‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 137 sur 150 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Au mois de Janvier 1906, au lendemain du décret de Séparation des Eglises et de l'Etat, j'ai publié (1) quelques renseignements nouveaux concernant plusieurs objets mobiliers appartenant à l'église Notre-Dame d'Etampes. Voilà le point de départ du présent travail. Depuis, les dossiers d'où les premières notes furent extraites se sont amplifiés, d'autres sont venus s'ajouter à eux, d'autant plus nombreux que, ayant jeté un regard sur le passé, je l'avais trouvé magnifique et n'avais pu dès lors m'en désintéresser. La richesse de l'église Notre-Dame n'ayant été qu'un résultat de la prospérité de la ville tout entière, les autres paroisses ou chapelles furent en même temps favorisées de largesses. Mon enquête, que j'offre aujourd'hui à la Commission des Antiquités de Seine-et-Oise, s'est donc étendue d'une façon générale pour constituer une étude d'ensemble, sans que, faute de temps, je me sois astreint en toutes circonstances à entrer minutieusement dans le détail des églises secondaires. D'ailleurs, les objets qui faisaient l'ornement de celles-ci, furent détruits ou ont disparu de la même façon que dans l'église Notre-Dame, et les renseignements à leur égard font le plus défaut : le champ de mes investigations se trouva donc forcément limité.

C'est pourquoi il est inutile que j'énumère ici les nombreuses chapelles qui étaient parsemées dans la ville et dont souvent il ne reste pas une pierre. Mais il est nécessaire de rappeler l'origine des églises principales. Saint-Martin fut fondée très probablement dans les temps mérovingiens au plus tard, car c'est le seul endroit

(1) Dans le Journal V Abeille d'Etampes.

où peut avoir été située la principale église du pagus stampensis : au début du xne siècle, elle était collégiale quand elle fut donnée par le roi aux religieux de l'abbaye de Morigny ; — Saint-Pierre (détruite), d'origine carolingienne, appartenait à l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire; — Notre-Dame, fondée par Robert-le- Pieux, vers l'an mille, à la place d'une chapelle, portait le titre de royale : d'abord paroissiale, puis paroissiale et collégiale, puis collégiale seulement, elle redevint bientôt collégiale et paroissiale et ne perdit ses chanoines qu'à la Révolution ; — Saint-Basile fut élevée vers 1020, en partie par le roi Robert, comme chapelle paroissiale de Notre-Dame; — Saint-Gilles doit avoir remplacé au xne siècle une ancienne chapelle sous le vocable de Saint-Aubin quand, avec Saint-Martin, elle devint propriété de l'abbaye de Morigny par la grâce du roi; — Sainte-Croix (détruite), fut fondée collégiale par Philippe-Auguste, en 1184 (1).

L'abbaye de Morigny, que je viens de mentionner deux fois, sera souvent en question au cours de cet ouvrage. Force m'est donc de parler de ses débuts légèrement controversés.

L'abbaye de. Morigny-lès-Etampes a joué un très grand rôle dans la ville et dans toute la région pendantle Moyen-Age et surtout au xne siècle. Elle se dressa en rivale de la collégiale Notre- Dame, notamment au sujet des sépultures, et cette question fut longtemps cause d'agitation. Les moines installés dans le voisinage, au bourg d'Etréchy, espérèrent longtemps supplanter les chanoines dans leur propre église et, n'y arrivant pas, s'établirent à Morigny, à deux kilomètres de l'objet de leur convoitise, vers 1090. Ils furent beaucoup aidés par les gens d'Etampes, notamment par un seigneur nommé Anseau, fils d'Arembert (3) et aussi par le roi Philippe ier.

(1) Fleureau. ouv. cité ci-dessous; on peut consulter aussi notre étude, Etampes et ses monuments aux xic et xne siècles. Mémoire pour servir à l'étude archéologique des plus anciens monuments étampois, Paris, A. l'icard, 1907, extrait des Annales de la Société archéologique du Gàtinais.

(2) La Chronique de Morigny, publiée par Léon Mirot, Paris, 1909, p. 2. — D'après M. Joseph Depoin, il était chevalier de Hugues du Puiset. La chevalerie étampoise. Les chevaliers et les vicomtes d'Etampes sous Philippe 1er et Louis VI, extrait du Bulletin de la société archéologique de Corbeil et d'Etampes, 1910, p. 3 , Anseau eut un fils, Garsadon, qui fit donation à

Pour remplir ma tâche, il me faudra avoir recours aux anciens textes.

