‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 141 sur 150 · FAICTE LAN I 5 5 5 , ET FUT NOMMEE MARTHE · texte numérisé non relu

FAICTE LAN I 5 5 5 , ET FUT NOMMEE MARTHE

A l'abbaye de Morigny, la grosse cloche porte la date de i 787, la plus petite 1 838. Une troisième de moyenne grosseur, fondue en 1720, porte le nom de la paroisse de Champigny, aujourd'hui supprimée et dont l'église démolie était dédiée à Saint-Martin (5). Sur les cloches détruites du même monastère Fleureau a laissé quelques renseignements.

On a dit que, au milieu du xive siècle, un frère Jean, surnommé Ragal, aurait fait fondre une cloche dite le Petit moineau ; mais

(1) « L'an mil six cens, je fuz faicte pour !a chapelle de Housse (?) ». Marquis se demande s'il s'agit d'un village belge situé aux environs de Liège (Ibid., p. 239).

(2) Ibid., p. 241. Fleureau écrit, d'après les Comptes de fabrique, mais sans plus de précision, que les cloches avaient été fondues aux frais des paroissiens après l'année 1547 (Ouv. cité, p. 443).

(3) Ibid., p. i5 3.

(4) Ibid., p. 124.

[b) Voici l'inscription: « L'an 1720 iay été nommée Nicolas-Jehanne-Martin par M. Nicolas Benoist, maire de la municipalité et Marger, en charge de la Psse de Champigny, et par Jehanne-Elisabeth Gibier, femme— de M.Jacques- François Fontaine. Pror de la municipalité et bénie par M. Jacques Frichel, — curé ». (Max. Legrand, Etampes pittoresque, /' Arrondissement, t. II, p. 838 et 859). Morigny et Champigny font aujourd'hui une seule commune et une seule paroisse, avec une seule église au lieu de trois.

Fleureau ne considère pas l'indication comme certaine en raison de confusions évidentes 11).

On peut néanmoins retenir le fait en gardant toute réserve sur les circonstances qui sont douteuses et penser que la cloche n'existait plus au temps de Fleureau.

Détruite aussi à ce moment, une grosse cloche qui avait été fondue en 1423 parl'abbé Benoist Boissière et qui d'aprèsson inscription avait été nommée le Gros Seing (2).

Détruites également avant le xvme siècle trois cloches fondues sur les ordres de l'abbé Jean Régnier en 1 41 3, sur l'une desquelles on lisait l'inscription suivante :

Mentem sanctam spontaneum honorem Deo, et patrie libera-

TIONEM. FUSMES FAITES TOUTES TROIS PAR FrÈRE JEAN REGNIER,

l'an 141 3 3j.

Pour ce qui est de la partie latine, cette formule d'inscription de cloche est assez fréquente parmi les soixante autres environ que l'on connaît. M. Berthelé en a réuni quarante et un exemples existants ou non, et y compris celui de Morigny, dont le plus ancien, daté i23o,, est à Sidiailles (Cher), et le plus moderne daté 1626, est à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne,, mais qui sont distribués partout, en France, en Italie, en Suisse et en Belgique (4). Comme toutes les formules du même genre on lui attribuait la vertu de protéger contre l'orage i5).

M. Albert Mayeux l'a trouvée dernièrement inscrite sur la cloche du beffroi de la cathédrale de Perpignan ^6).

Quant à son origine, il faut la chercher dans la légende de sainte Agathe (7).

(1) Fleureau, ouv. cité, p. 539. Ce Jean ne serait autre, peut-être que le Jean Régnier, dont il est question plus loin Ibid., p. 544).

(2) Ibid., p. 544.

(3) Ibid., p. 544.

(4) Joseph Beithelé, Enquêtes campanaires, Montpellier, iQo3,in-8, p. 32o- 33o.

(5) En voici deux caractéristiques : « Christus ab omni malo nos defendat » ; et encore « Benedicite, fulgura et nubes, Domino ». Cela n'empêche pas que les accidents survenus aux sonneurs pendant les orages furent toujours fréquents.

(6) Revue de l'Art chrétien, 1911.

