CHAPITRE XX
Coligny dans son intérieur. —
Châtillon-sur-Loing. — La vie d'un grand seigneur huguenot.
— Zèle de l'amiral pour l'instruction. — La réforme des études
au xvi e siècle. — Relations de Coligny avec Renée de Ferrare. —
L'amiral pratique à Chatillon la liberté religieuse.
Suivons l'amiral à Chàtillon-sur-Loing, et donnonsnous le loisir d'étudier de près, d'après des documents authentiques, ce qu'était au xvi° siècle l'intérieur d'un grand seigneur huguenot (1).
Son château, dont on peut voir aujourd'hui encore les imposantes ruines, et dont le peintre Girodet a conservé une esquisse prise quelques jours avant sa destruction, était, par ses vastes proportions, une demeure vraiment royale (2). François I or et Henri II y firent de
(1) Il faut citer ici, outre l'ouvrage de M. Dclabordc et celui de M.Jules Tessier, la curieuse brochure de M. Becquerel, membre de l'Académie des sciences, qui, habitant lui-même Chatillon, a recueilli plusieurs détails fort intéressants sous ce titre : Souvenirs historiques sur l'amiral de Coligny, sa famille et sa seigneurie de Châtillon-sur-Loing. Nous avons vu chez M. Becquerel quelques débris de l'ameublement de l'ancien château détruit au commencement de ce siècle et des panneaux ornés de grisailles qui remontent à l'époque de Coligny. M. Jules Bonnet, dans le Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme français (mai 1882), a décrit la vie de l'amiral à Chatillon.
(2) Girodet-Trioson, le célèbre peintre du Déluge , était né à Montargis en 1767. Dans sa jeunesse, il avait vu encore debout les châteaux de
fréquents séjours. Du haut de sa tour énorme, encore debout à cette heure, on aperçoit la plaine monotone du Gàtinais où serpente le Loing, et vers l'occident les maisons de Montargis, où Renée de Ferrare, fille de Louis XII et belle-mère de François de Guise, célébrait alors ouvertement le culte réformé. L'amiral, à son retour de sa longue captivité, s'était occupé de reconstruire le château en l'agrandissant; la demeure nouvelle avait été refaite dans le style du xvi° siècle; sans avoir l'élégance exquise de Ghambord ou de Fontainebleau, elle présentait une ordonnance majestueuse
Montargis et de Chàtillon-sur-Loing; il fit môme un dessin de ce dernier, dont nous avons une copie qui est l'œuvre du comte de Castries. Elle représente le château tel qu'il était encore à la fin du siècle dernier; c'est un ensemble de constructions très imposant et qui justifie les descriptions enthousiastes qu'en ont faites les voyageurs d'autrefois. Lorsque l'administration révolutionnaire le mit en vente, quelques habitants de CbAtillon essayèrent de le racheter ; mais la somme qu'ils offrirent était trop minime. Une bande noire de ce temps-là l'acquit, le démolit et, dispersa tous ces restes d'un grand passé. Girodet en fut indigné et dans un poème (car il était poète à ses heures:, il flétrit ces modernes Vandales. On y trouve les vers suivants, très faibles de style, mais dont l'inspiration est touchante :
Et toi, pour la vertu décoré par les arts,
Élégant CbAtillon, palais dos fils de Mars,
Asile de l'honneur où souvent la victoire
Allait loin de la cour dissimuler sa gloire -,
Par le fer abattus, par lo feu dévorés,
J'ai vu tomber tes murs et tes lambris dorés,
Ces vieux chênes, orgueil de ton parc frais et sombre,
Qui peut-être avaient vu Coligny sous leur ombre,
Où sont-ils? Demandez-le à ces vils acheteurs,
Du palais des héros, sordides brocanteurs.
O peintre, si tu viens pour en chercher la place,
La ronce et le chardon t'en dessinent la trace,
Une tour, comme un roc sur les Alpes assis,
Montre encor ses flancs nus que la foudre a noircis;
Colonne du malheur, par le crime laissée,
Et qu'attriste le deuil de sa splendeur passée.
