‹ Coliques sèchesChapitre 5 sur 16 · PUIS · texte numérisé non relu

PUIS

à la chaux et les cas les plus nombreux et les plus graves proviennent des postes établis dans l’intérieur. Pourquoi encore la colique ne se manifeste-t-elle pas à bord de nos navires, en France, avant le départ, alors que l’on peint partout, que l’on mastique, qu’on manie le plomb d’une façon véritablement active et pourquoi ces coliques n’apparaîtrontelles que dans les pays chauds, sous certaines latitudes et lorsque la peinture aura été remplacée le plus souvent, pour l’équipage du moins, par le blanchîment à la chaux.

Ce serait un Protée merveilleux, un agent morbigène-bien curieux , que ce plomb, intoxiquant l’équipage d’un navire, exposant les hommes à des coliques saturnines, lorsqu'ils seront arrivés à la Guyane, par exemple, et à des fluxions de poitrine, si la destination du navire brusquement changée les fait aller en Islande.

Le D' Lecoq, dans sa thèse inaugurale, rapporte que la frégate la Gloire, partie de France en juillet 1846, arriva sept mois après dans l’Indo-Chine ; pendant quatorze autres mois elle parcourut les mers de Chine, de Macao à Canton, elle vint jusqu'à Tourane et pendant ces 21 mois, on ne vit pas un seul cas de coliques sèches. Le plomb avait eu pourtant le temps de désigner ses victimes. Au mois d’août 1847, la Gloire fit naufrage en Corée; 15 jours après, l'équipage naufragé, installé à terre sous des tentes, présentait de nombreux cas très graves de coliques nerveuses. N’était-ce pas le paludisme qui avait précipité sa marche, s'étant abattu sur des gens déjà fatigués et surmenés.

«En octobre 1871, dit M. Bérenger-Feraud, il entra à »l’hôpital de Gorée six individus atteints de cette affection »depuis 48 heures, et dinq autres dans les deux jours qui »suivirent. Ils venaient d’endroits assez différents, pour ne pas »pouvoir être considérés comme intoxiqués par la même »eau, le même vin ou les mêmes aliments. C’étaient: 1° un

SANO GE ES »gendarme, concierge de la prison civile ; 2° un soldat de la » caserne ; 3° un spahis congédié ; 4° un commerçant de Gorée; »5° et 6° un homme et une femme de Dakar, arrivés malades »en ville. Je fis admettre au même instant 7, 8, 9° trois com- »merçants de Rufisque et puis deux commerçants de l'île 10 »et 11°.»

On est bien forcé de convenir que s’il y a eu là une simple coïncidence, elle est bien extraordinaire et plutôt que de croire intoxiqués par le plomb ces 11 malades, de professions différentes, venus de points différents, nous préférons les croire impaludés.

Dans la fameuse discussion de l’Académie de médecine (1876), M. Briquet à attiré l’attention sur la myosalgie saturnine, qui n’existe pas dans la colique végétale. Dans le saturnisme, les muscles (grand et petit obliques de l’abdomen, carré des lombes) sont le siège de la douleur, et la preuve en est dans la sensibilité extrême de ces muscles,si on vient à les gratter simplement. Dans la colique nerveuse, le siège de l’affection étant dans les filets du grand sympathique, les masses musculaires ne sont pas douloureuses ; la preuve en est que le ventre est ballonné, ce que ne permettrait pas la myosalgie.

Enfin, s’il ya des coliques saturnines reconnaissant une étiologie incontestable, bien que très cachée ou très bizarre, il ne faut pas aller trop loin et songer qu’à côté il existe des manifestations du paludisme non moins curieuses, ni moins incontestables.

En effet, Gubler à vu, sur une famille de cinq personnes, le mari être seul indemne d'accidents saturnins, dont on finit par trouver la cause dans l'emploi depoudre de riz renfermant de grandes quantités de blanc de céruse.