(7) Le récit s'en trouve comme tant d'autres dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Sainte Agathe étant morte après avoir subi le martyre, un miracle

La Cloche de Jean de Berry (i). — Le clocher de l'église Notre-Dame d'Etampes contient deux constructions en charpente dites beffrois ou moutons, dont une seule est aujourd'hui en usage pour le support des cloches (2). Ces beffrois sont placés l'un au-dessus de l'autre aux étages supérieurs de la tour dont la partie basse fut construite au XIe siècle et la partie haute au xne. Du reste quel que soit l'âge du clocher actuel et des beffrois (3), l'église eut certainement des cloches à son origine et un peu plus tard une grosse cloche. Néeéglise royale, réservée avant io3oà un collège de douze chanoines qui se doublèrent bientôt d'une autre douzaine de chapelains, devenue lieu de pèlerinage, Notre-Dame était l'église la plus importante à tous points de vue d'une riche région, celle où le roi Louis le Gros réunit en 1 1 3o son grand concile national : pour ne pas déshonorer le roi, il fallait bien qu'elle fût pour-

se produisit durant ses funérailles dans les conditions que voici. Je cite le texte ou plutôt la traduction du texte deVoragine :

« Les fidèles oignirent son corps d'aromates et le placèrent dans un sarcophage. Et voici qu'un jeune homme, revêtu d'une tunique de soie, et accompagné de cent autres beaux jeunes gens en tuniques blanches, s'approcha du tombeau, y déposa une tablette de marbre et disparut aussitôt avec ses compagnons. Et sur la tablette était écrit ceci : « Ame sainte, spontanée, honneur à Dieu et délivrance de la patrie. » Ce qui signifie qu'Agathe eut une âme sainte, s'offrit spontanément au martyre, fit honneur à Dieu, et sauva sa patrie. Et le don miraculeux de celte tablette de marbre eut pour résultat que même les païens et les Juifs commencèrent à vénérer le tombeau de la sainte ... Un an environ après la mort de sainte Agathe, une montagne voisine de Catane se rompit et un torrent de feu en jaillit, qui, sautant de rocher en rocher et brûlant tout sur son passage, menaçait de s'abattre bientôt sur la ville. Alors la foule des païens courut au tombeau de la sainte, arracha le voile qui le couvrait et l'étendu au pied de la montagne ; et ce voile arrêta la descente du feu, et sauva la ville ». (Traduction Teodor de Wyzewa, chap. XXXVIII).

(1) Résumé d'une étude plus complète prête à paraître .

(2) Le beffroi n'est pas seulement la tour d'une maison communale : on nommait encore de la même façon des machines de guerre, des tours roulantes en charpente qui avaient en somme grande analogie avec les moutons fixes dont nous parlons ici.

(3) On pourrait déduire de l'existence de ces deux beffrois que le clocher a contenu à la fois quatre ou cinq cloches. Cela n'est pas sûr. On préférait la qualité à la quantité. Pour posséder une grosse cloche, on sacrifiait allègrement plusieurs petites. Je suppose donc que le beffroi supérieur, aujourd'hui hors d'usage, fut construit en 1401 ou avant, et que la fonte de la plus grosse cloche en 1718 a nécessité la construction du second pour le remplacer.

vue à cette date d'une cloche convenable ( i ). C'est peut-être celleci dé]à grosse et ancienne, que Ton utilisa dans la fonte de la cloche dont nous allons parler (2 .

Au temps de Jeande France, duc deBerry, comte d'Etampes 1 3) en 1401, comme l'indique son inscription, elle fut fondue en utilisant au moins une cloche ancienne plus petite. Jean de Berry fournit une certaine quantité de nouveau métal et fut parrain. Elle était au jour de son baptême, la plus belle cloche de l'église et vraisemblablement d'Etampes ; aujourd'hui ses dimensionssont très moyennes : 1 mètre 35 cm. de diamètre, et 1 mètre 20 cm. de hauteur. Elle a environ 2 mètres 40 cm. de tour à la ceinture, où se trouve l'inscription, et 4 mètres 80 cm. sur ses bords. Elle est peu épaisse (4), dit Léon Marquis, et son battant fut changé pour obvier a certains inconvénients qui subsistent ou même lurent aggraves (5 ).

L'inscription assez courte s'étend sur deux lignes. Son départ est marqué par un point initial sous forme de petit bas-relief de la même dimension que les lettres représentant une croix et quatre oiseaux dans les angles. La première ligne est celle du bas. Les lettres gothiques allongées sont enfermées dans des dossiers de 44 millimètres de hauteur, qui se touchent, sauf les chiffres et le mot de la fin qui sont en petites majuscules. Quelques lettres, les E et les R, sont accolées d'oiseaux échassiers. Voici l'inscription qu'il faut lire telle que nous l'avons écrite pour comprendre les intentions prosodiques de celui qui l'a composée :

i) Helgaud rapporte que le roi Robert le Pieux, le fondateur de Notre- Dame, fit don à l'église Saint-Aignan d'Orléans, le jour de sa dédicace, en 1029, avec d'autres présents, de cinq cloches, dont l'une, baptisée de son nom, pesait deux mille six cents livres.

