‹ Coligny avant les guerres de religionChapitre 3 sur 39 · DE L'AUTEUR DE LA VITA COUNII · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR DE LA VITA COUNII

Gatpéris Colinii Castellonii, magni quondam Francise amirallii iÀta, 1575 (sus nom de lieu). Noos avons tous les yeux deux éditions en format différent de cet ouvrage (dans l'une et l'autre, je remarque une faute «Agulière : Coligny naît, dit-on, le 16 février 1517, et quand il meurt, le 24 août 1572, il a 53 ans six mois et huit jours; c'est cette dernière indication qui est évidemment la vraie, puisque Coiigny est né en 1519, comme nous le montrerons). En 1576 parut une traduction anglaise de cet ouvrage, sous ce titre : The Lyfe of the most godly, valeant and noble capteine and maintener of the trew Christian religion in Fraunce Jmsper Colignit Shatilion, sometyme gveat admirai of France, translaied out of latin by Arthur Golding. (Imprinted at London, by Vautrollier, 1576).

La traduction française de la Vita n'a paru qu'au xvn e siècle, 1643, 1646, 1665, etc. (Le traducteur a voulu corriger l'erreur du texte latiu relativement À Tage de l'amiral ; mais, comme il a maintenu la date inexacte de naissance, 1517 au lieu de 1519, il a été amené par là à loi donner cinquante-cinq ans et demi au moment de sa mort, assertion qvi a été dès lors constamment reproduite.) En 1733, un savant allemand, Dassdorf, publia à Dresde une édition de cette traduction française avec quelques notes intéressantes. Dans toutes ces éditions, on a joint à la Vie de Vomirai son Discours sur le siège de Saint-Quentin, qui depuis a été imprimé dans plusieurs collections de mémoires sur l'histoire de France.

Le Discours et la Vie ont même été réunis (édition de 1666 et suivantes) sous le titre faux de Mémoires de Vomirai Coiigny, et plusieurs historiens (M. de Félice entre autres), ignorant le texte latin de la Vita, ont cité ces Mémoires comme un ouvrage original du xvi* siècle qu'on a attribué communément à Cornaton, serviteur de l'amiral.

Quel est l'auteur de la Vita Colinii? Le xvi« siècle ne nous a laissé sur ce point aucune indication précise. Au xvu e , La Monaoye l'attribue à François Hotman, de Tourny (dans YHistoire des grands officiers de la couronne), à Jean Hotman, sieur de Villiers, fils de François ; Nicéron l'attribue à Jean de Serres en se fondant sur le (ait que ce nom avait été écrit par Pierre Du Puy mit l'exemplaire qu'il avait de la Vita; Le Long a adopté le même sentiment, auquel s'est rangé Dassdorf.

Les savants éditeurs de la France protestante , MM. Haag, M. Henri Bordier dans la nouvelle édition de ce recueil, ainsi que M. le comte Delaborde, se prononcent en faveur de François Hotman.

Malgré tout le respect que nous inspirent ces dernières autorités, nous ne pouvons nous ranger à leur opinion, et voici pourquoi : Rappelons d'abord sur quels indices cette opinion est fondée :

mil VIE DE COLIi.NY.

I" II est certain qu'à la dit»* du l> janvier 1573. Jacqueline d'Entremont. veuve de 1" amiral, écrivît à François Hotxnao une lettre dans laquelle se trouve la phrase suivante : « Ne trouvez étrange si j'ai essayé dr* réveiller v.jtn» plume pour laisser à la postérité autant de témoignages de la wt'.u de mon seigneur et mari que dos ennemis le veulent dessiner ni' . *

2* II e*t également certain que François Hotman se plaint dans une lettre à Gippvl q::o les muristrats de Genève lui ont défendu de publier dans cette vi *e in écrit *:;r Co'irny. Voir Fr*mç+ prof., art. Hotman.)

3 1 L' auteur de la l'.tj. en citan: tn lui a la dernière et touchante lettre de Co'.igny à *a f-:mme. à la due d i IS août, dit en avoir l'original entre le* main*, ce qui faiï nature'.lenvnt penser à François Hotman.

4° Il est également vrai que 1 auteur de la Vita Colinii a approché l'amir:i! de très prè-; cir. dérrivant sa vie à Chàti lion-sur- Loin g. il s'exprime ai'ïsi : m No«i« tj *uton* *o m m aire mont ce que nous avons vu et oui dire. Or. vvli encore peut parfaitement s'appliquer à François Hotman.

3 1 Entln, si l'on son^o que François Hotman. surtout depuis la publication de Frtin^-G'illfi i"".3 . euii considéré comme une espèce de révolutiotmaire T de républicain, et que «on seul nom était devenu suspect à bien des piv testants, on comprendrait que la Vita, si elle est de lui, ait paru sans nom d'auteur.

Voilà ce qu'il y a à dire en faveur de cette opinion. Voici maintenant les raisons plu* trraxos qui nous empêchent de l'accepter :

François Hotman a publié en 1573. sou* le nom de Ernestius Varamundiis. un écrit qui porte le t;tre suhant : De funmhus Gallicïs, horrrmiil et i'fii'ii'i «; «li.-'ixrÏJi l % 'i*tii!ij'm. nMlium atque illustrium r»rorutu r.Ttif. ftlrritt'i 'i'' tutiu iit i /■r'ii»i *trag+ jxissim édita per compfurrs (i'illi.r iwitatr*, »*/■•.. » • '■■■! *'t si'nuhx mirnitio. C'est un document d'une grande valeur historique, auquel Crvspin, de Thou et d'autres auteurs ont fait do nombreux emprunts et dont la plupart des assertions subsistent, quoiqu'il ait eto écrit sous l'empire d'une indignation ardente. Or. quand on compare cet écrit à l.i l"i/ct '"»./iinï f il est bien difficile, si ce n'est impossible, d'admettre qu'il émane du même auteur.