M. Leroy de Méricourt cite des cas d’empoisonnement par des pains à cacheter contenant du minium. On a accusé éga-

"0 Re lement la combustion de cire colorée par ce même minium. On a raconté l’histoire d’un homme intoxiqué par des grains de plomb, sur lesquels il essuyait sa plume qu’il avait l’habitude de sucer ensuite. Enfin, on trouve tous les jours, dans l'usage de vases de terre (vernis à l’oxyde de plomb), l’origine d'accidents saturnins, dont l’étiologie restait obscure. Mais à côté de ces faits, nous pourrions citer, entre autres, un cas d’hémorrhagie utérine, pour laquelle le Dr Bestion (qui nons a rapporté le fait) fut appelé. Cette hémorrhagie, qui se reproduisait tous les huit jours, disparut radicalement à la suite de l’usage de la quinine, donnée le premier jour, pour un accès de fièvre qui dominait la scène, et continuée

ensuite pour combattre la fièvre intermittente (car le fait se

passait au Gabon). Nous ne citerons pas non plus les fièvres paludéennes à forme hémorrhagique (dysenteries liées à la fièvre et disparaissant avec elle par la quinine), ni toutesles formes sous lesquelles se manifeste le paludisme.

Un des arguments les plus sérieux, à première vue, élevés en faveur de l'unité des coliques sèches est celui-ci: c’est qu’il est illogique d'admettre que deux affections qui se ressemblent par leur processus et leurs symptômes, autant que la colique nerveuse ressemble à la colique saturnine, puissent ressortir à deux causes différentes.

Mais les symptômes de l’empoisonnement par l’acide arsénieux ne sont-ils pas identiques à ceux du choléra? Le tétanos spontané n'est-il pas analogue comme symptôme au tétanos traumatique ? Et l’empoisonnement par la strychnine etla brucine ne donne-t-il pas des accidents analogues à ceux du tétanos ? L’on nous objectera peut-être, enfin, que les anciens partisans de la colique nerveuse se sont ralliés à l’opinion de Lefèvre. Mais il nous suffira de dire que ces médecins distingués s'étaient formé, pendant leur pratique aux colonies, une opinion qu'ils ont abandonnée en France,

ae quand ne se trouvant plus en présence de cas semblables, perdant peu à peu le souvenir des cas observés, leurs convictions ont été ébranlées par les arguments de Maîtres, tels que Lefèvre. Ils se sont vus en outre en présence destatistiques prouvant une grande diminution dans le nombre des cas de coliques sèches. Mais cette diminution, réelle à bord des navires, parce qu'il s'agissait là de coliques saturnines, n'existait pas sur les côtes ou dans l’intérieur des terres, parce qu’il s’agit là du paludisme.

Nous allons maintenant rapporter les observations de coliques nerveuses que nous possédons, et nous les ferons suivre de la relation d’un cas de colique saturnine, dont l’étiologie est tout au moins curieuse.

Observation L

Colique nerveuse des pays chauds (Gabon).

M. Schl..., enseigne de vaisseau, âgé de 28 ans, d’une forte constitution, et n’ayant jamais été malade, avait été envoyé au Gabon, vers le commencement de l’année 1870, pour embarquer sur la canonnière de 1° rang, la Comète, en station depuis deux ans sur la côte occidentale d'Afrique. Son arrivée à bord coïncida avec l’établissement de l’hivernage, caractérisé dans ces régions équatoriales par des pluies abondantes, de violents orages et des tornades presque journalières. Il avait traversé assez heureusement cette période météorologique, et à part une atteinte légère de fièvre dengue, qui avait sévi épidémiquement sur l'équipage pendant les mois de mars et avril de la même année, il n'avait jamais été éprouvé sérieusement par les influences climatériques. Pendant les deux premiers mois de la saison sèche qui suivit, il était resté également bien portant. Ce fut

Ro

vers le milieu de cette dernière, le 20 juin, que, dans le cours d’un voyage de quelques jours à l’île du Prince, il fut atteint brusquement de coliques sèches. — L’affection débuta par les symptômes ordinaires de l'embarras gastrique bilieux, tel qu’on le rencontre si fréquemment dans les pays chauds : fatigue générale, insomnie, anorexie, soif vive. Langue large, étalée, couverte d’un enduit verdâtre, épais et visqueux, nausées, chaleur halitueuse de la peau, pouls mou, sans fréquence. En mêmetemps, coliques sourdes ayant leur siège exclusif entre l’épigastre et la région ombilicale, et obligeant le malade à se tenir courbé en avant. Constipation opiniâtre, pas de traces de liseré de Burton autour des gencives.

