SCULPTURE
(pierre et bois)
La ville d'Etampes, au point de vue de la sculpture monumentale, paraît s'être maintenue raisonnablement à son rang durant tout le Moyen âge et la Renaissance, eu égard au rôle d'abord important, puis ensuite effacé, qu'elle a joué dans le domaine royal : elle ne marque ni supériorité exceptionnelle, ni non plus infériorité notoire. Sans doute, il ne faut pas toujours en accorder le mérite aux habitants. Il est éiquitable de faire une grosse part au goût, à la piété ou à la vanité des rois et des princes seigneurs. Aussi, à défaut d'évêques, Etampes eut des abbés, voire même de simples chanoines, qui furent de hautes personnalités et dont l'influence n'a pas manqué de se faire sentir.
Abondamment pourvue d'églises et de chapelles dès l'époque romaine, elle n'eut pas l'occasion de se distinguer beaucoup dans l'ornementation sculpturale, durant les périodes qui suivirent. La liste de ses monuments intéressants est néanmoins très respectable. On connaît le vieux portail de Saint-Basile, le portail à statuescolonnes de Notre-Dame, ob et d'une haute curiosité, le tympan provenant de l'église Saint-Pierre, le portail occidental de Notre- Dame, les débris du portail de l'église Sainte-Croix, et les fragments remarquables du grand portail de l'église abbatiale de Moiigny. Les tardives constructions de chapelles et de jolies voûtes dans les églises de Saint-Basile et de Saint-Gilles, attestent encore que l'on savait faire bien les choses quand l'occasion s'en présentait.
Enfin la Renaissance nous a laissé le clocher de Saint-Martin, inachevé seulement pour des raisons majeures, la façade méridionale aux détails peu nombreux mais amusants de Saint-Basile, le grand logis de Saint-Yon, la petite porte classique de l'ancien Dortoir des Pauvres, datée i5i>9, et les charmants manoirs princiers d'Anne de Pisseleu et de Diane de Poitiers qui portent aussi
des dates, i 538 et i 554, sans compter tout ce qui a pu être détruit par les incendies de guerres successives et même par les canons de Turenne en 1 65 2 .
Enfin puisque nous parlons sculpture et que l'année 1 5 5 4 vient d'être évoquée, il est impossible de ne pas rappeler le passage ou le séjour mystérieux de Jean Goujon à Etampes, qui se trouva, un jour de Septembre i555, emprisonné dans cette ville par ordre du bailli ; nous ignorons le motif de cette rigueur aussi bien que celui de la venue de l'artiste à Etampes ; d'ailleurs il resta après comme devant architecte et sculpteur du roi (1).
Statues-colonnes des Apôtres Pierre et Paul. — On voit dans une chapelle de l'église Notre-Dame, deux grandes statues de la première moitié du xn° siècle (2) prises dans la construction et qui appartiennent incontestablement à la sculpture monumentale. Néanmoins un décret précautionneux les ayant classées parmi les objets mobiliers, elles font maintenant partie de la matière dont je me suis imposé l'étude. Elles sont d'ailleurs d'une haute importance, et je crois devoir fournir ici à leur égard quelques renseignements (3).
Les deux statues doivent provenir du portail méridional qui était une porte royale, et ont dû en être enlevées dès le xne siècle, au moment de la construction du croisillon sud, quand une partie du portail fut recouverte par le nouveau mur. Elle furent presque immédiatement utilisées pour l'ornementation d'une chapelle que l'on transforma à ce moment. Comme ces statues faisaient corps avec une grosse colonnette, on les fit servir pour les colonnettes nécessaires au support des arêtes d'ogives.
Nous savons le nom de la chapelle, car le roi Saint-Louis la dota d'une chapellenie en l'honneur de saint Pierre ( 1 a 55), et Louis Ier
(1) Henri Stein, Jean Goujon et la maison de Diane de Poitiers à Etampes, Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 1889.
(2) Notre opinion fortement motivée est que le portail auquel elles appartinrent fut érigé entre 11 20 et ii3o; elles sont un peu postérieures, mais ne sauraient avoir été sculptées longtemps après 1 i3o.
(3) J'ai fait devant la Société archéologique d'Eure-et-Loir, le 14 Septembre 1905, une conférence en partie consacrée à ces deux statues (Bulletin bimestriel, Procès-verbaux, Janvier 1906, p. 82.) Depuis j'ai publié à leur sujet des notes succinctes (Le Portail royal d'Etampes, 2e édit., Paris, Alph. Picard, 1908, p. 28-39). Cependant les notes ne représentent qu'une petite partie de l'étude que nous avons faite et qui est restée inédite. Nous comptons la publier prochainement.
d'Evreux d'une seconde chapellenie, en désignant cette fois saint Pierre et saint Paul ( 1 3 i 2) (1).
Les indications sont d'une grande utilité car les statues ont des attributs qui ne sont pas habituels. Saint Pierre tient bien les deux clefs traditionnelles dans sa main droite, mais dans sa main gauche il porte un objet imprécis qui reste hypothétique. A mon avis, c'est une sorte d'édicule creux qui rappelle les dais des statues du xnc siècle, et ceux-là mêmes qui abritent nos deux statues en question; légèrement mutilé à sa partie supérieure, Pédicule devait comporter une tour. Si, selon nos connaissances, les dais et toutes les images du même genre symbolisent la Jérusalem céleste, il faudrait voir ici la Ville dont les clefs de saint Pierre pouvaient seules faire obtenir l'entrée aux pécheurs.
Si Pédicule visible est le dais d'une chaire que nous ne pouvons distinguer parce que l'apôtre la cache dans sa main, l'objet serait alors sans doute le siège papal auquel saint Pierre a laissé son nom.
Saint Paul tient un bâton terminé par une croix, et de plus il a un nimbe crucifère, mais, à mon avis, c'est parce que le nimbe a été retaillé au xixe siècle. Le bâton ou le long sceptre se retrouvent entre les mains de presque toutes les statues restées au portail ; quant à la barre qui forme la croix à la hauteur de la poitrine, elle est aujourd'hui en plâtre, car les statues ont été mutilées, et même entièrement décapitées : les têtes que portent actuellement les statues sont modernes. J'ajoute que saint Paul repose sur un monstre, sorte de chien à une tête ayant deux corps : c'est la seule statue du portail ayant un support de ce genre; toutes les autres, y compris la statue de saint Pierre, sont sur des supports très spéciaux à qui j'ai donné le nom de semelles parce qu'ils ont véritablement cette forme.
L'autre particularité des deux statues consiste dans un détail de sculpture. Les plis des draperies, nombreux, profonds, parallèles qui constituent en partie ce que l'on a appelé le style byzantin, sont ici interrompus de distance en distance par un accident : les arêtes extérieures des plis ont, à des places choisies avec soin pour réaliser un effet d'ensemble, une sorte d'arrêt brusque et de déviation oblique. L'arête du pli traverse la ligne creuse pour aller rejoindre l'arête du pli voisin.
(1) L. Eugène Lefèvie, Etampes et ses monuments aux xi° et xnc siècles. Mémoire pour servir à l'étude archéologique des plus anciens monuments étampois, Paris, A. Picard, 1907, p. 142-143 (extrait des Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 1907); Fleureau, ouv. cité, p, 340-345.
Ces plis obliquants, répétés de nombreuses fois, ne sont qu'à l'état embryonnaire sur l'une des statues restées au portail ; je les ai retrouvés parcimonieusement distribués sur une statue du portail de Chartres.
Bref, des faits énumérés et de beaucoup d'autres il résulte que les deux statues furent ajoutées au portail royal après celles qui y figurent encore actuellement. Elles sont postérieures aux statues similaires du portail royal de Chartres (i).
Pour plusieurs motifs, elles sont un document précieux pour l'histoire de la sculpture monumentale en Fiance à ses tout premiers débuts : parce qu'elles sont une preuve des allées et venues du sculpteur qui a travaillé à Etampes d'abord, à Chartres ensuite, et qui est revenu à Etampes ; parce qu'elles sont l'œuvre intermédiaire entre les statues de Chartres de la première série et celles de la seconde série ; parce que, hormis des mutilations, elles sont conservées d'une façon surprenante (2) ; parceque, avec leurs plis obliquants, elles possèdent une particularité unique des plus curieuses et qui prouve !a virtuosité étonnante de l'artiste.
Plates-tombes, Monuments funéraires. — Le zèle des Etampois s'est manifesté plus facilement, et, j'ajoute, abondamment, clans les objets sculptés d'un caractère personnel. Parmi ceux-ci les monuments funéraires, propices aux explosions de vanité, tiennent, cela va sans dire, une bonne place.
Quoique les plates-tombes appartiennent plus à l'art spécial de la gravure qu'à la sculpture proprement dite, et malgré que leur étude devienne parfois un peu fastidieuse, je ne me suis pas permis de les négliger. Nous saurons par celles des églises Saint-Martin, Saint-Gilles (3), et de Morigny ce que faisaient les bourgeois d'Etampes pour marquer la place de leur sépulture.
(1) Les statues de Chartres furent sculptées en deux séries avec un iniervalle de temps qui a dû être de plusieurs années. C'est dans la première série que se trouvent les statues similaires à celles d'Etampes.
(2) Elles sont exceptionnellement en pierre dure, et profitèrent de leur abri dans l'église.
(3). Elles ont été publiées avec leurs inscriptions entières. Nous nous contenterons donc de les énumérer brièvement d'après nos devanciers :
A Saint-Martin, 8 dalles : i° pierre mutilée du xui9 siècle ; 20 Jehan Le Bas et sa femme, 1241 ; 3° Amauri, 1 3 1 7 ; 40 Marie Cuissart, 1547 (œuvre du tombier P. Lemoyne) ; 5° Jehanne Gyraut, 1 5 3 2 ; 6" les dames de Verrambroys, 1^87; 70 Pierre Baudry et sa femme, i6ai ; 8° Joachim Le Clerc,
J'ai spécifié des plates-tombes parce que je ne crois pas à des monuments plus importants. Dans la primitive église de Saint- Martin, d'origine antique, peut-être a-t-on vu au fond de niches, alors qu'elle était occupée par un collège de chanoines, les tombeaux de quelques abbés, mais ceux-ci ne furent vraisemblablement que des ouvrages sommaires et assez grossiers : en tout cas, la collégiale devenue au xn* siècle simple prieuié de l'abbaye de Morigny et à ce moment reconstruite, ne nous a transmis que plusieurs dalles gravées dont l'une est l'œuvre d'un tombier parisien fort connu, P. Lemoyne.
A Saint-Gilles, église moins antique, paroisse de marchands, et d'aubergistes, l'occurrence est la même, toutefois les spécimens sont nombreux et quelques-uns ne manquent pas d'intérêt. On sait que la gravure des plates-tombes était dessinée d'après des modèles que possédait chaque atelier, et qui servaient indéfiniment ; par conséquent les images représentées ne sont nullement les portraits des défunts.
La variété fait relativement défaut pour chaque époque, et les très grandes, les très coûteuses dalles étant plus rares sont naturellement plus appréciées, toute question épigraphique mise à part. De même on attache de l'importance à celles qui se distinguent par
1602. (Cf. Max Legrand, L'église Saint-Martin cTEtampcs et ses pierres tombales, Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 1891.)
A Saint-Gilles, 20 dalles: 1° Jehan Brunard, i5oo; 20 Oudin Hatte, i5.. ("Oudin Hatte fut échevin en i5o6-i5o7, d'après Plisson, ouv. cité, p. 25); 3° Jehan Lœc et sa femme, 1 509 ; 40 Jean Gillet, 1 583 ; 5° famille Chandelier, 1 586 ; 6° Martine Cheron, femme Payen, 1614; 70 Jacques Houssu et sa femme, 1622 (provenant du couvent des Cordeliers ; 8° Savinien Jolly et sa famille, 1622 ; 9U Jean Halte, i63i; 1 o° Jean Foudrier et sa femme, 1640; 1 10 Claude de Lapone, prêtre, 1645; 12° Etienne Baudry et sa famille, 1 65 2 ; 1 3° Nicolas Plisson et sa famille, 1622 ; 14° Pierre Cochery et sa femme, 1 665 ; i5° Jean Hatte et sa femme, 1674 (cette pierre se rapporte au même personnage que la pierre n° 9, lequel était officier du roi et de l'échansonnerie de la reine; ; l 6° Jean Renard et sa femme, 1686 ; 170 Jeanne des Forges, femme Pitouin, 1688 ; i8J Alexis Desforges et sa femme, 1692 ; 190 Alexis Cormier etsafemme, 1693 ; 20* cette pierre se rapporte aux mêmes défunts que la précédente. En outre, Léon Marquis a relevé, sur le registre de la paroisse, les détails concernant une vingtaine d'autres pierres tombales aujourd'hui disparues (L. Marquis, ouv. cité, p. 242-251 ; voir également Emile Travers, Epitaphes d'hôteliers et enseignes d'auberges à Etampes, Bulletin monumental, 1899; Ch. Forteau, article de V Abeille d'Etampes, i3 juin 1906). La lecture de pierres tombales usées ou seulement très anciennes, est une opération délicate et je ne réponds pas de l'exactitude des noms ci-dessus.
quelque caractère exceptionnel, par exemple dans la technique. A Saint-Gilles, il y a deux grandes dalles dont les visages et les mains des personnages sont en marbre blanc incrusté dans la pierre grise, et gravés ensuite au trait comme de coutume : ce ne sont pas là vraiment des spécimens bien exceptionnels (i) ; je les cite surtout pour mémoire. J'attirerais plutôt l'attention sur la dalle funéraire connue sous le nom de Jean Brunard et de sa femme (i 5 . .), qui possède cette singularité: tandis que tout le reste du corps des défunts est dessiné par la gravure selon le procédé ordinaire des plates-tombes, les visages et les mains sont en relief dans un creux ; la dalle a partout la même épaisseur et pourtant le front, le nez, les joues, le menton font saillie ; l'artiste a creusé plus profondément les parties rentrantes, accusant au contraire les autres. Ce n'est donc plus là de la gravure au trait, mais de la véritable sculpture en bas-relief sur une pierre mince. Les spécimens de ce genre de technique sont assez rares (2) : je crois en avoir seulement rencontré jusqu'à présent un autre exemple dans l'église Sainte-Croix, à Bernay (Eure).
