‹ Coligny avant les guerres de religionChapitre 27 sur 39 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Progrès du protestantisme à Paris. — Assemblées publiques à Popincourt et dans l'enclos du Patriarche. — Soulèvements populaires contre les protestants.— Le connétable saccage le lieu de culte de Popincourt — LHospital et Coligny préparent l'édit de janvier 1562. — La liberté religieuse au seizième siècle. — Appréciation de redit. — Défection d'Antoine

de Navarre.

Depuis le colloque, la situation des réformés gagnait chaque jour en importance. Leur parti faisait des conquêtes dans la plus haute noblesse. Malgré redit de juillet encore existant, malgré les réclamations réitérées du légat, des prélats français et de l'ambassadeur d'Espagne, le roi se vit forcé de leur accorder la faculté de célébrer leur culte dans les faubourgs de Paris. « Il le fit, dit Languet (1), sous la réserve que nous ne dépasserions pas le chiffre de deux cents; mais, à la première assemblée nous étions plus de dix mille. » Les deux endroits choisis pour se réunir étaient l'enclos du Patriarche, au faubourg Saint-Marcel, et le lieu appelé Popincourt, au faubourg Saint-Antoine (2). Le prince

(1) Dans une lettre écrite la veille de la Saint- Martin, 1561.

(3) On a conservé le règlement rédigé alors par le consistoire pour « U distribution des deniers et aumônes aux pauvres de l'Église réformée, en la ville de Paris. » (Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme français, U I er , p. 254).

de La Roche-sur- Yon, gouverneur de Paris, faisait protéger les réunions par des troupes. Le peuple s'émerveillait de voir passer la foule qui se rendait aux assemblées, et dans laquelle figuraient des représentants des plus vieilles familles de France.

Mais le fanatisme ne pouvait longtemps supporter un tel scandale. Le lendemain de Noël, au moment où le pasteur Jean Malot prêchait au Patriarche, à trois heures de l'après-midi, le clergé de Saint-Médard fit sonner à toutes volées les cloches de l'église qui était attenante à l'enclos. Impossible d'entendre la voix du prédicateur. Celui-ci suspend le service, fait chanter le psaume XVI e ; pendant ce temps, deux protestants vont prier le curé de Saint-Médard d'arrêter la sonnerie ; on les assaille, et l'un d'eux est tué sur le coup. Les réformés, furieux, envahissent l'église ; les prêtres se barricadent et engagent une lutte que l'arrivée du guet put seule arrêter. On amena au Ghâtelet trente-six catholiques comme provocateurs du tumulte. Mais le lendemain le peuple, pour se venger, envahit l'enclos du Patriarche et le saccagea. Le Parlement donna tort aux protestants et fit arrêter et pendre le chef du guet, Gabaston, qui, quoique catholique, avait pris au sérieux son devoir. Deux jours plus tard, Anne de Montmorency lui-même, à la tête d'un corps de troupes, alla dévaster le temple de Popincourt et gagna à cette ridicule aventure le surnom de capitaine Brûle-Bancs.

Il fallait, à tout prix, mettre un terme à ces violences

et assurer aux réformés une protection légale. Goligny et L'Hospital s'y employèrent activement.

Nous touchons ici à une date importante dans l'his-

toire de France. L'édit de janvier devait être, dans la pensée de ses auteurs, un acte considérable. Il convient d'examiner de près ici comment la question de la liberté religieuse était envisagée par les hommes de ce temps.

On peut réclamer la liberté de conscience avec sa conséquence logique, qui est la libre manifestation des opinions religieuses, en partant de deux principes différents.

On peut dire que l'État doit à toutes les croyances (tant qu'elles ne portent pas atteinte à l'ordre public) une protection ou une indifférence égale, parce qu'aucune d'elles n'est évidente et n'a le droit de s'imposer comme telle. C'est la manière de voir qui, avec Locke et ses successeurs, a fait lentement son chemin au xvm a siècle et a fini par triompher, au moins en théorie, aujourd'hui.

On peut, en se plaçant à un point de vue supérieur, qui est, selon nous, celui du christianisme bien compris, affirmer que la relation des consciences avec Dieu échappe, par sa nature môme, à l'action du législateur, que les convictions religieuses n'ont de valeur morale qu'en tant qu'elles sont libres, et que, s'il faut choisir entre la vérité imposée et la liberté de l'erreur, c'est la dernière qui est vraiment morale, car la liberté respecte au moins la conscience, tandis que celui qui obéit à la vérité par la force obéit à la force et non pas à la vérité.