Ces symptômes durèrent quatre jours avec la même intensité, sans atténuation sensible, malgré tons les moyens thérapeutiques employés. Ceux-ci consistèrent au début en une dose de poudre d’ipéca (1 gr. 50), qui amena l’évacuation par la bouche d’une grande quantité de bile, ayant l’aspect d’une forte solution de vert-de-gris. Le lendemain, une dose de 40 gr. de sulfate de soude n’amena aucun changement. Alors furent employés successivement tous les purgatifs dont se composait la pharmacie du bord. Huile de ricin, aloès seul ou uni au jalap, calomel. Enfin, le quatrième jour, en présence de l’insuccès de toutes les médications précédentes, je fis prendre au malade trois gouttes d'huile de croton tiglium, dans un morceau de mie de pain. Est-ce l'influence de ce drastique énergique, ou bien, la maladie était-elle parvenue à cette période où une crise devait fatalement s’opérer ? toujours est-il qu’une heure après l’administration de ce remède, il se produisit une débâcle abondante de matières fécales dures et entourées d’une grande quantité de flocons muqueux et verdâtres. Dès ce moment, Pamélioration fut rapide; l'appétit revint le même jour, et

Set AT) deux jours après le malade avait entièrement récupéré ses forces.

Tout se borna là, et M. Schl.… n’a jamais eu d'attaques pareilles par la suite.

Dans le fait que je viens de relater, il ne m’a pas été possible de relever la moindre trace d’empoisonnement par le plomb. Cette cause d'intoxication n’a jamais été observée à bord pendant la durée de la campagne. D'ailleurs, M. Sch]l.. comme tous les autres membres de l’Etat-Major, vivait dans des conditions d'hygiène qui ne l’exposaient nullement à l'intoxication saturnine. On faisait, il est vrai, un fréquent usage de conserves contenues dans des boîtes en fer blanc, mais tous les officiers se trouvaient dans le même cas, et s’il était possible d'attribuer à ces aliments une influence nocive, il est plus que probable que des accidents du même genre se seraient manifestés chez ces mêmes officiers. Je suis donc fondé à croire qu'il y a eu, dans le fait de M. Schl.., un cas de colique nerveuse des pays chauds (D' Fouque).

Observation LI.

Colique nerveuse des pays chauds. — Martinique.

Dalimier, gabier, 22 ans (à bord du Sané), homme fort et vigoureux, sans maladies antérieures, est pris sübitement le 18 août 1876, dans la matinée, de violentes coliques. Le malade est en proie à de violentes douleurs, et sa figure exprime la plus vive anxiété.

Nausées, céphalalgie, pas de selles, envies de vomir, urine rare, pas de liseré de Burton, langue blanche.

Le 19, Dalimier est envoyé à l’hôpital de Fort-de-France, où le traitement suivant est employé : faradisation des parois abdominales, lavement vineux chaud, lavement laudanisé le

Boo soir et laxatifs. Deux jours après, les selles étaient revennes; les coliques avaient beaucoup diminué; sous l'influence du même traitement, elles finirent par disparaître le 23 août, et permirent à ce gabier de reprendre son service le 24. Les urines analysées à l'hôpital n'avaient rien démontré. Le D' Leclerc ajoute : Toutes les mesures hygiéniques réglementaires sont prises à bord du Sané contre l'absorption plombique. Le charnier, l'étamage des ustensiles de cuisine, l’appareil distillatoire Perroy, etc…., rien ne laisse à désirer. Je ferai remarquer qu'aucun homme de la machine n’a été malade de coliques ; chaque fois que l’on maniait les composés plombiques, les mécaniciens avaient un masque d’étamine sur la face, et observaient après une grande propreté. J’ai eu à observer deux autres cas de coliques chez deux matelots du bord, l’un gabier, l’autre canonnier. J’ai en vain cherché les composés plombiques qui auraient pu donner lieu à ces coliques. Le liséré de Burton n’existait pas; ces deux hommes qui menaient le même genre de vie que leurs camarades ne se servaient pas de boîtes de conserves, etc.

