OC
boliques comme l'Eglise ou la grande Babylone, et la Synagogue, représentées souvent sur des animaux fantastiques. Toutefois nous verrons que, si elles sont d'abord assises en travers1, elles ne tarderont
des exemples persans, comme la femme assise à gauche sur une sorte de chevreuil, peinte sur un magnifique vase du Musée de Naples (ci/., n° 1959). Enfin, n'oublions pas que Jésus-Christ est quelquefois représenté assis en travers sur l'âne pour son entrée à Jérusalem : il est ainsi dans les mosaïques de l'église de Daphni et dans une miniature de l'évangile grec du via siècle conservé â Rossano (Calabre), Voir également Artémis et Ménades dans Salomon Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine (Paris, 2e édit., 1908).
1. Voir la Millier super beslia. du ras. de Saint-Sever (Bibl. nat., du xie siècle); et la figure accompagnée de la Synagogue dans VHorlus deliciartim, ms. de l'abbesse Herrad de Landsperg (détruit, du xiie s.). Ces figures bien connues ont été souvent publiées, notamment par MM. de Bastard, de Lastcyrie, Cahier et Martin, E. Mâle.
Parmi les figures placées en fourche, je ne manquerai pas de citer la Jeune fille à la licorne dans un vitrail de la cathédrale de Lyon, car elle est un exemple frappant des erreurs commises par les restaurateurs. La jeune fille était donc à califourchon, comme on peut le voir dans l'image reproduite par Cahier et Martin (Vitraux de Bourges, étude 8. B); mais maintenant, elle se voit raccourcie considérablement et le corps complètement retourné; le bas de son ancienne jambe erre abandonné à la partie inférieure du médaillon. Le vitrail restauré a été publié par M. Mâle (L'Art religieux au xme siècle, p. 56). — Je ne parle pas de ces images un peu spéciales qui figurent la Mort au milieu de scènes apocalyptiques. La Camarde est sculptée cramponnée à sa béte dans des positions diverses à la cathédrale de Paris et à la cathédrale de Reims.
L'Eglise et la Synagogue nous paraissent être à califourchon dans un vitrail de la cathcJrale de Fribourg-en-Brisgau (Cahier et Martin, ouvr. cité, étude xn).
Une femme nue est sculptée assise en travers sur un cheval dans la façade de la cathédrale de Lyon.
Une autre femme nue est sculptée à califourchon sur un bouc, passant
pas. sous les influences de la mode, à enfourcher leurs bêtes. C'est au point que, dans le lai d'Aristote, ce légendaire épisode de la vie du grand philosophe, les artistes du moyen âge ont altéré avec le même soin leur première manière de dessiner la courtisane Campaspe transformée en écuyère1.
Nous avons jugé indispensable la revue que nous venons de passer à travers l'Antiquité et le Moyen Age symbolique. Mais il est évidemment plus intéressant pour nous de considérer la tenue des femmes voyageant, ou se promenant, ou chassant à cheval, et représentées selon les habitudes de la vie commune, vers le temps où fut exécuté la peinture d'Etampes.
Les exemples sont encore assez nombreux. On les
à Magdebourg (Allemagne), pour représenter la luxure probablement; autre femme nue à califourchon pour figurer un signe du Zodiaque sur un chapiteau de Saint-Nectaire; autre exemple dans un chapiteau de Saint- Martin-de-Boscherville (Seine-Inférieure).
Une femme habillée figure assise en travers sur un cheval dans un calendrier sculpté de l'église de Tour (Calvados).
C'est tout à fait par exception que nous avons rencontré dans une tapisserie du xvk siècle une femme figurant Y Avarice, représentée à califourchon dans un eortège (Collect. Palmer; cf. W.-G. Thomson, A history of tapestry, London, 1906, p. 208). D'autres figures symboliques dessinées dans les tapisseries du même temps sont assises en travers, comme dans la tapisserie flamande de Hampton Court, et celle du Victoria and Albert Muséum (cf. Ibid., pp. 204 et 206).
