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CHAPITRE IV

Campagne de 1552; alliance de Henri 11 avec les protestants d'Allemagne. —Brillante conquête des Trois- Évêchés. — Maurice de Saxe se tourne contre Charles-Quint. — Retour offensif de l'empereur qui vient assiéger Metz. — Belle résistance de Guise. — Rôle de Coligny à l'armée d'observation. — Il est nommé amiral de France ; attributions de

cette charge.

Coligny ne devait pas toutefois résider longtemps dans la capitale. Sa présence aux armées devint bientôt nécessaire. Il nous faut ici jeter un coup d'oeil d'ensemble sur la nouvelle phase de la lutte qui s'engageait entre la France et l'Empire.

Vers 1550, Charles-Quint était arrivé au plus haut degré de sa puissance. Il avait écrasé les protestants d'Allemagne et dompté les révoltés des Pays-Bas. Il avait obtenu l'appui de Jules III, l'un des papes les plus indignes qui aient occupé à cette époque le siège pontifical. Pour s'assurer la possession de l'Italie, il voulut empêcher que les Français, qui occupaient le Piémont, pussent pénétrer dans le reste de la Péninsule. Il tenait déjà le Milanais, Gênes et Plaisance : il voulut avoir Parme; Ottavio Farnèse, qui en était le duc, se plaça sous la protection de la France, et ce fut là l'étincelle d'où jaillit l'incendie (juillet 1551). Dans

Tune des escarmouches de cette première campagne, d'Andelot, que Henri II avait envoyé combattre sous Brissac, tomba dans une embuscade, et la nouvelle de cette captivité, qui devait être longue et cruelle, parvint à Coligny au moment même où le roi l'appelait au gouvernement de Paris.

La guerre avait commencé en Italie, mais elle n'y prit pas une grande extension. C'était sur un autre théâtre qu'elle devait se poursuivre. Henri II, depuis son avènement, brûlait d'en venir aux prises avec Charles-Quint; malgré les fautes de son gouvernement, il avait apporté aux choses militaires une attention suivie; il avait su s'entourer d'habiles capitaines : Brissac, François de Guise, Coligny. Il nourrissait contre l'empereur une haine opiniâtre, ne pouvant lui pardonner la dure captivité que Charles lui avait fait subir avec son frère à Madrid. L'idée de combattre le pape en môme temps que l'empereur ne l'arrêtait guère. Il resserrait l'ancienne alliance avec les Allemands et le Turc et, comme pour rassurer sa conscience de catholique, il redoublait de cruauté envers les protestants français.

Le 5 octobre 1551, un pacte secret fut signé entre le roi et les chefs des États luthériens d'Allemagne. Les signataires s'engageaient à résister « aux pratiques employées par Charles d'Espagne pour faire tomber la Germanie en une bestiale, insupportable et perpétuelle servitude, comme il a été fait en Espagne et ailleurs. »

Le roi Henri promettait 240,000 écus d'or pour les trois premiers mois de la guerre, plus 60,000 écus par

mois aussi longtemps que durerait la campagne. Les princes allemands, de leur côté, déclaraient trouver bon a que le seigneur roi s'impatronisât des villes impériales n'étant pas de la langue germanique, comme Cambrai, Metz, Toul, Verdun. »

Quand on apprit, en janvier 1552, que le roi déclarait la guerre à Charles-Quint, ce fut une explosion d'enthousiasme dans toute la France ; des gentilshommes s'engagèrent dans Tannée comme simples fantassins; la jeunesse des villes s'échappait pour s'enrôler, les artisans eux-mêmes laissaient là leur travail.

