ORFÈVRERIE
Quand la ville d'Etampes, pour rendre hommage à un nouveau seigneur et se concilier ses bonnes grâces, décidait de lui offrir un présent, c'est à l'art des orfèvres, des orfèvres parisiens les plus renommés qu'elle avait recours. Le goût bien connu des princes français pour les joyaux indiquait la voie la meilleure pour parvenir au cœur des maîtres. Les souvenirs concernant de tels témoignages ne remontent pas plus haut que le commencement du xvie siècle, mais du moins nous avons là deux exemples typiques et qui, étant très précis, sont par le fait fort instructifs.
En i5o6, eut lieu l'avènement de Gaston V de Foix, duc de Nemours, comme Comte d'Etampes. A cette occasion, le prince fit son entrée solennelle dans la ville et reçut un présent composé d'une buire, deux bassins, une coupe et son couvercle et trois salières dorées dont une avec couvercle (i).
Pour l'exécution de ces pièces, un marché avait été passé avec l'orfèvre parisien « Robert Hottemane » (2) qui reçut pour sa
(1) La buire est un vase en forme d'amphore pour l'usage du vin; un des « bassins » devait probablement lui servir de plateau, tandis que l'autre bassin était destiné à la coupe.
(2) Plisson, Rapsodie, p. 27 ; — Fleureau, ouv. cité, p. 199. — Ce marchand appartenait évidemment à la grande famille connue dont le nom se trouve diversement orthographié Hotman, Hottemane, Hotmann, Haultement. Parmi les renseignements assez nombreux et précis qui furent recueillis sur cei orfèvres par le Comte Léon de Laborde je n'ai trouvé aucune mention d'un Robert : je soupçonne une erreur, et je pense que ce faux Robert est tout simplement Lambert, qui jusqu'à présent, doit être considéré comme le chef de la famille, et qui fit, sur commande de Charles VIII, un groupe de figures d'or pour croix d'autel reproduisant le Christ en croix, la Vierge et la Madeleine, (Labarte, Histoire des arts industriels auMoyen âge, Paris, 1864, t. 11 p. 4oi)Cité depuis 1490, Lambert Hotman a dû mourir vers i5 2o après avoir été marié trois fois. Il était propriétaire d'une maison sur pilotis au Grand-pont de Paris,
fourniture la somme élevée de 468 livres 10 sols parisis (1). Le receveur des deniers communs, nommé Guy, avait été chargé par les échevins d'obtenir du roi, qui se trouvait alors à Blois, un congé permettant la fabrication des objets ; pour l'autorisation, il paya 8 livres et pour les divers droits de chancellerie 4 livres 8 sols 1 2). Enfin, les pièces furent mises dans des étuis pour lesquels on avait acheté du taffetas à Paris.
En i5i6, Artus Gouffier. pair, et Grand Maître de France depuis l'année précédente, obtint de François Ier, dont il avait été gouverneur pendant la jeunesse, l'usufruit du Comté d'Etampes. Il n'en put jouir longtemps car il mourut en mission à Montpellier en 1 5 19 (3). Il fut mêlé à une question d'arbitrage au sujet de la création du maire et des échevins de la ville, qui soulevait des oppositions (4). Soit avant, soit après la sentence, en tous cas dans le but évident de se le concilier, on profita de son passage dans la ville pour lui offrir « une coupe d'argent bien doré d'or » . Exécutée
à l'enseigne de la fleur de lys. Il eut pour successeur Jean en 1 520, Pierre en i555, Lambert en 1575. On trouve également Thibaut en 1 5 1 S et 1 5 3 2 . Pierre, décédé le 19 octobre 1 588, est qualifié « grand ami du feu roi Charles et de la Maison de Guise, maître orfèvre et trésorier de M. le Cardinal de Lorraine b {Fichier du Comte Léon de Laborde, Archives de la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie).
(1) En outre, les pièces ayant été livrées à Etampes par « l'orfèvre » celui-ci récupéra pour son dîner a Monthléry, 2 sols 4 deniers, et pour son souper à Etampes et la nourriture de son cheval, 6 sols.
(2) Les ordonnances défendaient de fabriquer des pièces d'orfèvrerie de plus de six marcs, sans l'expresse permission du roi ( Fleureau, ouv . cité,
(3) Il fut duc de Roannez, Comte de Caravas, baron de Maulevrier et Passavant, seigneur de Boisy, d'Oyron, etc. Il était né en 1 475 ; deux portraits aux crayons de lui sont au Cabinet des Estampes, dont l'un a été publié par Niel, (Portraits des personnages illustres du xvic siècle, Paris, 1848-18S6, t. Il) Ses premières fonctions furent celles de chambellan de Louis XII et capitaine gouverneur de Chinon. Il combattit en Italie avec Charles VIII, Louis XII et François Ier. Riche propriétaire terrien, c'est à cause de lui ou à cause d'un de ses descendants, que naquit et devint populaire, en corrompant légèrement un nom, l'appellation de Marquis de Carabas. Il est enterré dans l'église d'Oyron (Deux-Sèvres) sous un remarquable tombeau similaire à celui que lui-même avait commandé pour sa mère, Philippe de Montmorency, morte en 1 5 16, et enterrée au même lieu. Il avait épousé Hélène de Hangest, morte en 1 5 3 7 et qui repose aussi à Oyron.
4) Fleureau, ouv. cité, p. 2 1 5 et 2 1 7 ; — Max. de Monlrond Essais histor. sur la ville d Etampes, Etampes- Paris. 1 8 3 6- 1837.
à Paris, la coupe fut payée ioo livres et pesait 5 marcs moins un gros. « Au sieur du Jour, barbier et valet de chambre dudit seigneur, a été présenté un étui garni de deux rasoirs et ciseaux dorés, peigne et miroir et cure-oreilles d'argent, pendant à un cordon de soie verte, qui coûtaient i5 livres 17 sols 6 deniers, lui recommandant ladite ville en tout ce qu'il pourrait faire service pour elle envers ledit sieur (1) .»
Au surplus est bien évidente la faveur acquise par la belle orfèvrerie dans les habitudes des riches Etampois. Elle s'est traduite de façons réitérées ; et c'est pourquoi les pertes à déplorer se trouvent aujourd'hui si nombreuses, soit qu'elles datent seulement du xvnie siècle, soit qu'elles remontent à de plus anciennes époques (2).
L'église Saint-Martin avait déjà eu une longue existence, elle était collégiale, quand l'abbaye de Morigny n'était pas encore née; cependant en i652 elle n'était plus, depuis déjà cinq siècles, qu'un prieuré de celle-ci. De même son trésor — ou partie de son trésor, — volé cette année-là est comparativement bien modeste : croix processionnelle, deux coupes, un bassin, en argent ; ostensoirsoleil, ciboire ; une plaque d'argent que le bedeau mettait sur sa manche (3). Faute de la moindre description, ignorant le poids et les origines de ces objets, je m'abstiens de tout commentaire hasardé. Par contre je me trouve un peu plus à l'aise devant le Trésor de Morigny qui, lui aussi, avait été volé en 1 5 57, et cette soustraction fut un vrai désastre.