Toutefois ce procédé était loin d'être neuf, car il rappelle étonnamment celui employé par les Egyptiens sur les colonnes ou les murs de leurs temples (3); ceci concerne la façon de présenter le
(1) L'une de ces tombes est celle d'Oudin Hatte, que je ciois bien avoir été restaurée, et l'autre celle de Jean Gillet (Juin 1 58 3) ; celle-ci a été reproduite par Léon Marquis (ouv. cité, p. 256). M. P. Beaufils a publié un contrat passé en 1524, par Pierre Prisé, tombier de Paris, avec Louis Jourdain, cordonnier à Etampes, pour la fourniture d'une tombe à un personnage « en façon de bourgeois 0 dont le visage et les mains seront « d'albâtre blanc » ; la tombe devait être livrée à la fin d'août en l'église Saint-Basile d'Etampes. [Conférence des Sociétés Savantes de Seine-et-Oise, à Etampes, 1908, Etampes, 190g, p. 141). On pourra consulter aussi avec intéiêt une autre étude du même auteur, Etude sur les effigies des pierres tombales, Paris, 1909, in-8". M. Beaufils a également signalé un marché passé en 1524, entre Jean Lemoine, dePaiis, pour la fourniture d'une tombe à Christophe Banouart et Guillaume Lambert (Ibid) . Je crois que les tombes à incrustation de maibre se rencontrent surtout dans les environs de Paris (Saint-Sulpice-deFavières, en Seine-et-Oise; Vimpelles et Saint-Hillier en Seine-et-Marne ; Noyon, dans l'Oise, etc.) et plus rarement ailleurs (Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais). C'est pourquoi je pense utile d'en signaler deux exemples dans l'église Sainte-Marie-du-Capitole, à Cologne.
12) Il y a des exemples plus fréquents de dalles funéraires sculptées entièrement en relief, mais qui ne peuvent pas être comparées avec celle d'Etampes, puisqu elles ne comportent aucune gravure dans leur technique.
(3) 11 ne faut pas confondre ce procédé avec celui des artistes gallo-romains de Provence qui creusaient seulement un trait autour d'un relief ordinaire, pour accuser les contours et faire saillir plus fortement le personnage.
relief, mais le relief lui-même trouve son plus étonnant similaire dans les œuvres assyriennes. Nous ignorons si les artistes français du xvie siècle ont inventé ou copié les manières en question: j'ai pensé qu'il était néanmoins curieux de faire un rapprochement que je crois tout nouveau.
Le chapitre de Notre-Dame, qui avait une vieille rancune contre les religieux de Moiigny et qui de plus se trouvait lésé, lutta avec àpreté pour les empêcher de recevoir chez eux les dépouilles mortelles des habitants d'Etampes. Etienne de Garlande, chancelier de France, et Algrin d'Etampes, chapelain du roi et futur chancelier également, qui tous deux étaient chanoines de Notre-Dame et par conséquent personnellementintéressés, dirigèrent la campagne auprès de Louis VI, sans d'ailleurs réussir d'une façon absolue (i). En tout cas, si forte qu'ait pu être l'entrave mise à leurs droits de sépulture, les religieux ne donnèrent pas moins asile à des défunts séculiers venus un peu de partout. Ils reçurent notamment leurs premiers bienfaiteurs. Fleureau raconte avoir vu dans le cloître de l'abbaye quatre tombes imparfaitement conservées. La tradition prétendait que la première était celle d'Adeline, sœur ou fille d'Anseau (2) ; tout souvenir était perdu quant à la seconde; la troisième passait pour être celle d'un étampois, chambellan de Philippe Ier, à qui Louis VI accorda en quelque sorte l'honorariat de sa charge. Il se nommait Vulgrin, ou Ougrin, comme écrit M. Joseph Depoin; sa mère aurait occupé la quatrième tombe, ce qui est du reste conforme aux indications de la Chronique de Morigny (3). Vulgrin mourut en 11 29 ou ii3o, et
(1) Chronique, p. 27 ; Fleureau, ouv. cité, p. 486-493 ; L. Eug. Lefèvre, Etampes et ses monuments aux x:c et xne siècles, p. 10-11. — Les Cordeliers d'Etampes eurent dans le chœur de leur église une pierre tombale d'un évèque, le frère Jean d'Ardel, d'un ordre mineur, natif d'Etampes, qui fut évêque deTurribleet suffiagant de Sens. Or ce religieux, ce prélat avait été enterré dans le cimetière paroissial, et c'est seulement à la suite d'une guerre, qu'il fut transporté au couvent (Fleureau, p. 407 t.
(2) Pour Anseau, voir ci-dessus, p. 3, et note 1. — Fleureau dit Adeline non fille mais sœur d'Anseau ; il y a en effet ambiguité dans le texte de la Chronique : Guarsadonius, Anselli nostri fundatoris filius, qui Jérusalem profisciens Cluse jacet, et Adelina soror illius, que in claustro nostro sita est,... »> (Chronique p. 19-20 . M. Leo:i Mi rot a opté pour sœur de Garsadon (Ibid., p. 2, note 2 .
(3) Fleureau, ouv. cité, p. 475, 476 et 56 1 ; Chronique citée, p. 47. L- Eug. Lefèvre Ibid. p. 5 1 et 114. — M. Depoin croit Ougrin, fils de Gohard (Godardus) ou Guihard. bouteiller de Philippe ltr, lequel serait le fils d'un
sa première donation en faveur de l'abbaye est consacrée par un acte de 1 106.
Ces quatre tombes ont disparu avec le cloître et tous les bâtiments de l'abbaye. Elles étaient trop anciennes pour avoir été couvertes par des statues de gisants ; elles devaient être composées de sarcophages très simples, peut-être abritées sous des enfeux.
Après cela, dans la liste assez longue des tombes d'abbés, dont Fleureau a pu lire les inscriptions ou rapporte seulement la tradition qui les concerne, je ne trouve plus qu'une énumération de plates-tombes (i) dont pas une ne subsiste. Il est clair que Fleureau s'est attaché surtout à noter, parmi les plates-tombes, seulement celles des abbés ou des membres de leurs familles, car il en existe actuellement plusieurs qui ne correspondent pas avec celles qu'il a citées. La plus belle porte les effigies de trois membres d'une famille Magnat décédés au milieu du xive siècle [2); une autre en
autre Guihard ou Rouhard d'Etampes. Cette famille aurait la même origine que celle des Le Riche de Senlis, qui eurent les mêmes charges dans la Maison du roi. Rouhaud (Rotholdus) fut le fondateur de la dynastie des bouteillers de Senlis [La chevalerie étampoise, Les chevaliers et les vicomtes d'Etampes sous Philippe icr et Louis VI, extrait du Bulletin de la Société archéologique de Corbeil, 19 10, p. 1 et 6).
(1 ) i° La tombe de Guillaume Ier (1 5e abbé, première moitié du xuie siècle) servait de marche pour descendre dans la salle du Chapitre; 20 Nicolas I e r( 1 7e abbé, 2e moitié du xme siècle), est réputé avoir fait construire une chapelle apparemment en dehors de l'église et dédiée à Notre-Dame de Compassion : il fut enteiré devant l'autel : son effigie était sur la tombe et déjà rompue au xvn° siècle; 3° Jean Baron (34e abbé, fin xve siècle), enterré dans le chœur de l'église entre les deux pupitres; 40 et 5° Tombe de frère Jean Hurault (35° abbé, commencement du xvie siècle) en partie effacée : dans la même tombe furent enterrées cinq ou six autres personnes de sa famille, parmi lesquelles : Jean Hurault XII, seigneur de Boistaillé (abbé commendataire, mort en i5 5o. ou i56o), une fille du chancelier Michel de l'Hôpital, et André Hurault qui fut ambassadeur de Henri III et Henri IV, et fut même choisi par ce dernier pour aller recevoir Marie de Médicis à Marseille (-J- 1607) : Fleureau a pu transcrire son épitaphe entièrement et décrire ses armes qui figuraient sur une dalle particulière ; 6° Louis Archambault (abbé commendataire, mort en 1644) enterré avec son père et sa mère sous une tombe de marbre noir. (Fleureau, ouv. cité, p. 5 3 2-5 56). — Fleureau cite une plate-tombe à écriture illisible placée dans la salle du Chapitre (p. 56 1), et une autre encore, très effacée, placée dans la nef et appartenant à un chevalier que l'on croyait à tort ou à raison être Charles de Chatillon, seigneur de Bouville (p. 56o).
(2) M. Max. Legrand en a publié l'inscription et l'image. [Etampes pittoresque, L'Arrondissement, tome II, p. 833-834).
— lé -
marbre noir, dont l'inscription est très effacée, porte la date de 1 6 3 3 . i). Enfin, d'autres dalles complètement usées servent de pavement à l'entrée de l'église ou ont été relevées contre le mur de la façade, mais elles sont si complètement usées qu'elles n'offrent plus le moindre intérêt.
Enfin j'arrive à parler de grands tombeaux plus ornés, portant des statues. Fleureau a signalé celle d'un seigneur de la Breton nière (2) qui était figuré armé, l'épée au côté et l'écu à ses armes sur la cuisse; sa femme Blanche, morte en 1 333, étaii sous une tombe voisine, et quoique Fleureau n'en dise rien, il est supposable qu'elle eut aussi sa statue funéraire. Ces deux tombes étaient placées dans la salle du Chapitre.
Mais sans doute il n'y eut jamais dans l'abbaye de Morigny de monuments plus importants que les deux tombeaux de Galéas de Salazar (3), mort le 9 Février 1 522, et de sa femme, qui étaient placés en face l'un de l'autre dans une chapelle, ou plus exactement à l'extrémité d'un des bas-côtés du chœur. Fleureau les a décrits: ils
(1) Ibid, p. 83 5.
(2) Près d'Arpajon et Montlhéry (Seine-et-Oise), ouv. cité, p. 56 1.
(3) Galéas de Salazar élait l'un des quatre fils de Jean de Salazar, un seigneur qui était venu de Navarre aider le roi Charles VU dans sa lune contre les Anglais ; sa mère était Marguerite de la Trémoïlle, fii e naturelle de Georges de la Trémoïlle, grand chambellan de France. Il était le frère de l'archevêque de Sens, Tristan de Salazar. Nous le trouvons enterré à Morigny parce que son fils, Jean de Salazar, après avoir été archidiacre de Sens, et avoir failli prendre la succession de Tristan sur le siège archiépiscopal, était devenu abbé du monastère étampois. Louis XII avait emmené Galéas et Tristan dans sa campagne contre les Génois, et c'est Galéas qui fut chargé du gouvernement de la ville après le départ du roi. Il s'est principalement rendu célèbre à la bataille du Cormier (22 juillet 1488). Il eut un fils, Jean, et deux filles, Claude et Bernarde.
J'ai vainement cherché à connaître quel était le nom de sa femme, que Fleureau n'a pu donner parce que l'épitaphe écrite sur une plaque de cuivre avait été arrachée. Cependant, sur la table, était gravée une devise : « Me moriens ad vitam vocat », outre cette phrase : <Secundum mullitudinem miserationem tuarum dele iniquitatem nostram. « Fleureau décrit aussi son écu : chevrons renversés sans nombre, accompagnés d'une sonnette, armes qui auraient du rapport avec celles de la maison d'Anglure. Enfin cinq médaillons ronds, placés sur le soubassement, je suppose, avaient été destinés à rappeler les alliances de la dame; au temps de Fleureau, ils étaient vides, peut-être parce qu'ils n'avaient jamais été remplis, mais une inscription placée autour de chacun d'eux remplaçait les figures : de Choiseul, de Vergey, de Marlou, de Bar et de Brancey. (Fleureau, ouv. cité, p. 56o.)
étaient en marbre noir et se composaient d'un gisant (i), couché à environ 60 ou 70 centimètres au-dessus du sol, avec une grande table au-dessus, couverte d'épitaphes et de devises. Au xvne siècle les statues étaient déjà «à demy rompues »; aujourd'hui les statues et tout ce qui était marbre a disparu. Mais on a relevé au long des piliers ou du mur trois grandes pierres plates blanches (2), portant les armes des Salazar (3).
Cette disposition qui ne s'explique pas comme certains enfeus peu élevés, et qui plaçait la statue funéraire très basse et sous une sorte de couvercle, se rencontre difficilement. Elle rappelle très imparfaitement les tombeaux ajourés avec toits à deux rampants qu'on a faits quelquefois au xme siècle, maisavecle but bien précis d'imiter des châsses (4). Un aussi extraordinaire arrangement m'incite à supposer que peut-être la table avait été imaginée pour supporter un piiant : cela ferait ainsi rentrer le tombeau dans la catégorie des beaux monuments de l'époque, et surtout lui donnerait quelque analogie avec le tombeau des père et mère de Galéas, et celui du cardinal Duprat, dans la cathédralede Sens^5).
(1) Fleureau ne dit pas si les gisants étaient en marbre blanc ; le tombeau du père de Galéas et celui de son frère Tristan mort en 1519, comportaient du marbre de deux couleurs, et la statue du dernier était en albâtre.
(2) M Max. Legrand a publié les images de deux d'entre elles (Etampes pitlor., AT..tome II, p. 83o-834).
(3) Les armes de Galéas, décrites par La Chenaye-Desbois et Badier dans leur Dictionnaire de la Noblesse, ne correspondent pas absolument avec celles décrues par Fleureau d'après la gravure du tombeau, et contiennent même une erreur. Voici le texte de Fleureau : « Ecartelées au 1, cinq molettes d'éperon en sautoir ;au 2, cinq feuilles de figuier en sautoir, qui est de Salazar ; au 3, un aigle au vol éployé ; au 4, une gerbe de blé ». Autour des trois médaillons vides, des inscriptions indiquaient les noms de Salazar, la Trimouille, et de Bracque.