{Œuvres posthumes de Girodet-Trioson, t. 1er, p. §3).
et belle, mais où rien ne rappelait la tristesse des vieux manoirs féodaux. « En vrai fils de la Renaissance, a dit M. Jules Bonnet, Coligny fit appel aux artistes les plus distingués pour décorer le château. Une aile construite au midi contenait une galerie où furent représentés, par le pinceau du Primatice et de ses élèves, les principaux faits d'armes de sa famille. Jean Goujon lui prêta son ciseau pour ces bas-reliefs merveilleux ot ces cariatides vivantes dont il avait le secret. Plusieurs salles furent ornées de peintures à fresques, d'après les dessins de Jules Romain. Le péristyle du château fut mis en harmonie avec les splendeurs de cette demeure agrandie, dont les trois terrasses superposées communiquaient avec de vastes jardins. » Les terrasses existent encore, ainsi que les murs des serres, qui étaient monumentales. Au milieu se trouve un puits couvert, dont les sculptures, seuls débris du style de cette époque, en sont un beau spécimen. Dans un pan du mur de l'ancienne chambre à coucher de l'amiral, située au pied de la tour, une plaque de marbre indique l'endroit où se trouve encastrée une boîte en fer renfermant les restes de Coligny (1 ) .
L'amiral, à l'époque où nous sommes parvenus, avait quarante-deux ans ; de taille moyenne, bien proportionné, capable de supporter les plus grandes fatigues, quoique sujet à de fréquents accès de fièvre qui mirent plusieurs fois sa vie en danger, il avait un abord grave et môme un peu froid; son front élevé abritait des yeux bleus dont le regard vif et clair rayonnai d'intelii-
(1) Nous raconterons plus tard la triste odyssée de ces ossements.
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gence. Sans avoir l'expression de bonne grâce étudiée qui séduisait chez François de Guise, il frappait par la ■ noblesse de ses traits où se peignait la loyauté de son àme '1}; sa parole était lente et grave; mais au feu et devant le péril, l'homme se transformait ; il avait alors le geste superbe, le regard qui domine, l'accent du chef qui arrête une armée ébranlée et lui rend la confiance. Bon et doux envers les petits, capable de traits d'humanité qui étonnent à une époque de violence, oùla férocité du soudard était chose si commune, il ne faiblissait jamais sur la discipline; maître de soi d'ordinaire, il avait, devant l'hypocrisie surtout, des emportements irrésistibles. Ou sentait chez lui, au-dessus des convictions ardentes du croyant, un impérieux besoin de justice, je ne sais quel idéal supérieur à son siècle, qui se trahissait dans un mot pénétrant, dans un détachement sublime des intérêts vulgaires et des ambitions basses. C'est là le trait qui frappa tous ceux qui rapprochèrent ; ses ennemis laissent échapper cet aveu, que c'est par le caractère surtout qu'il fut grand.
Charlotte de Laval était l'Ame de sa demeure, et nous verrons bientôt quelle vaillance l'animait. Auprès d'elle, ses trois fils et ses deux filles (2), « tout son petit mé-
il) Toi il paraît dans un portrait conserva au musée de Valenciennes et qui doit être de cette époque, tel il est aussi dans la célèbre gravure des Trois Frères de Duval. Plus tard, dans la vie tragique des guerres civUes qui le pénétraient d'une mortelle tristesse, en face de tant de spectacles de carnage, au milieu des menaces de trahison incessante, le regard se voila d'une mélancolie habituelle, le front se dégarnit, un pli sévère contracta la bouche. Vint la terrible blessure de Moncontour, qui laissa à la joue une cicatrice profonde; c'est ainsi que le représentent ses derniers portraits. Quand il fut tué, ou l'appelait un vieillard. Il avait 53 ans!
;2> Un premier fils, Henri, mourut n l'âge de quinze mois. Gaspard, né
nage », comme l'amiral récrivait à Renée de Ferrare. La vaste maison s'emplit de bruit et de gaieté ; car le vaillant soldat a toutes les tendresses ; il veut que les enfants mènent auprès de lui « une belle vie, en s'ébattant tous ensemble joyeusement » (1).