L'année, grossie par les mercenaires allemands, passa la Meuse; Toul et Metz ouvrirent leurs portes aux Français; mais Henri II se présenta vainement devant Strasbourg, qui reçut son avant-garde à coups de canon; il s'avança jusqu'à Wissembourg, et, sentant qu'il aurait à lutter contre une trop forte résistance, il se décida à revenir sur ses pas en s'emparant de Verdun. Telle fut la brillante campagne des Trois- Évêchés, à laquelle Coligny prit une part active, « ne s'y épargnant, dit Brantôme, non plus que le moindre capitaine des siens. »

Pendant ce temps, Charles-Quint subissait l'affront te plus^humiliant qui eût encore atteint son orgueil. Ignorant le traité conclu entre les princes protestants et le roi, il suivait à Inspruck les délibérations du concile de Trente lorsque l'orage éclata. Au moment où Henri II lui déclarait la guerre, Maurice de Saxe se tournait contre lui. Maurice était son protégé et jouissait de toute sa faveur depuis qu'il avait trahi quatre ans auparavant le parti protestant et s'était uni au duc

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d'Albe pour écraser ses coreligionnaires à Mulhberg ; mais, clairvoyant autant qu'ambitieux, il s'apercevait de la haine croissante que les Espagnols soulevaient en Allemagne, et, par un vrai coup de théâtre, changeant subitement de parti, il jeta le masque, fit connaître l'alliance conclue avec les Français, lança un manifeste où son nom s'unissait à celui de Henri et était surmonté d'un bonnet entre deux poignards. « Aucuns disent que cette devise avait été trouvée en de vieilles monnaies et jadis usurpée par les meurtriers de Gaïus César (1). » Ainsi, ce fut un roi qui, poussé par une étrange inspiration du génie de la Renaissance, exhuma ce terrible bonnet de la Liberté devant lequel devait tomber un jour la vieille couronne de France (2). »

Les soldats accouraient en foule autour de Maurice. Il traversa l'Allemagne comme un torrent, entra à Augsbourg le l or avril, épouvanta les Pères du concile de Trente, qui s'envolèrent comme une nuée d'oiseaux à son approche, et se porta sur Inspruck. Charles, souffrant d'une cruelle attaque de goutte, exaspéré par cette trahison, dut s'enfuir par la montagne, au milieu d'une nuit pluvieuse et s'estimer heureux d'avoir échappé à une honteuse captivité.

L'humiliation était terrible pour le monarque qui venait de reconstruire l'empire de Charlemagne et qui voyait quelques mois auparavant l'Europe occidentale à ses pieds. Charles comprit qu'il devait apaiser l'Alle-

(1) Sleidan.

(2) Henri Martin.

magne et, parle traité de Passau (juin 1 552), il reconnut aux princes luthériens la liberté d'exercer leur religion. Il avait hâte de se relever aux yeux de l'Europe, et le moyen le plus efficace d'atteindre ce but, c'était de marcher à la tête de l'Allemagne pour reprendre aux Français, aux WelcJies, les trois villes impériales qu'ils venaient de lui ravir. Il n'eut pas de peine à rassembler une formidable armée et, vers la fin de septembre, il s'avança vers Metz.

François de Guise l'y attendait et depuis le mois d'août fortifiait la ville. Il y déploya la plus grande énergie. Ce n'était pas une petite affaire que de résister à une armée assiégeante de 00,000 hommes, qui comptait la meilleure infanterie de l'Europe et possédait 11 i pièces d'artillerie.

L'empereur avait déclaré qu'il ne partirait pas de devant Metz, dût-il y user trois armées l'une après l'autre. Guise se montra à la hauteur de sa tâche ; il fut d'ailleurs admirablement secondé par Pierre Strozzi, de Florence, le premier ingénieur militaire de son temps. On n'hésita pas à raser tous les édifices publics qui nuisaient à la défense ; on fit sortir tous les habitants qui ne pouvaient combattre; les premiers seigneurs de France, à commencer par François de Guise lui-même, travaillaient comme des manœuvres et portaient la hotte pour donner l'exemple.