M. Max Prinet à qui j'ai soumis les deux versions, a eu l'obligeance de me dire qu'il accordait plus de confiance à la description de Fleureau. Toutefois, les molettes d'éperon sont en réalité des étoiles ; et ce que Fleureau désigne sous le nom de feuilles de figuier et ne ressemble nullement à ces objets, s'appelle techniquement des panelles. La gerbe de blé est de Braque.
(4) Tombeau de Saint-Etienne, à Aubazine ^Corrèze).
(5) Le monument de Jean de Salazar et de sa femme, père et mère de Galéas, est connu par un dessfn de Gaignières (Paris, Biblioth. nat., Cabinet des estampes). Il en reste un fragment déposé dans le musée de POfficialité, à Sens : c'est la table de marbre flanquée de nombreux écus dont la multiplicité évoque le souvenir d'un des tombeaux de Morigny. Le tombeau de Duprat, dessiné également par Gaignières, se composait d'un gisant, placé sous une table sur laquelle se dressait une seconde statue du défunt. Le tombeau de l'archevêque Tristan était beaucoup plus simple.
Au xvne siècle, dans le chœur de l'abbaye de Villiers, il existait encore les tombeaux de deux chevaliers, Jean de Briard et Jean de Bouville, avec statues « rompues et défigurées », et beaucoup d'autres éparpillées en divers lieux du monastère (i).
Il est incroyable que, malgré les centaines et centaines de gens qui furent enterrés pendant sept ou huit siècles consécutifs dans l'éolise Notre-Dame, il nous reste, en faitdemonuments funéraires, seulement une ou deux plates-tombes, peu anciennes et sans intérêt artistique, quelques débris remisés au fond d'une crypte obscure et une petite plaque commémorative.
Il y a pourtant un faible espoir : le sol del'église ayant été surélevé de 35 ou 36 centimètres soit pendant, soit après la révolution (2), il est possible que le dallage ou le carrelage actuel conservent précieusement pour de futurs fouilleurs un trésor d'épigraphie (3).
La plaque commémorative enpierre dont je viens de parler, dont les dimensions sont de 5o centimètres sur 52, est restée fort longtemps cachée sous le buffet des orgues de l'église Saint-Basile, avec plusieurs pierres tombales ; elle vient d'entrer au musée d'Etampes par les soins du conservateur, M. Charles Forteau. Je ne l'ai pas encore vue, mais je suppose que c'est seulement une copie et non pas la plaque originale que Fleureau a indiquée comme étant en marbre et placée dans le chœur (4). Il en a reproduit l'inscription
(V Villiers, camon de La Ferté-Alais. — Voir Histoire de l'Abbaye de Villiers, par Fleureau, publiée par P. Pinson, Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 189J, p. 73 et suivantes.
(2) En 1804, un devis de travaux signale des dalles de pierre servant de carrelage enfonces sur plusieurs fosses ; en 1808, travaux de carrelage qui font découvrir un puits [Archives municipales). La surélévation du sol ne fait aucun doute : on l'a déjà ramené à sa hauteur primitive dans deux chapelles ; mais on peut en outre constater le fait dans le croisillon nord, au pied du gros pilier de milieu, par un trou fait exprès et simplement recouvert d'une petite pierre mobile.
(3 11 est certain que des remplois de pierre ont été faits notamment pour les marches du chœur, et peui-on espérer faire beaucoup de trouvailles? Un digne curé de Notre-Dame, M. Delanoue, l'avait pensé, car il avait rêvé mettre entièrement à découvert l'ancien sol. Il avait même commencé le travail, vers 1875, dans les deux chapelles du chevet, à droite : pour le compléter, il eût fallu, m'a-t-on dit, dépenser une trentaine de mille francs. M. Delanoue tomba malade et mourut ; ses piojets ne furent jamais repris. Ce sont d'ailleurs maintenant les toitures qui îéclament des secours de la façon la plus urgente.
(4 II y a à cela une preuve péremptoire si toutefois l'archiviste Maxime de
parce qu'elle précisait les curieuses fondations d'un homme éminent, Maitre Jean Huë, qui fut doyen de la Sorbonne ou en tout cas doyen de la Faculté de théologie, pénitencier de l'Eglise de Paris, en même temps que cuié de Saint-André-des-Arcs, à Paris ^i). Jean Huë offrit en outre à l'église Notre-Dame un grand vitrail peint dont nous nous occuperons au chapitre voulu.
Une autre dalle déposée aujourd'hui dans la crypte fut retrouvée dans l'église au cours des travaux ; c'est celle d'un chapelain, Louis de Lacoustille, qui cumulait en outre les fonctions de
Montrond ne s'est pas trompé, car il a déclaré en 1837 : « Quelques fragments de ce marbre se trouvent encore sur les marches qui sont à l'entrée du chœur de l'église. On y découvre, après bien des efforts, les noms et les titres de l'homme illustre dont nous venons de parler .» (Ouvrage cité, t. II, p. 30^ note). Toutefois, il y eut peut-être une plate-tombe et une plaque commémorative, cette dernière subsistant seule.
(1) Ses autres titres furent docteur en théologie, chanoine de Paris et de Reims, grand doyen de Sens. En sa qualité de pénitencier il assista dans leurs derniers moments plusieurs très grands criminels condamnés à mort, des criminels de lèse-majesté « chose de très grande importance », dit Fleureau. Parmi ces condamnés, on trouve le connétable Louis de Luxembourg, exécuté en place de grève. En 1478, il fut délégué par la Sorbonne au grand concile gallican, réuni à Orléans par le roi Louis XI dans le but de rétablir la Pragmatique Sanction. (Fleureau, ouvrage cité, p. 187-190).
Jean Huë appartenait à une famille foncièrement étampoise et qui le resta très longtemps. Trois membres sont cités au cartulaire de Notre-Dame : Pierre Huë, chantre en 1416 ; Jean Huë, curé de Saint-Basile, mort en 1430 ; Ferry Huë, bourgeois, qui fit une fondation en faveur de Notre-Dame en 1384 ou peu auparavant. En outre, nous connaissons Noël Huë, chantre de Notre- Dame, de 1 5 10 à ) 5 16, et qui, par conséquent, présida à tous les travaux mentionnés dans le compte de fabrique cité ci-dessus [Fleureau, ouvrage cité, p. 352, 353 et 359). Dans le conseil de ville, Jean Huë est échevin en 1 504, Ferry Huë l'est en i558, et Jean Huë en 1 563 (Max. de Montrond, Essais historiques sur la ville d'Etampes, Etampes, 1 836- 1837, t. II, p. 232). Un Jean Huë, dit l'Aîné, est receveur des deniers communs, de 1 5 56 à 1 5 5 8. (Rapsodie. p. 41). Cantien Huë (1442-1502), de l'ordre de Fontevrault, fut recteur de l'Université de Paris (Bigault de Fouchères, Tablettes historiques d'Etampes, Etampes, 1876, p. 24). Enfin C. Huë signa les registres paroissiaux de l'église Saint-Pierre en 162 5 (Ch. Forteau, La Paroisse de Saint- Pierre d'Etampes, p. 8). Le nom de Huë finit par s'éteindre à Etampes, mais des descendants de cette honorable famille habitaient encore la ville au xvue siècle, selon le rapport de Fleureau. — En janvier 1790, mourut le curé de Pussay (canton de Mérévillej, qui s'appelait François Huë. Il avait un neveu, Nicolas Huë, prêtre, professeur au collège de Blois (Ch. Forteau, Les registres paroissiaux de Pussay, Annales de la Société archéologique du Gàtinais, 1902, d. i83).
chantre de la collégiale Sainte-Croix et de curé de Courtimèche (Courdimanche ?) i).
Les plates- tombes ou autres débris retirés de l'église Saint- Basile, sont au nombre de trois (2) : un petit bas-relief, représentant une Vierge de Pitié avec la défunte priant, fixé dans le mur d'une chapelle de la même église, est le monument de la veuve de Michel Poynet (f 1640) (3).
La pierre tombale vraisemblablement la plus remarquable qu'il faudrait retrouver si elle n'a pas été buchée et remployée ou brisée et jetée au loin, est celle qui devait recouvrir le caveau où reposent Jean de Foix (4) et sa femme Marie de France (5), sœur du roi
(1) L. Marquis, ouvrage cité, p. 286.
(2) Voici leur description communiquée par M. Forte3U.
« Une dalle funéraire à inscription latine qui couvrait la sépulture de Jean Albert, principal du collège de 161 3 à 1626, date de sa mort (9 juin). Il eut un successeur après lequel le collège fut remis aux Barnabites.
« Une autre dalle funéraire de i635, au nom de Martin Dalizon, maître pâtissier, qui fit un legs à l'église de 90 livres, sous différentes charges.
« Une pierre qui devait servir de couronnement à un monument funèbre, portant un écu encadré d'une guirlande, coupé, au premier, une épée en pal, au deuxième, un cheval courant, le tout sommé d'un casque fermé. ••
(3) Je note en passant quelques autres plates-tombes, dignes d'attention, dans le voisinage d'Etampes, qui presque toutes furent étudiées par M. Max. Legrand. Les plus anciennes, mais aussi les plus simples, sont à Puiselet-Ie Marais : elles sont anonymes et remontent au xie ou au xne siècle. A Abbéville-la-Rivière, la tombe de Raoul de Jonei (Joanet r) et de sa femme (xiv° siècle) (Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 1905, p. 281 ; Etampes pittor., Arrondis,, t. II, p. 684 et 71 3). A Saint-Sulpice-de-Favières, la plus ancienne pierre tombale est de t3i6 (Ibid., t. I, p. 1 58). A Pussay, tombe de François de Languedoue et de sa femme [Ibid., t. I, p. 386).
(4) Vicomte de Narbonne, roi de Navarre, fils de Gaston IV de Foix et d'Eléonore d'Aragon, mort à Etampes après quelques jours de maladie, en novembre i'ioo. Il était comte d'Etampes depuis 1478, par grâce du roi Louis XI. Il fit la guerre en Italie avec Chai les VIII et se trouvait avec ce prince quand il fit son entrée triomphale à Naples en 1495. Sa suzeraineté, à Etampes, s'est accusée de diverses façons. En ce qui concerne l'église Notre- Dame, il revendiqua son titre d'abbé pour imposer au chapitre comme chantre, un docteur en droit, Jean de Sus ; après plusieurs années de plaidoiries, les chanoines l'emportèrent avec leur candidat (Fleureau, ouvrage cité, p. 3 5 2) ; depuis la suppression de l'abbatiat par Philippe-Auguste, le même fait ne s'était en apparence jamais produit. Cependant, César de Vendôme eut plus tard la même prétention (Ibid., p. 354). Vis-à-vis de la ville, il accorda aux habitants le droit de port (Ibid., p. 193-198). Le 17 novembre 1488, il abandonna aux paroissiens de Saint-Basile, trois toises de terrain pour servir à l'agrandissement de l'église (Ibid., p. 400").
(5) Fille de Charles, duc d'Orléans et de Milan, comte d'Artois, et de Marie
Louis XII, caveau qui fut creusé toutexprès clans le chœur, « entre le Grand Autel et l'effigie du comte d'Evreux (i) ».
Il est en effet notable qu'il n'est pas du tout question dans les textes du monument qu'on aurait pu ériger pour ces illustres personnages ; mais, à défaut d'un tombeau superbe avec gisants, priants et grandes statues symboliques, comme on en éleva vers le même
de Clèves. Fleureau affirme son inhumation à Etampes. « Le corps de la Comtesse, sa femme, repose au même lieu », dit-il (p. 198). Pourtant, le Père Anselme déclare qu'elle mourut en 1493 et fut enterrée à Mazères, dans les Pyrénées (t. I, p. 208). Aurait-elle été exhumée soit à Mazères, soit a Etampes. et transportée ensuite dans l'autre lieu ?
(1) Fleureau, ouvrage cité, p. 190 et suivantes. — Fleureau est très précis et je ne vois pas quel doute serait justifié à ce sujet. C'est pourquoi je ne suis pas de l'avis des auteurs modernes qui placent le caveau dans la chapelle Sainte- Marguerite. Cette chapelle, si je ne m'abuse, était dans le croisillon nord lequel fait suite à deux chapelles ayant reçu des fondations royales. Il est vrai que M. Forteau a trouvé dans le tegistre paroissial le renseignement suivant : Le 6 mai 1692 fut inhumé dans le caveau en question dame Marguerite de Millet, veuve de Jean Kegnault de Barres ; l'acte rappelle que « ladite cave a servi autrefois de sépulture à quelques-uns des anciens comtes et seigneurs d'Etampes, des maisons de Bourgogne.de Bretagne et de Navarre » (Ch. Forteau, Rapsodie, p. 2 3, note 2). Il faut retenir de cette information qu'un grand caveau fut préparé pour l'un des seigneurs d'Etampes dans la chapelle Sainte-Marguerite et que ce caveau était vide au xvue siècle, peut-être parce qu'il n'avait jamais été utilisé. Hormis Jean de Foix, nous n'avons pas connaissance d'un autre seigneur inhumé dans l'église Notre-Dame. S'il fallait suggéier une hypothèse, je désignerais volontiers Louis Ier d'Evreux, premier baron d'Etampes, et sa femme Marguerite de Valois comme susceptibles d'avoir fait construite ce caveau. La princesse Marguerite peut fort bien, sans que nous le sachions, avoir contribué à fonder la chapellenie de Sainte-Marguerite ou avoir versé de fortes aumônes. En tout cas, on conçoit pourquoi le chapitre aurait choisi sainte Marguerite comme patronne de l'autel en question, si toutefois cette dédicace ne remonte pas jusqu'à Marguerite de Provence. Il existait une autre cave dite de Saint-Barthélémy, dont furent retirés des immondices en i5i3-i5i5 (Compte cité, p. 3 5), et qui ne se confond pas avec \'ossuaire, mais peut-être avec la crypte. Pour en revenir au tombeau de Jean de Foix, il reste à savoir si le sol du sanctuaire a été surélevé de la même façon que le reste.
