‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 134 sur 150 · Ouv. cité, art. Harnais, t. III. p · texte numérisé non relu

Ouv. cité, art. Harnais, t. III. p

durant le xve siècle, les femmes placées en croupe enfourchaient la selle1.

Pour notre part, nous avons en effet pu examiner assez fréquemment des images de dames montées à côté de cavaliers. Quelques-unes sont devant le cavalier2, presque toujours, elles sont derrière lui. Mais, dans les images que j'ai vues, contrairement à ce qu'affirme Viollet-le-Duc, les femmes en croupe et en même temps à califourchon sont une exception3. La grande majorité d'entre elles sont représentées assises en travers4.

Les écuyères assises en travers, soit seules, soit derrière un cavalier, sont représentées assez indifféremment d'un côté ou de l'autre. Pourtant il me semble bien que le côté gauche, qui -est le côté mon-

i. Il en donne ua exemple trouvé dans un missel latin de la Bibliothèque nationale que d'ailleurs il ne désigne pas autrement (Dict. du Mobilier, art. Jeux, t. II, pp. 474-475). Pourtaut Viollet-le-Duc reconnaît que l'habitude d'enfourcher a disparu au commencement du xv siècle (Ibid., art. Harnais, t. III, p. 438, et art. Sambue, t. IV, p. 3i5). — On trouvera des exemples de la sambue à la Bibl. nat., ms. fr. 119, aux folios cités plus haut. — L'écuyère du tombenu de Javarzay a une sambue et la selle par dessus.

2. Bibl. nat. : ms. fr. du xm° s., n° 110, f" 421™, deux femmes sont représentées; l'une est assise sur la croupe du cheval, l'autre moins bien visible, a l'air d'être sur l'encolure, assise également. — Dans le ms. fr. 1422 (xiii* s.), au f° 17, même appareuce d'une femme sur le devant de la selle. — Dans le ms. fr. 1423 (xm° s.); une femme est très distinctement à califourchon sur l'encolure du cheval (f° 23). Mêmes conditions dans le ms. de l'Arsenal, fr. n° 3482, p. 592 (commencement du xive s.).

3. J'en cite deux exemples dans la note précédente. Mais aussi il faut tenir compte des circonstances particulières qui se glissent dans les romans, comme quand il s'agit de femmes emportées de gré ou de force.

4. Bibl. nat.. Manuscrits du xme siècle : Ms. fr. 110, fos 164 et 421 ; — Ms. fr. 342, fe n5. — xve siècle : Dans les Miracles de Notre-Dame (Bibl. nat., fr. 9199), manuscrit publié dans la collection Berthaud (t. Il.pl. III); — Dans les Très Riches Heures du Duc de Berry (Bibl. de Chantilly), voir pi. V et VIII de la publication du comte Durrieu; — etc.

toir et par conséquent le côté régulier au moins pour les hommes, est celui qui est le plus en faveur1.

La mode de monter à cheval en travers a dû commencer à revenir d'usage général à la fin du xive siècle, et dès le commencement du xve, les plus beaux exemples abondent'2. Nous approchons du temps où les femmes vont poser confortablement leurs pieds sur une planchette3. Mais Jeanne d'Arc, dans les randonnées ou les cortèges, continuera entre 1428 et 1431, à enfourcher son palefroi. Les gens les moins avertis trouvent tout naturel de la voir représentée ainsi4, parce qu'elle fut une guerrière, une

1. Dans les miniatures du manuscrit de Chantilly citées dans la note précédente, les dames assises derrière des cavaliers sont placées du côté hors-montoir; celles qui conduisent elles-mêmes sont au contraire assises à gauche.

2. Fin du xive siècle : Bibl. nat., ms. fr. 2810. qui avait été sans doute copié pour Philippe Le Hardi, duc de Bourgogne; — xve siècle; rns. fr. m (Roman de Lancelot du Lac), f" 10, 29™, 36vo, 38, ioivo, 117. 122, i3ç)T0. [|3V0: i4cvo, I47v", 188™, i."3, u"6, 157, 162, 164, 164™, 170™ 174™, i-5V0, 197, 235, 263TO, 274 : dans ce ms.. au f" 145, est peint un cavalier assis en travers pour regarder un combat; — ms. des Très Riches Heures du Duc de Berry (à Chantilly), 2 miniatures; — Ms. de l'Hist. de Girart et de la Belle Euriant. publié par le Cte de Bastard, Costumes de la Cour de Bourgogne;— Ms. du Grand Froissart (Bibl. nat.), voir rentrée du Roi Louis d'Anjou à Paris, et l'entrée d'Isabeau de Bavière à Paris; — Dans les grandes Chroniques de France (Bibl. nat.. fr. 646.5), dont les miniatures sont de Jean Fouquet, au f» 389TO, le roi Jean le Bon fait son entrée à Paris après son sacre à Reims : la reine est à cote de lui. assise en travers sur un cheval caparaçonné mais sans fleurs de lis; — Plusieurs exemples dans le Bréviaire du Cardinal Grimani (voir ci-dessus, p. 20, note); — Les scènes de chasse dessinées en tapisserie fournissent des exemples; — Voir aussi le bronze de la tin du xve s. ayant appartenu à Xieuwerkerke, décrit par Viollet-le-Duc (Dict. Mot., t. II, p. 449).