Coligny avait cédé une partie de son infanterie à Guise. Lui-môme restait en dehors de la ville, sous les ordres du connétable, chargé de commander une armée d'observation. Dans les lettres que de son camp il adresse à Guise, on sent encore l'accent d'une affec-

tion que n'avaient pu détruire les froissements précédents. « Je ne souhaiterais tant, dit-il en date du 1 5 octobre, que si l'empereur vous vient assiéger, je pusse avoir tant d'heur que d'être près de vous, car encore que vous ayez beaucoup de gens de bien, si me vanterais-je que mes gens (il parle de son infanterie envoyée par lui dans la place) ne feraient pas pis pour m'avoir près d'eux, et par môme moyen je pourrais par expérience vous faire paraître l'envie que j'ai toujours eue de me trouver en un bon lieu pour vous faire service. Or, puisque ce ne peut être pour cette fois, ce sera pour une autre (1). »

L'armée d'observation que commandait le connétable avait à surveiller le margrave Albert de Brandebourg, l'un des princes allemands qui l'année précédente avaient signé l'alliance avec le roi de France, et ne s'étaient pas ralliés à l'empereur; le margrave, à la tête d'un corps considérable de lansquenets, occupait Pont-à-Mousson ; on devinait qu'il donnerait l'appui de ses troupes à celui des deux partis qui lui en offrirait le meilleur prix. Henri II crut s'être débarrassé de lui en lui offrant 100,000 écus pour qu'il se retirât par la Belgique en faisant tout le mal possible à l'empereur; le margrave accepta ces conditions et commença sa retraite, suivi d'assez près par le duc d'Aumale ; mais, tout à coup, levant le masque, il se déclara pour Pempereur, se jeta le 28 octobre sur le corps d'armée d'Aumale et le fit prisonnier, puis alla se joindre à l'armée assiégeante sous Metz. En même temps, un des lieute-

(1) Delabordc (t. I", p. 111).

riants de Charles-Quint, Antoine de Croy, s'avançait en Picardie avec 15,000 Belges et surprenait Hesdin.

Le roi ne perdit pas un moment. Ayant reçu de Guise l'assurance que Metz résisterait à Charles-Quint, qui l'assiégeait depuis le 15 octobre, il laissa un simple corps d'armée en Lorraine et résolut de couvrir la Picardie. Dans ce but, il manda Coligny, et, « pour les bons et continuels services qu'il lui avait faits et faisait journellement, lui octroya et l'honora de l'état d'amiral de France (1), et, à l'instant môme, le constitua son lieutenant pour ramener son armée de Lorraine en Picardie » (2). Coligny rallia immédiatement Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, alors gouverneur de Picardie et marcha sur Hesdin, qui se rendit après deux jours de siège, le 19 décembre. Ce rapide succès, non seulement délivra la Picardie, mais décida Charles-Quint à lever le siège de Metz. L'empereur, en effet, craignait de se voir attaqué dans ses retranchements par les troupes du connétable. Ses attaques furieuses contre Metz avaient été inutiles. En vain il avait canonné la vieille cité; les remparts croulants avaient été relevés chaque nuit par les assiégés, dont les sorties se multipliaient ; la température glaciale des premiers jours de décembre, à laquelle succédait une fonte de neige rapide, avait éprouvé cruellement son armée, réduite à camper dans de vrais marécages ; le typhus la ravageait ; on estimait que le tiers des soldats étaient morts. Charles-Quint lui-môme était paralysé

(1) Son prédécesseur Annebaut venait de mourir de la fièvre à La Fère, en Picardie, qu'il défendait contre l'ennemi.

(2) Rabutin, Guerres de Belgique.

par la goutte ; désespéré, il donna Tordre de lever le siège, le 1 er janvier 1553. « Je vois bien, s'écria-t-il avec amertume, que la fortune est femelle; miens aime-t-elle un jeune roi qu'un vieil empereur. » Il se replia sur la Belgique.

L'année 1553 s'ouvrait pour Goligny sous d'heureus auspices. Les brillants succès des campagnes de Lorraine et de Picardie avaient mis la France en joie, el Henri II célébrait les débuts de son règne par une suite de fêtes qui rappelaient les jours brillants de François I er .

