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La peinture histor. du palais royal d'Ëtampes, pp

assez caractérisés pour être jugés comme des portraits ou de sérieux essais de portraits1 : toutefois il y a manqué dans plusieurs cas comme dans celui de la housse du cheval signalé ci-dessus.

Le goût du réalisme n'était point nouveau au commencement du xive siècle; quand on a fait la part de la tradition parfois voulue, nécessaire à cause de l'idée religieuse qu'il n'était point permis d'altérer, il se montre encore bien vivace durant toute la première partie du Moyen Age : n'éclatet-il pas jusque dans cette grande œuvre de broderie connue sous le nom de tapisserie de Bayeux? C'est, disons-nous, la tradition qui souvent entrava les essors; on s'imagine difficilement aujourd'hui quelle fut sa puissance. Elle était le principe écrit par l'Église en tête sur la table de ses lois. C'est bien probablement la tradition sigillographique qui a donné l'idée au peintre d'Etampes ou à son commettant de représenter la reine à cheval : il était d'usage de représenter ainsi sur les sceaux les suze-

i. Il est curieux de constater l'état d'esprit des gens du Moyen Age qui trouvaient très ressemblants les grossiers portraits que leurs épouses ou leurs filles brodaient pour eux. On en trouve des exemples dans la littérature dès le xne siècle, tel celui-ci découvert par Francisque Michel avec plusieurs autres :

Si avoit pourtraite l'ymage

Monseingneur Gauvain en ce bort...

Com il s'armoit et desarmoit.

Si proprement avoit pourtraite .L'ymage à lui et semblant faite,

Que nulz noms du Mont n'i fausist

A lui connoistre. qui veist

La pourtraîture et lui ensemble :

Si très finement le resemble.

(Roman de Perceval, Bibl. nat, ms. français 12577, fo 87™, — cf. Franc. Michel, oav. cité, t. II, p. 354.)

raines ou autres grandes dames. Mais la tradition même est une des expressions du goût inné des artistes pour l'exactitude. Quand ceux-ci se croient bien informés par la tradition, ils se font un devoir de la perpétuer, et c'est ce qui nous vaut le type antique, si longtemps immuable, de la.Vierge Marie. Quand les artistes au contraire n'ont point une tradition pour les guider, quand ils sont obligés de créer, alors ils regardent autour d'eux, ils copient ce qu'ils voient dans la vie et se montrent observateurs de leur temps. Ce sentiment-là nous a valu, par exemple, les peintures où figurent des chevaliers, et qu'on serait tenté de prendre pour des scènes historiques, si l'on ne savait que les preux s'appellent saint Georges, et les rois, Balthazar, Melchior, Hérode, Salomon, David, etc.'

Où l'artiste d'Etampes a peut-être fait preuve

i. Exemples dans les églises de Mazerier et d'Ébreuil (Allier), de Poncé (Sarthe). de Sainte-Marie du Carmel à Famagouste. Par contre, il existe sans doute des peintures non' religieuses comme au château de Cindré (Allier), dans la tour de Pernes (Vaucluse), et dans la chapelle de Saint- Magol à Le Veurdre-la-Baume (Allier). — On a signale également des chevaliers dans les peintures de la cathédrale de Clermont, qui seraient du temps de Louis IX: et dans l'église d'Artiris i Loir-et-Cher). Dans l'ancienne église de Blanzac-Cressac (Charente) devenue temple protestant, se trouve une assez longue série de scènes peintes au xne siècle. La plus importante parmi celles-ci représente des chevaliers poursuivant des ennemis : elle a été étudiée avec soin par M. de La Martinière dont les conclusions furent récemment rapportées à la Société nationale des Antiquaires de France par M. Philippe Lauer. Cette scène rappellerait le souvenir d'un fait d'armes accompli par un seigneur du-lieu, en ii63,dans un cambat contre les Sarrazins. Le rapprochement est assez vraisemblable, mais cependant il y a contestation notamment au sujet des armoiries peintes sur les écus. — En Angleterre, la peinture était florissante au commencement du xive siècle, et on exécuta à l'abbaye de Westminster des œuvres religieuses auxquelles on mêla pourtant un couronnement d'Edouard le Confesseur, roi des Anglo Saxons (Henry Marcel, dans

d'originalité, c'est dans la façon dont il a présenté les personnages de second plan, ces chevaliers que nous avons cru pouvoir identifier avec le frère et les fils de Philippe le Bel1. A cause des trois jambes de chevaux qui se mêlent aux jambes du cheval de la reine, nous avions cru tout simplement que les chevaliers étaient là en cavaliers, et nous ne pouvions expliquer la sorte de barrière jaunâtre qui s'interpose entre ces derniers et la souveraine2. Mais M. Marcel Magne, — qui fut chargé par M. le ministre des Beaux-Arts d'exécuter un relevé de la peinture d'Étampes, — nous a suggéré que les chevaliers pouvaient être montés dans un char3.

Voici pour notre part comment nous comprendrions la scène. Il ne s'agirait pas, bien entendu, d'un char pour la course ou le combat, mais d'un char de triomphe ou plutôt de cérémonie4. Malgré

l'Histoire de VArt, t. III, p. 3ro). Dans ce cas, la peinture n'aurait pas été contemporaine de l'événement puisque Edouard est mort eu 1066. — A la fin du xive siècle, on a dû fabriquer des tapisseries de haute lisse représentant des épisodes historiques : les inventaires des ducs de Bourgogne en font mention.

1. Pour ajouter à l'iconographie de ces princes, rappelons que le ms. lat. 13836 de la Bibl. nat., aux fos 120, i3i et i3iv0, offre des lettrines où figurent Philippe le Bel, Louis X le Butin et Philippe V le Long (cf. Couderc, ouv. cité, pi. XII).

2. Sans l'existence des chevaux, nous aurions proposé de voir une tribune comme il s'en rencontre dans les miniatures qui sont réservées à des personnages de haute importance. Exemples : Bibl. Nat., ms. fr. m, f° i54vo; — Psautier de Jeanne II, reine de Navarre, f°s ioovo et ic6V0 (Collection H. Yates Thompson, ms. présumé écrit vers i33o).

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