3. Exemple dans une tapisserie du Trésor de Sens ayant servi de garniture de lit (cat., n° 9). —Ivoire allemand du xvie siècle, au Musée de Cluny, no 1123.

4. Voir Camille Couderc, Bibliothèque nationale. Album de portraits d'après les collections du département des manuscrits, Paris, 1908, pl.LIX, d'après le ms. fr. 5o54, f° 60. — Statuette en bronze au Musée de Cluny, n° 509.

femme vivant et combattant au milieu des hommes. On ne songe pas que, dans sa hardie posture, elle imitait simplement l'exemple des plus honorables dames d'une génération précédente; en somme, à ce point de vue. Jeanne ne s'est distinguée que par ses habits masculins1.

Nous aurons terminé cette étude rapide sur la femme à cheval au Moyen Age après avoir signalé encore le fouet à manche court et à plusieurs lanières — fréquemment trois — terminées le plus souvent par de petites balles que les artistes lui mettent à la main2. L'usage de ce martinet remonte à l'antiquité grecque, car nous avons rencontré les images de plusieurs écuyères, qui n'étaient point des Amazones, brandissant des objets identiques3. Or justement, Marie de Brabant, la reine de la peinture d'Etampes, tient dans sa main droite un objet à l'extrémité d'un manche court; mais il ne s'agit certainement pas ici d'un martinet : c'est un sceptre dont la forme est mal accusée, à cause de la détérioration de la peinture. Actuellement on distingue une

i. Viollet-le-l)uc a décrit le costume des écuyères du xive siècle. Nous tenons à retenir seulement que les robes fendues étaient toujours longues et même parfois très longues (voir ci-dessus, p. 24).

2. Bihl. nat., nis. fr. 2091, f° n5; — Bibl. Arsenal, ms. fr. 8482, p. 610; — Chapiteau cité, à Boscherville; — Campaspe est aussi munie d'un martinet à Rouen, à Caen, à Lyon (Voir Annales arcliéol., t. VI, 1847, p. 1 |5; J. Adeline, Les figures grotesques et symboliques de Rouen et de ses environs, pi. XXXIX; etc.). Le fouet à plusieurs lanières n'était peut-être pas réservé aux seules femmes, car j"ai remarqué un voiturier avec fouet à deux lanières dans le Térence des Ducs (publ. par Henry Martin, Paris, 1908, pi. XXXIV, ms. fr. de l'Arsenal, commencement du xve s.). Ou peut soupçonner la dame du tombeau de Javarzay d'avoir tenu un martinet aujourd'hui mutilé (xik siècle).

3. Sal. Reinach, Répertoire des vases peints grecs et étrusques, Paris, 189g, t. I, pp. 12 et 109.

sorte de losange, et on devine vaguement une boule surmontée d'une fleur1.

Dans la grande rose de la façade de la cathédrale de Reims, quatre médaillons de la verrière sont occupés par des rois portant chacun un sceptre assez volumineux. Or les fleurs qui terminent ces sceptres sont inscrites, comme il est d'ailleurs d'usage pour beaucoup d'autres cas, en couleur claire sur un fond sombre dessinant un losange. Ceci est très important à constater après notre observation antérieure que le procédé du dessin de la peinture d'Ëtampes était similaire à celui des verrières2.

La conclusion de notre étude comparative est que le peintre d'Ëtampes ne s'est pas donné beaucoup de mal pour composer son œuvre : au point de vue de l'arrangement, celle-ci manque d'originalité. L'artiste a suivi une donnée, traditionnelle depuis plusieurs siècles dans la sculpture et la peinture religieuses. Ses principaux personnages étant mis en place selon un ordre qui lui était familier, et leur avant donné à tous la même attitude immobille, il a changé les costumes. En cela il a fait preuve de son goût pour la « réalité », et il a même poussé loin ce sentiment puisque plusieurs visages sont

i. Voir notre étude, L'ancien palais royal d'Ëtampes, p. 17. Les dames représentées sur les sceaux, quand elles ne sont point à cheval, portent souvent sur leur poing un oiseau de chasse, mais il arrive aussi fréquemment qu'elles tiennent dans leur droite un bâton terminé par une fleur à plusieurs pétales, et cela sans être nécessairement des reines.

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