CHAPITRE XIX
Avènement de Charles IX. — Catherine de Médids prend possession du pouvoir. — Son caractère et sa politique. —Elle essaye de secouer le joug des Guises. — Séance des états généraux. Discours de L'Hospital et des orateurs du tiers état, de la noblesse et du clergé. — Faute commise par les protestants au synode de Poitiers. — La cour se rend à
Fontainebleau.
Charles IX, qui succédait à son frère, n'avait que dix ans et demi. Une sympathie universelle le salue à son avènement : « Il est d'un charmant naturel, écrivait l'ambassadeur vénitien, Jean Michieli, d'une grande promptitude d'intelligence, d'une vivacité d'esprit remarquable ; il a de l'ardeur, de la générosité, de la bonté ; sa physionomie est belle, ses yeux très beaux ; il a de la grâce dans tous ses mouvements, dans ses manières, mais il est faible de tempérament. Il mange et boit fort peu, et il a d'autant plus besoin d'être ménagé qu'il aime passionnément le jeu de paume et l'exercice du cheval; la moindre fatigue le condamne à un long repos ; l'étude ne lui plaît guère, mais il s'y met pour complaire à sa mère ; on attend, on espère beaucoup de lui, si Dieu lui en donne le temps (1). »
(1) Relations des ambassadeurs vénitiens (1" série, vol. I er , p. 14).
Les protestants avaient une impression analogue; plusieurs espéraient que, comme le jeune Edouard VI d'Angleterre, il accomplirait une œuvre de réformation.
L'armée avait cédé à l'ascendant du vieux connétable, qui, en entrant à Orléans, avait pris possession, sans hésiter, du commandement militaire. La régence aurait pu appartenir à Antoine de Bourbon , comme premier prince du sang ; mais il n'eut pas le courage de la revendiquer. Catherine se fit régente sans en prendre le titre. Elle écrivit à sa fille, la reine d'Espagne : « Je suis contrainte d'avoir le roi de Navarre auprès de moi, les lois de ce royaume le portent ainsi; niais que le roi, votre mari, n'aie aucun doute ; il m'est si obéissant, et n'a nul commandement que ce que je lui permets (1). » Elle avait pris toute la réalité du pouvoir : les dépêches, les audiences à donner aux ambassadeurs, le sceau royal, vrai signe de l'autorité; le conseil privé eut le maniement des finances qu'avait exercé le cardinal de Lorraine; on laissa à François de Guise le titre de grand maître de France; on réussit à écarter Gondé, en disant que son honneur exigeait une réhabilitation solennelle; on lui dit de se retirer dans une de ses terres de Picardie comme en « une prison gracieuse. » Il accepta.
Catherine possédait enfin le pouvoir qu'elle avait si longtemps attendu. Mise à l'écart sous Henri II par une maîtresse toute-puissante, réduite sous François II à un rôle tout passif, elle avait longuement appris cet
(1) La Ferrière. Lettres de Catherine de Médicis (p. 569).
I mi i \y «AST LES GUERRES DE RELIGION. 230
r\ri de ta dissimulation, qw était dlailleQrsFmides traits • IwUncUfs de sn race et de sa famille.
La lâche qni l'attendait était périlleuse entre tontes. 1 31e exerçait le pouvoir au uom d'un enfant, dont tous les parti- espéraient gagner la faveur pour s'abriter ■ ■H autorité; elle 8e trouvait en présence d'une nation profondément divisée par les passions religieuses, les plus violentes île toutes; deux puissances . l'Angleterre et l'Espagne, exerçaient sur la ^rance par leurs ambassadeurs une pression souvent lourde, en attendant le moment prochain où elles enverraient leurs soldats prendre part à ses luttes. A la tête Ideux grands partis qui se disputaient la direction des affaires, Catherine trouvait des chefs dont la naissance, le génie militaire, l'ascendant sur les masses faisaient presque des souverains. Elle n'avait à leur opposer qu'un bien faible prestige; étrangère, descendant d'une famille de parvenus, longtemps dédaignée par le roi Bon époux, tenue récemment dans une tutelle humiliante par les Guises, elle ne possédait, pour con-
■ tenir une nation frémissante, d'autre armée que la chevalerie, c'est-à-dire la noblesse, qui, dans les deux parti*, pouvait se tourner contre elle, et les auxiliaires allemands ou suisses qu'il fallait payer bien cher, et cela au moment où les états généraux commençaient i revendiquer leurs droits et à refuser des subsides. .orsqu'iiii songe à ces difficultés énormes qui se dressent devant elle, on s'explique l'indulgence relative avec laquelle Henri IV l'a toujours jugée. Peu sévère en fait de morale, le Béarnais admirait cette souplesse ui l'avait si longtemps maintenue au pouvoir; lui qui
n'avait triomphé que par le génie, il rendit parfcr hommage à cette habileté.
