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Laffillée, Les peintures murales de Véglise de Poncé

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bibliothèque de Leyde, manuscrit anglais de la fin du xiie siècle ou du commencement du xnieI.

Vient donc immédiatement après la scène du Massacre des Innocents. Le roi Hérode, monté sur une petite estrade, assis sur un trône et à l'abri d'un dais2, préside à regorgement. 11 est tourné de trois quarts vers la droite. Il étend le bras droit pour ordonner; sa main gauche appuyée sur la cuisse retient le pan du manteau ramené sur les genoux. Sa couronne est à trois fleurons; il porte barbe et moustache; ses cheveux demi-longs laissent le cou dégagé3. A ses pieds, une femme agenouillée l'implore en lui présentant son enfant, mais un soldat n'en continue pas moins de transpercer un petit être avec son épée. Par terre, quatre cadavres sont déjà étendus.

i. Ce célèbre manuscrit est une très importante référence. Le dessin de ses miniatures est particulièrement clair; mais aussi, après avoir servi à Louis IX enfant, il est resté comme le plus précieux souvenir dans la famille royale (cf. Onaout et de Vries, Miniatures du psautier de Saint-Louis, ms. lai. 76 de la Bibliothèque de l'Université de Leyde. Leyde, 190:, pi. i3).

2. En raison du manque de place au-dessus de la tête du roi, le dais a été reporté un peu à droite, au centre de l'arcature.

3. Il existe un Hérode présenté presque de la même façon dans le parement de Malines, au Musée de Cluny (xme siècle). Ce dernier tient un sceptre et lève la jambe gauche pour la croiser sur le genou droit dans une pose familière qui plaisait aux artistes du moyen âge : on la rencontre fréquemment dans des œuvres de toutes natures; je ne citerai ici que la boîte cylindrique en ivoire du musée de Dijon (n° 1462) sur laquelle notre Hérode est sculpté; toutefois je ferai remarquer que le geste est très commun et fortement accusé dans les miniatures anglaises; voir plusieurs exemples dans John Strutt. The régal and ecclesiastical Antiquilics of England (London, 1842). — Les brodeurs allemands ont, je crois, le plus souvent présenté les rois assis de face (Illustrierte Geschichtc des Kunslgewerbes, Berlin, III, 263 et 266).

Il est maintenant faeile de voir les curieuses ressemblances qui rapprochent les deux scènes que nous venons de décrire et la peinture d'Etampes. Je rappellerai d'abord en quelques mots l'histoire de cette dernière qui a tout dernièrement été classée monument historique1. Elle fut vraisemblablement exécutée vers 1807 pour commémorer la remise solennelle de la baronnie d'Etampes à Louis Ier d'Évreux5, et sur les ordres de ce dernier, ami de Gaucher de Chàtillon, et grand-père du mari de la comtesse d'Etampes.

Les deux personnages principaux, dans l'état actuel de la peinture3, sont un roi et une reine de France.

Cette reine, comme la Vierge de la broderie de Sens, est à gauche et sur une monture tournée vers la droite; le cheval est tenu à la longe par un page dont la position est identique à celle de saint Joseph*.

i. Arrêté ministériel du 26 août 1909.

2. L.-Eug. Lefcvre, La peinture historique du Palais royal d'Etampes, avec un appendice sur la peinture de la chapelle de Farchevillc (Paris, A. Picard, 1908), extrait des Annales de la Société archéologique du Gâlinais; — et L'Ancien palais royal d'Etampes et sa peinture historique; rapport présenté à la commission départementale des antiquités cl des arts de Seineel-Oise (Paris, A. Picard, «909), extrait du Bulletin de la Commission.

3. Il existait certainement un troisième personnage principal, aujourd'hui détruit, mais qui n'a pas d'intérêt dans l'étude présente, sauf toutefois par le fait que nous avons proposé de l'identifier avec Louis 1er d'Evreux.

