‹ Coligny avant les guerres de religionChapitre 26 sur 39 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Ouverture du colloque. — Discours de L'Hospital. — Prière et discours de Théodore de Beze. — Séance du 16 septembre; discours du cardinal de Lorraine. — Séance du 24 septembre; Pierre Martyr et Lainez. — Essai de diverses formules de conciliation. — Rupture du colloque. — Effet produit par le colloque en France. — Démarches secrètes d'un certain nombre de seigneurs catholiques auprès de Philippe II. — Arrivée à Paris des théologiens allemands; leur jugement

sur l'amiral (1).

Avant l'ouverture du colloque eut lieu à Saint-Germain rassemblée du clergé qui était appelée à voter la subvention au roi. La situation financière du royaume

(1) Pour le colloque de Poissy, outre la narration si complète de Théodore de Bèzo (Hist. eccl.) y les lettres de Théodore de Bèze et de Pierre Martyr, et les récits de La Place, de de Thou, de Castelnau, de Fleury, il faut citer le journal du docteur Despcncc, l'un des théologiens catholiques qui y ont joué le plus grand rôle, esprit grave et modéré (manuscrits 309 et 451 de la coll. Dupuy. Biblioth. nationale.). Les mémoires du curé Halton, écrits au point de vue du catholicisme le plus extrême, contiennent des détails curieux, mais tombent parfois dans la fantaisie pure; ainsi lorsqu'il met dans la bouche du cardinal de Tournon, dès la première séance, un discours tout à fait invraisemblable. M. Baum, dans son Theodor Beza (Leipzig, 1851), a traité ce sujet avec une rare compétence. 11 faut signaler aussi la très intéressante étude de M. KlipfTel sous ce titre : Le Colloque de Poissy (Paris, Librairie internationale), ainsi que les chapitres relatifs au colloque dans Soldan, Geschichte des Protestantismus in Frankreich, et dans Ranke, Fmnzœsische Geschichte (I« vol., p. 236).

était très grave. Les états généraux, à Orléans et à Saint-Germain môme, avaient parlé avec énergie de la nécessité de faire rendre leurs comptes aux grands seigneurs du royaume et même de vendre les biens du clergé. Le clergé possédait alors les deux cinquièmes du revenu du royaume (1). Le péril commun rapprochait donc le parti des grands dignitaires, Montmorency, Saint- André, les Guises et Tépiscopat tout entier. La cour ne se fit pas faute d'exercer par ce moyen une pression sur le clergé pour obtenir sa subvention, qui ne fut votée qu'à contre-cœur à la fin d'octobre ; c'est à cela qu'il faut attribuer en partie les avances que Catherine fit au parti protestant. Par lui, elle voulait intimider le clergé (2).

Le colloque s'ouvrit le 9 septembre 1361, dans le vaste réfectoire du couvent des nonnains de Poissy. La cour s'y était rendue en cortège solennel. Le roi ayant à côté de lui sa mère, son frère Henri, sa sœur, le roi et la reine de Navarre, s'assit sur un trône derrière lequel se tenait la noblesse; à droite et à gauche siégeaient les prélats. On comptait parmi eux quarante évêques et les cardinaux de Bourbon, de Tournon, de Chàtillon, de Lorraine, d'Armagnac et de Guise. Les ministres et députés des Églises réformées, partis de Saint-Germain, sous la garde d'une centaine de cavaliers, arrivèrent à Poissy un peu avant onze heures ; on les fit placer devant une barrière qui les séparait du reste de l'assem-

(1) C'est l'appréciation de Michel Soriano {Ambass. vénit., t.I**, p. 505).

(2) Despcncc, à la date du 4 août, affirme que le bruit courut que le conseil du roi tenait prêt un édit sur l'élection des curés par leurs paroistiens.

blée. Ils étaient là debout , comme des accusés à la barre ; mais leur attitude résolue montrait assez le rôle ^véritable qu'ils comptaient prendre.

Le petit roi lut un discours qu'on lui avait préparé : <c Messieurs, dit-il, je vous ai fait assembler, de divers lieux de mon royaume, pour me donner conseil sur ce que vous proposera mon chancelier, vous priant de mettre toute passion bas, afin que nous en puissions recueillir quelque fruit qui tourne au repos de tous mes sujets, à l'honneur de Dieu, de l'acquit des consciences et du repos public : ce que je désire tant, que j'ai délibéré que vous ne bougiez de ce lieu jusqu'à ce que vous y ayez donné bon ordre; que mes sujets puissent désormais vivre en paix et union les uns avec les autres, comme j'espère que vous ferez, et ce faisant vous me donnerez occasion de vous avoir en la môme protection qu'ont eue les rois mes prédécesseurs. »

Le chancelier de L'Hospital prit à son tour la parole : il justifia l'idée d'un concile national, disant que, dans un concile général, il y aurait une foule d'évôques étrangers qui ne pourraient pas juger les questions telles qu'elles se posaient en France ; il s'adressa aux prélats, et leur recommanda de recevoir les ministres « comme le père fait ses enfants, et prendre la peine de les endoctriner et instruire. » S'ils n'y parvenaient point, au moins ne pourrait-on plus dire, comme par le passé, qu'ils avaient été condamnés sans être entendus ; les prélats étaient nettement reconnus par lui « comme juges en leur cause. i> Ce principe posé, il leur recommandait la modération, leur conseillait de « se conformer le plus possible à la parole de Dieu. »

Ce langage était assurément fort conciliant ; mais il n'eu restait pas moins acquis qu'aux yeux du gouvernement les ministres n'étaient que des prévenus comparaissant devant leurs juges auxquels resterait le dernier mot. Dans de telles conditions, on peut dire que la cause était d'avance entendue.