Un petit seigneur des environs, nommé Joachim du Ru (4),
(1) Plisson, ouv. cité, p. 37.
(2) Je crois que, en temps de guerre, les prêtres mirent avec succès les trésors des églises à l'abri du pillage ; mais au Moyen âge, les pièces les plus lourdes en or ou en argent, en dépit de leur travail d'orfèvrerie, étaient considérées, ainsi que de simples lingots, comme une vraie réserve de fonds. Les princes, les évêques, les abbés les mettaient en gage, les vendaient ou les échangeaient quand survenait une circonstance difficile ; ou bien encore, ils les transformaient dans les buts les plus louables quand ce n'était pas seulement pour les mettre à la mode du jour. Enfin, malgré les précautions prises, les Trésors n'étaient pas toujours à l'abri du vol. C'est ce qui arriva à l'abbaye de Morigny en 1557, à l'église Saint-Martin en 1 65 2, et à Pussay en 171 7. Ce sont autant de causes qui firent disparaître dans l'ancien temps un nombre considérable de merveilles d'orfèvrerie. Le vol de Pussay fut peu important : ciboires, calices, soleil, aube en dentelle (Max. Legrand, Etampes pittoresque, arrondissement, t. Il, p. 389).
(3) P. Plisson, ouv. cité, p. 128-129.
(4) Joachim du Ru ou du Ruth, sieur de Venant (commune de Boissy-le-Sec, canton d'Etampes) est cité sur la liste du ban du bailliage en 1544. Je suppose
aidé de son gendre Etienne de la Mothe, fut le machinateur de ce véritable cambriolage : sur une promesse de 400 écus, il recruta à Paris une douzaine de bandits, et tous partirent en même temps pour leur expédition, de l'hôtellerie de l'Ecu de France, sur la place Maubert. Arrivés à Morigny vers les onze heures du soir, avec des échelles volées dans le voisinage, ils passèrent par-dessus les murailles, entrèrent dans l'église par une fenêtre, forcèrent la porte de la Sacristie et celle de l'armoire aux reliques, et se sauvèrent en emportant tout ce qu'ils trouvèrent de précieux. Découverts et capturés quelques jours après, ils furent tous tués, décapités, roués vifs, pendus ou étranglés dans la huitaine, mais les admirables objets avaient été mis en pièces.
Un inventaire du Trésor avait été opéré en 1472 ; il fut sans doute utilisé par le moine qui fit le dénombrement des objets volés, copié ensuite par Fleureau auquel nous devons tous les détails de l'affaire (1). Voici la liste qui révèle des richesses certaines.
i° Trois croix reliquaires en argent doré, très belles et très riches, dont une avait été rapportée de Rome (autant dire du Vatican) par l'abbé Macaire, vers 1141, avec un fragment de la vraie croix. (C'est en qualité d'ambassadeur de Louis VII que Macaire avait entrepris le voyage (2). )
2° Trois livres en vélin servant à l'autel, couverts de lames d'argent doré, avec de très belles figures enrichies de pierreries, de la valeur de plus de mille livres.
3° Un grand reliquaire d'argent doré, dans lequel était la mâchoire de saint Laurent.
40 Une châsse d'argent où étaient des côtes et autres ossements de saint Biaise.
5° Un reliquaire d'argent où était un morceau du doigt de saint Antoine anachorète.
qu'il appartenait à une famille chartraine dont un ancêtre « Robinet du Ru, obtint en 1467 des lettres de rémission après avoir été déclaré coupable d'avoir livré le château d'Etampes aux ennemis du roi » (Henri Stein, Annales de la Soc. archéol. du Gâlinais, 1894, p. 33 ; Cf. Dccum. histor. extraits de la Biblioth. nation., 11, p. 353). Dans le même document, il est aussi question d'une famille de La Motte, dont le chef Martial est sieur de Vausalmon (probablement Malsamson, commune de Chalo-Saint-Mars, canton d'Etampes) (H. Stein, ibid., p. 3 2).
(1) Ouv. cité, p. 5 1 2 , 544, 549 - 552.
(2) «... attulit secum partem Crucis Dominice preciosi metalli fabrefactoria superductione veneranter opertam » (Chronique, p. 79).
6° Un reliquaire d'argent doré dans lequel était une dent de sainte Apolline.
7° Un bras d'argent long d'une coudée, enrichi de saphirs, d'émeraudes et d'autres pierres précieuses, contenant un os de saint Sébastien.
8" Un grand reliquaire d'argent ciselé renfermant des vêtements de saint Jacques le majeur.
9° Deux encensoirs d'argent de la valeur de plus de 120 écus.
io° Toute la chapelle de l'abbé (Frère Jean Hurault, 37e abbé) d'argent doré ciselé, comprenant une croix de la hauteur d'une coudée avec image du Christ, un calice, une boîte à hostie, deux burettes, deux chandeliers, un bénitier et son aspersoir, la crosse chargée de pierres précieuses, et deux grands bassins d'argent.
Les voleurs avaient laissé pourtant un bras reliquaire contenant des ossements de saint Siméon parce qu'il n'était pas en métal, mais seulement en bois couvert de lames d'argent.
Dans cette énumération, on ne sait sur quels objets s'arrêter de préférence. Sauf la chapelle de l'abbé presque nécessairement du xvie siècle, la plupart d'entre eux devaient être entrés à l'abbaye durant le xne ou le xme siècle. La croix-reliquaire rapportée de Rome pouvait être exceptionnellement un joyau non seulement antérieur mais encore byzantin. Enfin la courte description des livres d'autel, estimés à une somme considérable pour l'époque, laisse présumer que leurs couvertures fureni en travail de Limoges ou similaire et de grande richesse.
Dans son Histoire de l'abbaye de Villiers, Fleureau a énuméré des pièces d'orfèvrerie et décrit des châsses, mais comme elles étaient toutes du xvne siècle et sans indication de provenance, je ne m'y arrête pas, et ne veux citer qu'un reliquaire de cristal contenant des reliques de saint Clément et de saint Janvier que le pape Clément VIII aurait donné au duc de Chaulne, ambassadeur de France à Rome (1 ).
A la fin de l'année 1759 le roi et les princes du sang, pour venir en aide aux besoins de l'Etat, firent le sacrifice de leur vaisselle d'argent et l'envoyèrent à la Monnaie. Cet exemple fut immédiatement suivi par la noblesse, les fonctionnaires, la bourgeoisie, les prélats, les églises, les couvents, etc. Le chapitre de Notre-Dame d'Etampes se dépouilla alors volontairement d'une part de son argenterie, pour le poids de 3o marcs 4 onces ; de même la Congrégation des religieuses de Notre-Dame, 57 marcs
(1) Ouv.cité, p. 5 2 et 107.