4. Je ne vois pas qu'il fûc très usuel, au commencement du moyen âge, de faire conduire à la longe les chevaux des grands personnages. Je n'ai encore rien trouvé de semblable dans les miniatures des chroniques ou

Enfin voici le roi de France sur une estrade, sous un dais, assis également; il est placé de la même façon qu'Hérode et exécute le même geste'.

Les deux scènes de la broderie de Sens et la scène d'Étampes constituent donc deux groupes de personnages qui, en jouant des rôles sensiblement différents, sont mis en place d'une façon similaire. Il se trouve même, par une coïncidence fortuite, que la scène unique de la peinture d'Étampes est coupée en deux par une pièce de charpente qui sépare sans raison les personnages en deux groupes-, comme fait la colonne d'arcature intentionnellement brodée dans le parement de Sens.

Il existe d'ailleurs des dissemblances très importantes, et il est aussi nécessaire de les étudier. Tandis que les saints fugitifs sont en marche et

des romans. Mon premier exemple jusqu'à présent est fourni par Jean •Fouquet (f 1485), qui en effet a peint Jean II faisant sou entrée solennelle à Paris, après son sacre à Reims, sur un cheval ainsi tenu en main (Grandes chroniques Je France, Bibliothèque nationale, ms. fr. 6400, f° 389 v). Autre bon exemple d'un page-écuyer de dame dans le célèbre bréviaire du cardinal Grimani. exécute vers 1400, et maintenant conservé dans la Bibliothèque San Marco, à Venise. Voir aussi : Page conduisant le cheval de Salomon dans un manuscrit-illustré par Pinturicehio vers [476 (Bibliothèque du Vatican, Urb. Iat. 1).

1. 11 faut convenir que les rois, quels qu'ils Tussent, donnant des ordres, étaient toujours représentés de la même manière : tel est le cas même de certaines images de rois dont les manuscrits de l'Apocalypse sont illustres (voir notamment le ms. anglais de la Bibliothèque Bodléienne dont une reproduction a été publiée par le Roxburghe Club en 1876). Cette uniformité de composition pour la figuration des rois doit être considérée comme un effet tout à la fois du réalisme et de la tradition. D'un côté, les rois devaient évidemment agir comme les dessins nous l'indiquent avecréalisme; de l'autre côté, ce sont les rois eux-mêmes qui ont établi la tradition en perpétuant les détails de leur apparat et de leur cérémonial de souverain,

accélèrent franchement leur mouvement en avant, la haquenée de la peinture étampoise est au complet repos, et le page ne bouge pas1. Si Joseph est peint sous les traits d'un homme d âge mur, avec de la barbe, le page a toute la physionomie poupine d'un adolescent. Il v a entre les deux rois une différence de costume notable, celui d'Etampes portant une robe fleurdelisée. L ane évangélique a bien une encolure, un arrière-train et des oreilles caractéristiques, et son harnachement est tout à fait pauvre. Au contraire, la monture royale, somptueusement habillée d'un caparaçon fleurdelisé, porte en outre un panache orgueilleux'.

i. Le corps de saint Joseph est penché vers la droite ; le page se tient droit.

2. J'avais cru que ce panache était en plumes; il s'agirait plutôt d'une étoffe brodée de fleurs de lis. car celles-ci viennent d'être retrouvées par M. Marcel Magne. — M. Joseph Roman nous a signalé que la forme éventail du panache était un modèle alors récent qu'il ne croyait pas * antérieur à la seconde moitié du xive siècle. Auparavant l'aigrette des chevaux était la reproduction du cimier qui ornait le heaume du cavalier (exemple : Hugues de Faucigny, 1014) ».