Les ministres s'avancèrent alors jusqu'à- la barre, et Théodore de Bèze s'exprima ainsi : « Sire, puisque l'issue de toutes les entreprises, grandes et petites, dépend de l'assistance et faveur de notre Dieu, principalement quand il est question de son service, et qui surpasse la capacité de nos entendements, nous espérons que Votre Majesté ne trouvera pas mauvais ni étrange si nous commençons par l'invocation du nom d'icelui, le suppliant en cette façon, » puis, se mettant à genoux, il prononça la célèbre confession des péchés que l'on récite encore aujourd'hui à l'ouverture du culte réformé (1).

(1) La voici sous la forme où elle fut prononcée par Théodore de Bèzr (elle est, du reste, la même que celle qui se trouve dans la Forme des prières, introduite par Calvin à Genève, en 1542. Calvini Opéra, VI, 173.) « Seigneur Dieu, Père éternel et tout-puissant, nous confessons et reconnaissons sans feintise, devant ta sainte Majesté, que nous sommes pauvres pécheurs, conçus et nés en iniquité et corruption, enclins à mal faire, inutiles à tout bien, et que de notre vice nous transgressons sans fin et sans censé tes saints commandements ; en quoi faisant, nous acquérons, par ton juste jugement, ruine et perdition sur nous. Toutefois, Seigneur, nous avons déplaisir en nous-mêmes de t'avoir offensé et condamnons nous et nos vices, avec vraie rcpcntancc, désirant que ta grAce subvienne à notre calamité. Veuille donc avoir pitié de nous, ô Dieu et Père très bénin et plein de miséricorde, au nom de ton Fils Jésus-Christ, notre Seigneur et seul Rédempteur, et, en effaçant nos vices et macules, élargis fnreorde) nous et augmente de jour en jour les grâces de ton Saint- Esprit, afin que, reconnaissant de tout notre cœur notre injustice, nous soyons touchés de déplaisir qui engendre droite pénitence en nous,

L'assemblée écouta cette prière avec respect. La reine s'était agenouillée. Les cardinaux étaient restés debout, mais s'étaient découverts. Bèze, s'étant relevé, exposa avec une grande noblesse de langage le but auquel tendaient les réformés. « Ne pensez, dit-il, que nous soyons venus pour maintenir aucune erreur, mais pour découvrir et amender tout ce qui se trouvera de défaut ou de notre côté ou du vôtre. N'estimez que nous soyons tant outrecuidés que nous prétendions de ruiner ce que nous savons être éternel, c'est à savoir l'Église de notre Dieu. Ne cuidez que nous cherchions les moyens de vous rendre pareils à nous en notre pauvre et vile condition, en laquelle toutefois .(la grâce à Dieu) nous trouvons un singulier contentement. Notre désir est que les ruines de Jérusalem soient réparées ; que ce temple spirituel soit relevé ; que cette maison de Dieu, qui est bâtie de pierres vives soit remise en son entier ; que ces troupeaux, tantépars et dissipés par une juste vengeance de Dieu et nonchalance des hommes, soient ralliés et recueillis en la bergerie de ce souverain et unique pasteur. Voilà, ajouta-t-il avec une éloquence pénétrante, voilà notre dessein ; voilà tout notre désir et intention, Messieurs ; et si vous ne l'avez cru jusqu'ici, nous espérons que vous le croirez quand nous aurons en toute patience et mansuétude conféré ce que Dieu nous aura donné. Et plût à notre Dieu que, sans passer plus outre, au lieu d'arguments contraires, nous pussions

laquelle nous mortifiant a tous péchés, produise fruits de justice et d'innocence qui te soient agréables par icelui Jésus-Christ, notre Seigneur. ■• Bèzc implora ensuite la bénédiction de Dieu sur l'assemblée, sur ses travaux, sur le roi, et termina en récitant l'Oraison dominicale.