L'histoire n'aura pas cette indulgence. Elle se raj pelle rabaissement sans pareil où Catherine a condi la France, la perfidie érigée en système, l'épouvai table tragédie de 1572, l'avilissement des caractèi les mœurs ignobles de Henri III, les saturnales de Jla
Ligue, les honteux marchés avec l'Espagnol, et eM 3e
ne peut oublier la responsabilité immense qui pèse s Catherine dans ce dénouement terrible où la patr: faillit sombrer.
Sans doute, Catherine n'avait pas le génie de Henri ou d'Elisabeth ; mais, à son défaut, elle pouvait avoii la volonté. Or, à moins d'être fataliste, qui pourra niei ce qu'une volonté tenace eût pu accomplir alors et le prestige qu'elle eût exercé sur le pays ? En 1 360, la France conservait encore intacts sa foi monarchique et son dévouement au souverain ; quand on voit à la même époque les étranges palinodies du Parlement d'Angleterre, et les violentes crises qui avaient énervé cette nation jusqu'au moment où elle reprit avec Elisabeth une si grande place dans le monde, on ne peut pas dire que la France d'alors valût moins et fût moins capable de se relever sous une direction ferme; un peuple qui comptait dans son sein des L'Hospital, des Coligny et tant d'admirables caractères pouvait être appelé aux plus belles destinées. Or, cette grande mission, Catherine ne Ta pas comprise un seul jour.
Était-elle incapable de fermeté ? Nous l'avons vue, au lendemain de Saint-Quentin, se montrer un moment à la hauteur de sa tâche, et, à cette heure-là, on peut
1^ dire, elle rallia tout le monde autour d'elle. Mais ce
*xe fut qu'un élan éphémère.
Du jour où elle est veuve, elle louvoie ; conserver le
pouvoir est toute sa pensée, et la ruse est toute sa X^olitique.
Qu'on lise son immense correspondance. On n'y trouvera pas une vue élevée, pas un seul plan d'ensemble ; ^on amour pour ses enfants est le seul sentiment noble cpii l'anime. Parfois elle s'indigne contre la pression qu'exercent sur elle les Guises et l'Espagne. Telle de ses dépêches a un accent de fierté. Feu de paille qui s'éteint bientôt ! Tous les partis ont compté sur elle ; elle les a tous trompés. Dans ce quart de siècle tragique, où tant de sang français a coulé, elle n'a pas une larme pour les victimes. A lire ces lettres au style froid et terne, jamais on ne se douterait que cette femme a vu tant de choses horribles. Oh! comme nos vraies Françaises d'alors, Jeanne d'Albret, Charlotte de Laval, Renée de Ferrare, ont un autre langage! Comme on sent vibrer chez elles l'indignation, la douleur, la pitié! Catherine de Médicis n'a pas môme l'excuse du fanatisme. Messe ou proche, elle ira là où son intérêt la mène. C'est parles bas côtés, par l'intérêt, la corruption qu'elle conduit les hommes. Brantôme a dit ce que valaient les nobles dames qui formaient cet escadron volant dont elle fit son cortège, et comment la galanterie mêlée à l'espionnage lui livrait à la fois les secrets et les volontés de ceux qui l'entouraient.
Dans l'atmosphère lourde et voluptueuse qu'on respire auprès d'elle, un poison subtil pénètre toutes les
âmes ; les consciences s'atrophient ; le crime même ne les étonne plus; la loyauté française est honnie et fait place à la perfidie savante des Italiens dont elle peuple sa cour. Telle nature qui aurait pu être généreuse et grande devient basse et féroce par cet instinct fatal qui unit si souvent le plaisir sensuel à la cruanté, et l'ardeur des débauches raffinées à la soif du sang. De Charles IX, Catherine fera le tueur sinistre du 24 août ; son fils de prédilection, ce sera Henri III, le roi des mignons. C'est ainsi qu'elle vieillira jusqu'au jour où la mort viendra la prendre dans l'abandon du mépris.