2 Outre le clocher actuel, l'église Notre-Dame possédait, probablement (ienuis le xup siècle, un clocher en bois couvert de plomb, se dressant au-dessus de la croisée du transept, c'est-à-dire au centre de la nef. Il abritait deux petites cloches et fut détruit a la Révolution. — En 1 5 1 3- 1 5 j S , Bertheiot Mainfroy et Alain Tixier travaillèrent à deux « hures neuves » destinées a ces cloches ^Compte cilé. p. 3 2 3 3j.

(3) Jean de Berry est connu pour avoir donné des cloches à de nombreuses églises et même des timbres d'horloges, comme à Niort, en 1596. C'était apparemment une des formes de libéralité qui lui plaisait le plus.

(4) Le Diction, univers, franc, et latin, dit de Trévoux, 1732, rappoite que l'on donne « quinze fois l'épaisseur du bord au diamètre d'une cloche ».

(5) Ouv. cité. p. 279 280. A la page 304, se trouve une image de la cloche. M. Léon Marquis a le premier publié l'inscription.

Marie ay nom la grousse, engroissie et nomée par Jehan duc de Berry, d'Estampes la Vallée Comte, en l'an mille CCCC et ung, fu coulée pour Dieu céans loer et sa mère honorée

un poise

Ici, la déclaration d'hommage à Dieu et à la Vierge — pour Dieu louer et sa mère honorer — tient lieu de formule protectrice.

Très exceptionnellement Etampes a changé ses qualificatifs habituels, il est devenu Etampes la Vallée, pour rimer avec coulée, semble-t-il.

Les chiffres et le mot de la fin indiquent le poids de la cloche, fait rare. Il s'agit de quatre milliers, le mot poids ou livre étant sousentendu, et poise étant probablement écrit ici pour pèse. Elle pèserait donc environ 1958 kilogrammes.

Selon l'usage, la cloche porte de petits bas-reliefs en forme de médaillons quadrangulaires ayant 8 centimètres de hauteur sur 5 de largeur, qui sont obtenus par empreintes sur des matrices gravées : ils sont au nombre de six, mais ne comportant que deux sujets répétés chacun trois fois.

L'un d'eux représente la Vierge et l'Enfant, et, pour remplir des vides, deux perroquets (1 ) et deux échassiers huppés qui peuvent eue des hérons.

L'autre sujet est l'image dite le Christ de pitié ou le Christ de saint Grégoire, parce qu'il se réfère à une vision légendaire du pape de ce nom. Jésus est représenté mort, sortant du tombeau et entouré des instruments de la Passion, y compris le coq.

L'inscription, l'alphabet, les bas-reliels de la cloche suscitent plusieurs problèmes : 1" Le duc de Berry eut-il son fondeur attitré, et ainsi l'aurait-il envoyé à Etampes au lieu de laisser le chapitre choisir son fondeur? — 20 Le fondeur, s'il fut attitré, a-t-il fait graver un alphabet exprès pour le duc ? — 3e Le goût du duc pour les oiseaux a-t-il eu une intluence sur l'ornementation des lettres et des bas-reliefs ?

La seconde cloche de Notre-Dame fut fondue en 1718. C'est un

(1) Beaucoup d'animaux exotiques furent connus du Moyen-âge. Pour ce qui concerne les perroquets, l'inventaire fait en 1424 dans l'église Saint-Spire, de Corbeil, rapporte que la couverture de l'autel est « figurée à lyons, daulphins ei oyseaux pappegaulx » .. (A. Dufour, Annales de la Société archéolog. du Gàtinais, 1888 ; et Bulletin de la Société archéol. de Corbeil, 190 5.)

bourdon plus gros que la cloche de Jean de Berry, couvert d'une grande inscription que Léon Marquis a publiée tout au long (i).

Je ne retiendrai que cette phrase : « Nicolas de la Paix, Jacques et Louis de Claudiveau m'ont fait », qui donne les noms des fondeurs (2).

(1 ) Ouv. cité, p. 278.

(2) La famille de la Paix est fort connue ; elle est originaire de Bassigny, dans la province mi-lorraine et mi-champenoise qui a fourni un très grand nombre de fondeurs. Dans la seule famille de la Paix j'ai trouvé dix-neuf membres de cette profession. Les plus anciens, Claude et Etienne, sont signalés en i58o ; le dernier, François, en 1730. Un certain Nicolas, originaire de levécourt, serait mort avant décembre 171 1 : ou bien il y a eireur, ou bien ce n'est pas le nôtre. D'après les travaux de MM. Jules Marchai et Claude Rozier, Enquêtes campanaires, p. 394 et suiv., et p. 404 . Je n'ai rien trouvé concernant les Claudiveau.