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tous d'une voix chanter un cantique au Seigneur, et tendre les mains les uns aux autres, comme quelquefois est advenu entre les armées et batailles toutes rangées de mécréants môme et d'infidèles (1). »

Nobles accents ! Appel émouvant à la concorde, que Ton aime à recueillir à cette époque troublée, dans cette rencontre unique entre les représentants des deux partis, dont la lutte allait ensanglanter la France! Peut-être est-ce à ces mots et à l'impression qu'ils produisirent que le cardinal de Lorraine faisait allusion, le lendemain, lorsqu'il s'écriait : o A la mienne volonté que celui-là eût été muet ou que nous eussions été sourds. »

Après cet exorde, Bèze commença l'exposition de la foi réformée ; il rappela d'abord les dogmes communs aux deux Églises ; puis, abordant ceux sur lesquels il y avait divergence, il en mentionna trois : le fondement de la foi, la sainte Cène et le gouvernement de l'Église (2). Le fondement de la foi était pour lui la

(1) Si l'on fais lit ici une étude littéraire, on pourrait insister sur la beauté de ce langage. Certes, le xvi e siècle a de plus grands écrivains que Bèze ; Calvin, au service d'une pensée nette et ferme, a son style incisif et* pénétrant ; Montaigne a sa grâce exquise, sa merveilleuse richesse d'expressions ondoyantes comme son esprit même ; Rabelais, sa verve puissante; d'Aubigné, le mot souvent superbe qui reste et fait tableau. Mais chez aucun de ceux-là ni des autres, la période n'est plus large, plus imposante, plus harmonieuse que chez Bèze. A cet égard, La Boëtie seul, dans la Servitude volontaire, peut lui être comparé.

(2j On ne peut s'empêcher de remarquer que si Bèze, au lieu de se placer sur ce terrain, avait abordé, comme Luther dans ses premières conférences, la question plus centrale de la justification, il aurait eu pour lui les sympathies au moins secrètes de toute la partie de l'Église de France qui avait conservé la tradition de saint Augustin et qui devait former bientôt le puissant mouvement janséniste. Sur la question de la One. les divergences au sein de la Réforme étaient déjà manifestes; là où l'Église catholique voyait, depuis le moyen âge, une transsubstantia-

sainte Écriture à laquelle devaient être subordonnés tous les enseignements des Pères et les décrets des -conciles. Quand il en vint à la sainte Cène, voulant indiquer que la présence du Christ dans le sacrement ne pouvait être que spirituelle, il exprima sa pensée sous la forme suivante : « que le corps de Jésus-Christ est éloigné du pain et du vin autant que le plus haut " ciel est éloigné de la terre. » C'était présenter la doctrine calviniste sous des termes négatifs et certainement malheureux, car la confession de foi des Églises réformées affirmait « que ceux qui apportaient à la table sacrée de Christ une pure foi recevaient véritablement ce que les signes y testifiaicnt, et que le corps et le sang de Jésus-Christ ne servaient pas moins de manger et de boire à l'âme que le pain et le vin au corps (1). » Puis donc que, d'après la doctrine calviniste, la communion spirituelle de l'âme avec le Christ glorifié correspondait certainement à la réception, faite avec foi, du pain et du vin dans la sainte Cène, il aurait mieux valu ne pas employer une expression qui semblait dire tout le contraire. Si Bèze s'était borné à affirmer que Jésus-Christ n'était à aucun degré présent d'une manière matérielle dans les espèces du sacrement, il aurait évité de fournir à ses adversaires l'occasion qu'ils cherchaient avidement, de pouvoir crier

tion matérielle du pain et du vin au corps de Jésus-Christ, Zwingle ne voyait qu'un symbole ; Luther croyait à une présence réelle du corps du Christ sous l'hostie et le vin, dont la substance toutefois ne changeait pas; Calvin affirmait qu'il y avait mystère, mais que le mystère était d'ordre tout spirituel, et qu'au moment de la communion, l'àme croyante s'unissait au Christ glorifié.

(1) Confessio G ail., art. xxxvii.

au scandale : Blasphemavit ! ce fut l'exclamation indignée du vieux cardinal de Tournon , auquel presque tous les prélats firent écho.

Bèze n'en continua pas moins son discours, et montra que les réformés repoussaient les traditions qu'ils trouvaient condamnées par l'esprit et la lettre des Écritures. Lorsqu'il eut achevé, il se mit à genoux, fit une prière silencieuse ; puis, s'étant relevé, il s'avança et présenta au roi la confession des Églises réformées, en disant : « Sire, il plaira à Votre Majesté n'avoir égard à notre langage tant rude et mal poli, mais à l'affection qui vous est entièrement dédiée. Et, d'autant que les points de notre doctrine sont clairement et plus au long contenus dans cette confession de foi que déjà nous vous avons présentée et sur laquelle se fera la présente conférence, nous supplions très humblement Votre Majesté de nous faire derechef cette faveur de la recevoir de nos mains, espérant, moyennant la grâce de Dieu, qu'après en avoir conféré en toute sobriété et révérence de son nom, nous nous trouverons d'accord; et si, au contraire, nos iniquités empêchent un tel bien, nous ne doutons pas que Votre Majesté, avec son bon conseil, ne sache bien pourvoir à tout, sans préjudice ni de l'une ni de Vautre des parties, selon Dieu et la raison. »

Comme on le voit, par ces dernières paroles, Bèze écartait clairement l'idée que les réformés fussent des accusés ayant des évoques pour juges. A ses yeux, le colloque était une conférence entre deux parties plaidant devant le roi.

