‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 130 sur 150 · Francisque Michel, ouv. cité, t. II. p · texte numérisé non relu

Francisque Michel, ouv. cité, t. II. p

3. Dictionnaire raisonné du mobilier français, t. I, art. nappe et parement.

4. Cabrol, Dictionnaire d'archéologie chrétienne (Paris, iç/r), art. autel, p. 3187.

d'Autriche; d'autres sont consignés dans l'Inventaire de Charles V\

Au commencement du xive siècle, quand fut exécuté celui de la comtesse d'Étampes, les riches parements étaient fort à la mode dans la chrétienté, et bientôt ils allaient devenir innombrables, quoique, apparemment, les nappes brodées longues et tombantes aient été de beaucoup plus appréciées en raison de leur plus grande facilité d'exécution2.

A juger par le nombre des parements brodés anciens qui subsistent encore actuellement, soit dans les trésors d'églises, soit dans les collections publiques ou particulières, l'Allemagne fut un pays où ces ornements d'autel entrèrent en faveur dès avant le xiv6 siècle3. En Angleterre, l'art de la broderie

i. Francisque Michel, ouv. cilé, t. II, p. 36.).

2. Un eélébre manuscrit de la Légende de saint Denis, qui fut exécuté par un moine de l'abbaye de Saint-Denis, et présenté au roi Philippe le Long en i3 1 7 (Bibliothèque nationale, mss. fr. 2090, 2091 et 2092), est très intéressant à consulter à ce sujet; car sa date, son lieu de provenance et son caractère réaliste en font un document précieux, et il renferme un grand nombre de miniatures représentant une infinité d'autels. A vrai dire, la plupart de ceux-ci sont païens; mais n'ayant qu'une seule manière de concevoir des autels, fussent -ils idolâtres, l'artiste les a tous dessinés ornés semblablement de longues nappes brodées.

Les autels païens sont si souvent répétés que je crois inutile de les indiquer, mais les autels chrétiens se trouvent : t. II, fos 91, 100 v°, 102 V; t. III, f08 67 et 75 v° (cf. Henry Martin, Légende de saint Denis, Reproduction des miniatures du manuscrit original. . ., Paris, 1908, pi. xxix, xxxm,

XXXIV, LXXIIl).

Même dans la sculpture, les autels sont représentés recouverts d'une nappe aux plis tombants, comme on peut le constater dans le tympan du transept sud de la cathédrale d'Amiens.

3. J'ai relevé les parements brodés les plus anciens cités par M. Gaston Migeon dans son nouvel ouvrage si parfaitement documenté, Les arts du tissu (Paris, 1909), chap. 111 à vin. Ouvrage allemand, xne siècle : P. de Rusperberg, Musée de Bruxelles; xn" siècle, P. de Goësz en Styrie; P. du Trésor d'Halberstadt; P, de l'hôpital de Maliues, au Musée de

obtint un grand succès: il en subsiste un nombre de chapes ou autres vêtements, et il y a aussi plusieurs mentions anciennes de parements brodés'. Pour l'Espagne, il y a absence d'ornements d'autel, semble-t-il. La plupart des parements italiens que nous connaissons2 sont d'une date relativement tardive. Par contre, on s'imagine les Flandres marchant dans la même voie que l'Allemagne : les textes prouvent la prospérité de leurs ateliers de brodeurs au xnr3 siècle3.

Parlons maintenant de la France. Disons d'abord que le travail de broderie parait y avoir été pratiqué d'assez bonne heure. On connaît une toile fine sur laquelle est brodée une Assomption et qui doit dater de l'époque mérovingienne : cette pièce unique, curieuse aussi au point de vue de l'iconographie chrétienne, se trouve justement conservée dans le Trésor de Sens4. Nous avons déjà parlé des travaux de

Cluny; P. de la cath. de Gcrone (Espagne); P. de la cath. d'Anagni (Italie); P. du couvent de Marienberg (Basse-Saxe); P. du Musée de Wernigerode. — xive siècle, P. de l'église de KIoster-Kamp; P. de la cath. de Salzbourg: P. de Pirna, au Musée de Dresde. — A citer également un P. à Cracovie.

i. Francisque Michel, ouv. cité, t. II, p. 342, note 6.

2. Ouvrage italien, xme siècle, P. du Kensington-Museum.— xive siècle, du cloître des moines à Zara ("commencement du siècle); P. de Chartres (an. 1378; on acheva sa destruction eu 1793). — xve siècle, P. de la cath. de Manresa (Espagne). — La munificence des papes avait enrichi les églises de Rome de merveilleux vêtements brodés des avant le ix« siècle (Ibid., t. I, pp. : et 8).