Les archives de l'église Notre-Dame ont été depuis nombre d'années considérablement négligées ; on se demande même où elles se trouvent. Aussi je me vois obligé d'en parler surtout au passé. Dire qu'elles furent jadis une vraie mine de documents, c'est un fait dont personne ne saurait douter. Son cartulaire est devenu un des éléments utiles de l'histoire de France pour la période des XIe et xne siècles ; car en effet, à défaut des diplômes originaux, des copies anciennes réunies dans un registre, ont été sauvées (i). Aussi, lorsque tout était encore dans l'ordre, plusieurs auteurs laborieux et sagaces ont publié des ouvrages, ou en tout cas ont écrit des notes qui depuis ont été imprimées, dans lesquels je puiserai des informations utiles (2).

Le plus important ouvrage auquel je devrai avoir recours est le livre du barnabite étampois Dom Basile Fleureau achevé d'écrire en 1667 (3), ou vers cette date.

l'abbaye de la terre de Gomerville, une fille qui épousa un chevalier étampois, Bovard, fils de Pierre, et, semble-t-il, une autre fille, Adeline qui fut enterrée à Morigny (Chronique, p. 19, 40 et 41). Il contribua non seulement à l'acquisition des terrains de l'abbaye, mais encore fut leur premier donateur quand il s'agit de construire l'église de Saint-Germain-lès-Etampes, qui fut la paroisse de Morigny (!bid., p. 10 et 4). Dans la première partie de la chronique il est nommé seulement comme bienfaiteur ; dans la seconde partie on le distingue par des citations spéciales et par le titre de fondateur (Ibid., p. 19, 40, 41). Je ne pense pas qu'on puisse bien exactement le considérer comme le fondateur de l'abbaye de Morigny.

(1) Publié par M. Alliot, Mémoires de la Société archéologique du Gâtinais

(2) La bibliothèque de l'église Notre-Dame fut brûlée en 1 562 (Voir cidessous, p. 5, note 2) : elle contenait des livres de droit et de médecine, outre des livres des Saintes-Ecritures, bien entendu, et probablement aussi des ouvrages très variés. Dans le compte de fabrique de i5i5, j'ai relevé l'achat « d'un missel en papier », pour servir à l'autel du chœur, ainsi qu'une peau de mouton pour le recouvrir, au prix de 42 sous parisis ; on a également payé 2 sous 8 deniers parisis 2 deniers tournois à un écrivain, « pour avoir faict en lettre d'or et d'argent le titre, des bulles et pardons, envoyées par Messe Estienne Asselin, qui sont de douze cardinaux », (Ouv. cité plus bas, p. 1 1 2 et 1 1 3).

(3) Les Antiquitezde la ville et du duché d'Estampes avec i 'histoire de l'abbaye de Morigny, et plusieurs remarques considérables qui regardent l'Histoire gêné-

Ensuite j'utiliserai un petit livre de S-j feuillets, imprimé en 1610, et dont un seul exemplaire conservé à la Bibliothèque Mazarine n° 32245), est actuellement connu. 11 fut publié sous les initiales H. B. T. , cachant trois personnages : i° Dom Hardy, religieux de Morigny ; 20 Louis Bastard, chanoine de Notre-Dame, ancien chartreux; 3° Thirouyn, chanoine de Notre-Dame, plus tard curé de Saint-Basile d'Etampes. En s'occupant uniquement des Saints martyrs patrons d'Etampes, ces auteurs nous ont appris quelques faits intéressants (1).

Le livre de H.B.T. a été très intelligemment résumé en partie par un avocat au bailliage d'Etampes nommé Pierre Plisson (-J-. i6o5), dans une sorte de grand mémoire qu'il a lui-même intitulé Kapsodie. Mais outre les extraits en question, le mémoire en contient un grand nombre tirés des registres municipaux et c'e^ aussi une sorte de journal rempli de renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs. Le tout a été publié par M. Chailes Forteau ^2).

En 1866, le curé de Notre-Dame, l'Abbé Bonvoisin, a publié lui aussi une petite brochure de 127 pages sur les Saints patrons d'Etampes, et quelques-uns de ses renseignements, puisés directement dans les archives de son église, apportent des confirmaiions et même quelques détails inédits 3 .

raie de France, Paris, i683, in-40. — La date de 1667 nous est fournie par Fleureau lui-même qui l'a inscrite à l'avant-dernière ligne de son livre : « en cette présente année 1667 », dit-il. Il serait mort en 1674.