J'ajoute qu'un vieil historien de la ville de Dourdan.de Lescornay, a raconté que de son temps, dans son église, il y avait derrière l'autel Sainte-Barbe, à droite du chœur, une espèce de tombeau qui pot tait les armes de la Maison des comtes d'Etampes.
Sur la famille gàtinaise des Barres et sur celle de Braque, dont il est question plus haut, (p. 17, note 3], voir H. Stein, L'affaire de Villemaréchal, Annales de la Société archéologique du Gâtinais, 1892, p. 204 et suivantes.
temps, il serait vraiment extraordinaire qu'une belle pierre tombale n'ait pas été posée à terre.
Ce ne sont pas seulement des plates-tombes qui manquent à l'appel et nous avons un renseignement plus positif concernant l'important monument fu né raire d'un autre prince seigneur d'Etampes, le Comte Louis II d'Evreux (j i4oo)(i). Il s'agit cette fois non d'un tombeau, mais peut-être d'un cénotaphe; en tout cas le monument comportait un portrait du Comte (2) en ronde bosse : le 29 août 1792. des Parisiens se rendant à Orléans pour y chercher des prisonniers, s'arrêtèrent deux jours à Etampes : c'est eux qui <( décollèrent » la statue, ou le buste, et « cassèrent les bras », sans doute en la jetant à terre (3). Voilà certainement une œuvre sculptée de tout premier ordre qui valait autant que les monuments similaires élevés ailleurs pour des membres de la famille royale ; c'était l'effigie de Louis II. Comme il mourut sans enfants, un grand nombre de ses objetsd'art devinrent la propriété du duc Jean de Berry, son cousin. Par leur nombre et par leur mérite — peutêtre une centaine de pièces —ils ont contribué à lamagnificencedes exceptionnelles collections de celui-ci, dontdes inventaires détaillés perpétuent le souvenir (4). Dans la longue énumération de ces inventaires, on distingue facilement, au moins pour la plupart, les objets provenant du Comte d'Evreux, grâce aux « escuçons aux armes feu Monseigneur d'Estampes » qu'ils portèrent presque
(1} Après avoir appartenu à deux reines, Blanche de Castille et Marguerite de Provence, la baronnie d'Etampes fut accordée au prince Louis 1er Comte d'Evreux, fils du roi Philippe III le Hardi et de la seconde femme de celui-ci, Marie de Brabant. Son second fils, Charles d'Evreux, lui succéda en 1 3 1 9 et fut fait premier comte d'Etampes en 1327. Louis II d'Evreux lui succéda à son tour en i3 36. L'illustre famille d'Evreux n'a pas fourni moins de trois reines à la France dans un court espace de temps. Nous aurons souvent l'occasion de reparler des uns ou des autres. Ensuite Louis l'*r, duc d'Anjou, fut titulaire du Comté par anticipation, mais mourut avant d'en avoir profité. Jean, duc de Berry, acquit alors le Comté {1384), mais n'en prit possession qu'à la la mort de Louis d'Evreux (1400).
(2) Fleureau, ouvrage cité, p. 198 et 35 2.
(3) Catherine Bran chery, ouvrage cité, p. 19. — Voici le texte exact : « en passant ils ont décolle et cassé les bras à M. le Compte dans l'église Notre- Dame et d'autres saints qu'ils ont brisés ».
Je croirais volontiers que le prince était représenté priant à genoux comme Jean de Berry, à Bourges.
(4) Jules Guiffrey, Inventaires de Jean, duc de Berry, Paris 1894-1896, 2 vol. in-8.
tous (i), et dont la mention a été faite régulièrement. Louis II d'Evreux, comme tous les princes français de sa génération, fut un amateur très éclairé, très délicat : il fallait lenoterpour mieux apprécier les pièces de l'ancien trésor de Notre-Dame dues à sa générosité et que nous signalerons au cours de notre étude (2).
Statues, Statuettes, Groupes. — Les perturbations diverses qui ont amené la disparition de tant de monuments funéraires, n'ont pas été sans nuire à la conservation des autres objets mobiliers. L'église Notre-Dame notamment en fut jadis extrêmement riche. Ceux qui subsistent, relativement en très petit nombre, ne sont plus que des épaves, d'ailleurs parfois fort belles, mais qui témoignent mal d'une ancienne splendeur. Et, pourcomble, ia rareté des textes existants, ou tout au moins des textes connus et dépouillés, empêche d'apprécier dans toute son ampleur l'étendue de cette richesse passée. Heureusement que le toujours bienvenu Compte de fabrique est là pour atténuer la pénurie et il va nous fournir bonne matière pour ce chapitre. Grâce à lui encore nous saurons que l'un des a tailleurs d'ymaiges » utilisés en 1 5 1 5 était originaire de Champagne comme son nom l'indique suffisamment, Jean Champenoys. C'est utile à connaître, car toute la région située à l'Est de Paris fut pendant le xve siècle un centre exceptionnel de production pour la sculpture : on ne peut plus compter les œuvres délicates produites par l'école champenoise si vivace et si distinguée.
La Salle du Sépulcre et ses trois grandes Scènes Sculptées. — Les portails mis à part, l'œuvre de sculpture la plus importante
(1) M. Guiffrey n'a pas craint d'écrire: «Il semblerait que le Conited'Etampes possédait une assez grande quantité d'objets précieux ; c'est peut-être ce qui avait décidé le duc de Berry à négocier l'acquisition de ses biens » (ouvrage cité, t. I, p. i3, note 1). — Les armes de Louis d'Kvreux étaient : Semé de France au bâton d'hermines et de gueules (Ibid. t. Il, p. 47, note ; — Père Anselme, t. I, p. 280-281). Quelquefois Jean de Berry a fait substituer ses armes, comme dans le cas d'une grande nef d'argent doré (n° 61 3 .
(2) Louis II d'Evreux favorisa en outre Notre-Dame d'Etampes par la fondation d'une messe journalière « à notes et plein chant », en 1 3 68 , et par une nouvelle donation en 1373. En i3/8, il décharge les habitants du quartier Saint-Gilles de leur obligation de fournitures moyennant une rente. En 1394, il obtient du roi CharlesVI un amortissement de ses droits de main-morte sur les biens de Notre-Dame (Fleureau, ouvrage cité, p. 3 1 S , 3 2 3 , 32 1, 97, 326). En 1374, il reconnaît devoir une rente au Couvent des Mailiurins (/6/rf., p. 463) En 1391, il passe une importante transaction avec le monastère de Morigny (Menault, Morigny, ouvrage cité, p. 149).
qu'ait jamais possédée l'église Notre-Dame, mais sur la valeur artistique de laquelle il est sage de parler avec réserve , c'est une réunion de trois grandes scènes qui furent exécutées et installées avec soin dans une salle appropriée exprès, en i5 i 4 ou i5i5.
A cette époque, en maintes églises, l'attendrissement des fidèles était porté à son comble par de grands tableaux en pierre |i), représentant la Mise au tombeau du Christ, auxquels on s'efforçait de donner la plus forte apparence de réalité tragique. en accentuant chez les personnages de dimension naturelle une physionomie et des gestes tourmentés par la douleur. Encore, on groupait les statues à terre ou presque à terre sous des abris figurant quelquefois l'aspect d'une grotte, et les fidèles pouvaient s'en approcher de très près; on conservait l'illusion de la vie en peignant les personnages et en répandant autour d'eux une obscurité propice. Le peuple peu favorisé de spectacles accourait en foule vers ces tableaux presque vivants, et, comme à la représentation d'un mystère, il s'imaginait assister au drame de Jérusalem. C'est pourquoi, entraînées par l'exemple qu'elles se donnaient entre elles, toutes les églises assez riches pour le faire ne faillirent point à installer un Saint-Sépulcre.
A Etampes, le chapitre de Notre-Dame ne commença pas de bonne heure à suivre une voie déjà tracée depuis un certain temps, mais, une fois décidé, il ne recula pas devant la dépense et il installa remarquablement son tableau, dans une mise en scène peutêtre moins luxueuse qu'elle fut ailleurs, mais avec une originalité recherchée et une certaine ampleur (2). En effet, le Tombeau ne fut pas casé au petit bonheur dans un coin de chapelle quelconque, mais il fut laborieusement et coûteusement placé dans une salle spéciale, encadré de deux autres tableaux, et la porte d'entrée même était surmontée d'une giande peintuie dont le sujet était un épisode de la Passion se rattachant parfaitement aux autres et bien fait pour préparer au spectacle intérieur. Tous les détails de cette installation se trouvent heureusement énuméies dans le compte de fabrique de 1 5 1 3- 1 5 1 5- Sans cette circonstance et le sauvetage
(1) Parfois, c'était la Vierge de Pitié que l'on mettait en scène avec moins de frai?, comme à Provins, dans l'église Sainte-Ayoul.
(2 Sans doute l'œuvre élampoise n'égalait en rien celle entreprise dans la chapelle de l'ai. baye de Solesmes iSarthe ; il serait plus juste de la comparer avec celle de Ponioise, quoique les dispositions adoptées et les scènes secondaiies fussent très différentes. On trouvera intéièt à lire l'élude consacrée à ces monumenis par M. Paul Vitry dans son ouvrage sur Michel Colombe et la sculpture française de son temps, Paris, 1901, p. 3o4etsuiv.
fortuit du manuscrit nous ignorerions tout ce qui concerne ces travaux et même l'existence de beaucoup d'entre eux. Il ne reste en effet que la chapelle dont on n'aurait jamais pu deviner le but, la peinture et le Tombeau proprement dit ou tout au moins la partie supérieure de celui-ci avec le Christ mort, étendu dans le suaire(i). Le tombeau est une pierre taillée en forme de sarcophage aux bords arrondis et sans aucun ornement, ayant 67 centimètres de largeur seulement, contre 2 mètres 3y cm. de longueur. Le Christ est sculpté lourdement (2) et, sous la couche de peinture qui le recouvre, je crois deviner des mutilations réparées avec du plâtre. Il est très grand, car il occupe presque entièrement le tombeau.
Le compte de dépense ne fournit pas l'énumération des statues qui entouraient le tombeau, mais il est facile de les deviner, car on connaît tous les acteurs habituels de cet épisode de la mort de Jésus : la Vierge, Madeleine, deux autres Saintes femmes, saint Jean et deux vieillards ont disparu. Les deux derniers, dont la mission est de procéder à l'inhumation, tandis que les autres regardent en s'abandonnant à leur douleur, ont chacun laissé un de leurs doigts encore collé aux extrémités du linceul. Ces doigts très forts indiquent bien que tous les personnages étaient très grands et en rapport avec la dimension du Christ. Ils ne pouvaient pas être moins de six, comme ceux qui existent encore à Méru dans l'Oise, mais ils étaient plus probablement au nombre de sept, comme à Saint-Maclou de Pontoise, à Poissy. à l'Ermitage Saint-Sauveur de Limay (3) et non plus huit comme à Solesmes. On voit par la barbe brune du Christ que les statues furent polychromées à un moment donné, sinon à l'origine. Cet usage devait être général ou presque, mais on compte aujourd'hui les monuments qui ont conservé leur couleur (4 . Enfin, parmi tous ceux que je connais, je citerais le plus volontiers le monument de Poissy comme pouvant donner une idée du tombeau d'Etampes avant sa ruine : il n'est pas invraisemblable que tous les deux soient des œuvres du même artiste : il y a en effet beaucoup de similitude entre les deux Christ. En outre, on constate à Poissy que si la divine victime est repré-
(1) Un semblable vestige, encore un peu moins complet, existe dans l'église de Vétheuil, Seine-et-Oise.
(2) En pierre de Saint-Leu (Compte de fabrique, p. 96-97).
(3) J'ai choisi ces églises parcequ'elles se trouvent dans le département de Seine-et-Oise, mais des exemples semblables abondent ailleurs.
(4) Poissy et Méru déjà cités ; et encore Sénantes, Oise; La Chapelle-Rainsouin, Mayenne; Chaource et Saint- Phal, Aube ; etc.
sentée avec une certaine insignifiance, les autres personnages sont traités avec sentiment : il ne faut donc pas juger trop sévèrement l'œuvre entière d'Etampes sur la seule vue du triste cadavre abandonné.
C'est seulement à l'aide du texte que nous pouvons essayer de restituer les deux autres tableaux : une Résurrection du Christ et un Enfer. Il me paraît évident que les personnages de la première de ces scènes furent de dimension naturelle, comme pour la Mise au Tombeau. Le Compte est toujours muet sur le nombre des statues : je présume du moins un grand Christ sortant du sarcophage, et montant au ciel, tenant dans sa main gauche un long bâton terminé par une croix. Trois soldats, étendus à terre endormis ou brusquement réveillés. Deux anges en bois furent peut-être destinés à encadrer le Christ. On les aurait faits en bois pour pouvoir les suspendre (i). Dès le xme siècle il devint en effet traditionnel de placer deux anges à droite et à gauche du sépulcre, l'un tenant un encensoir, l'autre portant un flambeau.
Je ne crois pas que les scènes de la Résurrection de Jésus aient été fréquemment traitées en pierre dans de grandes dimensions : il en existe pourtant une d'époque plus avancée, comme sujet de rétable, à la cathédrale de Reims ; ce doit être une exception^).
Je suis bien plus hésitant pour parler du troisième tableau qui représentait l'Enfer, et je ne pense pas que, au point de vue sculpture, il ait possédé grande importance et intérêt égal à celui des deux autres. Il devrait pourtant être dominé par une image du Christ ou de Dieu le Père (3).