Je rappelle en passant que la cloche la plus ancienne de Seine-et-Oise doit être celle de Marines, sur laquelle notre collègue M. Plancouard a public une étude [Bulletin monumental, 1908, p. 66-77). Voici de son côté ce qu'en a dit M. Berthelé : « Quoi qu'il en soit de la question de la date qu'il parait difficile de préciser, il est certain que la cloche de Marines mérite tout particulièrement l'attention des archéologues et des épigraphistes, et qu'elle doit être classée parmi les plus anciens et les plus importants spécimens de l'industrie campanaire gotliique avant survécu en France 'Ephemeris campanographica,

TISSUS et BRODERIES

Le chapitre du souvenir, voilà quel pourrait être le titre de cette courte étude : tous les tissus dont je vais parler ont disparu, et je n'ai pas pensé que cette fâcheuse circonstance devait me taire abandonner un sujet tout aussi digne de retenir l'attention que les autres. La lingerie, les étoffes de drap ou de soie, la broderie qui les orne, quoique choses d'un usage universel, précieuses, délicates et souvent intimes, sont, parmi toutes les productions de l'art industriel celles dont l'histoire estrestée fort en arrière. Ce n'est pas que de grands efforts n'aient été tentés déjà, et depuis longtemps; la difficulté est très grande. En tout cas, en ce moment, beaucoup de savants se sont attachés à l'étude des tissus. Les moindres fragments retrouvés de l'Antiquité ou du Moyen âge sont avec soin recherchés, classés, étiquetés, photographiés, publiés, comparés, Ce travail doit marcher de pair avec la publication des archives, fût-ce de simples notes comme celles qui vont suivre. On arrivera ainsi un jour ou l'autre à déterminer les phases si magnifiques de l'industiie des étoffes chez tous les peuples.

A Etampes, la corporation des tisserands était déjà importante au xue siècle, car en i 204, peu d'années après avoir cassé la commune élampoise, Philippe-Auguste, qui lui même possédait à Etampes plusieurs moulins à fouler le drap (1), passa un contrat avec eux. Par cette charte royale, les tisserands en drap ou en toile fuient exemptés de toutes les coutumes, tailles et autres levées, sauf un droit d'éielenage, et le service militaire comme tout le monde, et en échange de vingt livres payées annuellement (2).

Cependant nous ne savons absolument rien de la production des

(1) Fleureau, ouvr. cité, p. 406.

(2) Fleureau, ouv. cité, p. 1 3 2 et suiv. ; L. Eug. Lefèvre, Etampes et ses monuments, p. 77.

tisserands ou drapiers étampois, et je ne hasarderai aucune conjecture sur la valeur de leur fabrication. C'est pourpuoi, faute de documents, il faut laisser de côté la question du travail étampois, opus slampense, pour passer en revue les tissus que nous avons trouvés cités, en indiquant, si possible, leur provenance, leur usage, et leur description.

Dans les Trésors des églises, quand par extraordinaire ils ont conservé leurs richesses, on admire de magnifiques et très anciens vêtements liturgiques. A Etampes, il ne reste rien du temps passé, et les plus vieilles choses de Notre-Dame, parmi lesquelles se trouvaient sans nul doute des ornements liturgiques somptueux, furent détruites ou emportées par les Protestants de 1 56 2 (1 . Les rares documents écrits rédigés sèchement nous renseignent mal sur les objets merveilleux et ne suppléent pas à la perte des inventaires.

La chronique de Morigny nous apprend pourtant que l'abbé Macaire, quand il s'en fut à Rome en ambassade, vers 1 141, rapporta à son monastère, entre autres choses, trois pallium ou manteaux d'étoffes précieuses dont on fit des vêtements liturgiques (2).

Le compte de fabrique de i5i3-i5i5 fournit quelques détails à retenir. On achète à Paris des ceintures bénites; on achète une demi-aune de samit rouge (étoffe de soie) pour faire des sanguins à essuyer les calices ; on achète 43 aunes et demie de rouleaux jaunes, verts et rouges pour faire des custodes, c'est-à-dire des rideaux, autour de Vautcl du chaur (3), et un tapis à couvrir le maitre-autel ; pour faire ces custodes, il fallut également 64 aulnes de riboins rubans) jaunes et verts, quatre livres de boucles renforcées, du fil aux trois couleurs susdites, et on paya douze deniers parisis par jour à une ouvrière qui travailla six journéesà les coudre 4 ; on fait teindre 35 aunes de toile en noir pour mettre autour de l'église et on achète de la futaine devant servira faire des croix pour couvrir un retable, à l'occasion du service mortuaire de la reine Anne de Bretagne (5 .