4 onces 2 grains ; l'abbaye de Morigny, 19 marcs 4 onces 2 grains ; Mme de Crillon, abbesse de Villiers, fit deux versements, de 79 marcs 1 once 1 gr.,et de 25 marcs 1 once 5 gr. 1 1). En août 1792, les représentants du Directoire saisirent un bâton cantoral dont la tète pesait 4 marcs 6 onces d'argent ou d'or, et le manche 5 marcs 1 once 1 gros, soit respectivement environ 1 kilogramme 160 gr. et 1 kilogramme 2 5ogr. (2).
(1) Mercure de France, année 1760, t. I, II et III. — J'ai aussi relevé plusieurs noms étampois : Marquis de la Borde, ancien fermier général, 219 marcs 7 onces 2 gr. ; Bourraine, receveur des tailles, 2 5 marcs 2 onces ; Marquis de Valory, lieutenant général, 307 marcs 3 onces 3 gr.
« Tous les anciens poids en usage en Europe avaient pour base première l'once romaine... La livre de Paris se divisait en 16 onces dont la moitié, soit S onces, s'appelait un marc. Or le marc de Paris n'est au:re qu'un marc lépandu dans l'Europe entière sous le nom de marc de Troyes et qui devait ion succès à ce que c'était celui dont on usait dans ies célèbres foires de Champagne . » Le marc de Paris ou de Troyes égale 9 onces romaines antiques, soit 4608 grains de Paris, soit 244,753 grammes. La livre de Paris est une livre de 18 onces romaines. D'après l'évaluation officiellement admise de Lefèvre-Gineau, en 1799. le kilogramme équivaut à 18827, i5 grains, ce qui donne au marc 244, 7529 grammes. L'once de Paris contient 576 grains; c'est le produit de la division en 16 d'une livre de 18 onces romaines. Chaque once vaut 8 gros, le gros 3 deniers ou 2 estelins oboles, le denier 24 grains, I estelin 2 oboles ou 28 grains, chaque obole 2 félins, et le félin 7 grains. [Guilhiermoz, Notes sur les poids du Moyen-Age, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. LXVII, 1906J ; Adolphe Dieudonné, Histoire monétaire du denier parisis jusqu'à iaint Louis, Mémoire de la Société des Antiquaires de Fronce, t. I. 1911. — J'ajoute que l'once équivaut à 3o grammes 59, le gros à 3 grammes 82, le grain à o,o5 gramme.
(2) L, Marquis, lbid., p. 3 3. — Il s'agit du bâton riche et orné que, à l'imitation des évêques ou abbés munis de leur crosse, portait dans les cérémonies le chantre ou préchantre, precentor. Dans les chapitres, la dignité de chantre venait immédiatement après celle de l'abbé.
Dans le compte de fabrique de Notre-Dame pour d 5 1 3-1 5 1 5 , le chantre en exercice est qualifié Monseigneur (Monseigneur Maître Noël Hué) {ouv. cité, ms., p. 46).
Il est question du chantre de Notre-Dame, dans une charte de 1046. A partir du règne de Philippe-Auguste, ce prince avant supprimé la charge d'abbé a son profit, le Chantre prit une autorité effective nouvelle dans le chapitre. (Voir L. Eug. Lefèvre, Etampes et ses monuments aux X/e et XIIe s., 1907, p. 23). Les bâtons de chantre sont d'origine ancienne : le moine historien Helgaud, au commencement du XI« siècle, en offrit un splendide a l'abbaye de Fleury-Saint-Benoit (Vita Gauzlini, Mém. de la Sté archéol. du Loiret, t. II p. 297-298'». Il en existe un dans le Trésor de Sens en partie transformé. Un des plus célèbres est celui du Cabinet des médailles, à la Bibliothèque nationale :
Au mois de novembre de la même année, il y eut une nouvelle saisie générale au profit de la Monnaie. Le total pour toutes les églises d'Etampes ou du district s'éleva à 5 1 3 marcs d'argent et de vermeil, soit environ i2Î> 1/2 kilogrammes (1).
Sans doute, dans cette argenterie sacrifiée, tout n'était pas œuvre d'art digne de grand intérêt. Toutefois, outre le bâton cantoral dont je viens de parler et dont l'ancienneté autant que la beauté
c'est un ancien sceptre romain du lVe siècle qui fut donné par l'empereur Baudoin au roi saint Louis ; celui-ci le remit à la Sainte-Chapelle de Paris pour l'usage du doyen; Charles V le fit orner d'une monture. On trouvera des détails sur d'autres bâtons dans Martin, Mélanges d'archéologie, vol. IV, p. 16 1-2 56 ; — Didron, Manuel des œuvres de bronze et d'orfèvrerie du moyenâge, Paris, 1 85g, p. 1 16 et 127.
Dans les autres établissements ecclésiastiques d'Etampes, la saisie comprenait les objets suivants dont le poids total s'élève à presque 100 mates, c est-àdire à près de 2 5 kilogrammes :
i° Eglise Sainte-Croix : 2 calices, 2 patènes, 1 ciboire, 1 tasse à quêter, 2 encensoirs, 2 navettes et leurs cuillères, 1 manche de croix : 2 5 marcs, 6 gros.
20 Couvent des Mathurins : 1 Soleil ou ostensoir de vermeil, 1 calice, 1 patène, 1 ciboire, 1 custode, 1 navette, çcouveits, 4 cuillères à ragoût et 6 à café : 14 marcs, 3 onces.
3° Collège des Barnabites . 1 calice, 1 patène, 1 soleil, 1 ciboire, 1 custode, le tout en vermeii : 8 marcs, 1 once.
4U Couvent des Cordeliers : 1 calice, 1 patène, 1 soleil, le tout en vermeil ; 1 grande croix processionnelle, 2 calices, 2 patènes, 1 ciboire, 1 custode, 1 navette et sa cuillère, 1 encensoir, 10 couverts: 41 marcs, 1 once, 5 gros.
5o Couvent des Capucins : 2 patènes, 1 soleil, 1 ciboire, 1 custode : 1 1 marcs, 7 onces, 5 gros. (L. Marquis, ouv. cité, p. 33.1
(1) L. Marquis, ouv. cité, p. 33. — Dans la seule église Saint-Basile, on confisqua les objets suivants.
i° Une croix processionnelle et les feuilles d'argent couvrant la hampe : 8 marcs, 5 gros.
i° deux chandeliers ; 7 marcs, 4 onces, 6 gros 1/2.
3U deux encensoirs, une navette et sa cuillère : it marcs, 6 onces, 4 gros.
40 Une petite croix, 2 marcs, 4 gros.
5° Une croix reliquaire : 1 marc, 6 onces, 4 gros 1/2.
6° Une statuette de la Vierge : 4 marcs, 2 gros 1/2.
70 Une statuette de saint Basile en vermeil : 3 marcs. 3 onces.
8° Deux burettes et un plat d'argent : 2 marcs, 3 onces, 4 gros.
90 Une tasse: 1 marc, 1 once, 2 gros (lbid.,p. 255).
Dans celte liste où l'on voit des objets d'un gros poids, il faut, je pense, distinguer les statuettes de la Vierge et de saint Basile, et la croix-reliquaire comme les plus susceptibles d'avoir possédé une valeur d'art.