1 La Vie Martyre, Translation et Miracles des Martyrs Saints Can. Cantian et Cantianne leur saur, les corps desquels reposent enchâssez en l'Eglise collégiale de nostre Dame d'Estampes, le tout tiré des archives de la dicte Eglise par H. B. T. Estampois, avec consentement des sieurs dudict chapitre. A Paris, chez Martin Vérac, Imprimeur et Libraire, rue Judas, à la Navette, 1610, in-8°. — Cet exemplaire unique a été découvert par l'Abbé Bonvoisin, qui nous a également fait connaître les noms des auteurs d'après Ch. Jacob (La Vie des trois martyrs Cant, Cantiant et Cantianne, Orléans, 1748, in-12), dans un article de l'Abeille d'Etampes du 5 août 1876.

(2) Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 1909. Plisson, mal informé, croyait que le livre de H. B. T. avait pour auteur un avocat du roi nommé Simon Chauvin : on s'explique cette erreur si Chauvin a fait payer les frais de l'édition. Le fils de celui-ci, Jean Chauvin, fut lui-même l'auteur d'une plaquette, Opuscules chrétiennes ; et il était connu de Plisson Ibid., p. 195 .

(3) Notice historique sur le culte et les reliques des Saints Martyrs Cant, Cantien et Cantianille, patrons de la ville d'Etampes, Versailles, 1866, in- 16.

Les ouvrages que je viens de citer, si remplis de détails, si consciencieusement rédigés qu'ils soient, ne valent pourtant pas, pour le but que je poursuis, de bons inventaires, et ne peuvent remplacer les registres manquants des comptes de la fabrique. De ces registres, nous en possédons un petit, celui qui concerne les recettes et les dépenses pour les années i 5i 3-i 5 1 4-1 5 1 5 . Il a été publié par M. Maxime Legrand, et c'est le document qui nous renseigne le mieux et fort à propos (1). 11 est en effet de la fin du Moyen Age et rapporte tous les travaux d'art exécutés pendant une période d'activité remarquable, avant les séjours désastreux des Huguenots de l'armée du prince de Condé, en partie composée de reitres allemands, sous les ordres de Duras, durant les années néfastes de i5Ô2 et 1 56y (2).

Pour ce qui est des inventaires, ceux que nous possédons sont déjà modernes, inventaires dédaigneux et venus trop tard, au

(1) Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 1907. Le manuscrit appartenait à M. Eugène Dramard, l'auteur regretté de plusieurs ouvrages d'érudition et de bibliographie; il doit avoir été soustrait et par là même presque miraculeusement sauvé, au cours du xixe siècle, en raison de l'intérêt un peu exceptionnel qu'il présentait. En outre, je pense que l'on n'a pas fait à Etampes tout ce qu'il fallait pour retrouver et mettre à la portée des érudits les documents du même genre qui doivent encore subsister. De même les archives notariales n'ont jamais été fouillées. Il y a là sûrement — si toutefois, comme

je le crains pour certains cas, la destruction n'a pas cause de grosses lacunes,

une documentation précieuse dont personne n'a encore profité. Celui qui s'attacherait à la besogne de rechercher et dépouiller les archives les plus anciennes d'Etampes, ne perdrait pas son temps.

Commencerait-on par faire l'histoire et l'inventaire, cela serait déjà bien précieux. Voici à ce propos un renseignement trouvé par M. Fotteau dans les registres paroissiaux de l'église Saint-Gilles. Marin Plisson, curé, fils de l'auteur de la Rapsodie, a noté le 1 er janvier 1693 qu'il y a dans la sacristie de son église une armoire fermée à trois clefs où se trouvent cinq grands sacs de toile renfermant les titres de la fabrique; dans l'un d'eux sont conservés les titres de la franchise du marché Saint-Gilles. Une copie de cette charte sur parchemin, collationnée à l'original le 6 décembre 1 5 5 8 était conservée encore en 1 836 dans les Archives municipales (Maxime de Montrond; Essais historiques sur la ville d'Etampes, Etampes-Paris, i836, t. I, p. 88, note).