L'auteur de toute la sculpture des trois ouvrages s'appelait Claude Chantereau. Il y a travaillé pendant environ quinze mois, à partir de Pâques i 5 i 4 , et fut payé, à raison de trois sols tournois pour chaque jour ouvrable, quarante livres
(1) Ytier Hameron a vendu une grande pièce de bois « en façon A'épaullier » pour faire la « couverture » du monument du « sépulcre de la Résurrection », ayant 6 pieds de long, 4 grands doigts d'épaisseur, et deux pieds de large (Compte de fabrique, p. 109 . X., tourneur, a fourni une croix destinée au « Dieu de la Résurrection » Ibid., p, 110I. Jehan Martin a fourni « deux noyer à faire ailles des deux anges du sépulcre » 'Ibid., p. .
2 C'est le cas du létable de la cathédrale de Rodez représentant Jéîus au jardin des Oliviers.
3 Un nommé Portas a maçonné « le roch des Enfers » ; Henry dit Requin, l'a peint de diverses couleurs ; un tourneur, non nommé, a fourni une croix pour le « Dieu qui faict la fraction des Enfers ». [Ibid., p. 97, 107 et 1 10).
seize sols parisis (i). Dans !e même temps, il avait aussi réparé quelques plus anciennes statues et sculpté à neuf plusieurs autres (2) dont je parlerai quand il y aura lieu.
En somme, l'oeuvre de Claude Chantereau à Etampes ne fut sans doute pas d'une bien grande valeur artistique elle eut des visées grandioses qui ne sont pas niables quand on considère seulement les petites dépenses additionnelles que nécessita son installation (3).
Ce que fit le Chapitre pour mettre en valeur les trois tableaux de Chantereau fut bien autre chose. Comme je l'ai dit, une salle fut aménagée et presque construite exprès pour les exposer convenablement : c'est la sacristie actuelle dont voici brièvement l'histoire. D'abord un porche (4) vite fermé et changé en salle, probablement pour servir de lieu de réunion au Chapitre, elle fut surtout transformée en 1 5 14. Ace moment, on coupa la salle en deux dans sa hauteur parla construction d'une voûte d'arête, la salle du haut accessible par un escalier à vis, devant remplacer celle dont on allait perdre l'usage au rez-de-chaussée. On élargit
(1) D'après M. Louis de Grandmaison, en 1495, le principal imagier d'Amboise fut payé à raison de 10 livres par mois. D'après MM. de La Borde et Maurice Roy, le sculpteur Pierre Bontemps, travailla à Fontainebleau en 1 5 36 , et reçut un salaire de i5 livres par mois : plus tard il toucha jusqu'à 20 livres, ce qui était exceptionnel. (De La Borde, Comptes des bâtiments du Roi, t. I., p. 9q-io8; — M. Roy, Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 19 10,
(2) Ibid., p. 1 10.
(3) Hémart Martin de Morigny amena de Saint-Mesme, près Dourdan, un engin de bois muni de câbles et tout ce qu'il fallait pour « descendre les imayges et bois du Sépulcre ». La location et l'assistance dans le travail sont payés à Michel du Hauh, charpentier (Ibidem, p. uo-111). — Au serrurier Jean Girardin on paye « seize gougeons de fer pour gougeonner les imayges et pierres des monuments dudit sépulchre » (Ibid., p. 101).
(4) Le fait n'ayant jamais été dit jusqu'à présent, je dois ajouter quelques détails. Vers le milieu de la première moitié du xue siècle, le chapitre de Notre- Dame, sans doute incommodé par le cimetière qui séparait, au nord de l'église, celle-ci des habitations canoniales, résolut de le transporter ailleurs, en dehors de la ville, dans le faubourg Saint-Jacques. La désaffectation de l'ancien champ mortuaire devant mettre à jour un grand nombre d'ossements, la construction d'un charnier s'imposa. On creusa donc une grande cave près de l'église au pied du croisillon nord, et on l'abrita par un porche voûté assez élevé. Dans le cours du même siècle, probablement en vue de faire une salle capitulaire, on boucha les ouvertures du porche, à l'exclusion de la porte communiquant avec l'église, et en ménageant des fenêtres, bien entendu.
la porte de communication avec l'église, mais l'affluence du peuple fut tellement grande qu'on se trouva bientôt obligé de percer une seconde petite porte afin de faciliter l'évacuation (i).
Un ou deux autels achevèrent de donner à la salle un caractère de chapelle (2), mais pourtant on ne craignit pas de dresser en son milieu une cloison de bois (3), laissant seulement un passage à chaque extrémité, et on y mit comme sièges des bancs à coffre.
Enfin au-dessus du principal portail, du côté de l'église, par où il fallait pénétrer, on plaça une statue de CEcce homo sculptée par Chantereau 4), dont on compléta la signification douloureuse en peignant autour les nombreux personnages habituels dans les représentations de cet épisode de la Passion (5).
Si le résultat des efforts du chapitre ne fut pas très merveilleux, son désir de faire quelque chose de grand et d'impressionnant est évident. Sa volonté de faire bien est encore prouvée par le compte de dépense où figure une sortie de 40 sols parisis: cette somme couvrit les frais du proviseur de la fabrique, le drapier Jehan Paris, et du tailleur d'imayges, Claude Chantereau, qui se rendirent à Paris « veoir et visiter les sépulchres dud. lieu pour mieux conduire l'affaire de lad. chappelledud. Sépulchre » (6).
(1) Les travaux de la voûte furent exécutés, en pierie du pays à l'exclusion des clefs, par Guillaume Charles, Nicolas Arnoult et Marsault Lenoir, qualifiés « tailleurs de pierres ». Michau Morry, Petit Thauny et autres « maçons en pierre menue » refirent un pignon, du pavage, de la maçonnerie au-dessus du grand portail élargi ; ils fouillèrent et établirent la fondation de trois confierons (/6/d., p. o,j et io5). Antoine Portas, plâtrier, un véritable entrepreneur, a fait du crépissage, du pavage, mis les portes, « maçonné le roch des Enfers », « scellé les ymaiges et monument », enfin « fait Phuys pour faire vuider le peuple » !p 99-100 . Martin Desprez fournit la porte principale (p. 109,1. Maître Henry dit Requin polychioma les deux clefs de voûtes et les « deux prophètes qui servent de culs de lampe sous les anguiers » (p. 107).
(2) « A Marsault le Large et Bertrand Patau, chauffourniers et marchands de chau, pour vente... ladite chau employée tant à... que à faire partie des autelz d'icelle en lad. chappelle du Sépulcre» Ibid., p. 98).
(3) M. Max. Le^rand rapporte qu'elle fut seulement enlevée en 1868. Martin Desprez l'avait exécutée [Ibid., p. 109).
(4) Le texte dit : 0 ... il a faict les ymaiges qui sont de présent en la chappelle et portail du Sépulcre » (Ibid., p. 110J. La statue était en pierie de Saint-Leu (Ibid., p. 97 .
(5) Voir plus loin, au chapitre V, G Peinture ».
(6) Ibid., p 96, — Jean Paris fit un autre voyage à Corbeil, puis à Paris pour faire transporter la pierre de Saint-Leu dont on devait faire usage pour les statues diverses (p. 97 .
Le zèle d'embellissement, de restauration d'entretien dont fit preuve le chapitre pendant la période de i 5 i 3— i 5 i 5 nous a encore valu de connaître de nombreuses statues ou statuettes qui ornaient l'église et dont voici l'énumération :
1° Un Calvaire : Sculpté par Jehan Champenoys. AllinTixier a «équarry qualtre tranches de noyer dont l'on a faict les ymaiges du crucifix, notre Dame, Sainct Jehan et Mont-Calvaire », pour remplacer le groupe qui n'était plus jugé assez beau et qui fut cédé à Mons. de Sainct Ladre après avoir été repeint. Champenoys reçut 14 sols par. pour son travail, et une indemnité de 56 sols par. « pour plusieurs journées par luy faictes à vacquer à chercher boys convenable ». Plusieurs hommes touchèrent 6 sols par. pour avoir aidé au montage du Calvaire qui devait servir de retable à un autel désigné sous le nom de N. Dame du Mont Calvaire. (Compte de fabrique, p. 101, io5, in).
20 Un crucifix complété par les statues de la Vierge et de S. Jean : Ce second calvaire était peut-être placé selon l'usage général, sur la poutre de gloire. Germain Gumbault vendit une « tranche de noyer » pour faire la statue de saint Jean et en même temps une pièce de bois pour la croix elle-même (p. 108). L'existence de ce second calvaire est certaine si toutefois il ne se confond pas avec le précédent.
3° Une Vierge-mère peinte et dorée : Peinte ou repeinte avec dorure par Henry dit Requin, coût 26 sols parisis (p. 106).
40 Une Vierge placée à l'autel de la Cure : Henry l'a peinte (p. 106- I07). Voilà probablement la grande, la très belle statue que l'église royale d'Etampes dédiée à Notre-Dame ne pouvait manquer de posséder depuis le xine ou le xiv« siècle, et qui me fait songer à la Vierge si longtemps insoupçonnée de Brière-les-Scellés (1).
53 Une Vierge dite « du bénitier » : Henry a doré sa couronne (p. 107).
6° Un Ecce homo, c'est un deuxième dont nous ignorons quel fut l'emplacement. Il fut comme le précédent sculpté en pierre de Saint-Leu, très probablement par Claude Chantereau et fut ensuite peint par Henry. 11 n'y a pas de confusion possible, les deux statues ayant été inscrites en même temps comme suit : « ensemble deux ymaiges de Ecce homo, l'une desdites ymaiges estant sur iceluy portail, l'autre chez le painctre » (p. 97 et 107).
70 Un saint Jean-Baptiste placé à l'autel Saint Sébastien : le sculpteur Jean Champenois en refit le socle (p. 1 1 2). Aucune statue de saint Sébastien n'est mentionnée dans le compte, mais il est évident qu'il en existait une.
(1) Petit village à la porte d'Etampes dont l'église, depuis longtemps sans curé spécialement attitré, est desservie par un prêtre d'Etampes.
8° Un saint Jean~Baptiste placé à l'autel de la fabrique : peint par Henry, (p. 106).
90 Un saint Jean l'Evangéliste : Henry a doré sa barbe (p. 107).
10° Une sainte Barbe : fut sculptée par Jean Champenois dans de la pierre de Tonnerre 'p. 111-112).
ii° Une sainte Apolline : Ibidem.
1 20 Une sainte Marguerite : on acheta pour la sculpter de la pierre de Saint-Leu (p. 97) et Henry l'a « estoffée », c'est-à-dire peinte (p. 107). Le nom de son sculpteur n'est pas désigné : il est probable que ce fut Claude Chantereau.
i3° Six anges placés dans le chœur : Le peintre Jean Lefèvre les lava et recolla leurs ailes (p. 106). Il est présumable qu'ils étaient montés sur des colonnes placées de chaque côté de l'autel et servant de support aux tringles des courtines (1).
Le compte de fabrique nous révèle donc l'existence en 1 5 1 5 de vingt-deux ou vingt-trois statues et statuettes en dehors de celles du Sépulcre (2). Combien subsistent? Peut-être une seule.
C'est une statue de Vierge de douleur en bois, haute de 1 mètre 5o cm. environ, aujourd'hui peinte en blanc d'un ton pierre, qui peut avoir fait partie du calvaire sculpté entièrement par Jean Champenoys (n° 1 de la dernière liste ci-dessus), car elle est d'un style qui correspond parfaitement avec l'année durant laquelle cet artiste travaillait (1 5 1 5).
Elle est placée au-dessus de la porte de la sacristie, là où originairement on avait mis une statue d'£cce homo, selon le rapport du Compte de fabrique. (3)
La Vierge se tient très droite (4), la tête couverte par son voile ou manteau qui lui enveloppe tout le corps en formant d'un côté des plis très souples. Elle incline légèrement la tête contre son épaule gauche, c'esi-à-dire du côté de la croix sur laquelle venait de mourir ou expirait Jésus ; elle croise les bras en les plaçant l'un sur l'autre sans les enchevêtrer, en laissant les mains très en vue,
(1 ) Voir plus loin p. 68 et p. 78.
(2) Par exception quelqu'une de ces statues a pu être exposée dans la chapelle du Sépulcre. En outre, je note que dans le Compte il est question de réparations concernant les images du Sépulcre : il faudrait donc supposer qu'il y avait là d'anciennes statues outre celles qui furent sculptées par Claude Chantereau ylbid., p. 97).
(3) Ci-dessus, p. 28 et 29.
(4) Elle est quelquefois agenouillée.
étalées : [es doigts de la main gauche surtout sont écartés au point de le paraître exagérément. Probablement en conséquence de la pourriture du bois, ces mains ont toute l'apparence d'avoir ete refaites en plâtre : cependant je crois que la restauration fut tidele quant à la position des doigts.
Cette statue, sans être un chef-d'œuvre est d'une bonne tenue et .1 est intéressant, même sans certitude absolue, de l'attribuer à Jean Champenois. Sa principale particularité réside dans la position des bras et des mains, car il est beaucoup plus habituel de voir les mains croisées dans la position suppliante (i).
Le témoignage de la destruction accomplie est ici une fois de plus formel Neanmo.ns, on garde dans l'église Notre-Dame un certain nombre de statuettes qui ne sont pas mentionnées dans le compte de fabrique de ,5,5, et qui d'ailleurs sont d'une époque postérieure. Il y a notamment des reliquaires que nous examinerons a part. Les autres statuettes sont :
10 Une Sainte Trinité, c'est-à-dire un groupe composé de Dieu le Père,
 S:inPta-EsUpnrit72e;llard' "^ '' ""* ^ ™ " ^ " " ^^
2« Une Vierge de Pitié ou Pieta , c'est-à-dire ponant le Christ mon, après a descente de croix. Ce petit groupe, en bois, a 3 . centimètres de hauteur sans le socle, et son originalité mérite considération.