étaient probables, outre des statuettes de l'église Saint-Basile, il y avait dans ce dernier lot des objets dont l'histoire est connue et dont la destruction est à tous points de vue des plus regrettables. Voici la liste concernant l'église Notre-Dame.
i° Un encensoir, deux navettes avec leurs cuillères attachées par une chaînette ; 12 marcs, 2 onces, 6 gros.
20 Une vierge d'argent: 7 marcs, 6 onces, 5 gros.
3° Deux burettes d'argent et leur plat : 4 marcs, 1 once, b gros
40 Une lampe d'argent: 7 marcs, 2 onces, 2 gros.
b" Trois tasses: 4 marcs, 3 onces, 3 gros.
6 Une jambe: 5 marcs, 3 onces, 7 gros.
70 Une croix de vermeil : 1 marc, 3 onces, 1/2 gros.
8° Plusieurs feuilles d'argent, vis, écrous, goupilles couvrant et servant à une châsse en bois : 34 marcs, 4 onces, 3 gros 1/2.
90 Une croix d'autel : 6 marcs, 5 onces, 2 gros.
io° La garniture de deux bras de saints : 4 marcs, 3 onces, 4 gros 1/2 .
1 i° Une petite couronne en vermeil : 5 onces, 5 gros 1 2.
1 20 Une petite couronne d'argent: 1 once, 4 gros 1/2.
i3° Une croix processionnelle : 11 marcs, 2 gros 1/2.
La statuette de la Vierge (n° 2) devait être une œuvre exquise. En nous indiquant sa provenance, Fleureau nous en a donné le poids, ce qui permet de l'identifier à coup sûr (1 ). Elle était d'après lui, en argent doré et avait été offerte par Louis II d'Evreux, dans la seconde moitié du xive siècle, pour être placée sur un socle-reliquaire contenant un voile de Marie. C'était une Vierge mère, debout, portant l'Enfant Jésus sur son bras gauche, et tenant dans sa main droite un bouquet sertide douze grosses perles. Les armes du Comte donateur (2) étaient marquées dessous.
C'est certainement un reliquaire affectant la forme d'une jambe que l'inventaire a succinctement désigné au sixième rang. Cet objet également d'un bon poids doit être un don de Jean de Berry. Nous savons en effet que le i3 avril 1404, celui-ci fit présent à Notre- Dame de cent livres tournois provenant d'une amende, pour servir
(1) Fleureau a dit en chiffre rond 8 marcs. Elle pesait ainsi environ 1 kilog. 95o grammes [ouv . cité, p. 367).
(2) Au sujet du Comte d'Evreux, voir ci-dessus, p. 74. La donation du Comte est confirmée par un document de 1748 qui en outre raconte que la statuette était portée à la procession du mardi de Pâques [Archives de Notre- Dame; voir abbé Bonvoisin, ouv. cité, p. 72).
à payer la fabrication d'un reliquaire d'argent destiné à enfermer un os" considérable " de saint Mathieu apôtre. Fleureau a raconté le fait en ajoutant : " il n'y a à Notre-Dame que cette relique enchâssée en argent" (i). Le doute quant à l'identification ne paraît donc guère possible. Le reliquaire était porté dans la grande procession du jour de Pâques(2J.
Les jambes reliquaires sont beaucoup plus rares que les reliquaires affectant la forme d'un bras avec la main bénissante; les premiers d'abord sont moins décoratifs que les seconds, et aussi ils se prêtent moins à la richesse de l'ornementation (3). On peut donc avoir des doutes sur l'attrait de l'objet en question, mais quand même le nom du duc de Berry évoqué à son sujet lui donne forcément un lustre posthume (4).
Justement, à l'article 10, il s'agit de bras-reliquaires, sans doute déjà démontés au temps de Fleureau et de Pierre Plisson. Au moins l'un d'eux remontait au xme siècle, si, comme il est probable, on peut lui appliquer la phrase suivante extraite du petit ouvrage de H. B. T (5) et ayant trait à la première translation des reliques
(1) Oui', cité p. 367.
(2) Abbé Bonvoisin, ouv. cité p. 72.
(3) Je ne connais en France qu'un seul pied-reliquaire ; c'est celui de l'abbé Saint Aiard, conservé au musée de Cluny et qui provient d'Italie (xme - xiv« siècles).
(4) Les reliques variées, nombreuses, parfois bizarres, collectionnées avec inégale conviction par Jean de Berry, figurent dans les inventaires. Celle qu'il donna à Notre-Dame aurait pu être citée dans la listede 1403; nous n'en avons pas trouvé la trace. Cela ne doit pas nous surprendre, car le duc a fait à d'autres églises et notamment à la cathédrale de Paris des dons de même nature mais autrement somptueux qui, à plusieurs exceptions près, ne sont pas non plus inscrits dans aucun inventaire. Sitôt reçus, sitôt transmis, tel fut apparemment le sort des reliques et joyaux en question. « Les joyaux offerts aux trésors religieux, dit M. Guiffrey, furent acquis pour cette destination spéciale, ils ne sauraient donc figurer sur les inventaires » (Jules Guiffrey, ouv. cité, t. I, p. xcvi et lxiii). Dans l'inventaire dressé par Jean Lebourneen 1416, l'article 1261 est ainsi décrit : « la main avecques partie du bras de saint Mathieu, demourez comme l'en dit, à la chapelle du palais de Bourges ». 11 ne peut s'agir de la relique étampoise puisqu'elle est sortie du trésor ducal avant le mois d'avril 1 404 , puisque c'est un bras, et puisque, en 1416, Jean de Berry était mort. J'ai cru néanmoins devoir signaler l'article â cause de ses rapports possibles avec la relique étampoise. — C'est Jean de Berry qui, dit-on, offrit aux Célestins la Vierge de Marcoussis, œuvre de Jean de Cambrai dit Jean de Rupy.
(5) Ouv. cité, fJ 36 ; — Voir aussi Rapsodie, p. 197.
au xme siècle : " ... et fut réservé le bras de monsieur saint Can qui fut mis en un reliquaire séparé, richement et artistement élaboré pour être plus souvent honoré du peuple et pour plus grand témoignage de celte translation miraculeuse ". Le deuxième brasreliquaire avait peut-être servi très anciennement à l'os de S. Jean Chrysostôme ( i).
La croix de vermeil n° 7) doit être celle dont il est question dans le compte rendu de procession écrit en 1748, et qui était portée en ces cérémonies par les prêtres devant dire la messe. On dit qu'elle était finement travaillée et avait été donnée par Louis d'Evreux (2).