Ne non* arrêtons pis à l'orthographe des noms qui est souvent différente v iei Cisteiionius. là Ca»:i.iionoiis. ici Cos>inius, là Cossenius, ici Thcliiiius. là Thcilipniu*. ici Uemiesius ;Besme , là Behemius. etc.) Au wr siècle. o:i n"> regard lit pas de si près. N'insistons pas trop non plus sur le fait que deux fo«» l'auteur de la Vita mentionne YHistoria furiahf rartiifirin.r i c'est-à-dire le /V FuronKus galliris), comme on cite un auteur étranger; ailons au fond des choses :

1° Le style du /v Funoif*us est biencelui «le François Hotman, l'homme du XVI e siècle qui, après Cal \ in. écrit le latin avec le plus d'ampleur et d'éloquence. Dès son début magistral : Optanduvi esstl recentium fitrorum memonam, etc.. on le reconnaît. Ce sont ses périodes larges et belles,

. PRÉFACE. xix

c'est une mise en scène naturelle et d'un effet puissant; on sent partout le grand écrivain, dans ses vues générales, dans ses jugements sur les personnes qu'il qualifie en quelques mots énergiques, et jusque dans les scènes de détail, comme dans le dialogue sinistre entre Henri de Guise et Besme : « Absolvisti-ne, Benuisi? — At ille : Absolvi, inquit. »

Dans la Vita, rien de semblable. Un style tranquille, une narration continue, pas un mot éloquent, pas de vues générales, rien qui annonce un homme ayant mis la main aux grandes affaires, une préoccupation constante chez l'auteur de montrer Coligny dans sa vie édifiante, sujet fidèle du roi. Le langage est simple, sans chaleur; pas une phrase qui rappelle même de très loin la verve et l'éclat d'Hotman.

2° Ici et là même, telle assertion qui ne se comprend guère chez un homme qui a été, comme Hotman, initié à la vie du grand amiral. Ainsi, a l'en croire, lorsque Coligny est amené à la foi protestante, « en peu de mois, la face de sa maison de Chat illon parut tout autre, et ses deux frères, Odet et d'Andelot, furent à son exemple ardemment incités à l'étude de la religion. » Or, Hotman était lié étroitement avec d'Andelot. Pouvait-il ignorer que d'Andelot avait précédé son frère Gaspard dans la foi évangélique, que sa conversion au protestantisme' lui avait fait perdre ses charges et avait attiré sur lui la disgrâce publique du roi, et que ce fut à son instigation que Coligny, prisonnier à Gand, tourna son esprit vers les doctrines nouvelles?

3° On peut comparer dans le De Furoribus et dans la Vita le récit de l'attentat du 22 août et de la mort de l'amiral. Sans doute, il n'y a pas de contradiction entre ces récits, mais l'ordre en est différent; l'un conserve des paroles que l'autre omet; les mêmes paroles de l'amiral sont diversement exprimées, et l'on se demande comment l'auteur de la Vita a pu négliger des traits qu'il avait su faire ressortir ailleurs avec tant de puissance.

Dassdorf, qui connaissait les écrits et le style d'Hotman, avait déjà pensé qu'il ne pouvait pas être l'auteur de la Vita. A qui donc faut-il l'attribuer ?

Pierre Du Puy avait, comme nous l'avons dit plus haut, attribué cet ouvrage à Jean de Serres, et Dassdorf, observant une ressemblance assez frappante de style entre la Vita et l'œuvre historique de Jean de Serres, en a conclu sans autre information que cette biographie était de lui. 11 ne nous est pas possible, d'accepter cette conclusion, tant qu'elle reposera sur d'aussi faibles indices. Sans doute, il y a une certaine analogie entre l'esprit du rédacteur de la Vita et celui de Jean de Serres, dont la modération était un des traits dominants, mais cela ne suffit pas à justifier l'assertion de Dassdorf (1).

(I) lf. Ch. Dardier, qui a consacré à Jean de Serres une savante étude, nous semble conclure daus le même sens que nous, car il n'a point mentionné la Vita Colinii parmi les écrits de l'historiographe protestant. (Voir ses articles dans la Revue historique, 18S3.)

xz VIE DE GOLIGNY.

Noos croyons qec Praooo i* Hotanaa, obeieaant à «De Unée, a rédigé ea II7S too terrible écrit De IWcriètu f*Mcis et comme Jacqueline d'fintreaont lai demandait à la mené époque de mémorer le souvenir de l'amiral, il a fait droit à cette demande en ooat — sacrant à sa mort quelques-unes de ses pages les pras éloquentes; notus pensons que c'est cet écrit que les magistrats de Genève refusèrent de laisser paraître. On ne comprendrait absolument pas qu'ils eussent pn redouter la publication de la Vit a CoHnii. qui ne contient pas une page agressive et dont le ton est si modéré.

L'auteur de la Vita nous est encore inconnu, in dwbio, abstint. Nous le désignerons donc sans le nommer. C'était un esprit doux, ami de la paix, qui ne parait pas avoir connu Coligny de près dans la première partie de sa carrière ; il a souvent recueilli sur lui les dépositions de témoins oculaires. Le seul fragment où se trouve l'expression ex visu est dans l'appendice placé à la fin et où est décrite la vie domestique de Goligny. Il se peut que ce fragment soit de François Hotmail. La Vite n'en reste pas moins un document d'une très grande valeur, ne fût-ce que par l'accent de véracité parfaite qui s'en dégage de toutes parts.

ÉTUDES SUR LE XVI e SIÈCLE

MAAMWVWW^M

GOLIGNY

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