( i] J a. recueilli plusieurs exceptions qui sont toutes en Champagne ou dans
a V nTn r 'nfiUenCe ^ " PayS S'6St fak Semir- A Sens> dans Uc.thédr.le, l ZZ g i f* 77 uem T br3S ComP'èteme"t « croix sur la poitrine ; à Lambiessel (Auoe) les bras de la Vierge sont horizontaux, mais un peu moins c cuses qua Etampes; a Sablonnières (Seine et-Marne) l'artiste fut un peu plus ntaisis e, car la Vierge allonge le bras droit tendu vers la terre et la main lient
e manteau qu, se relevé légèrement; le même geste se retrouve d'ailleurs -epete par une statue du Musée archéologique de Tours qui a été signalée par Paul Vitry. [Michel Colombe et la sculpture française de son temps, Pafis, T9oT,
(2) Selon M. Emile Mâle, au xm« et au x.v* siècle, la Trinité « exprime
ITP ' 'V pi°8'qUVqUe 'e fi'S 6St m0,î SUr la C,oix avec le consentement du Père et de 1 Esprit. Ce sont les trois personnes qui ont donné à l'homme 1 exemple du sacrifice » . {L'Art religieux de la Fui du Moyen-Age, pr ,40) Cette théorie se rattache intimement au dogme de la Rédemption qui a trouvé a Etampes une exceptionnelle illustration clans le portail méridional de l'église Notre-Dame, sans que d'ailleurs ni le Père ni l'Esprit y soient représentés
Au contra.re, dès le début du xv* siècle, les idées changent, et dans les images comme celle en question -, les artistes ont voulu associer Dieu le Père non pas a l'idée abstraite du sacrifice, mais aux douleurs de la Passion »
3° Une Vierge de douleur et un saint Jean, deux petites statuettes en pierre ayant fait partie d'un minuscule Calvaire comme on en sculpte quelquefois au-dessus des pierres funéraires.
a° Une sainte Marguerite, en bois, représentée avec le dragon à ses pieds, mais celui-ci traité à la façon d'un emblème, vivant, tête haute, queue redressée, ailes battantes, menaçant, au lieu d'être le monstre vaincu, selon l'usage le plus répandu en Champagne où les statuettes de sainte Marguerite ne sont pas rares.
5° Une Vierge avec l'Enfant, en bois doré, haute de 66 centimètres.
6° Une statue de saint Pierre.
y0 Une statue de saint Joseph.
Les quatre premiers numéros sont des œuvres du xvie siècle et non dépourvues d'intérêt; les autres du xvne ou du xvme siècle, sont plus banales.
Notre-Dame de Visitation (i). — Chacun va s'imaginer en lisant ce titre qu'il s'agit d'une Vierge représentée rendant visite à sainte Elisabeth. Il n'en est rien et je reconnais combien la dénomination est trompeuse. Il ne m'était pourtant pas permis de la changer, car elle est ancienne, et se rattache à une histoire miraculeuse qui aurait eu pour théâtre l'église même de Notre-Dame. Mais cette histoire, si elle renferme des détails sujets à caution, contient aussi des faits précis indéniables : on apprend quelque chose à l'étudier.
Au xne siècle au plus tard, selon une habitude commune à toutes les grandes églises, habitude suivie notamment par les cathédrales de Paris et de Chartres, une soite de grabaloire était installé dans l'église Notre-Dame, vraisemblablement dans le bas côté sud du chœur, partiealorsréservéeauxchanoinesetauxclercs. Une femme chargée de l'entretien des lampes d'huile suffisait d'ordinaire, sous la surveillance de quelque chanoine attitré, aux soins des peu nombreux indigents de ce petit hôpital que l'on désignait la Maison- Dieu Notre-Dame : elle couchait dans l'église, pansait les malades, et leur fournissait tout ce dont ils avaient besoin.
Or, une nuit, l'infirmière qui s'appelait Sulpice, était en oraison, tandis que deux malades reposaient dans leur lit commun et qu'un troisième veillait sous le porche alors ouvert qui est encore à la base du clocher. (2)
(1) Résumé d'une étude plus complète prête à paraître.
(2) Le porche fut fermé quand on a fortifié l'église, vers 1200. (Louis Eugène Lefèvre, La façade occidentale, portails et fortifications de l'Eglise
Soudain, au milieu d'une grande lumière, Sulpice vit descendre par la fenêtre une dame richement habillée, accompagnée de deux jouvenceaux et d'une jouvencelle. La dame vint s'asseoir sur le bénitier, et répondant à sa question, les trois jeunes gens lui demandèrent la guérison des malades ; alors elle prit dans le bénitier le goupillon qui s'y trouvait et aspergea d'eau bénite les trois malades. Elle promit àceux qui étaient couchés la guérison, et au troisième une prompte délivrance par la mort. Puis les trois visiteurs mystérieux se retirèrent par la fenêtre comme ils étaient venus. Les prédictions de la dame s'accomplirent, et aux récits troublant s de la vieil le Sulpice, le peuple étampois ne douta pas qu'elle avait reçu la visite de la Sainte Vierge et des trois saints patrons d'Etampes, Can,Cantien, et Cantienne : rempli d'une dévotion enthousiaste, il fournit les fonds pour qu'on agrandît la fenêtre miraculeuse et qu'on y mît un vitrail représentant la Sainte Vierge et les Martyrs. Sulpice étant morte trois ans après, elle fut enterrée dans l'église, à l'endroit ou elle priait pendant la fameuse nuit, et on entretint sur sa tombe ainsi qu'au pied du vitrail des lampes allumées (i). En 1610, le vitrail et les lampes existaient toujours si toutefois le passage du texte qui nous apprend ce détail se réfère bien à l'année durant laquelle le livre fut imprimé, ei si au contraire ce passage n'appartient pas au texte plus ancien qui a fourni le récit àl'auteur. (2).
L'événement dont on distingue parfaitement les points vraisemblables, et même ceux dont le caractère est encore plus franchement véridique, a dû se passer dans le troisième quart du xne siècle. (3)
Notre-Dame d'Etampes, 1907, Paris, in-8°, extrait du Bulletin de la Société archéologique de Corbeil, d'Etampes et du Hurepoix) .
(1) H. B. T. ouv. cité,f" 43 et suivants ; — récit abrégé dans la Rapsodie de Plisson, ouv. cité, p. 212-21 3; — Abbé Bonvoisin, Abeille d'Etampes, n° du 5 août 1876.
(2) « Comme il se voit encore aujourd'huy — ». « — des lampes qui y paraissent encore... », dit H. B. T.
(3) J'y verrais volontiers la circonstance qui a précipité la construction du double croisillon sud, en faisant affluer les dons, celle qui asi fortement agité les âmes que l'on n'a pas hésiié à appuyer le mur contre l'angle d'un portail magnifique à peine âgé de cinquante ans, sans pouvoir éviter de déplacer de grandes statues et d'écraser une partie des chapiteaux représentant des scènes de la vie de Jésus, enfin en dénaturant une œuvre dont on devait être encore fort glorieux.
(L. Eug. Lefèvre, Le portail royal d'Etampes, 2e édit.. Paris, A. Ticard, 1908, p. 19-25). La Maison-Dieu évacua l'église pour aller s'établir à côté vers 1190. (Fleureau, ouv, cité, p. 412 ; — etc.)
Le groupe que nous signalons n'est pas de ce temps-là, tant s'en faut ; il n'est que de 1787. On peut seulement supposer qu'il en a remplacé un autre tombé en complet état de vétusté et dont l'origine pourrait être fort ancienne. Quoi qu'il en soit, il est évident que le sculpteur de 1787 1 1 nes'est pas beaucoup inquiété de conserver à l'œuvre nouvelle le caractère archaïque de l'ancienne: il s'est montré très épris de modernité.
Le groupe a 55 centimètres de hauteur avec le socle. Les trois malades sont assis, mains jointes, dans le même grand lit de bois: leurs corps sont nus, mais en partie cachés par la couverture. La garde, habillée comme une paysanne beauceronne de nos jours avec un bonnet serrant la tète, tenant son chapelet à la main, est agenouillée près d'une minuscule table, ou d'une sorte d'escabeau sur lequel est posée une lampe.
Au pied du lit, la Vierge, par rapport aux autres personnages, est de taille immense (2). Elle est couronnée, portant l'Enfant nu dans son bras gauche, et étend sa main droite protectrice au-dessus des malades. Les martyrs de la légende sont absents.
Ce petit ouvrage de peu de valeur au point de vue artistique a du moins le mérite de l'originalité, à l'encontre de la majorité des œuvres d'art religieux pour qui la tradition était une obligation rigoureuse, et qui se sont ainsi répétées à l'infini en marquant seulement à chaque étape un imperceptible changement progressif. Sans doute, les exemples dessinés ou sculptés, qui ne se sont pas maintenus dans la règle générale et n'ont pas eu d'imitations, ne sont pas rares ; il ne faut pas moins les considérer exceptionnels. A moins d'un hasard ou d'une coïncidence extraordinaire nous sommes sûrs de nous trouver ici en face d'une œuvre unique et qui n'a pas pu être copiée plus de deux ou trois fois depuis cinq ou six siècles. En outre, sa mise en scène avec réalisme de personnages vulgaires maisplacés dansdes conditions spéciales en lont un document plus civil que religieux. Il nous renseigne de façon amusante sur les mœurs hospitalières du xvme siècle d'ailleurs bien connues, qui n'avaient pas beaucoup changé à certains points de vue depuis le moyenâge (3).
(1) Le groupe a été restauré, ou seulement repeint, par les soins d'un curé attentif vers 1875 ; le socle porte en gros chiffres peints la date de 1787 que j'imagine scrupuleusement répétée. (L. Marquis, ouv. cité, p. 2S1;, ainsi que l'inscription : N.-D. de Visitation.
(2) La tête de la garde atteint environ la hauteur des genoux de la Vierge.
(3) Nous possédons sur les conditions du traitement des malades à l'hospice
Si le groupe de Notre-Dame devait jamais quitter son église, son asile de retraite serait tout indiqué au musée de la ville, voire même au musée de l'hôpital.
Dans l'Eglise Saint-Gilles, on ne peut oublier quatre petites statues en bois représentant saint Gilles, saint Leu, saint Jean-Baptiste et sainte Barbe : les deux premières sont connues pour être l'œuvre de Nicolas Legendre, né à Etampes en 1619, et qui parvint à l'Académie de sculpture le 6 décembre 1664. Il me semble que les deux autres statues peuvent aussi lui être attribuées (1).
Au Musée de la Ville, on peut distinguer une tête de Christ provenant d'un Ecce homo autrefois placé à un carrefour, et qui est signalé dans le procès de Ravaillac, l'assassin de Henri IV ; il y a également une statuette en pierre, très mutilée, du xive siècle, qui doit être une Vierge mère, et une autre du xve ou xvi8, provenant de Sainte-Croix. Enfin on remarque deux petits anges sculptés en bas-reliefs (bois).
Bénitiers romans et autres. — Dans un genre d'objets différents je ne puis omettre de rappeler l'existence dans l'église Notre-Dame d'un gros bénitier roman très fruste. Il ressemble tellement à un chapiteau qu'on est tout de suite enclin à déclarer que sa première destination fut de surmonter une colonne et de porter quelque chose. Il faut se défier de ce premier mouvement et se rappeler qu'à l'époque romane, les sculpteurs cherchaient encore leurs formes et ne les trouvaient pas toujours.
d'Etampes, à la fin du xvine siècle, des renseignements précis dans un article publié par un médecin de l'établissement dans le Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie, en 1785 (Republié par P. Pinson, Bulletin de la Société archéologique de Corbeil, d'Etampes et du Hurepoix, 1900, p. 3o).
(1) Il a travaillé à la Chartreuse de Gaillon ; pour l'église Saint-Paul de Paris; pour l'Hôtel de Beauvais ; pour le portail du château de Meudon; pour le château de Vaux-le-Vicomte ; pour les églises Saint-Paul et Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris ; pour le collège des Quatre-Nations, aujourd'hui l'Institut; pour la chambre du roi, au Louvre ; pour l'église Saint-Jacques la Boucherie, etc... (Chennevières, Archives de l'art français, i85i-i852, ire série); — Guillet de Saint-Georges. Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture, 1854, t. I, p. 1408-414; — L. Marquis, ouv. cité, p. 2 5 1 et 369; — Bellier de la Chavignerie, Diction, génér. des Artistes de l'Ecole franc., Paris, 1882, t. I.
Ce qui est certain, c'est que, chapiteau désaffecté ou bénitier de naissance, l'objet est du XIe siècle et se trouve ainsi le plus ancien objet mobilier de l'église Notre-Dame. Il est en pierre dure bleuâtre originaire des environs d'Etampes, qui se polit rien qu'à l'usage comme du marbre. Il est monté sur un socle rond, sans ornement, comme un fût de colonne coupé. Le bénitier proprement dit se compose d'une corbeille, avec un gros tore à la base, et, en haut, une partie quadrangulaire imitant une abaque : le tout a D7 centimètres de hauteur ; la fausse abaque forme un carré de 60 centimètres de côté. A chaque angle est sculptée grossièrement une tête dont la longueur varie de i3 à 20 centimètres. Sur chaque côté s'étale une grosse fleur trilobée très primitive de 34 centimètres de hauteur environ.
Peu loin de ce bénitier ancêtre, s'en trouve un autre correctement traité de l'époque Renaissance, décoré de chérubins, avec un écusson renfermant les Clefs et laissant ainsi supposer que l'objet provient de l'église Saint-Pierre.
Dans l'église Saint-Gilles, on trouve engagé dans le mur, près de la porte méridionale, un bénitier de l'époque gothique, très petit et très simplet.
Au Musée, on conserve un fragment de bénitier décoré de personnages dont la sculpture semble indiquer le xne siècle. A côté est un bénitier de cimetière, du xvc ou xvi8 siècle provenant de Puiselet-le-Marais (arrondissement d'Etampes).
Autels. — Aucune église d'Etampes ne possède plus un seul autel du Moyen âge, et nous ignorons quand ils ont été enlevés. Nous voyons seulement dans le compte de fabrique de Notre-Dame de 1 5 1 3- 1 5 1 5 que plusieurs ont été refaits (1 ).