L'usage des couvertures de chevaux parait avoir été imaginé par les Orientaux. Les premiers sceaux fiançais sur lesquels on ait représenté un cheval housse apparaissent vers 1225 (sceau de Savary de Mauléon). En Occident, les housses étaient parfois eu étoffe de coton: mais dans les cérémonies ou les tournois, elles étaient tissées en soie ou en étoffes plus précieuses encore de samit, de siglaton, ou de cendaî, sorte de taffetas qui se teignait en différentes couleurs et notamment en bleu foncé. La broderie achevait l'ornement (Francisque Michel, ouv. cité, t. I, pp. 205, 2:.':. 2.V1, 287 note, 3ûi : et t. II, pp. cO et 69). Le caparaçon du cheval de la peinture d'Etampes tombe sur la queue qu'il recouvre et emprisonne très bas : c'est une anomaiie qui, d'après M. Joseph Roman, ne se voit jamais dans les autres images. Sans doute, comme me l'a fait remarquer M. Roman, il doit être extrêmement rare de rencontrer dans les sceaux une dame montée sur un cheval housse : Je ne saurais pour ma part citer que l'exemple de Marie, tille de Charles le Téméraire, figurée avant 1477, c'est-à-dire avant son mariage, chassant sur un cheval caparaçonné, et assise à gauche. — Quant aux dais comme celui sous lequel se tient le roi, la soie entrait également dans leur composition; le dais d'étoffe appa-

Elle est tenue non point par un vulgaire licol, mais par une large et luxueuse bride1.

La Vierge continue à porter son costume antique, tandis que la reine Marie de Brabant, veuve de Philippe III le Hardi, est vêtue, non sans élégance, selon la mode de son temps2.

raît pour la première fois dans les sceaux seulement au temps d^ Philippe le Long. — Enfin les textes du moyen âge font mention d'oriflammes, enseignes ou gonfanons en ccndal et en samit {Ibid., t. I, pp. 194, 200-202, 254).

1. C'est une bande large de 16 centimètres, coupée par des traits clairs à des intervalles réguliers; elle doit être en buffleterie dont les poils ont été conservés, ou simplement tailladée (L. Eug. Lefèvre, L'ancien palais royal d'Étampes el sa peinture historique, Paris, 1009, p. 16). L'usage des larges pièces de harnachement n'a guère commencé d'une façon générale qu'à la fin du xive siècle. On en trouve alors de nombreux exemples dans les manuscrits. Comme peinture murale, je citerai celle de l'église de Villiers- Saint-Benoit (Yonne) où sont dessinés plusieurs personnages cavalcadant; c'est une œuvre dans laquelle on a donné beaucoup d'importance aux détails d'ornement. Au xiii" siècle les rênes sont dessinées extrêmement fines dans les miniatures, et très souvent même elles ne sont point marquées du tout. Dans un cadre à miroir de la collection du Rév. W. Sneyd, attribué au commencement du xivc siècle, et signalé par Vio!let-le-Duc (Dicl. du Mobilier, t. 11, pp. 445-446), est représentée une femme à cheval : une partie du harnachement du cheval est apparemment garni d"une fourrure à long poil. N'oublions pas pourtant que des houppes de soie ornaient les bannières ou gonfanons (Francisque Michel, ouv. cité, t. I, p. igg); et ne pourrait-on encore suggérer des mèches en poil de chameau, ou, moius probablement, en poil de chèvre. Avec le premier, le moyen âge a fabriqué une étoffe de prix, appelée le camelot, qui était encore en usage sous Charles V (Ibid., t. IL 2e partie, p. 40-41).

Dans les descriptions des romans, il est souvent question de clochettes d'argent pendues aux harnais des chevaux (Ibid., t. II, p. 108 note) : je n'ai trouvé aucune trace de ces petits instruments joyeux dans la peinture d'Etampes.

2. L. Eug. Lefèvre, La Peint, hist. du Pal. royal d'El., pp. 10-11. La robe courte de la reine est franchement laide. Mais les étoffes claires de tout le costume sont plaisantes à l'œil; la capuce et les voiles devaient fort agréablement encadrer un joli visage. — Nous avons dernièrement trouvé plusieurs exemples de cette coiffure dans des manuscrits du xiv* siècle : Bibl. nat., ms. fr. 122, f° 70; — Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 1126. A citer aussi une pierre tombale à Compiègne (Oise). — Il est présumable que les étoffes du vêtement entier étaient en soie, cendal, samit, siglaton ou autre tissu. Dans le compte de Geoffroi de Fleuri (i3i6) est citée une étoffe

A mon avis, un fait marque mieux que tout autre la plus curieuse différence. La reine de France n'est pas assise, avec les deux jambes tombantes du même côté du cheval, à l'exemple de la Vierge; elle a bel et bien enfourché sa monture comme une amazone antique.