Je citerai ensuite, pour ne pas être accusé d'oubli et aussi pour des raisons subsidiaires, une châsse de moyenne grandeur qui était restée longtemps en bois. ENe a dû en remplacer une autre, « coffre en façon de layette », qui comme le bras précédemment noté, devait avoir été faite pour la première translation du xme siècle. Cette première châsse fut brûlée en 1 562 par les Huguenots (3). Sa remplaçante fut plaquée d'argent seulement vers 1674 (4). Rien n'indique qu'elle eut le moindre intérêt artistique. Elle servait à la garde des vêlements provenant des saints d'Etampes et de diverses autres reliques (5). On l'appelait la petite châsse pour la distinguer d'une autre fort grande et fort belle qui mérite sérieuse aitention. La garniture et les débris de châsse énumérés à l'article 8 de la précédente liste ne pouvant représenter la masse d'argent que l'on
(1) Voir ci-dessus, p. 5, note 2 ; et p. 38. — L'abbaye de Morigny a également possédé un bras-ieliquaire d'argent doré enrichi de pierreries (voir ci-dessus, p. 5i). Le trésor de l'église Saint-Spire à Corbei! possédait deux grands bras d'argent et un petit en 1424, quand en fut fait l'inventaire (A. Dufour, Annales de la Sté archéol. du Gâtinais, 1 888 ; et Bulletin de la Sté archéol. de Corbeil, îçjoS, p. 42).
(2) Archives de Notre-Dame ; voir Abbé Bonvoisin, ouv. cité. p. 72-73.
(3) Voir ci-dessus, p. 5 . note 2. Jusqu'ici les auteurs n'ont pas compris que seule cette petite châsse tomba entre les mains des Huguenots en i562, la grande et belle châsse dont nous parlerons plus loin, n'est pas en cause. Il faut supposer qu'elle avait été soigneusement cachée.
(4) Cette année-là, Dom Fleureau mourut. Quand il éciivit son livre, le travail n'avait pas encore été exécuté, mais il l'était à l'heure de la publication posthume : une note attribuable à l'éditeur l'indique {ouv. cité, p. 367). En outre, dans la Rapsodie de Plisson, un tiire de chapitre esi ainsi libellé : ■• Les Patrons de la Ville d'Etampes dont les précieuses reliques sont es deux châsses d'argent.... » (ouv. cité p, 191).
(5) Fieureau, ouv. cité, p . 367 ; — Plisson, ouv. cité, p. 206.
nous dit avoir recouvert la seconde, on peut supposer qu'ils furent arrachés de la première : celle-ci aurait donc porté un respectable poids d'argent égal à environ 8 1/2 kilogrammes.
La grande Chasse en argent de Notre-Dame. — Cette châsse imposante dont l'époque nous est indiquée par des textes suffisamment précis était du xme siècle (1), et fut détruite pendant la Révolution (2). Son ancienneté certaine, la description détaillée et tout à fait édifiante de Fleureau, nous permettent raisonnablement de croire qu'elle constituait une très remarquable
(1) Des circonstances miraculeuses agrémentent comme il convient la légende qui entoure ce très simple événement de l'embellissement de la châsse. Nous les trouvons racontées tout au long dans l'ouvrage de H. B. T., d'après des vieux manuscrits des archives de l'église où la matière prend alternativement la forme de la prose ou celle de la poésie.
Il est commun (sic) parmy la ville
Et mesme des Anciens
Que durant PArchevesque Gille
Grande famine fut de tous biens (f° 28). Pour faire cesser ce désastre les habitants demandèrent l'autorisation de porter solennellement la châsse en procession à l'église de Saint-Lazare, où on célébrerait la messe. A mi-chemin l'eau tomba à torrents. Cependant on arrive au but fort en joie; la messe est dite, mais quand on veut repartir, il est impossible de soulever la châsse. Consternation. Un prêtre vénérable prend alors la parole pour dire son sentiment sur ce miracle, et termine ainsi : « Ne rougissons-ncus point de honte de voir ces saincts Martyrs qui sont maintenant honorés et respectés dans le cie! avoir entre nous une si vile sépulture ? Leur châsse ou cercueil comme vous voyez, n'est que de bois subject à pourriture, ainsi que l'on nous donne après nostre mort, a nous dis-je, misérables pécheurs. Que nous sert cet or et argent si follastrement dépensé? que sert cet argent changé en vaisselles et ustensiles de tables ? que servent ces carquans et anneaux ? que plustost ne sont-ils employez à construire une digne maison à nos sacrez Manyrs ? » (f-s 29 verso et 3o). Alors toute l'assistance redouble de ferveur et promet, si la châsse peut être remportée dans l'église Notre-Dame, « que leur ferons d'une artiste main fabriquer un riche vaisseau en or et argent ». Aussitôt la châsse redevenue plus légère peut être soulevée (f° 3o").
J'ai tenu à citer textuellement cette page qui donne une idée du luxe de nos pères, au siècle du roi saint Louis, d'autant plus que ces détails n'ont pas été copiés par Plisson et sont dès lors pour ainsi dire inédits. Plus loin je rencontre une phrase intéressante : « cette nouvelle chasse a été construite fort richement aux Saints Martyrs pour leur estre une demeure perpétuelle eslevée sur le grand autel de nostre Dame d'Estampes ». Et encore ailleurs H. B. T.. exprimant leurs sentiments particuliers, parlent des reliques « richement et artistement enchâssées ». ■v Adresse au Chapitre).
(2) Voir ci-dessous, p. 62-63.
pièce d'orfèvrerie dont on ne saurait trop déplorer la perte. Basile Fleureau si peu enthousiaste d'habitude, et surtout si insensible aux agréments de l'art, ne peut s'empêcher de s'écrier tout d'abord : « La châsse où reposent les saintes Reliques, est l'une des plus belles que l'on puisse voir. La matière en est précieuse, mais l'artifice de l'ouvrage la surpasse (i). » Par ses dimensions, elle aurait pu être comparée aux magnifiques reliquaires préservés de Tournai et des pays rhénans, d'Aix-la-Chapelle et de Cologne notamment; en France il n'existe absolument plus rien de semblable, du moins en considérant seulement les dimensions (2).
Le corps principal de la châsse avait en effet 1 m. 22 de long, sur o m. 38 cent, de large, et o m. 81 cent, de hauteur avec le soubassement. En outre, son couvercle en forme de toit avait
0 m. 3o cent, de hauteur, ce qui donne une hauteur totale de
1 m. 1 1 cent, y compris le soubassement. Celui-ci avait 1 m. 33 c. de longueur sur o m. 5o cent, de largeur (3).
La châsse était en bois lamé d'argent doré, et agrémentée de statuettes en fort relief, outre des ornements divers de même métal
(1 ) Ouv. cité, p. 363.
(2) La châsse fameuse de la cathédrale de Cologne, dite des Trois Rois est attribuée à l'orfèvre franco-wallon Nicolas de Verdun, vers 1200. Elle était destinée à renfermer les reliques des rois Mages, qui, depuis 1164, attiraient une foule considérable de pèlerins. J'ajoute, puisqu'Etampes possède depuis au moins cinq ou six siècles une auberge des Trois Rois, que les Mages étaient les patrons des voyageurs (Otto v. Falke, Der Dreikônigen schrein des Nikolaus v. Verdun im Colner Domschatz ; — Louis Réau, Cologne, Paris, Lauiens) — Il est juste de rappeler que, en 1477 on a inauguré dans la cathédrale d'Angers une châsse vraiment monumentale : elle avait 8 pieds de long, 3 1/2 pieds de large, et 5 1/2 pieds de haut ^LouisdeFarcy, Monographie de la cathéd. d'Angers, t. II, p. 4).