Sous l'influence conservatrice des moines l'église Saint-Pierre avait encore un antique autel quand elle fut fermée au moment de la Révolution. Sa table est allée échouer dans la cour de l'auberge de l'Etoile, et naturellement sert maintenant à tous les usages. C'est une grande pierre bleue et polissable comme le bénitier de Notre-Dame, ayant pour dimension 1 mètre 53 sur 72 centimètres, et 8 centimètres d'épaisseur : la place du petit autel portatif y est encore marquée. A mon avis cette table ne saurait être postérieure au commencement du xne siècle, et au contraire,
(1). Ceux de Saint-Pierre, Saint-Denis, Saint- François, Saint-Léonard, Saint- Michel (Ouv. cité, p. 95 et 98).
du
tout porte à croire qu'elle est d'une date proche de l'origine prieuré, c'est-à-dire qu'elle est carolingienne (i).
Devant la façade de l'église de Morigny, on a utilisé connu pavement un certain nombre de grandes pierres tombales, mais j crois que parmi elles se trouvent des pierres consacrées comme 1 laissent suDDOser les Detites croix oui sont gravées dans leurs
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Je crois que parmi elles se trouvent des pierres consacrées comme le
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Croix de Cimetières. — Aucune croix très ancienne ne subsiste. Celle en pierre qui existait au temps de Fleureau, dans le cimetière de Notre-Dame s'étendant alors sur la place dite aujourd'hui du Jeu de Paume, avait été érigée en i 523 (2). On déposait du buis devant elle le Dimanche des Rameaux.
Les reliquaires en bois de saint Jean Chrysostôme, de saint Roch et d'une Sainte inconnue. — Depuis longtemps, on expose sur la table du banc d'oeuvre, avec d'autres statuettes, un gracieux petit ange en bois doré (Haut. 46 centimètres, sans le socle) qui dans une attitude légèrement humiliée, rappelant celle donnée fréquemment aux anges de l'Annonciation, porte devant lui en travers un bras reliquaire tout à fait énorme pour lui, et d'ailleurs maintenant vide.
Pendant le Moyen âge on a souvent utilisé les anges pour l'embellissement des reliquaires, en leur confiant le soin de les porter, de les présenter. On devait fatalement être conduit à celte pratique puisque les anges qui ont succédé aux génies antiques dans les multiples applications du décor, portaient déjà tant de choses, gloire du Christ, instruments de sa Passion, encensoirs, navettes, chandeliers, vingt instruments de musique différents, etc.. Bref, en ce qui concerne les reliquaires, et principalement ceux d'orfèvrerie, il n'est pas rare de voir un ou plusieurs anges servir à leur ornementation [3).
(1) Cette vénérable pierre me fui signalée vers io,o5, et elle était absolument inconnue des écrivains étampois. C'est par la tradition que j'ai appris sa provenance. J'ai attiré sur elle l'attention de la Société des Amis du Musée dans l'espérance qu'on pourra la mettre à l'abri des vicissitudes.
(2) Ouv. cité, p. 405 .
(3) A Saint-Sulpice-Ies-Feuilles (Haute-Vienne), un reliquaire provenant de l'Abbaye de Grandmont, est composé d'un ange qui porte sur sa tête le récipient en forme de petite lanterne; au Trésor de Reims, le reliquaire de la Sainte-Epine est surmonté d'un ange qui porte la couronne d'épines du Christ; deux anges portent l'étui à reliques dans ceux de Poitiers, de Maubeuge, de
Une certaine mollesse de sculpture et quelques détails du costume ont pu faire croire que cette statuette était du xvme siècle, et alors copiée sur une œuvre plus ancienne. Nous ne pensons pas, pour notre part, qu'il faille faire complètement fi des souvenirs moyen âgeux qui s'y découvrent et que le siècle de Louis XV ne copiait pas si servilement d'habitude. En outre, Dom Basile Fleureau, qui écrivait son histoire d'Etampes vers 1670, parle d'un objet identique et le reliquaire d'aujourd'hui est bien celui qu'il a connu, a La très précieuse relique du bras de saint Jean.Chrysostôme, dit-il, l'un des quatre docteurs de l'église grecque, est dans un bras de bois doré soutenu par un ange de même matière (1). »
La brève mention de Fleureau nous sert d'échelon pour remonter vers la date que nous trouvons dans un document plus précis rapporté par Pierre Plisson (2). Il s'agit d'un procès-verbal daté du lundi de Pâques 1570. enfermé à ce moment dans la grande châsse de Notre-Dame (3 . Il disait en substance ceci: « Le bras de monsieur saint Jean Chrysostome avec les autres reliques avaient été enlevées de leurs châsses par les Huguenots en i5Ô2 ; de bons citoyens purent les recouvrer, et c'est pourquoi à la date écrite, elles furent solennellement remises en châsses et portées en procession ; « le bras de monsieur saint Jean Chrysostome » fut mis à part a en une châsse en forme de bras portée par un ange (4) ».
Après ce témoignage nous pensons qu'il n'y a plus à douter : le reliquaire de Notre-Dame fut exécuté peu avant le 27 mars 1570, pour la cérémonie prévue de ce jour.
A notre avis, le visage de l'ange est encore empreint de cette naïveté particulière que le Moyen Age donnait à la plupart de ses petits messagers célestes ; par contre, la chevelure courte, couvrant peu l'oreille et dégageant entièrement le cou, est traitée sans verve. L'ange est vêtu d'une tunique dont les plis sont lourdement simplifiés; la dalmatique de diacre, fendue sur les côtés et avec des manches courtes, fendues également, qu'il porte par-dessus, est encore plus lourde ; ce genre de costume de diacre avait été adopté
Jaucourt (Aube ; ils sont quatre à porter une petite châsse du musée de Cluny.
(1) Ouv. cité, p. 367. — Jean Chrvsostome, Père de l'Eglise, évêque de Constantinople (3 47 4 " •
(2) Rapsodie, ouv. cité, p. 19 5.
(3) Dom Fleureau ne parle ni du procès-verbal, ni de la cérémonie qu'il relate [ouv. cité, p. 358-3)9,.
(4) Rapsodie, ouv. cité, p. 198-199.
par les artistes pour habiller les anges environ dès le commencement du xve siècle (i ).
Par contre les ailes correctes et soignées exagérément ne nous disent rien qui vaille et sont peut-être l'œuvre d'une restauration moderne, lorsque la statuette entière fut redorée. Quant au socle c'est un plateau porté sur quatre lions couchés, à la mode du xve siècle (2) mais l'ornementation de ses bords est un souvenir de la Renaissance.
En opposition à cet objet et pour mieux se convaincre de son époque, il est utile de présenter un autre reliquaire qui, lui, est bien du xvme siècle. Il fut en la possession de M. l'abbé Barret, à Fornerie (Oise) et il a été connu surtout grâce aux clichés photographiques que notre collègue M Mai tin-Sabon en a tirés. C'est encore un ange qui porte un reliquaire mais ce dernier sous la forme d'une croix. L'ange est vêtu d'une seule tunique courte, laissant voir les jambes nues jusqu'aux genoux ; il descend du ciel probablement, car un seul pied est posé sur le socle tandis que l'autre est relevé en l'air: cela lui donne l'air sautillant d'un échappé du bal Musette qui va bien avec la manière irrespectueuse dont il porte la croix. Quant au socle, c'est un petit monticule très Louis- Quinzième qui représente tout ce qu'on veut, un nuage ou une montagne. On voit qu'il n'y a aucun rapport de style entre cet objet et le reliquaire d'Etampes. Celui-ci marque la décadence du Moyen Age, mais il appartient encore par quelque modalité à l'art de ce temps, et il faut le classer à la suite de l'ange en bronze portant un reliquaire en cristal de la collection Pierpont-Morgan (anciennement collection Bardac) qui est attribué à la deuxième moitié du xve siècle.
La statuette fait pendant à un groupe en bois de même dimen-
(1) Anges vêtus d'une dalmatique identique avec d'énormes franges et une grosse fleur au point d'arrêt du crevé de coté dans une tapisserie de l'église N. D. de Nantilly, à Saumur (xve siècle); — dans le groupe en ivoire de l'Annonciation, au Musée de Langres (milieu du xve siècle) la dalmatique serait également tout à fait semblable, sans les manches plus longues; — Ange du Musée de Semur (Côte-d'Or) avec tunique largement frangée (xv° ou xvie siècle).
(2) Comme socle presque identique je puis citer en exemple celui qui supporte un saint Christophe, en bois lamé d'argent, attribué au xv° siècle et conservé dans l'église de Longpré-les-Corps-Saints (Somme). La place du reliquaire est dans la tranche du socle, comme pour le reliquaire de saint Roch, à Etampes, dont je parle plus loin. Cet objet a figuré à l'exposition rétrospective du Petit-Palais, en 1900 (n° 1711).
sion qui représente saint Roch (i), l'ange, et le chien de la légende ; c'est aussi un reliquaire ; la place des reliques est un trou creusé dans le socle assez similaire à celui que nous venons de décrire. Ce groupe doit être à peu près de la même époque que l'ange porte-bras (2 .
Enfin l'église Notre-Dame possède encore un buste reliquaire en bois, de demi-grandeur environ. Ce n'est pas une œuvre de haute valeur, ni très ancienne, car elle doit être environ du xvie siècle finissant, mais on peut trouver amusant ce buste de sainte portant couronne et dont le front naguère ornementé est aujourd'hui percé d'un trou ; en effet, ce trou était probablement fermé par un gros cabochon de cristal au travers duquel on pouvait entrevoir, en regardant attentivement, la relique enfermée dans la tête creuse au sommet ; la couronne servait utilement à cacher le couvercle de la large ouverture par laquelle on introduisait le précieux reste (3) : toute cette disposition est rare.
Je ne sais si d'autres découvriront dans sa naïve physionomie quelque reflet de terroir, un caractère beauceron, comme dans le visage de la sainte-reliquaire chartraine, œuvre supérieure certes, appartenant à M. Albert Mayeux et qui fut exposée à l'Exposition des primitifs fiançais en 1904 : en tout cas les objets de ce genre sont peu communs dans la région et je crois même dans toute la Fiance ; au moins pour ce motif, ils demandent à être préservés (4).
(1) Il s'était voué aux soins des pestiférés. Près de succomber lui-même dans un lieu solitaire, il fut découvert par un chien dont le maître accourut bientôt au secours du saint ( 1 2o,5-i 3 27*.
(2) Dans l'église Saint-Gilles il existe deux statuettes du même temps, représentant saint Gilles et saint Leu : Je les trouve plus grossières. Elles doivent avoir jadis orné des reliquaires comme les statuettes de Notre-Dame.
(3) Le chef reliquaire de Saint-Ouen, dans l'église de Boursies (Nord) présente un semblable arrangement. Toutefois la calotte du crâne formant couvercle, montée sur charnière, ne se trouve cachée par rien de particulier : le cabochon conservé est au sommet du front et entouré de cheveux. Habituellement, la place des reliques est au milieu de la poitrine.
Dans deux reliquaires de Sainte-Colombe-en-Puysaye (Yonne) les reliquessont à la hauteur de l'estomac, dans un cadre qui imite un gros fermai! ovale retenant le manteau des saintes.
(4) Il est un pays où ils abondent, c'est la province rhénane, et spécialement à Cologne, la ville de sainte Ursule et de ses onze mille compagnes marttyres. Je pense qu'on en compterait facilement plusieurs centaines principalemen partagées entre l'église et le musée des Arts industriels.
A tout hasard je signale ici un sculpteur de statues ou statuettes nommé Philippe Fillol que j'ai trouvé cité comme propriétaire d'un pré, clans un procès-verbal du 23 juillet i56o,etsur le compte duquel d'ailleurs nous restons très ignorants (i).
Rétables en bois, Orgues, Stali.es, Chaires, etc. — Le nombre élevé de chapelles ou tout au moins d'autels qu'a contenus simultanément et de tous temps, l'église Notre-Dame (2) nous certifie l'abondance des rétables qui les ornèrent. Beaux ou laids, ces rétables ont disparu (3).
Dans l'église Saint-Basile, une décoration sculptée en pierre domine plusieurs autels sans sujet. Toutefois les murs d'une chapelle placée au sud-ouest sont garnis de douze petits bas-reliefs dont neuf sont du xvie siècle et proviendraient de l'église d'Etréchy (4); les autres sont modernes et l'œuvre d'un nommé Sandrier qui a exécuté à Etampes plusieurs restaurations réussies. Pas de rétable en bois à noter, mais on doit un souvenir au joli panneau représentant une crucifixion qui fut dernièrement volé (5).
Dans l'église Saint-Gilles, un haut rétable de la fin du xvie
(1) «... depuis le sault du pré de l'Hôstel-Dieu d'Estampes jusqu'au pré de Philippe Fillol, ymagier ,.» (Dr J. Bourgeois, Quelques recherches sur le port d'Etampes, Etampes, 1860, p. 24). — Au musée d'Etampes existe une clef d'archivolte ornée d'une tète sculptée, qui porte la date de i56o; elle fut longtemps encastrée en remploi dans un mur de jardin près du moulin de l'hospice.
(2) Nous le savons par le nombre de chapelains qui desservaient l'église et par les noms des chapelles retrouvés dans les textes. Il y avait déjà plusieurs chapelainsen 1082; en 1104, on en signale six. En 1193 un acte important règle la condition des chapelains sans indiquer leur nombre : quatre seulement sont cités, mais le texte ajoute « et beaucoup d'autres [et multi alii) » (Fleureau, ouv. cité, p. 304). Ils finirent par atteindre le nombre de dix-sept, comme les différentes chapelles dont nous connaissons les noms (Ibid., p. 33o), et peutêtre que dans ce nombre ne sont pas comptés les autels dont les chapellenie; sont de fondation royale.
(3) Nous lisons dans le compte de fabrique de 1 5 1 3-i 5 1 5 : « A lui (Jehan Girardin, serrurier), pour avoir faict quatre pattes de fer à celler et atacher les contretables des autelz S. Sébastien et S. Anthoine (manuscrit cité, p. 79) — Il y eut également en 1 5 1 3 un retable derrière le grand autel, car on le couvrit de croix en futaine blanche pour le service d'Anne de Bretagne, dont le corps reposa dans l'église (Max. Legrand, ouv. cité, p. 1 01, note).
