RACCORD DE LA FAÇADE ET DU CLOCHER NORD
M. Mayeux prétend que le défaut de concordance des assises de la façade el des clochers ne prouve pas que les portails "ut été déplacés, mais simplement que les trois
1 Cf. Viollet-le-Duc. Dictionnaire d'architecture, t. VII, p. 393.
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portes, la tour du nord et la tour du sud sont d'époques différentes. Cette observation conserve néanmoins toute sa valeur, car elle prouve que l'architecte du clocher nord n'avait pas prévu la construction du porche et que le maître de l'œuvre du clocher sud ne s'est pas trouvé en présence d'un porche déjà bâti, sinon ils auraient raccordé plus adroitement les contreforts des tours à la façade au lieu de faire ressortir leurs angles au bord du mur.
Pour supprimer un témoin gênant qui confirme le déplacement de la façade, AI. Mayeux nie qu'on ait diminué de 0m10 la saillie d'un contrefort du clocher nord voisin du portail de gauche. Il a vérifié avec- un fil à plomb que le contrefort est bien vertical, mais je n'ai jamais dit qu'on l'avait coupé en talus. J'ai constaté, comme M. Merlet me l'avait fait remarquer, que ce contrefort présente à la place d'un cavet de son soubassement qui porte le n° 3 sur le plan de la page précédente, au point Y, une encoche de 0m18, tandis que la saillie de ce même glacis, qui se continue sur les autres contreforts, n'est que de 01" 08. Il serait donc impossible de rétablir dans l'encoche un glacis de même pente et de même hauteur que celui dont on voit l'amorce.
D'ailleurs, la saillie de ce contrefort d'angle n'est plus que de 0m38 aujourd'hui, tandis que celle du contrefort voisin, exposé à l'ouest, est de 0m50. Il faut donc en conclure que la nécessité de gagner 0m 10 vers le nord, pour ne pas diminuer la largeur du portail de gauche en remontant la façade, obligea l'architecte à réduire de la même dimension, en V, ce contrefort sur 11 mètres de hauteur depuis l'encoche de la base jusqu'aux deux glacis visibles au-dessus de l'appui des fenêtres. Si ces deux glacis sont intacts, il ne faut pas en conclure que le contrefort ne présentait pas un glacis inférieur qui a été ravalé. Enfin, l'absence de balèvres près de l'arête sur la face coupée apporte une dernière preuve à l'appui de mon opinion. Le seul fait que ce contrefort a été diminué d'épaisseur renverse toute la théorie de M. Mayeux sur la construction d'un porche contre le clocher nord avant le commencement des travaux de l'autre tour, car il est évident que l'architecte n'aurait eu dans ce cas aucun intérêt à gagner 0;"10 vers le nord, puisqu'il avait le champ libre au sud.
Parmi les autres preuves du démontage de la façade, j'avais indiqué la différence de longueur entre les petits fûts ornés qui se trouvent sous le socle des statues. M. Mayeux prétend qu'elle provient d'une restauration moderne et que Les fûts rajoutés sont neufs. C'est une erreur évidente, car la plupart de ces courtes colonnettes remontent bien au xiie siècle. J'avais dit qu'on en avait scié plusieurs pour les raccourcir. M. de Lasteyrie ne partage pas mon avis et fait observer que le listel qui contourne les extrémités de ces petits fûts prouve qu'elles ont conservé leur longueur primitive ' mais cette observation ne peut pas s'appliquer à six colonnettes dépourvues de listel ou de baguette k chaque bout, comme on pourra le constater sur la photographie cijointe2. J'en ai compté deux sur le pilastre à gauche du portail central, deux à droite dans l'ébrasement de la même porte, l'une ornée de six cannelures et l'autre de petits quatrefeuilles. comme celles qui se trouvent à gauche dans le portail de la Vierge. On en remarquait peut-être quelques autres avant la restauration de Lassus.
A gauche de la porte principale, le pilastre qui s'élève au milieu de la pile est pose sur un socle garni de grands oves3 qui mérite d'attirer l'attention. Au fond de chaque angle rentranl tous les autres socles sont encadrés par deux petits filets verticaux on retour d'équerre larges de quatre centimètres. Or, a droite du pilastre, l'un des filets est réduit k un centimètre et demi et le rang de trous carrés ne coïncide pas. Il est évident qu'on a voulu remonter la pile intermédiaire en diminuant sa largeur.
Sur le linteau du portail central, du côté gauche, un personnage est debout k coté du premier groupe de trois apôtres. Or un pied-droit de l'arcature qui l'encadre est masqué par deux anges du premier cordon, tandis qu'à droite l'arcature correspondante apparaît tout entière. Il est probable que l'appareilleur a voulu gagner quelques centimètres en
1 Eludes sur la sculpture française au moyen âge, p. '2i .
Cf. pi. VIII.
3 On peut signaler des oves perlés du même genre dans le soubassement des portes de Notre-Dame d'Étampes, de Notre-Dame-en-Vaux, à Chàlons, et de Saint-Germain^des-Prés, à Paris.