Le cardinal de Tournon s'était à peine contenu jus-

que-là ; aussitôt que Bèze eut fini, « tout tremblant de courroux, il prit, comme cardinal et président de l'assemblée (du clergé), au nom d'icelle, la parole, s'adressant au roi, le suppliant leur vouloir donner jour pour répondre ; y ajoutant que, sans le respect qu'ils avaient en sadite Majesté, ils se fussent levés en oyant les blasphèmes et abominables paroles qui avaient été proférées et n'eussent souffert qu'on eût passé outre (1) ; » puis il supplia le roi d'oublier de tels discours et de revenir. . . (ici il se corrigea brusquement sentant la faute qu'il venait de faire) et ajouta : ou plutôt de rester fidèle à la foi de ses pères. Le mot qui lui avait échappé prouvait que le clergé était au courant des sentiments que le jeune roi avait secrètement exprimés à Jeanne d'Albret. Catherine s'en montra blessée et répondit assez sèchement que c'était d'après la pure parole de Dieu qu'on devait déterminer ce qui était droit ou faux et que cette réunion n'avait pas d'autre but.

Les évoques, auxquels il répugnait d'entrer en discussion avec des hérétiques, décidèrent d'arrêter simplement une profession de foi à laquelle les protestants seraient tenus d'adhérer; mais Michel de L'Hospital ayant refusé de s 3 prêter à cette entreprise, le débat se rouvrit dans la ccance du 16 septembre.

Dans l'intervalle qui s'écoula entre les deux séances, Pierre Martyr arriva, apportant au groupe des ministres protestants le concours d'une science théologique plus étendue que celle d'aucun de ses collègues. Dans la séance du 16 septembre, qui fut encore présidée par

(i) La Place (Commentaires, 1. VI).

le roi, le cardinal de Lorraine prit la parole. Il parla de l'obéissance due aux rois, précaution oratoire qui lui permit de poser plus facilement le principe que le roi n'était pas juge en matière spirituelle. Il fit de l'Église catholique et de son unité une peinture éloquente, et montra qu'elle devait être juge du sens de l'Écriture et, par conséquent, des controverses. Quand il en vint à l'Eucharistie, il évita soigneusement de parler de la messe ni de la transsubstantiation, et se borna à insister sur le fait que, dans ce mystère, le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ nous sont donnés d'une manière réelle. Ce discours, qui dura une heure et demie, était très modéré dans la forme. L'impression qu'il produisit fut grande; aussi, le soir, quand on fut de retour à Saint-Germain, Condé et l'amiral mandèrent Bèze et Pierre Martyr, et leur recommandèrent d'user de la môme modération (1). Cest ce que ne manqua pas de faire Pierre Martyr dans un entretien qu'il eut le lendemain avec la reine mère, qui voulait savoir ce qu'il pensait du discours du cardinal (2). Pierre Martyr l'apprécia avec équité, relevant les points où il était d'accord avec lui. Comme Catherine insistait et lui demandait s'il ne pourrait pas suggérer quelque moyen de rapprochement : « Ce serait,

(t) Lettres de Bèxe, 17 septembre {Arch. de Berne), et de Pierre Martyr, 19 septembre {idem).

(S) Catherine s'entretint souvent avec Pierre Martyr peodaut le colloque. Hubert Languct, dont la clairvoyance était connue, la juge ainsi dans sa correspondance : « Que dirai-jc d'elle? Vraiment, je ne le sais, mais ce dont je ne doute pas, c'est que, de quelque coté que tourne la fortune, elle y tourne aussi ; son principal soin, c'est de gouverner, et ni pour les papistes ni pour les réformés, elle n'est disposée à jouer sa destinée. » {Arcana secuii, etc.. lib. II. p. 141).

répondit avec finesse le théologien, de réserver l'article de l'Eucharistie, en permettant à chacun de croire et de prêcher sur ce point la doctrine qu'il estimerait conforme à la parole de Dieu. La diversité de croyance ne doit pas faire oublier ici à des chrétiens la charité fraternelle et les pousser à se flétrir réciproquement du nom injurieux d'hérétiques. »

« La reine approuva vivement ce langage ; puis, un moment après, elle se rapprocha du feu où Antoine de Navarre, le prince de Gondé et l'amiral se tenaient avec Théodore de Bèze et, avant de congédier les deux ministres, elle les exhorta à travailler à l'accord des réformés et des catholiques (1). »

A supposer que Catherine fût sincère dans cette tentative, elle fut détournée de la poursuivre par les conseils du légat du pape dont nous avons déjà parlé et qui venait d'arriver à la cour. Il ne pouvait empêcher le colloque; mais il suggéra l'idée que le roi n'y assistât plus et qu'on n'y admît qu'un nombre très restreint de délégués. C'était enlever à cette assemblée toute la solennité qui l'avait jusque-là signalée à l'attention (2).

En effet, dans la troisième séance, celle du 24 septembre, il n'y eut en présence, outre les cardinaux, que seize docteurs catholiques et les douze ministres réformés, avec la reine, le roi de Navarre et quelques seigneurs.