Nous avions longtemps envisagé cette possibilité sans nous décider à l'admettre, car nous n'avions pas connaissance d'une image quelconque dans la-

« escarlatte rosée... pour faire une robe à Madame la royne ■ (Francisque .Michel, ouv. cite. t. I. p. 2.43, note 1). Dans un compte de i388 figure une cotte d'étoffe semblable pour Isabeau de Bavière. Dans l'inventaire de Charles V. on mentionne « 20 pièces de drap d'or très fins sur champ roze qu'on peut foupçonner avoir été destinés à une très noble dame (ibU.).

Le cendal est mentionné dans l'inventaire des biens de la comtesse Mabaut d'Artois, qui furent pillés en i3i3 {lbid., p. i5q. note). Il est question d'une <• cote de nac vert » dans les inventaires de Louis le Hutin et de sa femme (i3i6) {lbid,. p. 261). .

Au sujet de la couleur des vêtements de la reine, il semble que. au moins a un moment donne, le blanc fut la couleur royale dans les sacres ou autres grandes cérémonies {lbid., t. I, p. ]<>", et t. II, p. 454, note complémentaire). En outre, les reines de France portaient le deuil de leur époux en blanc. .Mais pendant quelle durée s'astreignaient-elles à ce signe extérieur de regreît ? Pendant combien de temps se prolongeait le deuil de nos reines ? 11 est évident que les veuves royales, surtout sous les premiers Capétiens, n'ont souvent guère tardé à se remarier.

D'après Guillaume de Xangis. en 127.", au couronnement de .Marie de Brabant. les bourgeois de Paris •• firent feste moult grant et moult solempnel. et encourlinèrent la ville de riches dras de diverses couleurs, et de pailes et de cendaux » {lbid., t. IL p. i3o-i3i >; —Les grandes Chroniques de France, t. V. p. 198). Le cendal était généralement rouge, mais il était aussi parfois jaune, bleu et gris (Francisque Michel, ouv. cité, t. I,

['ajoute que Marie de Brabant passe pour avoir été « bonne, belle, sage, spirituelle et savante ». Elle avait un clan de grands seigneurs a sa dévotion, au milieu d'une cour brillante en partie amenée du Nord à sa suite (Ch. V. Langlpis. Le règne de Philippe III le Hardi. Paris. 188;. in-8", pp. 21. 32-3.$). J'ai déjà parlé du portrait qui existe d'elle dans un manuscrit de l'Arsenal: cm présume qu'il y en aurait un autre dans un psautier. ras. 72 de la bibliothèque Vates Thompson, à la lettre initiale (Léopold Dçlisle, Recherches sur la librairie de Charles V, t. L p. 410).

quelle une reine de France fût représentée à cheval, jambe à droite, jambe à gauche'.

En outre, le mauvais état de la peinture ouvrait le champ aux suppositions, et il est du reste assez fréquent de trouver, dans les miniatures au dessin sans doute très imparfait, des femmes assises de côté sur leur monture, néanmoins vues presque de profil, et en tout cas dont une des jambes à peine visible doit être pour ainsi dire devinée5.

Cependant, nous avons découvert à la bibliothèque Sainte-Geneviève, dans le manuscrit des Chroniques de France (ras. 780, f" 842), une miniature représentant la princesse allemande Marie de Luxembourg, qui venait d'épouser Charles IV, roi de France3, faisant son entrée dans Paris, le 3o septembre 1822; elle porte une robe longue, tient elle-même la bride de son cheval, et enfin est à califourchon, de même que sa suivante. A vrai dire, cette image n'a qu'une valeur historique relative4, mais du moins

1. Nous stipulons avec intention une reine de France, car nous avons rencontré quelquefois dans les miniatures des reines de roman à califourchon. Exemples : Bibl. Arsenal, ras. fr. 3482, pp. S92 et 610 {Roman de la Table Ronde, commencement du xive siècle).