Mais à l'heure où nous sommes, au lendemain de la mort de François II, on ne la connaissait pas encore. Les protestants croyaient en elle. Ils aimaient à se rappeler qu'au temps de sa disgrâce elle chantait les psaumes, qu'elle avait accueilli M me de Roye, la belle-mère de l'amiral, qu'elle avait souvent dit à ce dernier qu'elle comptait sur lui. On pouvait croire d'ailleurs qu'elle ne s'était prêtée qu'à regret aux entreprises des Guises contre les Bourbons, et qu'elle voulait à tout prix secouer leur joug. Sur ce dernier point, on ne se trompait pas. Sa vraie pensée d'alors apparaît dans une lettre qu'elle écrivait quelques mois plus tard (1) à sa fille, la reine d'Espagne : « Je vous veux bien dire, comme il est la vérité, que tout ce trouble n'a été que pour la haine que tout ce royaume porte au cardinal de Lorraine et au duc de Guise, pensant que je les voulusse encore remettre au gouvernement de ce
(i) !•' avril 1561.
yaumo; c'est que je leur ai assuré que non, car aussi ■ auis-je pas obligée, car vous savez comment ils me ■'itiiienl du temps du roi cotre frère, et encore àcette sure, qu'ils n'ont appui que de moi, vous savez ce ii'ils l'ont contre moi pour le mariage de voire sœur (lj; ir ainsi je me suis délibérée de les garder que l'on ne l«ur Tasse mal, et au demeurant regarder à la conser- ^v-.ïtinji de vos frères et de moi, et ne mêler plus leurs «querelles avec les mienues; car, s'ils eussent pu, ainsi «que je l'ai su, ils se fussent appointés et m'eussent lissée là, comme Us font toujours de ce qui peut leur rter grandeur et profit, car ils n'ont que cela dans
s derniers mots sont significatifs. Jamais, ni sur iligny, ni sur Condé même, Catherine n'a porté un renient aussi accablant. La suite nous montrera meut elle revint, quand elle y crut son intérêt enigé, vers ceux qu'elle appréciait de la sorte. Dès la première visite que l'envoyé d'Espagne, don Juan Manrique de Lara, fit pour complimenter le nouveau roi, il se permit de recommander à la reine, au 1 de Philippe II, de veiller scrupuleusement sur la Hgion, et surtout de ne pas admettre auprès d'elle s qui neseraint pas fermes dans la foi catholique. ;ait une dénonciation évidente de l'amiral et du dinal du Châtillon. Catherine en fut blessée, et elle
.) Il *"«git île Marguerite tic. Vnlnis, que Calberinc aurait voulu marier a Carlos, tandis que les Guise; .songeaient Ji faire épouser & ce der-
M.irie Stuirt, au lendemain même de ion veuvage. !) Letlrtt de Catherine de Médiat, publiées par le comte de La Fere [p. 591).
234 VIE DE C0L1GNY.
répondit à sa fille, la reine d'Espagne, par une lettre où se trouvaient ces mots significatifs : « Philippe, écrivait-elle, pourra dire à ceux qui lui conseillent d'intervenir dans le choix des conseillers de Charles IX : que, ne connaissant pas plus comment on doit gouverner les affaires de ce pays-ci que je ne connais comment on doit conduire celles de l'Espagne, il ne veut se mêler de rien (1). »
Mais, en môme temps, elle recommande à Coligny de faire bon visage aux Guises, qui, la veille encore, complotaient la mort de Condé, celle de l'amiral et des chefs huguenots. La réponse de Coligny fut loyale et fière. Il dit que « de faire bonne mine à ceux qui avaient poursuivi sa mort, chargé son honneur et procuré ses biens avec la ruine de toute sa maison, parents et amis, il ne le pouvait faire sans montrer un cœur double, ce qui était contraire à la profession de sa religion et indigne de tout homme de bien. Bien remettait-il la vengeance à Dieu, qui la saurait bien faire en sou temps, puisque les hommes ne voulaient administrer justice (2). »
Le 13 décembre 1560, l'assemblée des états généraux s'ouvrit à Orléans. Malgré l'énorme pression que les Guises avaient exercée sur le pays, la majorité était loin de leur être favorable ; le clergé comptait 118 membres, dont plusieurs étaient favorables à une réforme de l'Église ; la noblesse un nombre à peu près égal, le tiers état 225 représentants. Dans ces deux
(1) Ce» paroles soiil rnpport.'-c3 dans une letlre de Chantonna} 1 » !a duchc«sc de Parme (décembre l;;tifl).