1. Fausse légende qui prétend que, à la suite d'une sorte de gageure, on avait pu voir Aristote se traînant à terre sur les genoux, en portant sur son dos la courtisane triomphante (E. Mâle, L'Art religieux au xme siècle), p. 378). Campaspe est à califourchon dans une miséricorde de Boos (Seine-Inférieure); dans un chapiteau de Saint-Pierre de Caen; deux fois répétées ainsi à la cathédrale de Lyon; plusieurs fois encore dans la seule église de Vertcuil (Gironde); une fois dans les stalles de la cathédrale d'Amiens, où Aristote et Campaspe sont nus pour quelque idée allégorique et générale. Campaspe commence à se montrer assise au xve siècle dans les stalles de la cathédrale de Lyon, et continue ainsi, au xvi* siècle, dans les estampes.
— oi —
trouve dans la décoration de divers objets et principalement dans les enluminures des romans de chevalerie ou des chroniques. Il ne s'agit d'ailleurs que de grandes dames, les autres n'étant pas représentées, et pour cause.
Par l'étude méthodique que nous avons faite d'une série d'anciens manuscrits conservés dans les grandes bibliothèques de Paris, il semble résulter que, jusque vers le milieu du xme siècle, les femmes françaises montèrent à cheval presque toujours en travers1. Mais, à partir de ce moment, elles adoptèrent la manière masculine, et la conservèrent jusque vers la fin du xive siècle2; cependant, à en croire les images des manuscrits, cette mode ne fut pas sans
i. Manuscrits du roman le Lancelot du Lac, par Gautier Map. xiii* siècle : Biblioth. nationale, Ms. fr. 701, f° 1; Ms. fr. 342 (provenant du château de Blois et datant de 1274), fo 99, f° 202. — xive s. : Ms. fr. 122 (daté 1344), f°s 143, i58; — Ms. fr. 123, fos So™, 41, 5", 129™; — Ms. fr. 118, f» 182'*0; — Ms. fr. 119, f"5 403 et 416; — Ms. fr. 120, fo 502.
Sur un sarcophage du xue siècle, provenant de l'église de Javarzay (Deux-Sèvres), conservé au musée de Niort, on voit sculptée une scène de chasse où se trouve une femme assise sur son cheval du côté hors montoir (cf. Viollet-le-Duc,£»/c//o«». du Mob.,t. II, art. Chasse, p. 437) (Moulage au musée du Trocadéro).
Pourtant, sur un sceau de 1190, Adèle, femme de Raoul de Nesle, comte de Soissons, est figurée à cheval, et me semble-t-il, à la manière virile. Ce serait ^'ailleurs la seule écuyère que j'aurais découverte à califourchon, sur les sceaux. On verra dans une des notes suivantes que M. Roman en cite trois autres d'un type spécial.
2. Manuscrits du roman de Lancelot du Lac: Biblioth. nat., xui' siècle : Ms. fr. 110, f°s 167™, 182, 195™, 203, 205V0, 2iiT0, 23o, 326, 34 1 vo ; — Ms. fr. 1424, f° 23. — xive siècle : Ms. fr. 122 (daté 1344), f-s 2ivo, 40™, 47,48"°, 6ivo, 102, 112, 120, i34TO, i56TO, iôovo, 172™; — Ms. fr. 118, fos 222, 222™; — Ms. fr. 119, fos 344, 354VJ; — Ms. fr. 333, fos 12, 23, 47™, 5qvo, Biblioth. de V Arsenal, commencement du xive siècle : Ms. 3482, pp. 337, 592, 610.
Manuscrits du Livre du roi Modus et de la reine Ratio, xiv siècle : Bibl. nat. :Ms. fr. 12399 (daté 1379), f°9 72VO> 73; — Ms. fr. 1297, fos 71™, 72.
Plusieurs dessins de Viollet-le-Duc, reproduits dans son Dictionnaire du Mobilier, doivent avoir été copiés — avec une fidélité relative — dans
exception, et sans doute elle fut subordonnée aux circonstances, à l'âge des écuyères et à leur but '.
les manuscrits que nous venons de citer (voir t. III, pp. 403, 418, 419; t. Il, pp. 429,445, 44^ 443).
Mais ses exemples de femmes à califourchon ont été pris également sur des objets, un cadre à miroir, des ivoires dont un conservé au Louvre.
1. Voir ci-dessous les notes où nous donnons des exemples du xiv" siècle qui sont contradictoires quoique pris dans les mêmes manuscrits.
