrepassait la raison ns En parlant ainsi, Catherine avait l'air sincè
donc auprès d'elle des instances nouvelles, et cette fois ce fut l'amiral qui s'en chargea. Depuis que Catherine était veuve, « la voyant souvent en grande détresse, entre autres propos, il l'admonestait d'avoir recours à la prière et se consoler en la parole de Dieu, où elle trouverait ferme consolation, sans s'amuser à la doctrine des moines et docteurs de l'Église romaine, qui, plutôt par leur sophisteries amenaient les consciences en un désespoir qu'à une vraie consolation ; que, pour recevoir cette consolation, il était nécessaire de communiquer avec quelqu'un des ministres de l'Église réformée, et que, si elle le trouvait bon, il s'assurait de lui en faire venir un de l'Église de Paris, qui la contenterait, et que Sa Majesté en aurait autre et meilleure opinion qu'auparavant. Ce que la reine mère feignant de trouver bon, elle le pria de le vouloir faire venir, l'assurant qu'il ne lui serait fait aucun mal ni déplaisir. De fait, à voir les contenances de la reine, il semblait qu'elle eût singulière affection à cette conférence. »
Ce fut M me de Roye qui, de Villers-Cotterets, où se trouvait alors la cour, envoya un messager à cheval à Paris, pour transmettre à l'Église cette grande nouvelle.
Nous savons, par une lettre latine que François Morel, l'un des pasteurs de cette Église, adressa le H septembre à Calvin (1), que l'on convoqua aussitôt le Consistoire pour délibérer sur cette grave
(1) Opéra Calvini, vol. XVII, p. 632. M. Mbanase Coquerel fils dans son Histoire de V Eglise réformée de Paris, en a donné la traduction.
question. M"' de Roye demandait qu'on envoyât à la reine Laroche-Chandieu, l'un des ministres les plus capables : « Qu'elle ait une conversation avec notre Chandieu, disait-elle, et il est à espérer qu'elle changera d'avis et nous deviendra favorable. » On débattit longtemps le pour et le contre. Pouvait-on se fier à la reine ? Ne risquait-on pas de dénoncer Chandieu et de l'exposer à une mort certaine? D'autre part. M * de Roye suppliait qu'on ne laissât pas échapper une telle occasion. EnGn, Chandieu trancha la question lui-même, en déclarant qu'il était prôt à partir. On pria Dieu de le garder et de le diriger. Son départ laissa ses amis dans une cruelle anxiété.
C'était au moment du sacre du roi ; la reine mère venait de se rendre à Reims, et elle avait dit que Chandieu devait se trouver dans un village aux environs, qu'elle le ferait venir sans que personne pût se douter de rien. Il y alla, y resta un jour entier et reçut aucun message. De retour à Paris, Catherine fusa de le recevoir. A partir de ce moment, les protestants surent qu'ils n'avaient rien à attendre d'elle.
Ils ne pouvaient pas compter davantage sur Antoine de Navarre. Ce dernier était venu à la cour pour remplir la mission dont l'avait chargé l'assemblée d e Vendôme ; mais, à peine arrivé, il se laissa circonvenir par les discours mielleux de Catherine, et sut* 1 * même les affronts que les Guises lui prodiguaient s&** s que sa dignité en parût atteinte. On n'envoya person** e à sa rencontre; lorsqu'il arriva à Saint-Germain, ** trouva ses bagages dans la cour; aucun appartement tx e lui avait été préparé, et il dut accepter l'hospitalité <p* e
loi offrit d'assez mauvaise grâce le maréchal Saint- André. On le traitait comme un roi de comédie, et finalement, pour se débarrasser de lui, on lui confia la mission de conduire jusqu'à la frontière d'Espagne Elisabeth, la jeune épouse de Philippe IL
Cette abdication morale d'Antoine, que Calvin, dans sa correspondance, qualifie de honteuse trahison (1), faisait de Gondé le véritable chef du parti de la résistance. Aussi, après le départ de son frère, Gondé convia au château de La Ferté la plupart des seigneurs qui avaient déjà fait partie de l'assemblée de Vendôme. Les mômes opinions s'y heurtèrent, et, pour le moment,
on conclut qu'une prise d'armes ne pouvait avoir lieu. Coligny se retira donc à Châtillon, où son frère Odet vint le rejoindre.
(1) « Quuïn ejus ignavia nihil fuerit turpius, acœ&9it tandem et proditio. » (Calvintu Vermiglio., 4 oct. 1559.)