Le culte domestique est célébré chaque jour au château par le ministre Merlin, aumônier de Coligny; mais l'amiral le remplace souvent (2) . On lit les saintes Écritures ; on chante les psaumes mis en vers par Clément Marot, valet de chambre du feu roi. Parfois, on lit les lettres que maître Jean Calvin ou M. de Bèze adressent de Genève aux fidèles du royaume de France. L'auteur de la Vita Colinii (3) nous a conservé le tableau de ce culte de famille. « Aussitôt, dit-il, que l'amiral était sorti du lit, assez matin, ayant pris sa robe de chambre et s'étant mis à genoux, comme aussi tous les autres
le 28 septembre 1554, devait mourir à Orléans en 1568; François était né le 28 avril 1557 ; Odet, le 24 décembre 1560. Charlotte devait donner à l'amiral, en 1564, un autre (Ils, Charles, qui Tut indigne de son nom. Sa fille, Louise, était née en 1555; sa sœur cadette, Renée, en 1561.
(1) Ces paroles sont tirées d'une lettre que Henri de Condé écrivait quelques années plus tard à Coligny : « J'entretiens ma cousine et mes petits cousins, et il n'est guère de soirs que nous ne fassions une belle rie à votre gré en nous ébattant tous ensemble joyeusement, pour tâcher à passer nos mélancoliques heures. »> Extrait de V Histoire des princes de Condé, par le duc d'Aumale (t. II, p. 415).
(J) Calvin venait, cette année même, d'envoyer Merlin à l'amiral, et écrivait à ce dernier : « Je ne doute pas que vous ne l'ayez trouvé tel que Tons désiriez et que vous n'ayez connu par expérience qu'il cherche à s'acquitter fidèlement de son devoir... Cependant, je vous prie, monseigneur, de ne vous lasser point à la poursuite d'une œuvre si bonne et si •tinte et digne qu'on y emploie trente vies, si on les avait... Vrai est que pour nous fortifier à servir Dieu constamment, il vous faut regarder plus haut que le monde, comme aussi l'apôtre nous exhorte de jeter notre ancre au ciel. » (Lettre du mois de mai 1561).
(3) Page 134, traduction de 1643.
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assistants, il faisait lui-même la prière en la forme accoutumée aux Églises de France, après laquelle, attendant l'heure du prêche qui se faisait de deux jours l'un, avec le chant des psaumes, il donnait audience aux députés que les Églises lui envoyaient souvent, et employait le temps aux affaires publiques, dont il continuait encore à traiter après le prêche jusqu'à l'heure du dîner, lequel étant prêt, ses serviteurs domestiques, hormis ceux qui étaient empêchés aux choses nécessaires pour repas, se trouvaient en la salle où la table était dressée, auprès de laquelle étant debout et sa femme à son côté, s'il n'y avait point eu de prêche, Ton chantait un psaume, et puis on disait la bénédiction ordinaire; ce qu'une infinité non seulement de Français, mais aussi de capitaines et colonels allemands, qui ont été souvent priés de manger avec lui, peuvent témoigner qu'il a fait observer, sans intermission d'un seul jour, non seulement en sa maison et en sou repos, mais aussi dans l'armée. La nappe étant otée, se levant et tenant debout avec sa femme et les assistants, ou il rendait grâces lui-même, ou les faisait rendre par son ministre. Le même se pratiquait au souper, et, voyant que tous ceux de sa maison se trouvaient malaisément à la prière du soir, au temps qu il fallait reposer, et qui, à cause des diverses occupations, était incertain, il ordonna que chacun vînt à l'issue du souper, et qu'après le chant du psaume la prière se fît. Et ne se peut dire le nombre de ceux d'entre la noblesse française qui ont commencé d'établir en leurs familles cette religieuse règle, à l'exemple de l'amiral, qui les exhortait souvent à la véritable
pratique de la piété, n'étant pas assez que le père de famille vécût saintement et religieusement, si, par son exemple, il ne réduisait les siens à la môme règle. Or, il est certain que sa piété et sainteté ont été tellement admirées, même de ceux du parti catholique, que, sans la crainte et l'horreur des tourments et massacres, la plus grande partie de la France se fût convertie à la môme religion et discipline. » Le môme auteur mentionne aussi un fait touchant qui nous permet de voir ce qu'était avec les plus humbles cet homme au caractère •d'ailleurs énergique et indomptable : «Lorsque le temps de la Cène du Seigneur s'approchait, dit-il, l'amiral appelait tous ceux de sa maison, leur représentant qu'il ne lui fallait pas seulement rendre compte à Dieu de sa vie, mais aussi de leurs déportements, et les réconciliait ensemble s'il y avait quelque discussion entre eux ; et si quelqu'un ne lui semblait pas assez préparé pour bien entendre et vénérer ce mystère, il prenait le soin de le faire mieux instruire, et, s'il en voyait d'obstinés, il leur déclarait ouvertement qu'il lui valait mieux demeurer seul que de nourrir une suite de méchants. » Coligny avait donné à ses enfants un précepteur nommé Le Gresle, qui leur resta attaché toute sa vie et dont il a parlé avec une affection singulière dans son testament. La duchesse de Ferrare, qui était une des femmes les plus instruites de son temps, prenait grand intérêt à leur éducation, et voulait être renseignée sur leurs progrès. On le voit parla lettre suivante que l'un des enfants, François, lui adresse (1) : « Malt) Cette lettre a été publiée par M. Jules Bonnet. Bulletin, endroit cité.