1 3) Voici le texte un peu confus de Fleureau d'où j'ai tiré les dimensions : « un coffre de bois de longueur par le haut sur le comble, de trois pieds neuf poulces : par le bas compris le soubassement, de quatre pieds un poulce . de hauteur deux pieds, et demi, de" largeur par le bas, de dix-huit poulces deux tiers, et par le milieu de quatorze poulces. Le comble à onze poulces de hauteur [Ouv. cité, p. 363).
J'indique sans plus tarder qu'au xixe siècle, la piété des fidèles avait tenté de faire revivre la châsse disparue. Ce nouveau reliquaire est de dimension un peu moindre et en cuivre ; il est aujourd'hui délaissé dans un coin de l'église et rien ne saurait rendre l'aspect lamentable et mesquin de cet objet, malgré la grande dépense qu'il dut occasionner. Construite vers i83o, elle a 1 mètre 8 cent, de long et 57 cent, de large. Le coffre à 1 mètre 5 2 cent, de hauteur et le toit 3 2 centimètres.
et des pierreries (ij La matière d'argent approchait du poids de deux cents marcs, c'est-à-dire environ 49 kilogrammes.
A l'une des extrémités était une image du Christ debout (2) bénissant de la droite et tenant dans sa main gauche le globe du monde surmonté d'une croix. Au-dessous (3), les mots écrits Salvalor mundi; derrière la tête une « rose », — comme écrit Fleureau, — « environnée de pierreries, pour faire un nimbe resplendissant ». La figure était abritée par une arcature enjolivée de six fleurons (4 ).
Du côté opposé, la Vierge présentant l'Enfant, assise sur un trône « bordé » de fleurs de lis, avec un « fond de rosettes ». Les têtes étaient ornées de diadèmes enrichis de pierreries. En bas, l'inscription Kegina Cœli (5).
Sur chaque façade, séparées par quatre contreforts, cinq statuettes sous des arcatures (6) avec fleurons et autres ornements. En com-
(1) La chasse de Saint-Spire de Corbeil était en cuivre doré, et ornée de douze statuettes en argent doré (A. Dufour, Bullel. de la Société archéol. de Corbeil, 1 905, p. 3 5.)
(2) Je présume debout, parce que Fleureau a pris le soin de dire que la Vierge était assise, et il a décrit son siège ; pour le Christ, il ne spécifie pas. En outre avec l'inscription présentant Jésus comme le Sauveur, il était logique de le figurer debout, car s'il avait été présenté assis, le symbolisme eût été différent.
(3) 11 y a dans le texte : « audessus une planchette d'argent soutenant la figure, sur laquelle sont ces mots écrits... » p. 363. Audessus se rapporte au Christ et non à la planchette.
(4) Fleureau dit : « 11 y a audessus un chapiteau pointé de six fleurons. 0 Le terme chapiteau est encore employé en Beauce pour désigner un petit abri ouvert, comme les petits porches en bois par exemple. 11 pourrait donc s'agir d'un dais, mais nous sommes d'accord, M. Albert Mayeux et moi, pour l'interpréter comme une arcature qui forme avec les contreforts qui le supportent une sorte de niche, ainsi que l'explique Fleureau lui-même pour les statuettes placées sur les côtés de la châsse. (Voir ci-dessous\ Je crois trouver preuve de ma bonne interprétation dans la description que le même Fleureau fait du tombeau des Salazar de Morigny que j'ai transcrit plus haut: il appelle encore chapiteau la table de marbre qui recouvrait le gisant (Ci-dessus p. 69).— M. Albert Mayeux dont le talent de dessinateur est connu a tenté une restitution de la
châsse d'Etampes.
(5) Ceci prouve une fois de plus que les images du même genre voulaient honorer la Vierge plus que Jésus, selon unedémonstration de M. Emile Mâle (L'Art religieux au xme siècle en France, Paris).
(6) « A chacun des côtés il y a cinq niches distinguées par des pilliers, et couvertes de chapiteaux ornez de fleurons, et autres embellissemens. » Ce que Fleureau appelle des piliers doivent eue en l'occurence des contrefoits, car la
mençant par le premier personnage placé à la droite du Christ, on trouvait successivement le préfet romain Sisinius qui ordonna le martyre des trois saints d'Etampes, frères et sœur, figurés dans les niches suivantes : sainte Cantienne à genoux qu'un exécuteur va décapiter; saint Cantien ayant autour du cou une sorte de collier orné au milieu d'un soleil émaillé de bleu et garni de pierreries ; saint Can, avec le même collier afin de marquer pour l'un comme pour l'autre qu'ils avaient été décapités, mais peut-être aussi dans l'intention de rappeler la légende qui raconte « que les veines coupées de leur col au lieu de sang versèrent du laict en abondance (i) » ; enfin, dans la cinquième niche, Prothus, précepteur des précédents qui fut en même temps victime du même supplice.
Sur la façade opposée, se voyaient cinq apôtres avec leurs attributs ou les instruments de leur martyre : saint Barthélémy, avec un couteau ; saint Pierre avec un livre et les Clefs ; saint Mathieu avec une epée; saint André avec la croix; saint Paul avec un livre et
châsse n'était en réalité que l'imitation d'une petite chapelle, ou une nef avec sa toiture, a laquelle les parties essentielles de construction ne pouvaient manquer. Dans le compte de fabrique de iSi5, une dépense est marquée pour l'érection de piliers autour de la chapelle du Sépulcre. Or ces soi-disant piliers sont des contreforts qui existent toujours, et destinés à contrebuter la poussée des voûtes construites en même temps (Voir ci-dessus, p. 28, note i).
(i) Fleureau, ouv. cité, p 357. — On chantait jadis dans l'église Notre- Dame un hymne en l'honneur des trois panons martyrs. On en attribue la composition au rot Robert le Pieux, coutumier du fait, dit-on, et qui avait luimême rapporté les reliques de Rome en 1016. L'hymne commençait ainsi : » O constantia martyrum mirabilis » (l'Iisson, ouv. cité, p. 193 . J'ignore s'il s'agit du même chant dont parlent H. B. T., à propos de la « fontaine de laict » qui ruissela du col des martyrs <ouv. cité, fol. 22, verso, et 2 3 ., : « Je me suis avancé de coucher cette merveille appuyé sur ces vers lirez de l'office que l'on chante le jour de leur Feste en l'église notre Dame d'Estampes. Res miranda digna dictu Dei surgens opère Quod furoris in conflictu Mortis dato vulnete Lac in ipso coepit ictu Ferientis fluere.
« Ce que nous confirme aussi un vieil manuscrit en rhvme françoise par ces vers '.