(s) Devant, plusieurs fois au cours de ce mémoire, m'en référer aux faits connus de ces événements, je prends le parti de dire sans plus attendre ce que nous en savons. Le récit le plus complet n'est pas suffisamment explicite à mon gré, mais nous devons nous en contenter ; c'est un procès-verbal de translation de reliques daté du 27 mars 1570 dont voici le passage intéressant, d'après le

temps de la Révolution ou peu avant celle-ci, et dont le bruit argentin qu'ils évoquent résonne funèbrement comme un glas ; MM. Bigault de Fouchères (i) et Léon Marquis (2) les ont transcrits avec soin quand ils les ont rencontrés.

Il y a un seul renseignement mais important à extraire du laconique et court journal d'une femme du peuple ou petite bourgeoise bien avisée, Catherine Branchery (3), marchande de son et de remoulage, qui a noté les événements entre ses comptes de ménage et les prix instables de sa marchandise.

Enfin, nous avons plusieurs petits marchés passés par des particuliers avec des tombiers parisiens, et un seul important, celui-ci

rapport probablement copié motàmot par Pierre Plisson :«Maitre Laurent Boitron.. a translaté et mis en autre chasse plusieurs saintes reliques qui, dès l'an 1 53 1 , avaient été translatées et mises en châsse par. . . Jean Quichard, . . . entre autres le bras de monsieur Saint Jean Chrysostôme, les chemises et linges des benoîts Corps saints, monsieur Saint Can, monsieur Saint Cantien, et madame Sainte Cantienne, plusieurs os et saintes reliques qui furent au mois de novembre 1 562, tirées et ôtées tant de ladite châsse que d'un coffre en façon de lavette auxquels étaient le bras de saint Jean Chrysostôme, par les hérétiques huguenots, lesquels btûlèrent la dite châsse, les chaires de la dite église, rompirent les images, abattirent les orgues, brûlèrent le livre à chanter, les livres de la librairie de ladite église tant de la Sainte Ecriture, droit civil que médecine, emportèrent les calices tant d'or que d'argent, chapes, chasubles et autres. . . (sic) linges et tous autres ornements servant à ladite église qui était aussi bien décorée et fournie qu'église qui fut en ce royaume»... [Rapsodie, ouvrage cité, p. 198). Mon avis déjà exprimé [Le Portail royal d'Etampes, 2e édition, Paris 1908, p. 1 2 est que l'on a souvent attribué aux Révolutionnaires de 1793 des méfaits dont les gens de la nouvelle religion furent coupables en 1 5 62 ; mais, faute de documents très précis, les esprits les mieux avertis, les plus impartiaux, ont parfois la plus grande difficulté pour faire sûrement le partage des responsabilités.

Au surplus, avant les Protestants, les Anglais, en 1367 et surtout en 1370, se livrèrent à des pillages dont nous ne pouvons pas non plus déterminer exactement l'importance et la nature. Fleureau à qui nous devons ces renseignements sommaires ajoute pourtant: « Il y a des mémoires dans les archives de Sainte- Croix d'ttampes, qui portent qu'ils ruinèrent cette église.» C'est à cette époque que l'église Notre-Dame fut entourée de fossés et servit de forteresse aux habitants. (Fleureau, ouvrage cité, p. 96-98.)

(1) Tablettes historiques d'Etampes et de ses environs, Etampes. 1876, in-8°.

(2) Les Rues d'Etampes et ses monuments, Etampes, 1881, gr. in-8°.

(3 Publié par M. Maxime Legrand: Vieux souvenirs étampois. Le journal d'une bonne femme d'Etampes pendant la Révolution. Etampes, 1893, in- 12.

passé par la fabrique de Notre-Dame avec un maître fondeur en cuivre nommé Gilles Jourdain en i 5 3 3 : ce dernier document a été récemment découvert par M. Maurice Roy qui eut souvent de semblables bonheurs mais aussi de beaucoup plus grands quand il mit la main sur les marchés du tombeau de François Ier et de la chapelle du château de Vincennes (i ). Je ne saurais trop remercier M. Roy pour l'obligeance qu'il a eue de me communiquer sa découverte et de me permettre d'en parler ici.

(i) Ces marchés furent publiés dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de France. Celui qui nous concerne le sera dans les Annales de la Société archéologique du Gâtinais avec des explications complémentaires dont je dois fournir une part. Voir ci-dessous, chap. III.

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