Le 12 janvier, Coligny, qui venait, comme nous l'avons dit, d'être nommé amiral en remplacement d'Annebaut, dut prêter serment à ce titre dans une assemblée solennelle du Parlement. Etienne Pasquier nous a conservé le récit de cette séance, à laquelle il assistait. Christophe de Thou prit le premier la parole comme avocat de l'amiral, et loua les ancêtres de Coligny ; puis maître Pierre Séguier, alors premier avocat du roi, voulut faire montre de bel esprit formé à l'école de la Renaissance. « Il prit son thème sur l'équivoque du nom d'admiral, et dit sur le commencement de son plaidoyer : Adiniramur cœlum, admiramur terram, ad~ miramur mare, et de là, s'acheminant sur l'état d'admiral, introduit pour mille belles raisons qu'il déduisit, il conclut n'empêcher la vérification des lettres, prestation de sermeut et réception du seigneur de Châtillon en cet état. » Après quoi, messire Gille Lemaître, premier président, « lui dit, par l'autorité de la cour, qu'il montât et vînt prendre sa place es sièges d'en haut, non toutefois comme amiral, d'autant que ses prédécesseurs

n'y ayaient jamais eu aucun lieu, mais comme gouverneur de Paris et de TIsle-de-France (1). »

En acceptant ces fonctions, Coligny ne renonça point à celles de colonel général de l'infanterie française; mais il les gardait, dit Brantôme, en vue de les transmettre à M. d'Andelot, son frère, qui était toujours prisonnier dans Milan (2).

(O Est. Pasquier, Recherches de la France (1. II, chap. xv). (-) I-a marine militaire française, qui avait joué un rôle important au MT * siècle et s'était presque effacée nu xv c , ne s était relevée qu'avec François 1er. Nous avons vu plus haut la tentative infructueuse que fit ce mot* arque pour organiser une descente en Angleterre sous le commandement de l'amiral Annebaut. Il avait réuni dans ce but 150 gros bâtiments, 60 Petits navires et 25 galères ; ce ne fut là, toutefois, qu'une brillante P^^ïe. La France, au xvi e siècle, ne put guère armer que de petites flottes; ce n'est qu'avec Richelieu qu'elle devait reprendre son rang comme puissance maritime. Dans le curieux exposé de Y État de la France sous Fran çow //, du Vénitien Michel Soriano, on sent percer la mince estime 4° *1 faisait de la marine française. Quant à la charge d'amiral (le mot, ■ a Pt*ès Littré, viendrait de l'arabe amir, commandant), clic parait déjà 3011 » saint Louis. Elle devint l'une des plus grandes charges du royaume, e1, clans l'état d'abaissement de la marine au xv° siècle, fut souvent don- ^ 3k. des seigneurs qui n'avaient jamais commandé un vaisseau. Sous Franco» & I«, Chabot et Annebaut jouèrent du moins un certain rôle ; François I er " z ^> les attributions de l'amiral. Il avait une juridiction absolue sur toute? | es Qotes de France (les provinces maritimes conservant leurs vice-amiraux;, " Commandait aux flottes et aux armées de mer et nommait leurs officiers; tol *tcfois, après la disgrâce de Chabot, ce droit de nomination fit retour à * a Couronne. L'amiral prélevait, en outre, un droit sur toutes les prises.

^c trouve dans les Mémoires de Vieilleville, à l'année 13o3, une très cvi *ieuse conversation de ce maréchal avec Saint-André. Le roi avait ofk*t à ce dernier le titre d'amiral avant de l'offrir à Coligny. Saint-André ^fcsulta à ce sujet Vieilleville, et celui-ci, dans sa réponse, expose assez Aftlvement l'opinion qu'on se faisait alors de l'avenir de la marine française : « A la vérité, lui dit-il, ce n'est pas le fait du Français que la mafine. Si nous étions en Espagne, Portugal ou Angleterre, vous auriez grandissime raison de poursuivre l'état d'amiral, car il y est le premier de tous, d'autant que leurs principales forces sont au navigaige ; mais étant Français, je vous prie, monsieur, ne changez jamais votre lance, votre cheval de bataille ni vos éperons dorés à une voile, boulingue ou trinquet.»

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