Bèze y traita la question de l'Église, montra qu'à

(i) Lettre de Pierre Martyr. (Arch. de Berne.)

(2) Ce fait est attesté dans le Discours des Actes de Poissy (Mémoires de Condé, t. II, p. 490).

côté de la vocation ordinaire, il peut y en avoir une extraordinaire, l'esprit de Dieu ne dépendant pas absolument de la consécration des hommes. Il rappela que les conciles avaient souvent erré ; que, par conséquent, c'était à l'Écriture sainte qu'il fallait en revenir.

Le docteur Despence lui répondit avec gravité ; il contesta la légitimité du ministère des protestants, soutint que l'Écriture seule ne pouvait suffire, insista sur le rôle de la tradition ; là-dessus, comme la discussion se prolongeait, le cardinal de Lorraine parla sur la nécessité d'en revenir à la question de l'Eucharistie et demanda aux réformés s'ils étaient prêts à signer, sur ce point, la confession d'Augsbourg ; ce à quoi Bèze répondit fort à propos en demandant au cardinal si lui-mOme l'approuvait.

La séance suivante eut lieu le 26 septembre ; on y revint sur les mômes questions du ministère et de la sainte Gène. Bèze, Despence, Pierre Martyr s'y firent entendre ; la discussion restait grave et digne, lorsqu'un acteur nouveau vint la passionner. C'était le jésuite Lainez, dont nous avons parlé et qui, pour la première fois, prenait part aux débats. Lainez qui savait combien son ordre était encore suspect à l'épiscopat français, voulut se concilier sa faveur en lançant aux docteurs protestants des épithètes outrageantes ; il les traita de loups, de renards, de singes et d'assassins. Apostrophant directement la reine mère, il lui dit que son devoir était de chasser les réformés du royaume; Catherine fut blessée de ce langage. Théodore de Bèze répliqua avec énergie, et le débat se prolongea jusqu'à la nuit.

Il devenait de plus en plus évident que ces discussions publiques n'aboutiraient pas. Catherine y renonça, et on essaya d'un moyen nouveau, la rédaction de formules relatives à la sainte Cène .

Une commission composée de quelques-uns des représentants les plus modérés des deux partis se rassembla et rédigea le formulaire suivant : « En tant que la foi appréhende ce qui est promis et rend présentes les choses absentes et que cette foi prend très véritablement le sang et le corps de notre Seigneur Jésus-Christ par la vertu du Saint-Esprit, en ce cas nous confessons la présence du corps et du sang d'icelui en la sainte Cène, en laquelle il nous présente et exhibe très véritablement la substance de son corps et de son sang par l'opération du Saint-Esprit, et nous y mangeons spirituellement et par foi ce propre corps qui est mort pour nous, pour être os de ses os et chair de sa chair, afin d'en être vivifiés et percevoir tout ce qui est nécessaire au salut. » Cette confession reposait sur une équivoque ; elle n'exprimait franchement ni la doctrine catholique ni celle des réformés. Ceux-ci la modifièrent et présentèrent finalement une rédaction nouvelle (1) qui fut

(1) La voici : « Nous confessons que Jésus-Christ en la sainte Cène nous présente, donne et exhibe véritablement la substance de son corps et de son sang par l'opération de son Saint-Esprit, et que nous recevons et mangeons sacramentcllement, spirituellement, et par foi ce propre corps, qui est mort pour nous, pour être os de ses os et chair de sa chair, afin d'en être vivifiés et de percevoir tout ce qui est requis à notre salut. Et pour ce que la foi appuyée sur la Parole de Dieu nous fait et rend présentes les choses produites, et que par cette foi nous prenons vraiment et de fait le vrai et naturel corps et sang de notre Seigneur, par la vertu du Saint-Esprit, en cet égard, nous confessons la présence du corps et du sang d'icelui notre Seigneur en la sainte Cène. » On souffre,

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soumise à une nombreuse commission catholique dont faisaient partie tous les docteurs de la Sorbonne présents à Poissy .

Le 9 octobre, ceux-ci lurent dans l'assemblée générale leur rapport sur cette formule qu'ils déclarèrent insuffisante, captieuse et hérétique. Ils proposèrent une confession de foi strictement catholique. Le cardinal de Tournon déclara alors que toute discussion était close; puis les évoques et les cardinaux se levèrent et répétèrent les paroles de la confession catholique, et le cardinal de Lorraine prononça l'anathème contre ceui qui n'y adhéraient pas. Ainsi se termina le colloque de Poissy (i).

en lisant celte déclaration, de voir au moyen de quelles équivoques on prétendait concilier des hommes, dont les uni croyaient h la tranisubstantialion et adoraient l'hostie, et dont lea autres croyaient fermemenque nul changement ne s'opérait dans la substance du pain et du vin, et que la présence du Christ dans l'Eucharistie élalt un fait tout spirituel, que la fol seule pouvait saisir.