2. Voir la Fitile en Egypte du Psautier de Saint Louis, à Leyde (Omont et de Vries, Miniatures du Psautier de Saint Louis, ms. lat. 7/0 de la bibl. de VUniversilc de Leyde); — Psautier de Jeanne II, reine de Navarre (Collect. II. Yates Thompson, no 75, f° 61); — la Belle Hélène arrivant a Troie en tête d'un cortège triomphal dans le ms. vénitien exécuté vers i35o, de la collection Y. Thompson (n- ||, f" 33 v°.); — très bon exemple dans le ms. fr. 1297 de la Bibl. nat., f° 72 (Livre du roi Modus); — aussi dans le ms. fr. 122, f11 70 (Roman de Lancelol du Lac, de 13.44); — dans le ms. fr. i:3, f° 07 (Roman de Lancelol du Lac); — Vierge de la grande châsse en ivoire du xive siècle, conservée au musée Cluny.

3. Elle était fille de l'empereur Henri IV, et fut la seconde femme de Charles IV; comme elle mourut en couches en 1,124, celui-ci épousa sa cousine Jeanne d'Evreux.

4. U s'agit d'une œuvre tout à fait de second ordre. Ce n'est pas une

elle a contribué à nous apprendre que le moyen âge avait fort bien accepté la tenue de chasseresse même dans les cortèges royaux les plus solennels.

Ayant fini par nie convaincre que la reine d'Etampes a été dessinée à califourchon, je m'empresse de le faire savoir et de dire pourquoi. La peinture, dernièrement mieux dégagée des poussières qui contribuaient à l'obscurcir, ne nous a point encore laissé voir la seconde jambe. En outre, je m'explique maintenant pourquoi la reine n'a pas le pied à rétrier, mais au-dessus, passé dans la courroie à laquelle pend celui-ci : c'est parce que le peintre a franchement voulu faire voir que la reine avait utilisé une selle d'homme1. Comme, en somme, il fut une habitude pour les élégantes dames du xive siècle d'enfourcher leurs montures, je pense qu'il ne faut plus hésiter à reconnaître un fait qui serait banal dans un manuscrit, et s'il ne s'agissait pas de Marie de Brabant, ou de toute autre reine de France2.

miniature proprement dite, mais seulement un petit dessin colorié destiné à servir d'iLlustration plus ou moins fantaisiste au récit. Deux personnages en tout figurent dans cette entrée solennelle d'une reine de France dans la capitale du royaume. Le manuscrit est du premier quart du xv' siècle et par conséquent le dessin a été exécuté environ un siècle après l'événement qu'il représente. En outre, npus constatons que l'image est d'un temps où la mode vient d'être changée, et où, dans les plus somptueux ouvrages, les princesses et les grandes dames sont invariablement dessinées, assises en travers : il faut donc supposer, ou bien que l'artiste a copié une miniature ancienne et peut-être exacte, ou bien qu'il a dessine la reine comme il avait pris l'habitude de dessiner toutes les dames à cheval. La bride étroite et sans ornement n'est pas du temps d'Isabeau de Bavière.

i. Viollet-le-Duc a signalé l'emploi des selles d'hommes par les femmes (Dict. mob., t. II, p. 4:9, art. Chasse).

2. Il paraît que la reine Marie-Antoinette eut pareille fantaisie virile de monter à cheval. M. Fournier-Sarlovèze prépare en ce moment sur un peintre de cette reine de France un ouvrage où il çn sera question,

Le cas de la peinture d'Étampes est donc, sinon unique, du moins extrêmement rare. C'est pourquoi nous l'avons jugé digne de retenir l'attention, et nous avons voulu savoir à quel degré de bizarrerie ou de naturel il fallait le placer.

Nous avons d'abord essayé de préciser dans quelles conditions, avant les xnr et xive siècles, les écuyères avaient pu chevaucher à la manière des hommes. Voyons donc d'abord dans l'antiquité.