Or, il est évident que ni l'un ni l'autre de ces principes n'était reconnu au xvi e siècle. Rien n'est plus faux que d'appliquer aux hommes de ce temps-là nos

pensées et notre langage modernes. Dire que la Réforme s'est faite au nom de la liberté religieuse ou de ce qu'on a appelé plus tard le libre examen, c'est énoncer une thèse absolument contraire aux faits.

La prétention des réformateurs était d'avoir retrouvé la vérité chrétienne et de la substituer partout aux erreurs de l'Église romaine. Or, comme à leurs yeux le magistrat était armé pour défendre cette vérité, ils enseignaient qu'il pouvait et devait le faire par la force. Lorsque le souverain d'un État, lorsque la majorité dans un canton suisse s'étaient déclarés pour la Réforme, il ne restait à la minorité catholique d'autre alternative que la soumission ou l'exil. Cette manière de voir, qui nous paraît aujourd'hui monstrueuse, tout le monde alors la partageait. Si la minorité résistait, elle était impitoyablement frappée. Si le magistrat protestant trouvait devant lui non plus seulement le catholique récalcitrant, mais l'hérétique déclaré, par exemple, un antitrinitaire tel que Servet, alors l'exil ne lui suffisait plus, et sans remords il le livrait au bûcher. Pour avoir blâmé ces choses, Castalion fut exilé de Genève et mis au ban de la chrétienté (1).

Quand donc L'évêquc Montluc, à l'assemblée de Fontainebleau, après avoir rendu à la piété des réformés un éloquent hommage, concluait en demandant qu'on les

M) Il ne sert de rien d'alléguer d'admirables paroles sur la liberté de la conscience que Ton peut recueillir chez Luther, chez Zwingle, chez les anabaptistes persécutés. Tous les partis qu'on opprime ont eu de ces protestations éloquentes. Tertullien en avait prononcé de magnifiques et, cependant, qui oserait prétendre que Tertullien, si dur envers les hérétiques, eût conseillé la tolérance sous un empereur chrétien?

exilât, à .moins qu'ils ne vécussent désormais « catholiquement, » il ne faisait que leur appliquer le principe que les réformés pratiquaient là où ils étaient les maîtres.

Supposons que François I er ou Catherine de Médicis, appuyés sur les Parlements, se fussent, comme on le pensa un moment, déclares pour la Réforme, peut-on croire qu'ils eussent inauguré un régime de liberté religieuse? Us auraient fait ce que faisaient Elisabeth et les souverains protestants d'Allemagne, et ce n'est, certes', ni Bèze ni Calvin qui les en eussent blâmés. Cela est si vrai que, lorsqu'à Poissy même les ministres discutaient sur la question des croix et des images, ils voulaient que le roi les supprimât partout.

Ne pouvant pas être les maîtres en France, que demandèrent les protestants ? D'être tolérés, protégés par la loi, de pouvoir tenir leurs assemblées. Mais le demandaient-ils au nom des droits supérieurs de la conscience? Nullement. Ils disaient ceci : « Vous devez nous reconnaître; car nous sommes chrétiens, nous adhérons aux Symboles des apôtres et de Nicée, la loi ne peut pas nous frapper. »

Voilà ce que réclamait Coligny, voilà ce qu'admettait L'Hospital, et si ce principe avait été accepté, il en serait résulté la coexistence légale des deux religions dans le royaume ; or, il est évident que cela n'était pas encore la liberté.

Eh bien ! cela même était déjà un idéal que ne comprenait pas cette époque; on le vit bien à la résistance qu'allait rencontrer partout Tédit de janvier, résistance qui n'aurait pu être vaincue que par la ferme volonté

du souverain. Et ici encore n'accusons pas seulement la France catholique. Demandons-nous de bonne foi si Elisabeth en Angleterre, ou Calvin à Genève, ou les magistrats de Berne ou de Zurich eussent accepté que la messe ou le prêche pussent se célébrer simultanément sur leur territoire. Bien du sang devait couler avant que, de guerre lasse, ce principe triomphât, et c'est Guillaume d'Orange, dans les Pays-Bas, c'est la France, par redit de Nantes, qui devaient le consacrer par des lois. Quand on veut juger le xvi e siècle avec quelque justice, il faut reconnaître loyalement que Tintolérance fut alors Terreur de tous les partis. En reconnaissant que ceux qui la pratiquaient étaient sincères, Thistorien n'est pas désarmé pour juger les perfidies et les crimes que les hommes de ce temps y ont souvent ajoutés, et qui n'ont pas pour excuse les préjugés d'une époque, car la conscience alors les flétrissait comme aujourd'hui.

