PL. VIII
E. Lefèvre-Pontalis phot.
COLONNES DU PORTAIL CENTPvAL
remontant le tympan. Les deux anges qui tiennent une couronne restaurée, à la clef de la troisième voussure, ont certainement remplacé un motif plus ancien cassé pendant le transport de l'archivolte. Ces détails sont bien visibles dans Tune des héliogravures dont j'ai fait le cliché pour l'ouvrage de M. de Lasteyrie 1.
M. Mayeux me fait dire qu'on a transposé les claveaux des voussures, ce qui est inexact. Cette observation ne s'applique qu'aux petits chapiteaux historiés, car l'histoire de la vie du Christ se développe en allant de la porte centrale au clocher nord, puis elle reprend du même pointa l'autre tour. Peu importe que deux chapiteaux soient parfois taillés dans la même assise, notamment sur les pilastres, comme M. Mayeux l'a remarqué, car les autres sont indépendants, ce qui explique comment on a pu replacer maladroitement la fête des Rameaux après le baiser de Judas et le lavement des pieds après la visite des saintes femmes au tombeau.
L'entaille faite après coup dans la tour du sud pour y encastrer un chapiteau de la porte de la Vierge qui représente l'apparition du Christ à ses apôtres contrarie la thèse de M. Mayeux comme les observations précédentes. Il s'appuie donc sur une photographie du tympan reproduite dans la monographie de Lassus pour prétendre que cette encoche n'existait pas en 1850 -. Or comme ce cliché a été pris de face et non pas en biais, l'entaille se trouve cachée par une assise du clocher comme aujourd'hui3. Il ne faut donc pas en conclure qu'on a dégagé le chapiteau en question à l'époque moderne. M. Mayeux soutient qu'au lieu de le relancer dans la tour du sud, on a monté les assises du clocher devant ce chapiteau qui aurait fait partie de la pile d'angle du porche. C'est ainsi qu'une tranche de la sculpture se serait trouvée masquée.
En recourant à cette hypothèse, M. Mayeux ne s'est pas aperçu qu'il se contredisait lui-même. En effet, il admet que la pile dont ce chapiteau fait partie a été rapprochée de 0ra10 pour rétrécir de la même dimension le portail de la Vierge. Or si on a démonté la pile, ce chapiteau n'est pas resté à sa
1 Études sur lu sculpture française au moyen âge, pi. III.
2 Monof/ruphie de la cathédrale de Chartres, Atlas, pi. VII.
3 Cf. pi. IX.
place primitive. Il était donc facile de le scier comme le linteau du portail pour faire filer les assises du clocher dans l'intérieur du mur de la façade. Au contraire, en admettant le démontage, un comprend parfaitement que l'appareilleur ait l'ait une encoche dans la tour pour conserver le bord du chapiteau.
Si le clocher méridional avait été monté contre l'angle sud-ouest d'un porche plus ancien, ce n'est pas seulement un chapiteau qui pourrait être engagé dans ses assises, ce serait aussi l'extrémité du jambage de la pile de droite du portail de la Vierge qui vient au contraire se coller contre un contrefort de la tour. La coïncidence de lit entre sept assises du clocher sud et de la façade depuis le sommier de l'archivolte jusqu'à la tablette de la corniche des portails est un simple artifice destiné à masquer le raccord, car l'appareil est décroché au dessus de la clef du cordon de la porte et tout le long du pied-droit de la fenêtre voisine de la tour '. En outre, ce cordon de feuillages, refait par M. Lassus suivant sa forme primitive, vient buter maladroitement contre la tour comme dans le portail de gauche, car l'architecte n'avait pas la place nécessaire pour le faire descendre au niveau du sommier. Au dessus de la corniche des trois portes dont la tablette vient s'appliquer sur un contrefort du clocher sud, on voit trois bandeaux moulurés qui pénètrent dans la façade, comme au point de raccord de l'autre tour. Donc les deux clochers existaient quand les trois portails vinrent occuper leur place actuelle.
Parmi les hypothèses les plus bizarres de M. Mayeux. il faut signaler celles qui s'appliquent à la cause du rétrécissement de la porte de la Vierge et à la façon d'exécuter ce travail. Ce portail mesure actuellement 2m22 de largeur, tandis que celui de gauche est large de 2m32. Si on l'a rétréci de 0m10, après avoir diminue de la même dimension la saillie d'un contrefort du clocher nord, c'est qu'il fallait gagner la place d'une colonne sur la longueur de la façade pour ne pas supprimer le point d'appui d'une voussure. M. Mayeux essaie d'expliquer cette opération par la nécessite de prendre un alignement sur la nef, mais elle était
1 Cf. pi. X.