L'escriture vraye en tésmoigne Quand chacun d'eux fut décollé, En lieu de sang sans point d'alongne Le laict tout blanc en est voilé. »
une épée. Tous cinq portaient une couronne ornée de pierreries ( 1 ).
Le reste de la description manque particulièrement de clarté. Voici du moins ce que je crois comprendre. Autour delà châsse, une frise ornée; les plaques d'argent formant fond entre les diverses figures étaient également agrémentées de rosaces ou autres ornements enfermés dans des carrés (2I.
Le toit à deux rampants était également surchargé de dessins, marqueté avec des fleurs de lis en relief dans des cariés dont les angles étaient enjolivés par des fleurettes en émail, sans doute champlevé, aux tons blanc, azur et violet (3).
Enfin le toit était amorti par une crête ajourée faite de fleurons et de ce que Fleureau appelle des « fusées » (4).
Voilà ce qu'était la châsse dès le treizième siècle. Je ne trouve plus aujourd'hui à lui comparer que deux ou trois pièces : la châsse de Sainte Maxellende, à Caudry (Nord), plus simple et vraisemblablement plus ancienne; et la châsse de saint Taurin d'Evreux qui est au contraire plus élégante et vraisemblablement aussi un peu plus jeune.
A partir du xvie siècle, on s'avisa d'enjoliver encore la châsse. En 1 5 1 1 , on ajouta à l'extrémité des deux pignons, pour représenter la scène de l'Annonciation, d'un côté une statuette de la Vierge et de l'autre une statuette d'ange avec une banderolle portant la phrase de salutation : Ave gratia plena. Au centre de la crête, on
(1) La grande châsse de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, était aussi ornée de statuettes d'apôtres. Elle avait 1 mètre de longueur. On la connaît par un dessin de Dom Bouillard (Hist. de l'abb. roy. de St Germaindes-Prés), reproduit par Viollet-le-Duc (Dict. du mobilier franc., t. I, p, 73). Elle avait été exécutée en 1408.
(2) « Tout le tour de la châsse, tant de long que de large est orné d'une bordure frisonnée, et garnie de fleurons, et au-dessus entre les images, l'argent en feuille est chargé de plusieurs fleurons, et marques en forme de roses, le tout par quarrez, avec plusieurs pièces au-dessus, et à côté des chapiteaux » (p. 364).
(3) Le couronnement de la châsse est garni tout autour de fleurons: Les deux costez du comble de la couverture sont d'argent doré, mai quêté, et façonné de fleurs-de-lys en bosse, et par quarrez, et aux quatre coins de chaque quarré sont plusieurs fleurs blanches mêlées d'azur, et de violet. » (p. 364) Ce dernier ornement peut se voir répété dans un vitrail du xiif siècle à St-Juliendu-Sault (Yonne).
(4) « Le couronnement du comble est garni audessus de fleurons et audessous de fusées. » (p. 364.)
plaça un pot contenant un bouquet de trois fleurs de lis, dont les tiges étaient en émail vert (i). Depuis le xne siècle, cet accessoire symbolique était devenu essentiel.
A cette même date de i 5 i i , on ajouta également entre les deux contreforts qui garnissaient chaque angle du corps principal de la châsse, une petite niche pour la statuette du patron d'une des quatre autres paroisses de la ville : saint Basile, saint Gilles, saint Martin, saint Pierre. C'était une originale et ingénieuse combinaison (2).
En 1 Si 5, la châsse fut dorée ou redorée (3).
En 1624 environ, on ajouta des feuilles d'argent nouvelles pour oarnir extérieurement le fond de la châsse, en utilisant le produit de la fonte d'un bâton de la confrérie des Saints-Martyrs du xive siècle, qui avait été donné par un comte d'Etampes de la maison d'Evreux (4), et un lot d'argenterie, calices et burettes, considérées comme trop vieilles. Avec ce qui resta du lingot on fabriqua une pyxide, un nouveau calice et des burettes en vermeil ornées de fleurs de lis, et le tout marqué aux armes du défunt comte d'Etampes en souvenir de son ancien don (5).
Au xvne siècle, la boiserie de la châsse tombait en pourriture. En 1620, on se décida à la refaire: toute l'ornementation d'orfèvrerie soigneusement enlevée fut ensuite réappliquée sur lenouveau coffre (6).
Le sort final de la châsse me paraît peu douteux : elle fut, je suppose, dépouillée de sa parure d'argent doré et de pierreries ,
'1) Ibid., p. 3 59 et 364.
(2) Fleureau, ouv. cité, p.p. 3 59 el ^4-
(3) Ibid.. p. 35g.
(4) On ignore lequel, car ils furent plusieurs. En raison de l'origine du bâton, le fond de la châsse fut marqué aux armes du comte.
(5) C'est Etienne Poncher, archevêque de Sens ( 1 5 19-1 525), qui fut l'initiateur de la fonte et du remploi, car il avait interdit l'usage des bâions de confrérie. Un acte de 1 52 3 , publié par Fleureau (p. 365) explique le reste.
(6) Procès-verbal d'une commission, en date du 1 "r juillet 1620 (Plisson, ouv. cité, p. 200) ; — Procès-verbal de l'ouverture de la châsse, en date du i3 juillet 1620 [Ibid., p. 202); — Procès-verbal de la mise en place des reliques dans la nouvelle châsse, le lundi de Pâques 1621 (Ibid., p. 201), dans lequel on lit: « ...reliquias in feretrum, cujus longa vetusiaie aureus fulgor obsoleverai, magnis sumptibus nitori suo redditum incoctum ei pluribus laminis argenieis auctum, et in capsam recentem, quod altéra carie pêne exesa depeiiret, assuetis riiibus, ac celebriiate prius habiia ad frequentem populuni concione. .. etc.»
l'or et l'argent devinrent lingots peut-être dans les creusets de la Monnaie nationale; le bois fut brisé, brûlé ou tomba en pourriture dans quelque coin. Mais nous ne connaissons aucun document précisant quand et dans quelle circonstance cette destruction eut lieu. Je crois volontiers que l'importance de la châsse détermina une saisie spéciale et anticipée (i).