Aussi, en présence de ces cas et de plusieurs autres que J'ai vus à l’hôpital de Fort-de-France, dans le service du médecin en chef, j'avoue que ma conviction médicale est un peu ébranlée, et que je suis près de revenir à l’opinion, qui veut que la colique nerveuse et la colique de plomb ne soient pas qu’une seule et même maladie (D* Leclerc).

Observation II1 (Inédite, D' Bestion).

Coliques sèches végélales, suivies d’accès de fièvre (Gabon)

Le nommé Lecalvez, matelot de ?’Æurydice, âgé de 23 ans, se présente à la visite le 29 mars 1879, disant que depuis 7 à 8 jours il éprouve des douleurs abdominales, et qu’il a

node des difficultés à aller à la selle. Hier, cependant, il en a eu une, mais peu abondante.

Inappétence, langue belle, pas de fièvre, pas de liséré de Burton, sulfate de soude 20 gr.

Soir. Le purgatif a été vomi; les douleurs abdominales sont plus vives. Potion opiacée à 15 gr., pour la nuit.

Le 30 mars, les coliques ont pris un tel caractère d’acuité, que le malade a été admis à l'hôpital du bord. Pas de ballonnement du ventre; quelques gargouillements au niveau de l’ombilic et dans la fosse iliaque droite. Les douleurs sont très vives; elles persistent d’une manière continue depuis hier au soir, et siègent autour de l’ombilic et à l'hypogastre. La pression parvient parfois à les calmer un peu, mais elles reparaissent bientôt, soit que la pression cesse ou qu’on la continue. Le malade accuse un peu de céphalalgie, et sa face exprime la souffrance, mais il n’a pas de fièvre; le pouls est à 62, la chaleur de la peau normale, pas de selles depuis le 28. Bouillon, lavement avec 25 gr. de sulfate de soude, potion avec 20 gr. de sirop d’opium, cataplasme laudanisé sur :le ventre.

Soir. Même état. Pas de selles, lavement huileux.

31 mars. Les douleurs persistent et sont toujours aussi vives; depuis hier, elles n’ont pas laissé au malade un moment de repos ; il à passé la nuit à se rouler en tous sens dans son lit. Le décubitus abdominal était la position qui lui semblait préférable ; encore ne pouvait-il la conserver longtemps. Même état de la langue, des gencives, du pouls et de la température. Les deux lavements purgatifs sont restés sans effet; pas de selles depuis trois jours. Bouillon, infusion de feuilles d'oranger, lavement avec sulfate de soude 30 gr. cataplasme laudanisé sur l'abdomen.

Soir. Le lavement a amené cinq ou six selles abondantes dans la matinée ; elles étaient bilieuses, liquides d’abord, puis

Ve

un peu molles, etne contenaient pas de matières ovillées. À la suite de ces nombreuses évacuations qui se sont arrêtées vers midi, les coliques ont diminué et presque totalement disparu. Vers cinq heures du soir, elles ont recommencé et augmenté graduellement, A 8 heures, elles étaient redevenues aussi vives que la veille, et j'ai prescrit la potion suivante :

Potion:

SLPO DO ODIUMITE, ren mer.

Eau de fleur d'oranger. ..... . 20 — Aicoolatde menthe Lan 10 — Hydraulat de laurier-cerise . . Bb —

Cataplasme laudanisé sur l’abdomen.

