NATURE. — PREUVES
Occupons-nous tout d’abord de la nature de la colique nerveuse ; nous chercherons ensuite à voir si les conditions dans lesquelles elle se développe sont en concordance avec cette nature, et si on ne peut trouver dans sa manière d’être et de se produire des arguments contre ceux qui nient son existence et ne veulent reconnaître qu'une seule origine : le saturnisme.
Pr
Pour Segond, la colique nerveuse était de nature rhumatismale et d’origine à frigore. Elle se produisait sous linfluence particulière des climats chauds, qui amènent une susceptibiltié très grande de certains organes.
Valleix en fit une affection du système ganglionnaire, une gastro-entéralgie, et Delioux de Savignac une forme sèche de la dysenterie.
Barthez, sous la dénomination de colique iliaque, lui assigna une origine essentiellement nerveuse dont la cause n’est ni dans un vice de circulation des humeurs, ni dans une lésion de l’intestin, idiopathique ou sympathique.
Pour Fonssagrives, c’est un empoisonnement paludéen miasmatique, et il établit une analogie de nature entre cette affection et les autres fièvres larvées ou névralgies paludéennes. Les miasmes prennent naissance dans le marais nauhque, dans la cale des navires ou dans l’entassement de la houille. Les désordres nerveux sont produits par une altération du sang, suite d’un véritable empoisonnement miasmatique dont l’air est le véhicule. Le résultat d’un sang vicié, avec les centres nerveux est, dit-il, la production d’une névrose qui place l’innervation normale, tantôt au-dessus de son type (coliques, névralgies), tantôt au-dessous (paralysies).
Dutroulau admet un miasme se développant dans les navires, de préférence an mouillage, et dont «l’atmosphère marine des côtes semble être le foyer d’émergence.»
M. Bérenger-Feraud y voit une manifestation du paludisme et M. le Professeur Castan en fait aussi remonter la cause à l'influence paludéenne, amenant l’anémie et par suite des troubles de l’innervation. «On doit, dit-il, considérer la »colique sèche comme une névralgie desfilets du trisplanch- »nique.» Telle avait été aussi la théorie de Segond.
Dans différentes thèses, soutenues à Paris et à Montpellier. nous trouvons sur la nature de cette affection les opinions
POS suivantes: « La colique sèche n’est qu'une névralgie intes- »tinale, développée sous l'influence de la cachexie paludéenne »à la suite d’un brusque changement de température, de »chagrins où d’excès pouvant influencer lesystème nerveux.» (D' Vidal, de la colique sèche à la Guyane française, Montpellier 1863).
Le D' Mondot (observations recueillies dans les mers de Chine et de Cochinchine, Montpellier 1864) la considère comme une entéralgie symptomatique de l’anémie, consécutive à la cachexie paludéenne. Le D" Vincent (des coliques métalliques et végétales, Paris 1818) partage l'opinion de Larrey et pense que cette colique est absolument végétale, de nature bilieuse et rhumatismale, et causée par la température, chaude le jour, froide la nuit.
Enfin, le D' Chassaniol (de la colique sèche dans les pays chauds, Paris 1872) y voit une affection se développant sous l'influence de l’anémie et de conditions atmosphériques encore mal appréciées. |
En résuiné, les coliques nerveuses ont été considérées comme étant d’origine paludéenne, climatérique ou purement miasmatique.
Pour nous, nous pensons que le paludisme suffit à expliquer tous les phénomènes.
L’anémie étant un des premiers résultats de l’intoxication paludéenne, surviennent à sa suite les troubles du système nerveux, dont les coliques ne sont qu’une manifestation.
L’anémie, selon le vieil adage: sanguis moderator. nervorum, amène un état particulier d’éréthisme du système nerveux, des névralgies de toute espèce et des accidents paralytiques et encéphalopathiques presque toujours mortels du reste (D' Chassaniol).
La diminution du nombre des globules rouges du sang, au niveau du tube intestinal, agirait ainsi sur les filets du
ER grand sympathique et cette action aurait pour conséquence les coliques intenses dont il s’agit.
Ainsi se trouverait justifié le mot de coliques nerveuses que nous avons adopté, et quant à son origine paludéenne, elle nous semble démontrée par des faits indéniables.
C’est d’abord l’influence indiscutable de la quinine contre ces coliques. Fonssagrives publie, en décembre. 1857, dans l’Union médicale : « Une observation curieuse de coliques ner- »veuses endémiques des pays chauds, enrayée par le sulfate »de quinine à haute dose »; le D' Vidal rapporte le cas d’une négresse, chez laquelle les coliques sèches disparaissaient presque tous les jours, à la même heure, pour faire place à des accès de fièvre intermittente.
Dans son traité des maladies des Européens au Sénégal, M. Bérenger-Feraud rapporte une observation de «Coliques »sèches non métalliques, accès pernicieux intercurrent, qui- »nine, guérison.»
Pendant l'épidémie de Montpellier, dont nous allons parler, on remarqua fort bien la périodicité dans les douleurs et le succès du sulfate de quinine,quitémoignent bien delinfluence de la malaria. Enfin, il est deux des observations que nous relatons, où cette influence nous paraît évidente. Quant à son origine paludéenne, M. le professeur Castan, dans sa relation d’une épidémie de coliques nerveuses en 1872, fait fort bien remarquer que «cette épidémie prit naissance dans »la partie située sur le versant méridional de la cité, c’est-à- »dire celle qui se trouve le plus exposée aux émanations »marécageuses, celle où s’observent surtout les fièvres inter- »mittentes. Quant aux villages des environs, tous ceux, ajoute- »t-il, qui à notre connaissance furent atteints, étaient égale- »ment soumis à l'influence des étangs... Quant aux individus »que l’épidémie frappait, c'était à peu près exclusivement »les hommes... parmi les hommes, l'épidémie ne frappait
pe
»pas indistinetement; elle choisissait, et cela sans exception, »les travailleurs, les domestiques des campagnes, les char- »retiers..….….…. jamais le propriétaire lui-même, celui qui ne »prend pas part aux travaux de la campagne n'avait été »atteint. »
Ce fait s'explique, parce que ces gens travaillaient au milieu des marais, étaient exposés à des températures élevées (30° et 35° cette année là, octobre 1872), ce que ne faisaient ni les femmes, ni les propriétaires.
Quant à une étiologie saturnine possible, il fat démontré que ni le vin, ni l’eau ne pouvaient êtreincriminés. [analyse des urines n’a pas, plus que l'emploi des bains sulfureux, pu déceler la trace du plomb.
Tous les malades de M. Castan étaient dans un état de débilité prononcée, et l’on sait que les névralgies attaquent de préférence les gens anémiés. Les coliques prirent surtout les individus impaludés, avons-nous dit, mais chez eux, les accès cessant, les coliques apparaissaient.
De plus, après des récidives fréquentes de coliques, survenait un état cachectique, semblable de tous points à la cachexie palustre.
Le liséré de Burton, qui fut observé dans quelques cas, ne prouve pas non plus l’intoxication plombique. J. Rochard l’a «remarqué plusieurs fois, sur des sujets revenant des co- »lonies dans un état de chloro-anémie profonde, mais sans »avoir eu de coliques sèches », et Fonssagrives à dit que ce signe «était facile à confondre avec le liséré bleuâtre des »scorbutiques. »
Quant aux partisans de l’unité des coliques sèches, ne leur serait-il pas malaisé d'expliquer l'existence de la colique nerveuse à terre, dans les postes, où elle n’a manqué pourtant ni d’observateurs, ni de patients et où il est difficile d’incriminer le plomb. Les soldats habitent des casernes peintes