(I) Nous ne pouvions que retracer sommairement l'histoire du colloque dans ai'i traita généraux; mais il est bon de rappeler deux choses : I" simultanément avec le colloque avait lien un véritable synode du clergé catholique, dans lequel on examina douze articles sur lesquels on jugeait qu'il y avait des réformes h faire pour donner satisfaction à l'opinion publique. Ces articles ne louchaient en rien s la doctrine, mail uniquement fi des abus relatifs a l'ordre ecclésiastique ; S° après le ootloque, Catherine de Médlcis essaya d'organiser de nouvelles conférences entre catholiques et réformés, en présence du conseil privé. Ces conférences m prolongèrent même jusque après l'édit de janvier. On y traita surtout de la question des Images. Plusieurs catholiques, Salignac, Montluc, Dopence, etc., volèrent avec les réformés pour qu'on les supprimai; mail II majorité s'y opposa avec véhémence. Ce qui malheureusement envenima le débat, ce furent lea destructions do statues et d'ornement* sacrés que les huguenots faisaient en provinri-, nintpré les sévè CalvUi, de Bèic, de Coligny. Le» cunfcrnm-es restèrent sans fruits. Il y avait, du reste, bien de l'Illusion h eroin; que ces réformes de ai' pourraient arrêter le grand mouvement protestant.

Comme on pouvait s'y attendre, chacun des deux partis prétendit avoir vaincu l'autre. En réalité, la discussion avait été écourtée, incomplète; un seul point, celui de l'Eucharistie, avait été traité avec un peu d'étendue. Le parti catholique modéré, représenté par des hommes tels que Montluc et Despence, avait été débordé par le cardinal de Tournon, et surtout par Lainez qui devait obtenir pour récompense de voir Tordre des jésuites reconnu en France. L'idée de réunir protestants et catholiques sous un symbole commun devait être désormais écartée. Il ne restait donc plus que deux partis à prendre : ou proscrire la communion nouvelle par la force (c'était ce qu'on essayait depuis tantôt quarante ans) ; ou admettre la coexistence légale de deux religions. C'est à ce dernier avis que se rangea L'Hospital.

L'impression produite par le colloque avait été plutôt favorable aux huguenots. Ils y gagnèrent plusieurs adhésions éclatantes à leur parti (1). Leurs livres se

(1) Entre autres, celle de La Place, président de la Cour des Aides, que l'on a pu appeler plus tard avec justesse le L'Hospital des protestants; car il fut l'un des rares esprits de ce temps qui comprirent la liberté religieuse et défendirent toujours la cause de l'humanité. C'est a lui que nous devons les Commentaires de Vétat de la religion et de la république sous les rois Henri //, François H et Charles IX, « ouvrage remarquable par son impartialité. » La Place devait être égorgé à la Saint-Barthéicmy. Outre La Place, il faut citer, parmi ceux qui se rattachèrent a la Réforme, après le colloque, lévêque de Troyes, Carraccioli ; il était fils d'un maréchal de France, le prince de Melphcs; mais c'était un homme sans consistance et d'une conduite légère. Il devait retourner à l'Église romaine, puis osciller ensuite jusqu'à sa mort entre les deux partis. Les protestants firent une recrue bien plus sérieuse en la personne de Pierre Ilamus, le philosophe le pins célèbre de son temps. Racontant plus tard sa conversion, il écrivait au cardinal de Lorraine : « Ce n'est pas par moi-même, c'est par votre

propageaient rapidement partout (1). On avait vu, pour la première fois, une reine. Jeanne d'Albret, professer ouvertement les croyances réformées dans le voisinage même de la cour, et inviter les plus grands seigneurs aux proches qui se faisaient dans ses appartements ; à l'issue de ces services, protestants et catholiques se rencontraient et conféraient sur les sujets qu'on y avait traités. Dans ces entretiens familiers, bien des préventions tombaient ; on découvrait que ces odieux sectaires n'étaient pas aussi noirs qu'on se les était figurés ''2^. On avait entendu affirmer publiquement, devant le roi lui-même, ces doctrines qui, quelques

bienfait (le plus grand de tous ceux dont vous m'avez comblé) que j'ai appris cette précieuse vérité, si bien exposée dans votre discours au colloque de Pois.*y, que, des quinze siècles écoulés depuis le Christ, le premier fat véritablement un siècle d'or, et, qu'à mesure qu'on s'en est éloigné, tous les siècles qui ont suivi ont été de plus en plus vicieux et corrompus. C'est alors, qu'ayant à choisir entre ces différents Ages du christianisme, je m'attachai à « l'Age d'or. >• Comme La Place, Ramus devait mourir à la Saint- Barthélémy.

(1; Il faut lire, sur ce point, les lamentations de Claude Hatton, curé de Provins, qui, dans ses Mémoires, énumère « les psaumes maroliques et béziens » ainsi que les « catéchismes, boucliers de la foi », etc., et « autres infimes livres pleins de la doctrine de leur prétendue religion, imprimés à Genève et à Lyon, en Dauphiné, tous bien reliés en peau de veau rouge et noire, les aucuns bi«»n dorés, desquels ils firent présents aux princes et princesses de la cour, jusques à la personne du roi, et le reste desdits livres furent exposés en vente à la cour et en la ville de Paris, par permission du roi. 11 passa, par la ville de Provins, quatre charretées pleines desdits livres que l'on menait à la cour, enfoncés dan» de grandes tonnes de bois de sapin. » (Mémoires, t. I", p. 160, cités par Klipffel..

