RÉ SUE
2° Empoisonnement chronique. — Ici, le premier symptôme qui apparaît c'est le liséré de Burton, accompagné de plaques colorées à la face interne des lèvres et des joues. Nous n'avons plus affaire ici à des colorations plus ou moins nettes et discutables, mais à une véritable lésion anatomique. Les muqueuses sont imprégnées de sulfure de plomb qui se forme -en présence de l’hydrogène sulfuré, produit: soit par la décomposition des parcelles de matières alimentaires restées entre les dents (Tanquerel), soit en présence des sulfures alcalins de la salive (Schebach) ou du sang (Gubler). Le plomb est apporté: soit directement par l'atmosphère ou les doigts de l’intoxiqué, soit par la circulation et l’élimination du poison. Ce liséré est ardoisé, noirâtre et siège au bord libre des gencives. Les plaques de la face interne des joues et des lèvres se présentent sous forme de pointillé. L’haleine est tétide; le goût sucré et styptique, dont nous avons parlé, existe encore ici. Un embarras gastrique continu suivi d’inappétence, de dyspepsie, delourdeurs d'estomac, de constipation, est habituel. Les coliques existent dans la très grande majorité des cas, ainsi que l’ictère, quiserait produit par la rétraction du foie, lequel emmagasine surtout le plomb (Heubel) et l’élimine par la sécrétion biliaire.
L'intoxication saturnine chronique amène aussi des troubles du côté de l'appareil circulatoire. Le pouls est petit, mou; il bat 40 ou 50 pulsations ; à la période cachectique, il se produit des palpitations cardiaques.
L'aphonie observée chez certains malades et la difficulté de la respiration (se traduisant par de l’asthme) sont dues ici à l’introduetion du plomb dans les bronches. On à constaté chez des chevaux, employés et morts dans des fabriques de céruse, l’atrophie du nerf récurrent et la dégénérescence graisseuse des muscles dilatateurs de la glotte.
Pro tue
Les reins étant l’agent principal de lélimination du plomb (dont l'analyse révèle la présence dans les urines [Orfila]) n’échappent pas aux lésions qu'engendre l’activité trop grande de tout organe, il y aura principalement des dépôts uratiques, de l’albumine, puis, à la période cachectique, la népbrite interstitielle atrophique, ainsi que de l’albuminurie avec lésions oculaires.
Les troubles nerveux encéphaliques n'apparaissent que très tard, ils sont plus rares et beaucoup plus tardifs que la colique. Nous aurons ici le cortège de toute encéphalopathie: vertiges, céphalalgie, assoupissements, troubles oculaires; le caractère devient triste, inégal. Cette encéphalopathie revêt les différentes formes : délirante, convulsive, comateuse et paralytique. L’amblyopie et l’amaurose sont assez fréquentes. Des douleurs rhumatoïdes, à tous les degrés et sous toutes les formes, ont été observées avec prédominance. légère cependant pour les membres infériedrs et les muscles de la flexion. Les articulations et les masses musculaires en sont le siège principal. Le tissu osseux est atteint de carie, de nécrose et cela n’a rien d'étonnant, le plomb s’y accumulant dans les proportions de deux à trois pour cent.
On a encore observé la goutte saturnine, survenant par accès après la disparition des coliques. Pendant la durée de celles-ci, Spring a constaté la contracture des muscles abdominaux. Les membres sont aussi fréquemment le siège de crampes très douloureuses. Il existe aussi tout d’abord un léger tremblement fibrillaire des muscles, qui ne tarde pas à devenir beaucoup plus accentué et à constituer un véritable tremblement. ,
Il y à rarement perte absolue de la sensibilité tactile; l'analgésie est bien plus fréquente. Les troubles de la vue consistent en nystagmus, diplopie, amblyopie, strabisme, troubles d’accommodation. Ceux de l’ouïe en bourdonnements
| — 45 — i et en surdité plus ou moins complète et passagère. Enfin, il y a perversion et affaiblissement du goût et de l’odorat.