Voir notre étude, L'anc. pal. roy. d'Étampes, p
4. Il n'y a pas de doute que le char antique s'est perpétué par la tradition artistique :i:ion dans l'usage. On en trouverait d'assez nombreux exemples dans les miniatures, dans les vitraux et même les objets ciselés ou sculptés. Le grand coffret en ivoire du Trésor de Sens, attribué au xn8 siècle, en montre justement plusieurs. Comme chars de triomphe ou
l'absence de semblables figurations dans les manuscrits, nous ne pensons pas l'hypothèse invraisemblable, et voilà encore une question bien faite pour accroître l'intérêt déjà si grand que l'on doit porter à la peinture d'Etampes.
N'a-t-on pas dernièrement encore affirmé la multiplicité des œuvres peintes au Moyen Age dans l'Ilede-France, et en même temps la rareté de celles qui subsistent? C'est M. le comte Paul Durrieu qui exprimait fortement cette opinion, avec sa compétence irrécusable, aidée d'une éloquence chaleureuse, en prenant possession de la chaire de président, devant la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, le ii mai 1909. M. Durrieu disait : « ... Je me suis occupé d'une manière toute particulière de l'histoire de la peinture française au Moyen Age. Or dans cette histoire, Paris tient une place immense; et en retraçant les destinées de l'art du pinceau chez nos aïeux, sans cesse j'ai été amené à magnifier la capitale de la France... Il n'en est pas de Paris comme d'autres cités plus privilégiées,... où les preuves d'une antique vitalité artistique éclatent partout. A Paris, vous pouvez pénétrer dans toutes les églises, entrer dans les rares édifices civils qui aient subsisté du Moyen Age ou du début de la Renaissance; nulle part vous n'y trouverez de peintures murales, j'entends de peintures formant tableaux, ou tout au moins renfermant des figures,
autrement, les plus beaux manuscrits du commencement du xve siècle en contiennent également, toujours à quatre roues {Belles heures de Jean de France, duc de Berry; — Les Antiquités Judaïques de Josèphe; — Les Très Riches Heures du Duc de Berry).
qui soient antérieures au xvie siècle. La visite des musées semble même trahir une indigence analogue... L'impression première apparaît donc nettement défavorable à la thèse que je soutiens, que Paris a été l'un des foyers de l'art de la peinture au Moyen Age. Mais c'est, hélas! que les vieux Parisiens n'ont pas su conserver leurs richesses, que trop souvent la capitale a été en proie à cette abominable rage de la destruction qui semble presque être, chez les Français, un vice de race, et que nous voyons malheureusement se perpétuer encore de nos jours... Oui, la destruction a été terrible, sauvage presque totale. Mais il reste les documents écrits; il reste aussi le trésor incomparable des miniatures de manuscrits; et de ces sources d'informations découle toute une série de preuves de la suprématie de Paris et de son rôle capital au point de vue que je vous signalais1. »
Il serait oiseux de vouloir prouver que la peinture d'Étampes, placée dans la grande salle du palais royal d'une des principales villes du Domaine, possède, avant toute étude critique, la même valeur d'intérêt que si elle avait été découverte dans quelque recoin du Palais de Justice de Paris. Elle est un des derniers vestiges, et peut-être le plus important, de cette école de Paris au xive siècle dont M. Durrieu a raconté tout à la fois la splendeur passée et le presque néant actuel2.
i. Bulletin de la Société de l'Hist. de Paris et de Vile de France, t. XXXVI (1909).
2. Voir nos études : La peinture hist. du palais royal d'Étampes, p. 29- 3i; et L'Ancien palais royal d'Étampes, p. 5-7.
Quant au parement de Sens, que nous avons lié dans cette étude au sort de la peinture d'Etampes, nous espérons qu'on nous saura gré d'avoir attiré sur lui l'attention en démontrant qu'il devait probablement, lui aussi, appartenir à l'école de Paris.