dame, la lettre de laquelle il vous a plu nous honorer nous est un gage très sûr de la souvenance et du soin qu'il vous plaît avoir de nous, bien que nous n'ayons encore moyen quelconque de vous faire le service, lequel nous vous devons... Vrai est que pour Faffection qu'il vous plaît nous témoigner du bien lequel nous souhaitez, j'estime que ce sera assez pour le présent si nous mettons {»eine et diligence à bien connaître Dieu, l'aimer et l'honorer/wr le moyen de T avancement quenous pourrons faille aux bonnes lettres et sciences, comme de votre grâce et bonté singulière il vous plaît nousy exhorter, à quoi nous e*pérons faire si bon devoir qu'à l'avenir vous connaîtrez votre exhortation n'avoir été vaine, moyennant l'assistance de notre Dieu, lequel nous supplions vous donner, Madame, en toute félicité, très longue vie pour l'avancement du règne de son Fils. »
Cette question de l'éducation préoccupait Coligny : « L'amiral, dit son premier biographe, estimait que l'institution des collèges et de l'instruction des enfants était un singulier bienfait de Dieu et l'appelait un séminaire de l'Église et un apprentissage de piété ; que Fignorance des lettres avait apporté non seulement à la république, mais aussi à l'Église d'épaisses ténèbres, dans lesquelles la tyrannie du pape avait pris sa naissance et sou accroissement... c'est pour cela qu'il bâtit, à grands frais, un collège à Chàtillon, dans une exposition agréable et saine, où il entretenait de très doctes professeurs en la langue hébraïque, grecque et latine et beaucoup d'élèves, soit enfants, soit jeunes gens (1). »
(O Vita Colinii (1575, p. 136).
Ce programme d'instruction, qui mettait au premier rang Pétude des langues classiques, était nouveau. Le moyen âge avait surtout cultivé la scolastique, c'està-dire la logique, la dialectique, l'art stérile du raisonnement dans le vide. A cette tâche ingrate, le latin suffisait et devenait de plus en plus sec et barbare, hérissé de termes d'école, bien fait pour l'art de la dispute qui semblait alors conduire à tout. Le xvT siècle n'était pas encore mûr pour les sciences d'observation. La Renaissance se porta avec prédilection vers l'étude des langues classiques dont la beauté l'enivrait ; la Réformation les cultivait avec une ardeur égale, pour arriver à connaître l'Écriture sainte dans les textes originaux; de là l'importance donnée au grec et à l'hébreu. A l'art si vanté de la discussion se substituait l'interprétation des textes qui stimulait les facultés inventives de l'esprit. « De ces études de grammaire, a dit un fort bon juge (1), la Renaissance a fait une éducation générale, vivante, humaine, qui convient à tous, qui pour tous est la même et dont personne n'est dispensé. Désormais, ce sera celle de toute la partie de la nation qui peut s'instruire, des fils de marchands et de cultivateurs comme des nobles, des laïques et des clercs. » Ces observations montrent qu'en fondant à Châtillon-sur-Loing, c'est-àdire dans ce qui n'était, après tout, qu'une petite cité sans importance, un enseignement que nous appellerions aujourd'hui classique, Goligny obéissait aux mêmes
(1) M. Gaston Boissier, la Réforme des études au xvi e siècle. Revue des Deux-Mondes, 1 er décembre 1882.