1% avril. La nuit s’est passée sans sommeil, es souffrances ayant été continuelles et très vives; le malade n’a fait que se rouler sur son lit. À Theures du matin, les coliques paraissent intolérables ; elles partent de l’ombilic et s’irradient sur tout l’abdomen. Pas de fièvre, pas de céphalalgie, langue légèrement blanche, pas de selles depuis hier matin. Bouillon, infusion de feuilles d'oranger, injection hypodermique de 2 centigr. de chlorhydrate de morphine, à gauche de l’ombilic. Les douleurs sont calmées presque instantanément, et le malade s’endort bientôt d’un sommeil paisible, qui dure jusqu’à midi, avec quelques courtes interruptions, mais sans souffrances. À midi, les douleurs reparaissent ; à 1 heure, elles sont très violentes, et le malade demande avec instance une nouvelle injection qui lui est accordée, mais à la dose de 1 centigr. seulement; à ce moment, la langue est saburrale, le pouls fréquent et la peau un peu chaude. Pas de céphalalgie; bientôt surviennent des vomissements bilieux assez abondants; le pouls s'accélère, la chaleur augmente peu à peu. À 2 heures, je trouve le malade dans un état de transpiration abondante, avec chaleur à la peau; le

pouls a 100 pulsations. Sulfate de quinine 1 gr. 50 à prendre en trois fois, à une demi-heure d'intervalle. Potion avec 20 gr. de sirop d’opium à prendre d’abord toutes les demiheures avec la quinine, puis toutes les heures. Avec la potion, les vomissements cessent; le malade a pu prendre sa quinine et la garder. Vers 5 heures, le pouls et la température ont commencé à décroître, ainsi que la transpiration. À T heures, le pouls était à 68, la transpiration complètement arrêtée et la langue assez belle; les douleurs abdominales ont encore diminué beaucoup; après la deuxième injection, elles sont restées sourdes pendant l’accès de fièvre, et le malade les ressent bien peu maintenant; il estcalme et espère dormir. Je prescris pour demain: sulfate de quinine 1 gr. en deux fois ; potion avec sirop d’opium 20 gr., à prendre à 4 heures et demie et 5 h. du matin.

2 avril. Le malade à passé une bonne nuit. Ce matin, il est calme et n’éprouve aucune souffrance. Il a pris sa quinine à 4 heures et demie et 5 heures, puis un bol de chocolat à 6 heures. C’est la seule nourriture un peu solide qu'il ait prise depuis son entrée à l'hôpital. La peau est fraïche, la langue belle, pouls à 66 pulsations ; pas de selles. À 3 heures et demie du soir, le malade, qui avait passé une assez bonne journée et pris le matin une soupe légère, me fait prévenir qu'il est repris de quelques coliques. Il a des borborygmes et me dit qu'il lui semble qu’il a besoin d’aller à la selle. Je lui fais administrer un lavement émollient qu’il rend au bout d’un quart d’heure, mais les douleurs ne sont pas calmées; cataplasme laudanisé.

En rentrant à bord à 7 heures du soir, j'apprends que non seulement les douleurs n’ont pas disparu, mais qu’elles ont augmenté. Onction belladonée, cataplasme laudanisé. À 9 heures, les coliques sont insupportables et le malade me prie de lui faire une injection. A 9 heures 05, je lui injecte

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0,02 gr. de morphine à droite de l’ombilie. Ce n’est qu'à 9 heures 15 que toute douleur a disparu, tandis que hier le soulagement avait été immédiat. À ce: moment, le malade dit qu’il sent un bien-être parcourir tous ses membres et qu'il se trouve très bien. La température est bonne, la langue belle, le pouls à 72. A 10 heures, augmentation de la température, transpiration légère, pouls à 72; le malade à un peu sommeillé. À 11 heures, je revois le malade; il dort, mais d’un sommeil léger, car il ouvre les yeux à l'approche de la lumière, il me dit qu’il n’éprouve aucune souffrance, il transpire encore un peu, mais tout le monde en est au même point, car le thermomètre marque 29°5. Sa température est normale et son pouls régulier bat 66 pulsations ; par suite, il n’a pas eu d’accès de fièvre comme je le craignais,

3 avril. Nuit très bonne, pas la moindre douleur; pouls à 64; le malade a pris ce matin, à 5 h., 0.50 de quinine, un bol de chocolat à 7 h., une soupe au lait à 10 h. sur sademande,; et la demie de vin. Dans la matinée, il a rendu un grandnombre de vents. De 11 h. à midi, il a fait une promenade sur le pont, puis s’est allongé sur son lit et a dormi jusqu’à 4 h. A ce moment, il s’est levé pour prendre encore une soupe au lait et son vin, puis il à eu une selle peu abondante, avec expulsion de beaucoup de gaz, et a recommencé sa promenade sur le pont jusqu’à la nuit. Ilse sent bien disposé et n’éprouve aucure douleur. Langue belle, pouls à 70, encore un peu d’inappétence.