En préparant Tédit de janvier, L'Hospital et Coligny devançaient leur siècle. Coligny devait plus tard faire de nouveaux pas dans cette voie et entrevoir un plus grand idéal de liberté.

Vers la fin de décembre 1561, Tamiral avait remis au roi une supplique de deux mille cinquante Églises (1), qui réclamaient le droit de célébrer leur culte. Au commencement de janvier 1562, on convoqua à Saint-Ger-

(1) MM. Haag, dans la France protestante (tome I er , pièces justificatives, page ' E2), ont donné un tableau aussi complet que possible des Églises protestantes à cette époque.

La requête des protestants se trouve dans les Mémoires de Condé (t. II, p. 575 et suiv.).

main, par l'ordre du roi et sous sa présidence, une assemblée composée des princes du sang, des membres du conseil privé et de conseillers choisis dans les divers parlements.

Michel de L'Hospital l'ouvrit. Il rappela tout ce qui avait été tenté jusque-là pour produire la paix religieuse : les édits d'Amboise, de Romorantin, de Fontainebleau, les états d'Orléans, le colloque de Poissy ; il dit que le protestantisme n'avait fait que croître et pouvait, comme un arbre puissant, écraser ses ennemis dans sa chute.

11 eut des paroles émues pour montrer que le roi ne pouvait se mettre d'un des partis, car ce serait « dire qu'il devrait assembler une armée pour ruiner l'autre, chose qui est non seulement répugnante au nom de chrétien que nous portons, mais à toute humanité. » Et, d'ailleurs, comment pourrait-on combattre, quand on verrait dans l'autre camp son père, son fils, ses plus proches? La victoire, de quelque côté qu'elle fût, ne pourrait être que dommageable tant aux vainqueurs qu'aux vaincus, « tout ainsi que si les parties.du corps se défaisaient l'une l'autre. » Il montra qu'on n'avait pu exécuter l'édit de juillet, qu'il fallait aviser à de nouveaux remèdes. « Le roi, dit-il, ne veut point que vous entriez en dispute quelle opinion est la meilleure, car il n'est pas ici question de constituenda religione, sed de constituenda republica; » un excommunié ne laisse pas d'être un citoyen. « Si un catholique peut vivre en paix avec un membre de sa famille qui appartient à la religion nouvelle, pourquoi le même fait ne se produirait-il pas dans l'État ? » Langage libéral et

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U:jé lettre ïùl Le^aL. Hippclyte d'Esté, au cardinal Borromee. â la -iate Ju 17 janvier, montre dans quel esprit cette c: ^cession était faite : « On ne leur concède que temporairement, écrit-il, de tenir leurs prêches: car, dès qu'on aura fini le concile 'de Trente), on s'attend à les chasser du royaume. » Dans la même lettre, il annonce que le roi de Navarre vient de se détacher du parti protestant et a parlé ouvertement contre Tédit dans le conseil privé. Nous reviendrons bientôt .sur cette conversion, dont l'effet fut considérable. Essayons de donner une idée de Tédit.

Tout d'abord, l'édit enjoignait aux protestants de restituer toutes les églises et tous les revenus ecclésiastiques dont ils s'étaient emparés; on leur interdisait de bâtir un seul temple; ils ne pouvaient donc célébrer leur culte qu'en plein air ou dans des locaux privés;

ils ne pouvaient se réunir dans aucune ville, mais seulement dans les faubourgs, sous la surveillance des officiers royaux, et ceux-ci avaient le droit exorbitant d'écarter les assistants dont « la vie, les mœurs et la condition ne leur paraissaient pas recommandables. » Voilà pour la liberté du culte.