(4). L. Marquis, ouv. cité, p. 260-261. — Bas-reliefs similaires à Louviers (Eure).
(5) Bulletin de la Commission, 1910-1911, p, 187-188.
siècle ou du commencement du xvne n'est pas mal exécuté, mais il est traité avec une telle froideur et une telle banalité qu'il est dénué de tout intérêt. Il est divisé en trois registres consacrés à la Prédication de saint Jean-Baptiste, à {'Annonciation, et à une Pieta à dix personnages d'une insignifiance rare. Nicolas Legendre, dont j'ai déjà parlé, a reçu de la fabrique des commandes importantes vers l'année 1647 : il fournit des panneaux pour la chaire et le grand autel qui lui furent payés 80 et i5oo livres, et qui ont disparu (1).
Un tableau de bois du xvie siècle représentant la prédication de saint Jean-Baptiste, lui est supérieur (2).
En i567, les protestants incendièrent le couvent des Cordeliers, dont on attribue la fondation à la reine Blanche de Castille. La chapelle ayant été détruite, fut reconstituée peu après, et reçut à cette occasion de nombreux dons, provenant principalement du roi Henri III et de plusieurs princes. Si nous ne connaissons rien des objets détruits par l'incendie, nous avons quelques renseignements sur ceux que firent naître les généreuses aumônes : il y eut notamment un rétable d'autel sculpté, représentant la Passion et les chaires du chœur qui portaient les écussons des donataires (3).
Au Musée, il y a un fragment de boiserie du xvie siècle provenant de l'église Saint-Pierre, et qui précisément représente le prince des Apôtres.
Grand Tambour, ancien retable de l'Abbaye de Villiers. — Le grand tambour décoratif en bois qui est placé sous les orgues, à l'entrée de la nef, dans l'église Notre-Dame, est un ancien rétable de l'abbaye de Villiers, près de La Ferté-Alais, aujourd'hui détruite (4).
(1) L. Marquis, ouv. cité, p. 2 5 1 ; — voir ci-dessus, p. 35.
1 2 i Ce même sujet, répété dans le rétable, est traité dans les deux cas de la manière traditionnelle. Le Baptiste est dans la campagne, et s'appuie sur une barrière improvisée avec une branche attachée à deux arbres. M. Em. Mâle affirme que cette donnée iconographique a été inspirée par les représentations des mystères (L'Art religieux de la fin du Moyen âge, p. 64 J,
(3) Fleureau dit du rétable « sculpté avec une délicatesse merveilleuse » (ouv. cité; P.44S; Voir aussi Monirond, ouv. cité, t. II, p. 89-90).
4) C'était une abbaye de l'ordre de Citeaux. Le premier diplôme la concernant qui soit connu date de 1226. Saint Louis fut l'un de ses bienfaiteurs, et d'ailleurs les religieuses qui en avaient pris possession en 1220 ne reconnaissaient que les rois de France comme leurs fondateurs. Le monastère fut presque entièiement brûlé en 1S68 par les Huguenots, au point que deux chambres et un coin de l'église seulement restèrent debout. En 1 6 5 2 , il était à peine recons-
J'avais eu connaissance de cette origine par une tradition verbale ; elle me fut depuis confirmée par la description que Dom Fleureau a faite du rétable peu de temps après son érection. Voici en effet ce qu'on lit dans son histoire de l'abbaye (i).
« Pendant que l'on travaillait à accommoder et à reblanchir l'église, on travaillait à un beau rétable d'autel de 24 pieds de large et 29 de haut, à quatre colonnes, garny d'un beau tableau de l'Assomption et de statues, sur le haut, d'une de Notre-Dame, accompagnée de celle de deux anges, et de celles de saint Jean- Baptiste et de saint Laurens dans les deux niches latérales, le tout d'une excellente sculpture. Le tabernacle fait par les mesmes ouvriers avec le marchepied de l'autel à six degréz, avec les cloisons latérales rendent cette église si bien ornée que personne ne la voit sans qu'il n'en entre en admiration ; et plus encores de ce que ces choses ont esté faites des bienfaits de Madame l'abbesse. >/
L'identité du rétable de Villiers ainsi décrit, avec le tambour de Notre-Dame est flagrante; et quand on connaît les vicissitudes qu'il a traversées, on ne le retrouve pas sans étonnement dans son installation actuelle, presque au complet, avec ses colonnes, ses deux saints, ses deux anges, sa Sainte Vierge monumentale. Un tableau de V Assomption manque seul à l'appel. Ajoutons que, à notre avis, les deux anges appartenant à l'ensemble du tambour sont aujourd'hui dans le chœur, tandis que les deux plus petits placés sur l'ancien rétable sont des statues plus vieilles. Il y aurait eu simple transposition.
Je compléterai la description de Fleureau en fournissant quelques mesures complémentaires. Le rétable a aujourd'hui exactement 8 m. 10 de large, au lieu de 7 m. 90 environ selon Fleureau, mais un raccord au centre laisse supposer un élargissement de 20 cm. précisément. La partie supérieure de l'entablement est à 6 m. de hauteur. La Vierge a 2 m. 10; les deux saints 1 m. 80 ; les anges,
truit quand l'armée des princes fuyant l'armée du Roi commandée par Turenne, ne le brûla pas sans doute mais se contenta de le piller du haut en bas. La Révolution fut plus impitoyable : les bâtiments ayant été vendus furent démolis peu après ; cependant M. Pau! Pinson dit que la chapelle dédiée à sainte Anne resta debout et qu'elle était située sur l'emplacement du château actuel de Montmirault, commune de Cerny. Un savant jésuite, le P. Ménestrier, a cru découvrir jadis en ce lieu la tombe d'Anne de Russie, femme du roi Henri Ier, au xie siècle; le fait fut contesté et ne paraît pas être exact. Dom Fleureau n'en a pas parlé.
(1) Publiée d'après le manuscrit original par Paul Pinson, Annales de la Société archéologique du Gâtinais, t. XI, 1893, p. 76.
i m. i5 ; les deux vases décoratifs, à l'extrémité de l'entablement, i mètre.
Notre identification permet de connaître de façon certaine la date du ci-devant rétable. Il fut construit en 1642 ou 1643 sur les ordres de l'abbesse Marie-Dorothée d'Argouges (1), et Fleureau laisse deviner que celle-ci en fit tous les frais. Du reste, au pied de chaque colonne extrême, on voit des initiales, des D entrelacés comme dans le monogramme bien connu de Diane de Poitiers : peut-être ces D rappellent-ils le petit nom familier de l'abbesse, Dorothée.
Pendant qu'il était en verve de renseignement, Fleureau aurait pu nous dire de quel atelier cet imposant rétable est sorti : il ne l'a pas fait. Nous savons seulement par lui que peu d'années auparavant, en 1621, l'abbesse Oudette Clausse avait commandé, pour le chœur, des chaises hautes et basses, à Montaigis d'où elles furent apportées entièrement prêtes. (Fleureau, ouv . cité, p. 52). Pour comparaison, nous pouvons dire encore que, en i665, la fabrique de Saint-Spire de Corbeil commanda un rétable (détruit en 1844) pour le maître-autel de l'église, à Marc Genty, maître menuisier à Paris (2).
A peine érigé, le rétable échappa à un premier désastre. En 1 65 2 , l'abbaye de Villiers fut mise à sac par l'armée des Princes fuyant devant Turenne. Après la fermeture de l'abbaye, à l'époque de la Révolution, le rétable fut transporté à Etampes et érigé de nouveau comme rétable au chevet de l'église Notre-Dame.
Dans le cours du xixc siècle, probablement sur les excellents conseils des hommes compétents qui s'occupèrent de l'église et qui s'appelaient Viollet-le-Duc. Mérimée, de Laborde et Courmont, on décida de mettre les boiseries là où elles sont aujourd'hui, dégageant ainsi les trois belles fenêtres du fond, et cachant en partie
(1) La famille d'Argouges était illustre. On cite un Robert au xue siècle. Plusieurs châteaux d'Argouges aussi sont célèbres : celui de la commune de Vaux sur l'Aure, près de Bayeux qui est légendaire, et celui de Fleury d'Argouges, aux environs de Fontainebleau, mentionné par Dulaute (Nouvelles descriptions des environs de Paris, 1786, 1 re partie, p. 159); à Paris, l'hôtel du même nom existe 16, rue Séguier (vie arrond.). — Dorothée d'Argouges était la nièce de la précédente abbesse Oudette Clausse, et la fille de M^e de Ranes : ces trois dames firent au monastère des dons qui s'élèvent à une somme assez considérable. Retenons en passant une note concernant Dorothée d'Argouges dans les Tablettes étampoises, de M. B. de Fouchèies, p. 128.
(2) Coiiard-Luys, Bulletin de la Commission des Antiquités de Seine-et-Oise, 1892, p. 80.
ce que l'entrée de la nef a d'inharmonieux, (i) Il me fut impossible de découvrir si l'autel de marbre provenait également de Villiers.
Le buffet des orgues qui dominent le tambour est plus ancien. Un jeune souffleur, en faisant le nettoyage, en a découvert la date, 1587. Cette date est confirmée par le style des sculptures, et ensuite par l'histoire : les orgues avaient été « abattues » par les protestants en 1 562 : les deux dates s'accordent parfaitement. (2) Elles sont mentionnées en 1679, dans la Kapsodie. En 1843, les orgues avaient beaucoup souffert de grands travaux exécutés en hiver dans l'église. Un facteur d'orgues parisien, Suret, les ayant visitées, jugea leur réparation impossible et conseilla d'en faire des neuves. Nous ignorons ce qu'il en advint (3).
Dans l'église Saint-Basile, les orgues actuelles n'ont été montées qu'en 1845. Elles reposent sur un tambour dont les panneaux, sculptés de style Louis XV, proviennent du château d'Andonville. Deux autres petits tambours voisins ont été aussi acquis au xixc" siècle d'une église de Provins (4). A Saint-Gilles les orgues n'ont qu'une vingtaine d'années d'existence.
Le cabinet d'orgues de l'abbaye de Villiers avait été payé 3oo livres vers 1620 (5). Mais des orgues neuves furent exécutées par le facteur parisien Tribuot ou Arribuot en 1703. (6) C était du reste depuis longtemps l'usage de s'adresser à Paris pour la fabrication des orgues: la cathédrale de Sens y commanda les siennes en 1441.(7)
(1) Les déplacements du même genre ne sont pas rares. On connaît le cas de Limoges. En Allemagne, à Cologne, ce sont des jubés qui furent transformes pour servir de tribunes d'orgues (Eglises Sainte-Marie du Capitole et Saint Pantaléon); même cas en France, à Lynde et à Saint-Jacques de Valenciennnes (Nordj. On a ainsi utilement évité des destructions ou des aliénations regrettables.
(2) Voir ci-dessus, p. 5, note 2. — M. Louis de Grandmaison vient de m'apprendre que les orgues de l'église Saint-Martin de Tours, aussi détruites par les Huguenots, furents refaites vers iS65 par Jean Taurret.
(3) Archives municipaks . — Il y avait oxydation des tuyaux, « L'alliage dont elle est composée, dit Suret, étant partie de plomb, lui enlève toute solidité ».
(4) Marquis, ouv. cité, P. 262.
(5) Histoire de l'abbaye de V., ouv. cité, p. 5?,
(6) Renseignement inédit communiqué par M. Maxime Legrand qui fournira les détails dans une prochaine publication. Les dernières années de l'abbaye Notre-Dame de Villiers au diocèse de Sens.
(7) Bulletin archéolog. de Sens, t. XV, p. 5o.
La chaire à prêcher de Notre-Dame me paraît être exactement du même temps que les orgues, c'est-à-dire de la fin du xvie siècle ; l'ancienne avait été brûlée en i 562.
L'on voyait encore, il y a quelques années, dans la sacristie de l'église Saint-Basile, une belle et grande chaire d'officiant en bois sculpté, qui est classée parmi les monuments historiques. Le dossier est la partie la plus remarquable : son grand panneau figure un arbre de Jessé. Le style du meuble et de sa sculpture indiquant l'époque de Louis XII, je suggère qu'il fut offert à l'église à l'occa sion de la consécration de celle-ci et de la dédicace de sept autels pour lesquelles cérémonies l'archevêque de Sens, Tristan de Salazar, vint officier lui-même le ir mars 1497. C'est une pièce rare qu'on devrait bien remettre en vue.
La chaire d'officiant de l'église Notre-Dame, adossée au premier pilier du chœur, à gauche, est en style gothique du xme siècle, mais elle est moderne : elle fut exécutée par Kreyenbiehl, un industriel parisien,et a figuré à l'exposition de 1 85 5 . Elle était estimée 1800 francs. Elle mérite malgré sa jeunesse la considération des archéologues, parce que son dessin fut fourni par le Père Martin, un jésuite qu'a rendu illustre sa collaboration avec le Père Cahier, auteur d'une œuvre iconologique considérable. Le critique d'art Alfred Darcel avait ainsi apprécié le meuble qui, dit-il, repose un peu des bois tourmentés de la Belgique et de la Hollande : « Cette cathedra, garnie d'un haut dossier et abritée sous un dais, nous montre de bons profils et une sculpture vigoureuse et souple. Seulement le dais octogone est un peu lourd. » (L'ccclésiologie à l'Exposition. Annales archéologiques, t. XV, i855, p. 363.)
Divers. — L'église Saint-Gilles a conservé un candélabre p.iscal en bois que je crois Régence et l'église Notre-Dame deux grands candélabres également en bois du temps de la Restauration ou de l'Empire.
Les registres paroissiaux indiquent la date de 1701 pour les armoires de la sacristie de l'église Saint-Martin, (ij qui possède en outre une remarquable console en bois sculpté du xvme siècle.
(1, Ch. Forteau, Bulletin de la Société archéolog. de Corbeil et d Etampes, 1911. P- 37-