3. Ouvrage flamand, xve siècle : Deux P. au musée de Vienne; P. de Saint-Sévcrin de Liège. — A citer encore pour mémoire le P. de l'abbaye de Grimbergen, au Musée de Bruxelles, datant du xvne siècle.

4. Abbé Chartraire, cal. cite, n,j 61, p. 25-20; — G. Migeoa, ouv. cité, P- '54.

l'abbesse de Bourges au vne siècle1. La fameuse tapisserie de Bayeux, improprement qualifiée, se trouve être tout simplement une broderie à l'aiguille, exécutée vers noo\ Enfin j'ajoute que, dans le milieu du xme siècle, la corporation des brodeurs parisiens, qui contenait aussi des brodeuses, était très importante3, et elle exécutait depuis longtemps des œuvres exquises comme l'aumônièrede la cathédrale de Troyes.

Si l'on considère, d'une part, la mode qui, dès l'époque carolingienne, voulut que les plus belles églises fussent fréquemment ornées presque partout de tentures diverses, et, d'autre part, si l'on songe au goût des Français pour la peinture à l'aiguille, il n'est pas surprenant que l'usage se soit répandu dans notre pays d'entourer les autels de parements très souvent en broderie. Nous en pouvons fort heureusement admirer encore plusieurs beaux spécimens4. Mais quels regrets ne ressent-on pas en pen-

i. Voir ci-dessus, p. 9.

2. Jules Guiffrey, Histoire de la tapisserie, Tours, 1886, p. i3; — G. Migeon, ouv. cité, p. i55.

3. On possède les noms d'une quinzaine de ces ouvriers, sans tenir compte des ouvrières occupées spécialement à la confection des aumônières dites sarrazinoises, et qui possédaient des statuts particuliers. En outre, la broderie était un travail pratiqué par les dames du monde et les religieuses (Francisque Michel, ouv. cité, t. II, pp. 3^5 et 35o; — G. Migeon, ouv. cité, p. i56).

4. Ouvrage français, xiu" siècle : Parement de Saint-Bertrand de Comminges ; P. de la chapelle de l'hospice de Château-Thierry. — .\ive siècle : P. appartenant à la Société archéologique de Toulouse; P. conservé au Musée de Cluny, avec des fragments d'autres pièces; P. de Saint-Martin de Liège;— P. de Narbonne, conservé au Louvre, qui n'est qu'une toile peinte mais qui aurait pu servir de carton de broderie. — xvc siècle : P. disparu, donné en 1462 à la cathédrale d'Angers par

sant à la multitude de parements français détruits ou disparus1 }

Pour en revenir au parement de la comtesse d'Etampes, voici la description précise que M. le chanoine Chartraire en a faite2. Quoique incomplet, le parement a encore 1 mètre 22 de long sur om54 centimètres de hauteur :

« Sur une soierie blanche (h. om 28; 1. imo8)3, sont

René d'Anjou; P. de l'Hôtel-Dieu de Pontoise; P. de tapisserie de l'église d'Aix-en-Otbe (Aube).

1. L'inventaire de Charles V (i38o) fait mention de plus de cinquante ornements complets en étoffe pour chapelles. Beaucoup étaient antérieurs au xiv siècle, et il ne me parait pas douteux que le parement d'autel était presque toujours compris dans la garniture (J. Labarte, ouv. cité, n" 1064 à 1 126). En outre il est fait spécialement mention de parements aux n°* 233.5, 2619 et 2632, ainsi qu'il suit :

i° Item, unze pièces de plusieurs parements, tant de brodeure comme autres, de plusieurs et diverses façons.

2" Item, Us parements d'autel qui sont dans ladicte chappelle, de drap d'or d'outremer ancien, royez de vert, de rouge, d'azur. . .

3° Item, ungs paremens de drap d'or à champ vert, très riche, que donna au Roy Jehan de Valdetar.

Il est fait mention de deux parements ou retables brodés avec personnages dans l'Inventaire de Charles-le-Teméraire.

2. Catal. cité, n° 81. p. 32; — G. Migeon, ouv. cité, p. 160.

3. Il est possible, mais je me garderais bien de l'affirmer, que le fond blanc du parement avait été choisi tel non seulement à cause de son bel effet, mais encore à cause de la couleur blanche requise à certains jours par la liturgie. L'inventaire de Charles V classe les ornements en chapelles blanches, vermeilles, cendré, vers, azurées, noires, plonqué, violet (voir ci-dessus, note 1). Le blanc est la couleur de la Vierge.