'!} U Planche.
miers ordres, ou comptait une majorité d'ennemis des Lorrains et même plusieurs protestants ; les « mal- ^ontents » s'unirent môme aux huguenots pour réclattxer une réélection générale, se plaignant qu'on avait t>xocédé par violence ; mais les deux tiers de l'assemblée décidèrent qu'il n'y avait pas lieu à surseoir, et les clélibérations commencèrent.
Michel de L'Hospital les ouvrit par un discours qui est resté célèbre. Dans un langage simple, familier, cjui contraste avec l'éloquence boursouflée de son épocjue, il fit entendre la voix de la patrie elle-même et développa avec une singulière hardiesse des principes de liberté que l'on ne connaissait plus.
« Il ne faut pas, dit-il, écouter ceux qui prétendent qu'il n'est pas de la dignité d'un roi de convoquer les états ; car qu'y a-t-il de plus digne d'un roi que de rendre justice à ses peuples ? Et quand peut-il le faire plus facilement que lorsqu'il donne à tous la permission d'exposer leurs sujets de plainte avec une entière liberté, publiquement et dans un lieu où l'imposture et l'artifice ne peuvent pas pénétrer ? » Puis le chancelier parla avec indignation de ceux qui empêchaient la vérité de venir aux oreilles des rois. Il insista sur la nécessité d'une réforme profonde du clergé, rappela à la noblesse ses devoirs et releva le rôle trop effacé du tiers état.
Quand il vint à parler de la religion, il eut de ces mots heureux qui ne devaient plus s'oublier. Sans doute, Tidéal qu'il présentait était le retour à l'unité religieuse ; mais c'était par la persuasion qu'il voulait y revenir. « Le couteau, dit-il, vaut peu contre Tes-
prit, si ce n'est à perdre l'âme ensemble avec le corps... Nous devons par totis moyens essayer de retirer ceux qui sont en erreur et ne faire comme celui qui, voyant Thomme ou bote chargée dedans le fossé, au lieu de la retirer, lui donne du pied... La douceur profitera plus que la rigueur. Otons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes ; ne changeons le nom de chrétien. »
Dix-huit jours plus tard, le 1 er janvier 1561, commencèrent les délibérations. Jean L'Ange, avocat au Parlement de Bordeaux , parla le premier pour le tiers état. Son discours fut presque tout entier dirigé contre le clergé, dont il signala avec verve ce qu'il appela les trois vices principaux : l'ignorance, l'avarice et le luxe. « L'ignorance, dit-il, a jeté de si profondes racines que la prédication, fonction essentiellement attachée à Tépiscopat, est entièrement négligée. »
La même pensée inspira le discours de Jacques de Silly, comte de Rochefort, qui parla au nom de la noblesse. Après avoir, dans des allusions mordantes, vengé les princes du sang des affronts et des menaces que leur avaient fait subir les Guises, il rappela l'exemple des rois qui avaient résisté aux empiétements du clergé, demanda une réforme de l'Église et finit par réclamer pour les protestants la liberté de célébrer publiquement leur culte.