Les ministres devaient jurer de ne prêcher qu'une doctrine conforme aux saintes Écritures et au Symbole de Nicée, « s'abstenant d'attaquer la messe et les cérémonies catholiques. » Voilà pour la liberté du ministère.

Toute cotisation ou imposition régulière pour le culte était défendue ; les dons volontaires étaient seuls autorisés.

Aucun consistoire ni synode ne pouvait se réunir sans congé des officiers du roi et en leur présence.

D'autre part, Fédit recommandait aux prêcheurs catholiques d'éviter les invectives contre les ministres et leurs sectateurs.

Toutes ces dispositions étaient d'ailleurs provisoires ; il était stipulé qu'on attendait qu'un concile amenât les esprits et les cœurs à l'unité.

On le voit, les restrictions étaient derrière chaque concession apparente. Aussi, le légat du pape pouvaitil écrire que redit n'avait qu'un but : désarmer les protestants, leur retirer les églises si nombreuses qu'ils occupaient, les forcer à ne plus se réunir dans les villes, et qu'après on aviserait (1).

(1) Lettre du légat au cardinal Borromée, en date du 6 février 1562. Le légat affirme qu'il tient tout cela de la reine mère elle-même. Il y aurait un parallèle curieux à tracer entre la correspondance du cardinal de Fer-

Beaucoup de protestants murmuraient, pressentant le piège, comprenant fort bien où on allait en venir. Coligny et L'Hospital s'efforcèrent de les calmer. Sous l'influence de l'amiral, les pasteurs de Paris écrivirent aux Églises une circulaire enjoignant la soumission, affirmant « que le roi, étant persuadé de notre obéissance, sera de plus en plus enclin à nous ouïr patiemment et à nous faire droit et raison de tout ce que nous proposerons à Sa Majesté. » Noble confiance qui alors parut touchante et qui nous fait sourire lorsque nous voyons les lettres du légat au pape, et l'espoir qu'il exprime du prochain retour du royaume au pape, « comme de celui de l'enfant prodigue vers son père (1 ) . »

Partout, en effet, les protestants obéirent et restituèrent sans hésiter les édifices et les biens d'église dont ils étaient en possession. Mais, comme le légat l'annonçait, les Parlements, ou refusaient d'enregistrer Pédit ou ne le faisaient qu'avec des stipulations secrètes qui constituaient de véritables trahisons envers les réformés (2).

rare avec le pape et celle de Chantonnay avec Philippe II. Tous deux jugent également Catherine; mais, tandis que Chantonnay, Adèle interprète de la politique altière et despotique de son maître, s'irrite de la moindre concession faite aux protestants, et voit dans la reine mère leur secrète alliée, le cardinal, avec sa pénétration italienne et son génie souple et fin, voit mieux le fond des choses; il sait qne Catherine est Italienne comme lui, qu'elle ruse et louvoie, et que tout finira par bien tourner.

(1) Lettre du H février.

(2) L'une de ces stipulations dont on se servit auprès du Parlement de Paris pour triompher de ses résistances portait (à l'insu des protestants) que l'édit n'avait qu'un caractère provisoire, que les assemblées étaient toujours à la merci des gouverneurs de province, que tous les officiers du roi devaient être de sa religion. (Lettre du cardinal de Ferrare au pape, en date du 23 février.)

Loyalement appliqué, redit de janvier aurait pu assurer la paix religieuse; en quelques semaines, grâce aux interprétations ambiguës qu'on en tirait, il excita partout la défiance et la haine. Antoine de Bourbon, dont le rôle était alors considérable, contribua plus que personne à ce triste résultat.

Nous avons vu qu'au moment du colloque de Poissy il passait encore pour le chef du parti protestant, et protégeait ouvertement Théodore de Bèze. Le 24 janvier 1562, il se rendit au Parlement pour forcer la com pagnie à enregistrer l'édit de janvier. Mais à ce momentdéjà il négociait son retour à l'Église catholique ; depuis trois mois, Manriquez, qui venait d'être adjoint à Chantonnay comme ambassadeur extraordinaire d'Espagne à Paris, travaillait à sa conversion, de concert avec le légat du pape; il lui assurait que Philippe II serait disposé à lui rendre la Navarre, ou, à son défaut, l'île de Sardaigne ; pour l'allécher, on faisait de cette île une description fantastique, vantant ses fruits, son climat, ses ports, son voisinage de Tunis, dont Antoine pourrait s'emparer. On lui promettait môme de faire rompre à Rome son union avec Jeanne d'Albret et de préparer pour lui un nouveau mariage avec Marie Stuart. Dans une lettre au pape en date du 10 janvier 1562, le cardinal de Perrare assure que le roi de Navarre est gagné; sept jours plus tard, il annonce que, pour la première fois, dans le conseil privé du 15 janvier, Antoine s'est déclaré pour le parti catholique, et que cette conversion si brusque a inquiété la reine mère elle-mOme. Toutefois, le légat, en louant le prince, n'a guère d'illusion sur sa sincérité ; car, dans une lettre au cardinal Borromée,