(2j Dans, les lettres que Bèze adresse à Calvin, on sent parfois une certaine détente, et le mot pour rire se glisse au milieu de ces graves débats. Un jour, par exemple, que l'on dînait chez l'amiral, il y avait là un perroquet qui ne cessait de crier : « Vie, vie! la messe est abolie. N'oscrait-on parler de Dieu en tout lieu? Parlons de Dieu en tout lieu. » Voyez Jules Bonnet {Lettres de Calvin, t. II, p. 426, note).

mois auparavant, valaient à leurs représentants les ignominieux supplices de la place Maubert et de la place de Grève. Vers la fin de septembre, à quelques pas de Saint-Germain, à Argenteuil, Bèze avait béni un mariage à la mode de Genève , celui de Jean de Rohan, cousin du roi de Navarre et de Diane de Barbançon, nièce de la duchesse d'Etampes ; Jeanne d'Albret, l'amiral et sa femme, le prince et la princesse de Gondé et une foule.de grands personnages y assistaient. Une telle cérémonie, célébrée sans aucune protestation de la part de la cour, avait la valeur d'un grand événement public.

« En définitive, les réformés furent les seuls à qui le colloque profita (1 ) . » Malheureusement, des excès vinrent gâter leur triomphe. Sur beaucoup de points de la province, à Orléans, Blois, Tours, Angers, Lyon, Montpellier, ils s'emparèrent des églises, détruisant les images, et des scènes tumultueuses se produisaient.

Philippe II, cependant, s'alarmait de ces symptômes. H fit entendre des paroles menaçantes. On apprit à Paris qu'un certain nombre de catholiques français s'étaient mis en relation directe avec lui, réclamant même la promesse de son intervention armée contre les hérétiques, s'il y avait lieu. Le sentiment national en fut douloureusement blessé, et Catherine se vit obligée d'intervenir. Elle attendit l'arrivée de Jacques de Monberon, sieur d'Aussance, qu'elle avait envoyé auprès de Philippe II pour se justifier d'avoir convoqué le colloque. L'ambassadeur revint le 14 octobre et

(1) La Ferrièrc (Inlrod. aux Lettres de Catherine de Médicis, p. cvm).

déclara que Philippe II allait répétant tout haut « qu'il valait mieux aller éteindre le feu en la maison de son voisin qu'attendre en la sienne. » La reine lui demanda ce que Philippe II pensait de ses enfants. « Le roi, répondit Monberon, pense que le jeune Charles IX fera tout ce que sa mère voudra ; mais que, quant à M. d'Orléans et à M me Marguerite, il serait malaisé de les pervertir, » et Monberon ajouta qiie Philippe II se vantait de savoir tout ce qui se passait chez la reine mère mieux que Catherine elle-même (1).

L'attitude de Chantonnay, l'ambassadeur d'Espagne, ne faisait que confirmer le langage de Monberon. Il disait ouvertement que le roi son maître avait offert à la reine mère toutes ses forces contre les hérétiques, et que, si elle les refusait, il les offrait à tous les catholiques (2).

Catherine n'y tint pas, et quand Chantonnay vint à son lever, le 16 octobre, elle l'interpella avec une telle énergie que l'ambassadeur d'Espagne en conclut qu'elle avait préparé sa réponse avec l'amiral, le cardinal de Châtillon , l'évoque Monluc et le roi de Navarre, c Si quelques-uns des sujets du roi, lui dit-elle, réclamaient un secours étranger, le roi saurait y aviser et les châtier de telle sorte qu'ils s'en repentiraient. » L'entretien s'envenima; Chantonnay l'accusa de favoriser les hérétiques, et, en résumant ses impressions sur la reine, il

(i) Lettre de Chantonnay à la duchesse de Parme (octobre 1561), citée par La Fcrriere (irf.). Quelque bien renseigné que Philippe crût être, il ignorait que c'était précisément le petit duc d'Orléans (le futur Henri III) qui à ce moment était « perverti » et s'efforçait de « pervertir » Marguerite.

(2) Même lettre.

écrivait à la duchesse de Parme que Catherine n'avait réellement confiance qu'en Goligny et en ceux de son parti.

