MÉTHODE CHIMIQUE
Nous comprenons sous cette dénomination les remèdes qui agissent directement sur les composés saturnins pour les rendre plus solubles et par conséquent en faciliter l'expulsion des tissus qu'ils ont envahis, ou bien encore en les rendants inertes et impuis= sants.
Les acides ont été les premiers antidotes auxquels on ait pensé, en supposant que combinés avec le plomb ils formeraient des composés moins solubles. C’est ainsi que l’on a conseillé l’acide tartrique, le vinaigre, l’acide sulfurique.
Ce fut Gendrin, qui, vers 1831, employa le premier l'acide sulfurique sous forme de limonade dans le traitement de cette affection. Il fut, dit-il, conduit à ce remède en voyant les résultats obtenus par l'emploi du sulfate acide d’alumine. Pour lui l’alumine n'avait aucune action; c'était à l’acide sulfurique qu’on devait attribuer les résultats obtenus. On formait ainsi des sulfates de plomb insolubles sans action sur l’économie.
Les expériences faites par Grisolles et Pierre sur la valeur de cette médication ont été loin de concorder avec les résultats fournis par Gendrin. Dans les cas de guérison, il a fallu attendre en moyenne 10 à 12 jours. On comprend qu'un traitement relativement aussi [ong, (et encore dans certains cas on conseille de le continuer pendant deux mois entiers), où l’on emploie par jour jusqu’à 2 ou 3 gr. d'acide sulfurique ne soit pas sans danger. On a constaté dans certains cas des douleurs stomacales intenses et même des lésions rénales. D'ailleurs, si comme le dit Mialhe, le sulfate de plomb lui aussi est très toxique, il y a encore à craindre de ce côté des accidents d'intoxication.
L'alun a encore été employé dans le même but, c’est-à-dire
pour former par la combinaison de son acide avec le plomb un sulfate insoluble. C’est ainsi du moins que Gendrin a voulu rendre compte de son action dans la guérison de la colique. Pour Kapeler, il n’y a pas là une action chimique, mais bien une action spécifique qui modifie l’état morbide des tissus. Ce remède, employé sous le nom de traitement de Saint-Antoine, est donné à la dose de 4 à 8 grammes. La guérison serait obtenue en 5 jours en moyenne, mais il ne faut pas omettre qu'avec l’alun on administre des lavements purgatifs et des opiacés (Brachet).
C’est encore en se basant sur l’insolubilité et l’inertie du sulfure de plomb qu’on a été conduit à employer des sels transformant les composés saturnins en sulfures.
Le soufre a été conseillé par Garnelt, Hahnemann. D'après Gubler il serait transformé par les liquides alcalins de l'intestin en sulfures et hyposulfates, dont une portion neutraliserait les composés plombiques contenus dans l'intestin, tandis que l’autre irait dans le torrent circulatoire agir sur les particules plombiques qui s’y trouvent..[l se produirait ainsi un sulfure de plomb inerte, insoluble, s’éliminant par les fèces sous l'influence du soufre non décomposé qui agirait ainsi par ses propriétés laxatives. Mais nous savons que le sulfure de plomb est loin d’être inactif, et par conséquent, qu'il y a danger à immobiliser dans l’organisme un corps insoluble, devenu ainsi plus difficile à chasser. Nous pourrons peut-être arriver à nous débarrasser du sulfure de plomb contenu dans l'intestin, mais celui qui a pris naissance dans les autres tissus échappera, par le fait même de notre intervention, à toute tentative d'expulsion. s
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de l'intervention chimique ayant pour but de rendre insolubles les sels de plomb contenus dans l'organisme.
Mais à côté de cette médication se place celle qui au contraire a pour but de rendre encore plus solubles les composés métalli-
= A — ques que renferment les tissus, de façon à en favoriser l’élimination. ;
Parmi les corps ayant cette action, le plus important est l’iodure de potassium, préconisé en 1843 par Melsens. Suivant cet auteur, l’iodure de potassium dissout le plomb qui existe dans l'économie à l'état insoluble, ce que prouve d’ailleurs l'examen des urines qui, après l'administration de ce médicament, renferment des traces évidentes de plomb. Mais en rendant ainsi solubles les composés métalliques qui se trouvaient à l’état insoluble dans les organes, ne va-t-on pas précisément à l'encontre du but qu’on se propose? N’avons-nous pas vu en effet, dans l'étude que nous avons faite sur l’étiologie de la colique, que la cause la plus commune de son apparition est précisément celle qui rend plus
solubles les composés saturnins qui infectent l'organisme. Que ce
. médicament soit employé pour éliminer le plomb, c'est tout natu-
rel, mais qu'on s’en serve pour éviter la production des accidents, c'est ce qu'on ne saurait admettre un instant, si, du moins, on accepte la théorie de Melsens. Pour Brachet, dans cette action de l’iodure de potassium, il y a simplement une action physiologique qui vient modifier la vitalité de l'organe malade.
Le mercure a été employé dans le même but en se basant sur la propriété qu'il a de produire une salivation qui éliminera le métal toxique. Enfin, on a eu recours à une autre méthode, qui a pour but d'éliminer tout simplement le plomb sans aucune transformation.
C'est ainsi que Weinberg a préconisé les injections de pilocarpine en 1879; Robin, l'infusion de jaborandi; enfin, on a employé les bains de vapeurs répétés. Ces moyens, bons dans les cas d'intoxication saturnine chronique, n’ont donné aucun résultat satisfaisant contre la colique de plomb.