Un mot à propos de la soie qui entre pour une forte part dans la composition du parement. - L'art d'élever les vers à soie fut introduit dans le vieux Monde par Constantinople vers le vi' siècle de notre ère, puis passa en Sicile, ... en Italie et en France, du xie au xvi» siècle... En France, les premiers essais de sériciculture paraissent dater du xivc siècle. Ils sont, croit-on, contemporains du transfert du Saint-Siège à Avignon

brodées en soie et or six arcatures trilobées à gables fleuronnés séparées par des colonnettes1. L'architecture est guipée en relief, les ornements des écoinçons sont brodés en couchure* et les personnages en point fendu3.

par le pape Clément V » {Exposition franco-britannique, iço8. Rapport du jury. Albert Raymon, rapporteur. Saint-Denis, 1909, p. 9).

Ceci est le résumé des remarquables recherches de Francisque Michel. On pourrait encore ajouter, d'après cet auteur, que, avant de posséder la soie, les peuples d'Europe, pour exécuter leurs plus riches étoffes, mêlaient l'or à de la laine ; mais aussitôt connue, la soie, qui provenait de Chine, fut substitué à la laine, en Grèce et en Italie, bien avant l'ère chrétienne. L'élevage des vers à soie fut déjà florissant en Espagne au xe siècle, et il est probable que ce pays a fourni de la soie brute à la France dès le ix" siècle. En tout cas, on n'attendit pas d'avoir des sériculteurs pour fabriquer chez nous, et d'une manière plus ou moins régulière, des étoffes de soie. Les textes prouvent que des ateliers existaient en France au xii" siècle, et à Paris, au plus tard au xm\ malgré la rareté de la matière {ouv. cité, t. I, pp. 3-8, 73, 91 et suiv., 286 note 2, 291; et t. II, pp. 425 et suiv.). On ne signale une industrie de soie dans la région d'Étampes qu'au xvie siècle, à Orléans (i582), et à Dourdan où s'établit une des premières fabriques françaises de bas de soie et d'estame. En 1699, Henri IV favorisa la culture du mûrier dans les généralités de Paris et d'Orléans. {Ibid., t. II, pp. 281, 289 et 295; — Barthélémy de Laffemas, Règlement général pour dresser les manufactures de ce royaume et couper le cours des dras de soye et autres marchandises qui perdent et ruinent V Estât (Paris, 1597), in-8°.)

1. Les arcatures étaient le motif d'ornementation traditionnel pour séparer les personnages ou les diverses scènes d'un même tableau. Elles sont presque invariablement communes aux broderies de même usage exécutées vers le même temps.

2. Ces ornements ont un caractère spécial qu'on retrouve dans les broderies françaises du xme siècle et dont on a signalé les rapports de dessin avec les pentures de portes (G. Migeon, onv. cité, p. 759).

3. On pourra comparer cette pièce à une autre broderie en deux morceaux du Trésor de Sens {catal. cité, n° 1 17) que l'on croit être une parure de bas d'aube. Elle est du xme siècle, et en 1857 elle se trouvait cousue dans !a bordure d'un parement d'autel en tapisserie du xvie siècle {ibid., n° 4)-

A propos de cette dernière tapisserie, M. l'abbé Chartraire fournit des détails qui ne sont point sans intérêt pour l'histoire d'Étampes.

« D'après l'inventaire de i535, elle fut donnée à la cathédrale de Sens par maitre Jehan de Bray, archidiacre d'Etampes, dont les armoiries des-

» La partie à gauche manque. Elle devait comprendre trois arcatures consacrées sans doute à l'Annonciation, fa Visitation et la Nativité.

» Les sujets qui restent sont, de gauche à droite :

» i° L'Adoration des Mages;

» 2° La Circoncision et la Présentation an Temple (il ne reste qu'un fragment de la Vierge);

» 3° La Fuite en Egypte;

» 40 Le Massacre des Innocents;

» 5° Le Baptême de Noire-Seigneur.

» 6° La Mort de la Vierge1.

» La bordure de soie rouge, large de omi3, portait à chaque angle les emblèmes des évangélistes; seul le bœuf de saint Luc occupe encore le coin supérieur à droite. Cette bordure est ornée d'écussons

sinées sur l'objet sont ainsi : - de cueilles, aux lettres J. D., d'or, relices par un las d'azur, aux extrémités duquel pendent une tête de mort et un miroir la reflétant avec la devise : cinis es mémento : dans la partie supérieure, on lit les paroles des Hébreux exilés à Babylone, In salicitus in medio cjus suspendimus organa nostra (Ps. i36). Jean de Bray fut secrétaire de l'archevêque Tristan de Salazar et plus tard son exécuteur testamentaire; chanoine de Sens en 1483, doyen en 1.493. archidiacre d'Etampes en 1504. il mourut en i5iq. Il donna à la cathédrale de riches ornements, et avec l'archevêque il la dota d'une série de tapisseries représentant la vie de saint Etienne, exécutées à Paris par Guillaume Rasse, sur les cartons du peintre Gauthier de Campes (Archives de V Yonne, G 1143). Ces tapisseries qui servaient à tendre les stalles du chœur furent vendues en 1707. Jean de Bray est enterré dans le transept nord, au-dessous de la verrière donnée par lui, où figurent son portrait et ses armoiries (Paul Quesvers et Henri Stein, Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens, l, p. 385).