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tendances qui avaient produit à Paris, à Strasbourg, à Genève, à Nimes, les réformes introduites par Lefèvre d'Étaples, par Jean Sturm, par Mathurin Cordier, par Claude Baduel (I). « On ne peut s'empêcher de remarquer, dit à ce sujet M. Gaston Boissier, que la réforme des études au xvi° siècle fut d'abord une œuvre protestante (2) . »
Nous avons dit l'intérêt que Renée, la fille de Louis XII, prenait à l'éducation des enfants de Goligny. La duchesse de Ferrare avait favorisé de bonne heure le mouvement de la Renaissance, et son séjour en Italie n'avait pu que développer son goût pour les lettre**. Veuve depuis 1 559 et désormais fixée en France, elle venait d'embrasser résolument la cause de la Réforme; il est certain qu'un an auparavant, le 5 juillet 1560, Calvin lui reprochait de n'avoir pas encore pris un parti décisif; le consistoire de Genève venait, sur sa demande, de lui envoyer un ministre, François Morel, sieur de Collonges, qui avait présidé le synode de Paris. Sa résolution était d'autant plus courageuse qu'elle avait pour gendre le chef le plus apparent du parti catholique, François de Guise. On comprend qu'à partir de ce moment ses relations avec les Ghâtillons durent devenir toujours plus étroites. Renée de France et Charlotte de Laval étaient faites pour s'entendre. Quelques billets échangés entre elles, et qui nous ont été
{{) Cotte question se trouve traitée avec étendue dans l'intéressant ouvrage de M. Gaufres sur Claude Baduel. (Paris, 1881).
[V Article cité, p. 596. Il ne faut pas oublier cependant les nobles efforts que faisait dans le même sens la république de Venise, fondant 4es école* gratuites dans lesquelles enseignaient des personnages aux premières familles de l'ÉtaU
COLIGNY AVANT LES GUERRES DE RELIGION. 2ol
onservés, les montrent également préoccupées d'oeuvres de charité (1).
L'amiral aimait à exercer l'hospitalité. Très sobre ians ses habitudes, d'une grande frugalité personnelle, désintéressé au point qu'il, n'ajouta pas un arpent au patrimoine de ses pères (2), il voulait que sa maison Fût largement ouverte à ceux qui, de toutes les parties de la France, venaient jusqu'à lui.
A Châtillon (notons ce dernier trait qui a sa grande importance), on respectailles droits des catholiques ; car l'amiral, seigneur suzerain du lieu, était partisan de la liberté de conscience. « Encore qu'il ne fût amateur de messes, si pouvait-il dire qu'il n'y avait lieu en France auquel les prêtres vécussent en plus grande liberté qu'ils faisaient dans sa ville. » Il ajoutait toutefois, avec sa franchise habituelle non exempte d'une malicieuse bonhomie, dit M. Tessier, « que ce n'était pas pour plaisir qu'il y prît, mais pour obéir aux édits du roi. »
Telle nous apparaît, à distance, la vie de l'amiral, dans sa grandeur austère, égayée par les joies de la famille et adoucie par sa bonté. Il ne séjourna d'ailleurs que rarement à Châtillon. Nous allons le voir rentrer dans la lutte qui revêt un caractère de plus en plus tragique.
(1) M. Jules Bonnet, dans l'article déjà cité, reproduit plusieurs extraits touchants du Livre de comptes de Renée, où Ton voit son souci des pauvres.
(2) Porro continentiae ipsius summum hoc docnmentum fuit, quod cum mazimis honoribus afTectus, privatis commodis servire et magnas opes aliorum aulicorum exemplo parare potuissct, tamen ne unum quidem agri jugerum, nu lia m villam ad paternam haereditatem adjunxit. {Vita, p. 137).