Un événement futile contribua encore à exaspérer Catherine. Nemours, qui appartenait au parti des Guises, offrit au petit duc d'Anjou de l'emmener en Savoie. Là-dessus l'imagination de la reine travaille ; elle se persuade que le parti catholique veut lui enlever son fils et Técrit à tous les siens. Elle dicta à Charles IX, le 21 octobre, une lettre qui fut adressée à l'évêque de Limoges, ambassadeur de France à Madrid. Le langage de Charles IX était fier, presque menaçant. Répondant à Philippe II, qui avait déclaré « que des Français de l'ancienne religion l'avaient requis de leur assister à la manutention d'icelle, s'ils étaient contraints de s'élever et prendre les armes pour cet effet, de les secourir et employer ses forces et sa puissance en leur aide, » Charles IX s'exprimait ainsi : « Sur quoi je vous prierai de le remercier très affectueusement de ma part de cette bonne volonté, etc.; mais, quant au second point, qui touche l'élévation de mes sujets, je ne puis tenir de trouver ce propos étrange, d'autant que, n'étant licite à aucun sujet de s'élever contre son prince pour quelque occasion que ce soit, je ne puis croire qu'en une cause commune et qui touche et regarde tous les princes et potentats, ceux de mes sujets qui se seraient tant oubliés puissent trouver faveur, support et aide contre ceux qui me seraient amis. » Et un peu plus loin, parlant de l'amitié que lui porte le roi d'Espagne, il écrivait : « Cette amitié me fait espérer que, connaissant tels mutins rebelles et ennemis de moi et de ma couronne,

m VIE DE COLIGXY.

s'ils s'adressent à lui, non seulement il les rejettera comme ennemis et perturbateurs du repos public, mais m'avertira de leurs noms et qualités pour en faire la punition et châtiment tel que leur malice le mérite; autrement, il me fera connaître le peu d'assurance qu'il y aura en ses paroles et offres de sa bonne volonté tant de fois réitérée, dont, s'il n'y a rien de vrai, je le prie et le conjure par l'amitié qu'il me porte, tout aussi que je ne m'empêche de ses affaires plus avant qu'il ne veut, me laisser faire les miennes, espérant, sans qu'il soit besoin d'y eirçpêcher personne, en venir si bien à bout qu'il ne me sera de besoin y employer ni lui ni autre quelconque de mes voisins (1). »

On voit quel était l'état d'esprit de Catherine au moment où le colloque de Poissy se terminait.

Quelques jours après, tous les ministres protestants avaient quitté Saint-Germain, à l'exception de Pierre Martyr, de Théodore de Bèze et des de Gallars. Coliguy venait de s'attacher ce dernier comme aumônier, en l'absence de Merlin, que Genève avait réclamé.

(Test à ce moment (lin d'octobre) qu'arrivèrent à Paris les théologiens allemands envoyés, à la sollicitation du roi de Navarre, par l'électeur palatin et le duc de Wurtemberg; l'électeur était réformé; le duc, luthérien prononcé; celui-ci avait recommandé à ses docteurs Bcurlin, Bidenbach, Andréa}, de faire aux catholiques toutes les concessions possibles et de chercher dans la confession d'Augsbourg un terrain de rappro-

«D Cette lettre se trouve au British Muséum, vol. 19,212, folio* 23 et 2i. Une minute en existe dans le n° 15,87a du Fonds français, f° 364.

chement avec eux. Ou comprend sans peine que si ces théologiens étaient arrivés eu plein colloque, leur présence n'aurait servi qu'à rendre les discussions plus embrouillées et plus ardentes. Bèze se félicita de ce qu'ils étaient venus trop tard (1). Le roi de Navarre se plaignit auprès d'eux de ce que les Guises feignaient d'adhérer .à la confession d'Augsbourg ; à cette époque, son langage était encore celui d'un protestant convaincu. La mission des docteurs allemands était donc inutile. Avant de repartir, ils visitèrent les principaux seigneurs protestants. « Nous saluâmes l'amiral, écrit l'un d'eux, Pierre Boquin, et lui annonçâmes notre prochain retour en Allemagne. Dans un langage empreint d'une dignité et d'une bonté qui lui sont habituelles, il nous adressa les meilleurs vœux; puis, arrivant à parler de la religion chrétienne, au service de laquelle il consacre toute l'énergie de son âme, il nous recommanda chaleureusement de travailler à en étendre l'influence salutaire, en nous prémunissant contre tout esprit de discorde (2). Il déclara qu'en tout ce qui dépendrait de lui, il ne cesserait de concourir à l'avancement du règne de Jésus-Christ, devoir sacré qui lui tenait au cœur plus profondément que jamais; qu'il était convaincu que l'électeur palatin partageait, à cet égard, ses sentiments, et qu'il nous priait d'autant plus instamment de transmettre à ce prince l'expression de

(1) Lettre à Calvin, en date du 23 octobre.

(2) C'est à ces traits de détail que Ton reconnaît l'esprit de largeur de Coligny. Tandis que Bèze ne voit chez les théologiens luthériens que des eutychiens et presque des ennemis, l'amiral cherche à rapprocher les deux communions et arrache au luthérien Andreae le vœu que noue mentionnons plus loin.

sa cordiale sympathie (1). » « Si Dieu, écrivait de son côté Andreœ, consent à faire surgir le salut de l'État du milieu des troubles qui désolent présentement la France, ce sera certainement en faisant de cet homme l'instrument de ses desseins. »

(i) Kluckholm. Briefe Friedrich* des Frommen, 1 Band, S. 224, traduit par M. Delaborde (t. I", p. 554).

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