1. Anastase, bibliothécaire des Papes au milieu du ixe siècle, a décrit plusieurs riches vêtements ou autres parements religieux offerts aux églises de Rome, que l'on suppose avoir été tantôt tissés, tantôt brodés. Quelques-uns représentaient des scènes de l'Ancien Testament, comme l'épisode de Daniel; le plus souvent, le Nouveau Testament faisait les frais de l'ornementation : Annonciation, Nativité, Massacre des Innocents, Baptême de Jésus, etc. On voit que le parement de Sens fut conçu selon une vieille tradition (Francisque Michel, ouv. cité, t. I, pp. 20 et suiv.).

Phot. Bibl. J. D.

Parement d'Autel Fragment représentant la fuit (Trr'sor de

màaMmBÈÈÈÈËÊÉÉÊÊÊÊÊËr

jmtesse d'Étampes

fe et le massacre des Innocents

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D. A. LONGUET, Imp. Phot.

symétriquement disposés; ils sont alternativement : de Brienne (d'azur semé de billet les d'or et au lion de même) et de Châtillon {de gueules à trois pals de vair, au chef d'or, brisé d'une merlette de sable au canton dexlré). Il n'en reste que cinq, mais on distingue encore la place de ceux qui ont été arrachés; on leur a substitué, plus tard, des écus losanges, le premier de France, le deuxième de Casiille\ le troisième vairè\ »

Deux scènes ont pour nous plus d'intérêt que les autres : la Fuite en Egypte et le Massacre des Innocents.

Dans la première, on voit Joseph nimbé, se dirigeant de gauche à droite, et tirant, par une longe attachée au col, la bête qui porte la Vierge et l'Enfant Jésus. Marie est assise en travers, le corps légèrement tourné vers la tète de sa monture; ses deux jambes sont pendantes hors montoir, comme c'est presque toujours le cas. Il est en effet de tradition que la suite des scènes de la vie de la Vierge ou de Jésus commence à gauche. Il était dès lors logique de faire marcher vers la droite les illustres fugitifs, et l'on a pris ce parti dès la création de la donnée iconographique, c'est-à-dire au xe siècle : pour bien présenter la Vierge et l'Enfant, ceux-ci doivent donc être assis invariablement du même côté. Il y a certes

i. 1! fut d'usage de. mettre des armoiries sur de nombreux objets dès le milieu du xme siècle. M. Migeon signale l'emploi fréquent du « cousu en appliques rapportées » ; la pièce, brodée à part, était emboutie sur le tissu, le plus souvent cousue, parfois simplement collée {puv. cité, p. 1 56).

— Io —

des exceptions à la règle, mais elles sont rares1; Marie se montre tantôt de face, tantôt de trois quarts, et par suite les deux jambes sont visibles très inégalement; de même, l'Enfant est placé plus ou moins en exposition, entre les jambes de sa mère ou porté dans ses bras. Il n'y a pas une bien grande différence entre les représentations de la sainte Vierge fuyant avec son fils, et l'image peinte d'une divinité antique, — peut-être Epona, déesse protectrice des écuries, — découverte il y a une trentaine d'années à Pompéi : la déesse est assise également en travers sur un àne, face au spectateur, et portant sur ses genoux un enfant5.

L'époux de Marie tire la monture dans une attitude assez caractéristique. Tout en s'avançant vers la droite, il tourne complètement la tète derrière lui avec sollicitude vers la Vierge; son corps est vu de face, et, sans l'ampleur du manteau, le bras droit arrondi se détacherait complètement du corps. J'ai trouvé fréquemment des détails identiques dans les images figurées de la même scène, et notamment dans la décoration murale de l'église de Poncé (Sarthe), attribuée au xne siècle3; parmi les miniatures, je citerai celle du Psautier de saint Louis à la

i. Exception à Saint-Trophime d'Arles. — Deux exemples traditionnels existent à Etarapes même, dans des sculptures du milieu et de la fin du xile siècle, au portail occidental de Notre-Dame, et dans le tympan provenant de l'église Saint-Pierre.

2. Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines (Paris, 1877), t. I, art. Asinus, fig. 570, et art. Epona, l. II, p. 735. — A considérer notamment la Fuite en Egypte sculptée dans un bas-relief du portail de la Mère-Dieu à la cathédrale d'Amiens.

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