en date du commencement de février, il insiste sur la nécessité de procurer au roi des compensations pour son retour à l'Église : « On ne doit pas s'imaginer, écritil, que, pour se le rendre favorable, il suffise de lui représenter que le bien de sa conscience est préférable à tout autre bien, puisqu'il ne paraît que trop aujourd'hui que le plaisir et l'intérêt ou, si Ton veut, l'agréable et l'utile sont les deux seules choses qui satisfont les âmes du monde. » Cette réflexion mélancolique sur la nécessité de faire une part aux mauvais penchants de la nature humaine, et de suppléer aux arguments spirituels par des raisons d'un ordre très grossier, prouvent que le légat était passé maître en casuistique, mais elle montre en môme temps ce qu'il pensait de la conquête qu'il venait de faire (1).

Quant à Catherine, elle favorisait ouvertement la passion du roi de Navarre pour l'une de ses dames d'honneur, M 110 de Rouet; Jeanne d'Albret, froissée dans sa dignité d'épouse et dans ses convictions les plus intimes, ne put se résoudre à courber le front plus longtemps sous ces humiliations ; elle se décida à quitter la cour et à retourner dans le Béarn, en emmenant son fils. Dès lors, Antoine ne cacha plus sa haine contre Coligny et les autres chefs protestants, dont la vie intègre et la fidélité à leur cause lui semblaient un perpétuel reproche. Il poussa l'indignité jusqu'à dénoncer Coligny auprès du roi d'Espagne, comme favorisant les déprédations que la marine espagnole avait à subir

(i) Il faut voir aussi le peu de cas que faisaient d'Antoine les ambassadeurs vénitiens dans leurs Rapports. Jean Michieli (t. I«* f p. 429), et Michel Suriano (t. I", p. 553).

de la part des corsaires ; Philippe II saisit avec empressement cette ouverture; il écrivit à Chantonnay de demander que Coligny fût éloigné de la cour, et Antoine promit d'appuyer cette demande. Catherine se montra fort indignée de cette intrusion dans son autorité ; elle prit la défense de Coligny, et lorsque celui-ci lui offrit de se retirer à Châtillon pour éviter d'être un sujet de division, elle lui déclara « qu'elle le connaissait tant fidèle serviteur du roi et tant affectionné aussi envers Sa Majesté, que, si le besoin l'y rappelait, il ne serait paresseux à employer tous ses moyens pour la garantir de la conspiration des Guises (1). »

Pendant que ces choses se passaient à la cour, chaque semaine prouvait que l'édit de janvier était destiné à rester lettre morte. Des scènes de violence, de vrais massacres éclataient sur plusieurs points du territoire. On les a attribués à l'exaspération que ressentaient les populations catholiques en voyant les protestants favorisés par la cour; mais il faut ajouter que Catherine ne fit pas une tentative sérieuse pour arrêter ces soulèvements. Tout montrait donc que le légat disait vrai lorsqu'il écrivait que l'édit ne devait inspirer au pape aucune inquiétude sérieuse, et que tout cela ne durerait pas.

(i) C'est ce qu'afflrme Théodore de Bèze qui, dans une lettre à Calvin, à la date du 26 février, déclare que Coligny et d'Andelot régi et régime graiissimos discessisse. La lecture de la correspondance du légat sur ce sujet nous laisse cependant une impression différente et nous fait douter de l'intérêt que Catherine portait à l'amiral. Ce qui est du moins certain, c*est que Catherine fut très blessée du rôle de l'ambassadeur d'Espagne eu cette affaire et le lui montra bien. (Voir la dépêche de Chantonnay en date du 25 février).

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