C'était le tour de l'orateur du clergé, le docteur Jean
' Quintin. Il soutint avec énergie la vieille doctrine de la
répression de l'hérésie par le glaive ; il cita l'exemple
de tous les souverains chrétiens dans le passé, depuis
Constantin jusqu'à Charlemagne, jusqu'à saint Lonî
. IVANT LES fiUEHRES DE RELIGION. 237
aurail pu, hélas ! alléguer celui que Cal-nu lui-même rait à Genève : « Nul, dit-il, ne peut mer qu'hérésie
aoil un mal <'i crime capital, et que l'hérétique ne ■ capitalemenl, saint Paul l'a dit, ergo passable capitalement et sujet au glaive du magis-
i\ . i. o Quintin demanda que tout porteur de reuê!cs eu faveur des hérétiques fût lui-même déclaré
rétique. C'était désigner ouvertement Coligny: aussi dus les regards, dit Théodore de Bèze, se tournèrent "ers L'amiral. Celui-ci, sous le coup de cette attaque j&reete, B8 plaignit le lendemain au roi de l'injure qui
■ faîte. Quintin fut mandé par Catheri il
>bligé de s'excuser ; il s'en Lira d'une assez pileuse lanière, déclarant qu'il n'avait fait que lire le mémoire ioot OS l'avait chargé, et, dans un discours suivant, 1 protesta qu'il n'avait nullement entendu parler de
Cette espèce de lutte publique n'avait doue pas été (àyorable aux protestants. Les états généraux susndtrent leurs séances le 31 janvier. Le roi les con-
que If» termes du célèbre écrit que Théodore de lieîe rigé si* an» auparavant contre Castalion qui protestait à propos de U mort de Servet : De hxretint a civili magùtralu punîendii. (lien.. IBM).
[S L'«U lu li M'-': par Coligny a Orléans lui attira le» félicitations de
■il, a la date du IG février 15111 : " Monseigneur, nous
■von* bien de quoi louer Dieu de la vertu singulière qu'il von» a dounèe
de —rvir a la gloire et avancement de son M». Il serait a désirer qu'il y eût
ij. de compagnons pour vous aider. Mai.-, quoique le- autres soient
►•acquitter du leur devoir, si vous faut-il pratiquer la acnleuce de
Soigneur, c'est que chacun de nous le doit suivre promplemenl
uns regarder qui son! les autres... (.lue ehacUD pour soi aille où il MW
•ppelé, encore qu'il n'y ail autre suite, comlàen que j'espère que la ma-
gnaiùniitê que Dieu a fait jusques ici reluire en voua sera bonne Instruc-
voqua, pour le mois de mai suivant, à Pontoise; mais, afin d'éviter les inconvénients de trop grandes assemblées, il fut décidé que chacun des treize grands gouvernements du royaume n'y enverrait que deux députés. C'était une grande faute; car comme le nombre des délégués du clergé n'étant point réduit, ce dernier était sûr d'avoir la majorité dans toutes les questions.
Quelques jours après la suspension des états généraux, les protestants tinrent un synode à Poitiers. Ils y commirent une grave faute. Les ministres eurent la malencontreuse idée de toucher à la politique, au lieu de se renfermer dans les affaires de leurs Églises, et de rédiger un mémoire pour demander l'exclusion des femmes du gouvernement de l'État et l'établissement d'une régence légitime. C'était une attaque directe contre Catherine de Médicis, et celle-ci la ressentit vivement. Nous ne savons jusqu'à quel point Antoine de Navarre contribua à cette résolution qui se prenait en sa faveur. Certes, la cause protestante n'aurait pas gagné grand' chose à avoir un tel protecteur et la suite le montra bien; mais le synode de Poitiers était sorti de ses attributions, en s'engageant dans la voie de la politique et en créant un précédent que les catholiques devaient souvent exploiter plus tard contre la liberté des protestants.
La cour, en quittant Orléans, s'était transportée à
tion pour attirer les nonchalants. Même quand tout le monde serait aveugle et ingrat et qu'il semblerait que toute votre peine serait comme perdue, contentez-vous, monseigneur, que Dieu et les anges vous approuvent. Et de fait, il vous doit bien suffire que la couronne céleste ne peut vous faillir, après avoir vertueusement combattu pour la gloire du Pils de Dieu, en laquelle consiste notre salut éternel. » Cité par M. Delaborde (t. !•*, p. 499).
Fontainebleau. L'amiral se rendit à Châtillon-sur-Loing, où, à la fin de février, il fit célébrer solennellement le baptême de son fils Odet, selon le rite usité à Genève. Le fait produisit une sensation très grande ; c'était le premier acte public du culte protestant qui s'accomplissait dans sa maison.