« Toutes les fois que les auteurs anciens mention-

nent des femmes à cheval, déclare M. Salomon Reinach1, ce sont des amazones2 ou des héroïnes. La nécessité seule pouvait faire de la femme grecque une écuyère; elle n'y cherchait pas, comme la femme de nos jours, un exercice physique, un divertissement ou un prétexte à paraître.... En dehors des amazones qui sont des guerrières barbares et que l'on reconnaît à leur costume particulier, l'art antique n'a figuré que par exception l'association de la femme et du cheval. »

i. Edmond Potticr et Sal. Reinach, La Nécropole de Myrina (Paris,

2. Si les Amazones tiennent une grande place dans l'art et la littérature, elles existèrent fort peu dans la réalité. Elles ne furent jamais ce que nous imaginons généralement. Quelques femmes guerrières ont vraisemblablement fait naître la légende, mais elles appartiennent plus à la fable qu'à l"histoire. Le récit de la mamelle biùlée qui fit tant pour leur popularité est une invention moderne considérée par les gens compétents sans aucun fondement sérieux (Daremberg et Saglio, Dict. des Antiquités grecque» et romaines, art. Amazones). Les Amazones, que l'on ne représente jamais que dans le combat, sont indifféremment à pied, à cheval, ou en char,

Des femmes combattantes, pour qui la stabilité était une question essentielle, ne pouvaient délibérément se placer en état d'infériorité vis-à-vis de leurs adversaires et devaient fatalement monter à cheval comme des hommes. On ne conçoit pas guerrier ou guerrière autrement qu'à califourchon. C'est donc toujours ainsi que les amazones sont représentées. Mais le fait est exceptionnel, et les rares écuyères figurées dans les images diverses sont toujours ou presque .toujours assises en travers sur leur monture1. On concevait si peu une femme non guerrière à califourchon sur un cheval que même les hommes, quand ce ne sont point des soldats, sont le plus souvent représentés assis de côté sur leurs chevaux : et ceci n'est pas seulement le cas de la Grèce ou de l'Italie, on en trouve de très vieux exemples dans l'Extrême-Orient2. Mais il faut aussi reconnaître que

i. Curieux et très rare exemple de femme à califourchon dessinée sur un vase provenant d'une colonie grecque en Egypte et daté du vie siècle environ. Cette image a encore la particularité exceptionnelle de montrer le dos du cheval couvert d'une housse (Daremberg et Saglio, Dict. cilé, t. II. art. Ephippium, fig. 2686).

2. Lao-Tse, principal personnage du Taoïsme, est toujours représenté assis en travers sur un renne : il est du coté montoir et soulève sa jambe droite comme nos écuyère3 modernes (Musée Ccrnuscbi). Bacchus a été ligure assis sur un taureau (Daremberg et Saglio. Dict. cité, t. 1, fig. 6g5). Les exemples sont tellement nombreux que je crois inutile d'en citer d'autres.

En ce qui concerne les femmes, je rappellerai qu'il a existé dans l'antiquité grecque ou romaine plusieurs divinités équestres. Séléné est montée tantôt sur une chèvre, une mule ou un cheval. J'ai déjà parlé d'Épone (voir ci-dessus, p. 17); un bronze du Cabinet des Antiques, à la Bibl. nat., la représente assise à gauche. Maints exemples de déesses païennes à cheval sont dessinées dans les articles de M. S. Reinach sur Epoua I Revue arcliéoiogiquc. 1895. t. \, et 18985 t. II). Bien entendu. Europe n'est jamais à califourchon sur Jupiter-taureau (Daremberg et Saglio, Dict. cité, art. Equilatio, Equitatus. Epoiu. Europa: — Perrot et Chipiez, Hist. Je l'Art Jans l'Antiquité, Paris, 190 ), t. VIII, p. 461), — On connaît aussi

fréquemment les personnages, dieux ou êtres symboliques, sont montés non pas sur des chevaux mais sur d'autres animaux de la création, voire sur des animaux irréels.

Est-ce la tradition antique qui s'est perpétuée en Occident durant le moyen âge? Toujours est il que nous retrouvons chez nous de grandes figures svm-

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