4 avril. Nuit très bonne. Le malade s’est levé de bonne heure, il à eu une selle normale et demande à manger. Pouls à 68. Quart de la ration, demie de vin; soir, le malade s’est promené sur le pont toute la journée.

5 avril. Nuit excellente. État général satisfaisant; le malade demande à manger davantage. Trois quarts de tout.

6 avril. Se dit complètement remis. À demandé à reprendre son service.

Observation 1V (inédite, D' Arbaud)

Colique nerveuse (Cayenne).

X..., 40 ans, mulâtre, originaire de la Martinique, habite la Guyane depuis 15 ans. Il exerce la profession de prospecteur de terrains aurifères et est ainsi amené à vivre de longs mois dans les grands bois, tristement célèbres par leur insalubrité.

Cet homme, profondément anémié et souvent sujet à des accès de fièvre, à eu des névralgies intercostales très tenaces. Congestion du foie assez prononcée, se manifestant par des sensations de pesanteur dans l'hypochondre droit. Angmentation très notable du volume de la rate, que l’on peut considérer comme doublé. La ceinture du pantalon est difficilement supportée.

Le 17 septembre 1883, nous sommes appelé près de cet homme qui est en proie, depuis la veille au soir, à de violentes coliques sans évacuations alvines. Le ventre est rétracté. Le malade est dans une grande anxiété. Des crises douloureuses localisées à l'abdomen se répètent fréquemment. Nausées et vomissements bilieux peu abondants. Langue saburrale, haleine bilieuse, pas de liseré de Burton. Le malade, qui est arrivé depuis une semaine de sa tournée de prospection, nous dit avoir eu les mêmes accidents il y a trois mois, dans le grand bois. Les coliques et la constipation ont alors duré trois jours, malgré les lavements huileux et le sulfate de soude qu'il prit alors. Ayant eu le troisième jour un violent accès de fièvre, il prit 1 gr. de sulfate de quinine et le lendemain, les douleurs qui s'étaient peu à peu calmées dans la nuit, avaient disparu.

À la constipation succéda une débâcle, et pendant deux

jours les selles qu’il rendit furent fortement bilieuses ; il n'avait plus eu d'accident de ce côté depuis cette époque.

Bien que l’étiologie parût peu douteuse, cet homme fut cependant interrogé au point de vue des antécédents saturnins. Jamais il n’a usé de conserves; sa seule nourriture consistait en bacaliau, couac{1)et produits dela chasse. À moins d’incriminer le plomb de chasse, le malade ne voit quel élément saturnin accuser. Pas plus aujourd’hui que pour la première attaque, il ne saurait en rendre le plomb responsable.

Devant ces faits et en présence de.ces symptômes, nous prescrivons une dose de 1 gr. 50 de poudre d’ipéca à prendre en trois fois. Nous comptions sur l’action vomitive et sur l’action sur l'intestin. Onction belladonée et cataplasme sur l’abdomen.

18 septemhre. Les douleurs ont continué aussi vives, pas de repos la nuit. Le malade s’est roulé dans son lit, des vomissements bilieux se sont produits, toujours pas d’évacuations. Le matin, mouvement fébrile; température axillaire 38°5. 1 gr. de sulfate de quinine à prendre en deux fois, à 2 heures d'intervalle, est aussitôt prescrit, et l’on fait administrer au malade un lavement avec:

Lu RTE OUT RENE se AO:cr.

Éuilerde crotontiglium "2 3 gouttes.

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