LX-mêmes y cédaient par instinct
Quelques semaines plus tard, le h octobre, l'amiral était pourvu par le roi du commandement du Havre et
; Iluiiflcur, ce qui prouvait que sa courageuse et sincère attitude ne l'avait pas fait tomber en disgrâce. {Tétaient là des symptômes qui frappèrent l'esprit public. Ou sentait que la cause de la Réforme gagnait chaque jour du terrain.
Peudant que se tenait l'assemblée de Fontainebleau,
Antoine de Bourbon et Condé, son frère, nouaient ^es correspondances avec les principaux seigneurs protestants du Midi, dans le but de délivrer la France du joug des Guises. L'âme de cette conjuration fut Ed *^6 de Ferrières, sieur de Maligny (1). Celui-ci alla visL ter les chefs huguenots du Dauphiné et de la Provence; il convint avec eux que Ton enverrait par petites troupes, à Lyon, des soldats déguisés en ouvriers et que le 5 septembre on s'emparerait de la ville. Pour affirmer leur attachement à la dynastie, les conjurés avaient pris le mot d'ordre : Christ et Capet (2). On réussit ainsi à rassembler à Lyon environ deux mille protestants. Mais, au dernier moment, Antoine de Navarre, irrésolu, comme toujours, envoya à Maligny Tordre de renoncer à son projet. Maligny sortit de Lyon désespéré, et les conjurés se dispersèrent. On venait précisément d'arrêter alors un gentilhomme du Béarn nommé La Sagne, serviteur de Condé, sur lequel on trouva des lettres qui compromettaient le connétable de Montmorency lui-même (3). La Sagne et quelques-uns de ses compagnons furent mis à la torture el l'on arracha d'eux ce que Ton voulut.
(1) Ou Maligny le jeune, qu'il ne faut pas confondre, comme on Ta fait souvent, avec son frère aîné, Jean de Ferrières, qui allait, cette année même, devenir vidame de Chartres, après la mort de François de Vendôme (22 décembre) et jouer comme tel un rôle considérable dans les affaires du parti protestant. Quant à Edme de Ferrières, après l'insuccès de Lyon, il s'enfuit à Genève, où il mourut par accident dans le lac.
(2) Jean Le Frère : ta Vraie et entière histoire des troubles (1578, p. 190)-
(3) Il y eut même, à ce sujet, une très violente explication entre Catherine et le connétable; celui-ci reprocha à la reine de vouloir conduire le royaume, « n'ayant eu que si peu d'expérience jusquea à maintenant, et tenant autour d'elle et de son fils des ministres peu capables et hais de tous. » (Lettre de Chantonnay à la duchesse de Parme),
COLIGNY AVANT LES GUERRES DE RELIGION. 21 o
l^es Guises gardèrent cependant le secret de la proédure et insistèrent auprès de François II pour qu'il onvoquât les princes à Orléans, où Ton s'était décidé à tenir la session des états généraux. Le roi leur envoya dans ce but le cardinal de Bourbon, leur frère ; vainement les Châtillons, qui pressentaient le péril, s'opposèrent à leur venue. Éléonore de Roye, princesse de Condé, et Jeanne d'Albret joignirent leurs instances à celles des Châtillons (1); tout fut inutile; le 31 octobre, les deux princes, qui croyaient qu'en se livrant au roi ils lui en imposeraient, firent leur entrée à Orléans.
(1) On peut voir, dans La Planche, la lettre énergique qu'Éléonore de Roye adressa à son mari, et dans laquelle se révèle la vaillance d'âme de cette héroïque jeune femme. « Elle le suppliait très humblement de n'avoir le cœur si lâche que de s'aller jeter en leurs filets, quelque belles promesses qu'il eût du roi ; que, si elle était homme et en son lieu, elle aimerait mieux mourir en combattant l'épée au poing pour une si juste querelle que de monter sur un échafaud pour tendre le col à un bourreau sans l'avoir mérité. »