Durant le Moyen âge, la châsse ne devait pas être constamment enfermée dans le Trésor (2), mais très souvent sinon toujours placée au-dessus du maître-autel ou derrière, en tous cas dominant l'autel selon une disposition presque générale dans toutes les cathédrales ou grandes églises (3). Je crois pour ma part que l'on
(1) Avant 1870, on rencontrait encore dans Etampes des gens qui avaient vu la châsse. L'abbé Bonvoisin, qui était alors curé de Notre-Dame recueillit très consciencieusement les témoignages qu'il reçut dans une note qu'il a déposée dans les archives de l'église et qu'il a fait imprimer dans une petite brochure qui résume tout ce que l'auteur connaissait sur les martyrs patrons d'Etampes et leur culte (Notice historique sur le culte et les reliques des saints martyrs Cant, Cantien, et Cantianille, patrons de la ville d'Etampes, Versailles, 1866, in- 16). Malheureusement l'auteur n'a pas fait la part des renseignements écrits et des renseignements verbaux, quelquefois seulement traditionnels qu'il enregistrait ; les termes employés ne sont pas plus exacts que eux de Fleureau; ces termes sont parfois identiques et on a l'impression qu'ils sont copiés ou tout au moins inspirés par le texte connu du barnabite. En outre il est singulier que des gens ayant fourni des détails précis sur la facture de la châsse aient oublié que celle-ci avait été détruite vers 1793, si bien que l'abbé Bonvoisin se demande : « Si par hasard elle n'avait été que vendue, peut-être est-elle conservée dans quelques musée ou château...» Il y a cependant des indications à retenir et ce sont justement celles auxquelles l'auteur ne croit pas : « Cette châsse, m'a-t-on dit, était une image en petit de la Sainte-Chapelle, et cette donnée est peu en rapport avec les monuments écrits. » Au contraire. Encore : « Elle est surtout remarquable par la finesse du travail, et si elle le cède en quelque chose à la châsse de Sainte-Geneviève de Paris, ce ne peut être que sous le rapport des pierres précieuses dont cette dernière est enrichie ... En résumé, l'enquête sincère de l'abbé Bonvoisin confirme la description de Dom Fleureau sans nous apprendre rien de nouveau. (Bonvoisin, ouv. cité, p. 53-56.)
(2) Le Trésor est au fond de l'église, à droite, sur la même ligne que le sanctuaire et séparé de lui par une chapelle. Il a subi une transformation à l'époque gothique, quand on a construit une voûte pour faire une salle supérieure, ce qui en outre a nécessité l'adjonction d'un petit escalier à vis. A un moment donné, il fut certainement utilisé comme chapelle ou plutôt comme sacristie car il possède encore sa piscine.
(3) Voir ci-dessus, p. 109, note 1, une phrase extraite du livre de H. B. T. On lit encore dans le procès-verbal du i3 juillet 1620 : « ...et après' ladite
a commencé à tenir les reliques presque toujours closes dans le Trésor seulement après les guerres de religion.
L'origine de cette belle châsse remonte certainement au xme siècle, mais les textes ne s'accordent pas sur Tannée exacte et j'ai renoncé pour le moment à avoir même seulement une préférence. La confusion est née de ce que, à vingt ans d'intervalle, l'oncle et le neveu furent tous deux archevêques de Sens sous le même nom, Gilon Cornut, le premier entre 1244 et 1254, le second entre 1274 et 1292. La seule certitude est que l'un des deux opéra la translation des reliques de la châsse en bois dans la châsse d'argent doré nouvellement construite (1), et que l'opération eut lieu soit le 4 août 1249, soit le 4 août 1282.
Je me propose de revenir sur cette question après plus ample information, (2) il n'est peut-être pas impossible de se faire une opinion motivée.
Nous devons à M. Henri Stein (3 , de connaître la description de la principale châsse de Pithiviers, inaugurée en 1324, et qui renfermait les reliques de saint Grégoire de Nicopolis enterré en la ville (xie siècle). Cette châsse de forte proportion et bien ornée offre tant de rapports avec celle d'Etampes que je trouve utile de résumer ici ce que nous en savons. Elle était en bois, lamée d'argent, et ornée de statuettes en argent doré abritées sous des
messe serions monté au lieu où reposent les dites saintes reliques au-dessus du grand autel du chœur...» (Plisson, Rapsodie, p. 2o3).
Il y a bien sur la porte du Trésor, belle petite porte sculptée que je crois du temps de Henri 111 ou de Henri IV, celte inscription en abrégé : Hic Histi Ecclesie sunt sanctorum reliqjjie. Néanmoins les reliques régulièrement sorties avaient au xvie siècle besoin de gardien dans les conditions qu'indique l'article suivant du compte de fabrique de 1 5 1 5 : « A Estienne Archambault pour avoir gardé les reliques de lad. esglise les dymanche et festes de toute l'année luy a esté baillé la somme de quarante-huit solz parisis qui est pour lesd. deux années... quattre livres seize solz parisis » (ouv. cité, p. 92).
I 1 ) La translation fut accompagnée de circonstances auxquelles l'imagination populaire donna une importance extraordinaire et que suscita la conduite irrévérencieuse de l'archevêque venu contre son gré pour la cérémonie ^H. B. T., ouv., cité ; Plisson, ouv cité, p. 194 et 196,. Cependant l'incrédulité de I archevêque se tourna incontinent en vénération, à ce point qu'il s'empaia d'une partie des reliques (le menton de sainte Cantienne , pour les emporter à Sens où elles sont encore, (lbid., et Fleureau, ouv., cité, p. 3 59-3 58 ; — Bonvoisin, ouv. cité, p. 83-92).
(2) Les documents se trouvent tous chez les auteurs mentionnés. Voir en outre Fleuieau, p. 539, et Plisson, p. 193.
(3) Annales de la Société Archéologique du Gàtinais, 1890, p. 3 o8-3 1 4 .
arcatures. Sur l'une des faces latérales, on voyait le Christ entre six Apôtres, et sur l'autre S. Grégoire avec six Apôtres également. La Vierge entre deux anges, et la Trinité entre deux anges occupaient chacune des extrémités. Les statuettes avaient un pied moins une ligne de hauteur, et pesaient chacune environ deux marcs et demi d'argent. Les angles de la châsse étaient comme ceux de la châsse d'Etampes, soutenus par quatre contreforts (au lieu de huit,) couronnés de pinacles ou de vases, lesquels étaient ornés aussi semblablement avec les effigies des quatre Evangélistes. Au centre de la toiture se dressait un clocheton en argent. Je constate que le procès-verbal de 1480 d'où ces informations sont tirées appelle les contreforts des Piliers, et les arcatures des chapiteaux supportés par de petits piliers : « piliers » et « chapiteaux » sont les termes employés par Fleureau pour désigner les mêmes choses. Lâchasse fut détruite par les Huguenots en 1 567 , mais au commencement du xve siècle, des voleurs arrachèrent une grande partie de l'ornementation dont le poids dérobé fut consciencieusement évalué à environ 100 marcsd'argent. Postérieure à lâchasse d'Etampes, elle doit évidemment avoir été imitée de celle-ci dans son corps principal. Par contre, quand les Etampois, en i5ii, s'avisèrent d'orner de statuettes les angles de leur plus grand reliquaire, ils reçurent leur inspiration probablement de Pithiviers.
Horloges. — Le compte de fabrique de l'église Notre-Dame pour 1 5 1 3— 1 5 1 5 enregistre une petite dépense pour la petite horloge de l'église (1). Toutes les grandes horloges des églises, sans doute celles qui étaient extérieures, étaient entretenues "aux dépens des deniers de la ville " (2).
(1) Ouv. cité, p, 93.
(2) Plisson, ouv. cité. L'auteur qui écrivit cela d'après un document de 1 5 1 o cite seulement Notre-Dame et Saint-Gilles, mais ajoute « et autres ».