Nous avons considéré les sceaux juste assez pour en tirer plusieurs exemples dont nous avions besoin; mais M. Joseph Roman, qui vient de terminer sur eux une étude complète au point de vue équestre, a eu la complaisance d'écrire pour nous un résumé de ses observations.
■ Les sceaux, dit M. Roman, nous fournissent les représentations authentiques, pour ainsi dire officielles, des femmes à cheval, de la fin du xu« siècle à la fin du xivo. Ces représentations sont de deux sortes, celles qu'on peut nommer de chasse, et celles qu'on peut nommer de guerre. Les premières sont extrêmement fréquentes; on en pourrait citer plusieurs centaines d'exemples. La dame est toujours assise sur une haquenée marchant au pas et portant en guise de selle une housse qui retombe assez bas sur le flanc. Généralement la dame est coiffée d'un chaperon plat, souvent à mentonnière, quelquefois avec un voile retombant sur les épaules; elle est vêtue d'une robe fort longue, collante à la taille, ne laissant presque jamais voir qu'un pied, et dont la queue s'allonge et flotte en cachant le second pied. Parfois la taille est doublée d'un justaucorps, parfois un manteau recouvre le tout. Assise de coté, à la mode de nos amazones modernes, la dame tient d'une main la bride de sa haquenée. et de l'autre soit un oiseau de vol. soit plus rarement une fleur de lis ou un rameau.
» Le type de guerre est extrêmement rare. Je n'en connais que trois exemples. La dame armée de toutes pièces, en harnois court, le pied passé dans rétrier," est à cheval comme un homme. Elle est coiffée d'un heaume fermé, brandit une épée derrière elle, tient un écu. et la selle q*ui l'emprisonne se distingue parfaitement. Dans les trois exemples de ce type que je connais, le cheval est toujours nu, sans caparaçon. Le sceau de Garsende, comtesse de Provence (1220), a ceci d'intéressant qu'il offre a la fois les deux types : celui de chasse d'un côté et celui de guerre de l'autre. Les deux autres sceaux appartiennent à Galburge, dame d'Orange (1256), et à Galburge, dame de Serres (1259). Je n'en connais aucun exemple au xive siècle.
» Quant au type de chasse, je citerai seulement ceux de Constance comtesse de Toulouse (1162-1 172), d'Adèle comtesse de Soissons (1 186), de la dame de Pierre Pertuse en Lansuedoc (1240), et d'Alix de Duras (1261), qui donnent une juste idée de toutes les variétés de ce type dont on trouve des exemples nombreux jusqu'à la seconde moitié du xiv» siècle... -
Quelques-unes des particularités bizarres ou seulement exceptionnelles
Nous présumons que les dames et les filles nobles, entraînées par leur goût violent pour les voyages et la chasse1, et ne possédant pas une selleconvenable à leur nature, — car on n'avait pas encore conçu la selle moderne de dame, — avaient simplement pris le parti d'enfourcher les chevaux2.
Comme l'a parfaitement remarqué avant nous Viollet-le-Duc3, les écuyères à califourchon tenaient les jambes très pliées et par conséquent avec les genoux élevés. Nous avons constaté quelquefois ce détail très accentué4. Il accuse la différence qui existe dans la tenue des hommes, car les enlumi-
que nous avons signalées dans nos précédentes études ont amené M. Roman à faire des restrictions quant à l'identification du personnage dont il trouve même le sexe douteux. M. Roman se réserve de voir l'œuvre originale avant de fixer son opinion.
i. Les seigneurs du xin* siècle avaient commencé à donner à la chasse une importance folle. Quant aux femmes, délaissant généralement la poursuite de la grosse bête, elles se contentaient de chasser avec le faucon et l'épervier ou de forcer à courre le lièvre (cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du Mobilier français, art. Chasse, t. II, pp. 428 et 430, etc.). Il paraît aussi que les femmes eurent la passion des promenades à cheval. Les calendriers des livres d'heures le prouvent.
2. Viollet-le-Duc fournit un exemple de 1425, et par conséquent très postérieur, d'une écuyère assise selon la manière moderne avec les pieds passés, semble-t-il, dans deux étriers placés du même côté du cheval, et dont l'un est plus haut que l'autre (Ibid., art. Robe, t. IV, p. 285). Je connais personnellement un bon exemple dans le ms.fr. n° 128 à la Bibl. nat., f° 27 (xive siècle).