(1) Voir ci-dessus, p. 5, note 2.

(2) « Attuiit et tria pallia preciosa, ex quibus quedam indumenta composita suni » (Chronique, p. 79).

(3) Les custodes, appelées aussi courtines, étaient pendues à des tringles de fer peintes en blanc (Compte de fabrique, manuscrit, p. 76). Le but des custodes était de cacher le mystère de la messe aux gens séculiers. Souvent elles n'étaient tirées que pendant la cérémonie, au commencement du Canon.

(4) Compte cité, p. 43-44.

(5) Ibid., manuscrit, p. 107.

Un grand nombre de pièces tissées ou de broderie possédées par nos musées et nos trésors d'églises proviennent de sépultures ouvertes, tombeaux de dignitaires ecclésiastiques, ou bien sont des vêtements, reliques transmises pieusement à travers les siècles avec des séries de procès-verbaux qui en garantissent indubitablement l'origine au moins à partir d'une certaine époque. Très souvent, les étoffes ne sont pas des reliques, mais, tout aussi anciennes que celles-ci peuvent l'être, ce sont des linges ou des morceaux de soie qui servaient à envelopper les vraies reliques, les ossements, et alors sont dénommés suaires. A Etampes, je l'ai dit, il ne nous reste plus rien d'aucune provenance, mais nous avons des notions sur les reliques et les suaires qui ont existé (i).

Le roi Robert le Pieux étant allé à Rome en i o 1 6, en rapporta une grande partie des ossements de trois saints Can, Cantien et Cantienne, qui, dit-on, avaient souffert le martyre au inesiècle, et remit le tout solennellement à l'église Notre-Dame d'Etampes. Les suaires qui enveloppaient les reliques au xm* siècle, sont dites seulement « parures et toile cirée », ce qui ne signifie pas grand'chose. Cependant la petite châsse dont nous avons parlé (2) ;avait été destinée uniquement à contenir les « chemises et linges des benoits corps saints » : il se peut que primitivement ces linges fussent des suaires dont la croyance populaire a peu à peu fait les vêtements de ses saints. Quoi qu'il en soit, le procès de translation des reliques du i3 juillet 1620, signale la découverte de trois paquets presque identiques contenant chacun du linge blanc, renfermant lui-même une « enveloppe de drap de soie et auquel drap sont empreintes des tours qui sont les marques des armoiries de la ville », un petit sac de cuir blanc ; c'étaient les suaires contenant les ossements. Dans l'un des paquets on trouva en outre une bourse tissue de soie de diverses couleurs effacées : il était habituel de se servir pour les reliques de semblables petites aumônières brodées, fort à la mode aux xmeet xive siècles; le Trésor de Sens en possède une collection. Dans un autre paquet, étaient réunis « plusieurs morceaux d'étoffe desoie de plusieurs couleurs et à l'un desquels s'est trouvé

(1) Les reliques connues pour avoir été le plus anciennement conservées à Etampes sont celles de l'abbaye de Saint-Julien, découvertes en 1628 ou 1648, avec une inscription gravée sur métal indiquant qu'elles avaient été apportées d'Antioche au temps de Brunehaut, par un nommé Severinus (Fleureau, ouv . cité, p. 17 18). Je ne trouve rien de particulier à dire quant aux objets composant cette trouvaille.

(2) Ci-dessus, p. 56.

comme façon d'une jupe ». En 1 620 et 1 62 1 , les étoffes nouvelles préparées comme enveloppes sont « des soies et taffetas de couleur incarnat et blanc », et « des petits sacs de satin blanc ».

Par un nouveau procès-verbal de 1672, nous apprenonsque l'étoffe mentionnée précédemment était « un damas blanc chargé de tours en broderie », la jupe était en étoffe de serge » (1).

Enregistrons platoniquement que l'abbaye de Morigny possédait d'antiques vêtements que l'on croyait avoir appartenu à l'apôtre saint Jacques le Majeur; de même à Notre-Dame, on conservait au xive siècle et peut-être avant, dans un précieux reliquaire, un voile que la piété des fidèles s'imaginait avoir abrité la tète de la Vierge Marie. (2). Si l'authenticité de la provenance de cesétoffes est tout à fait douteuse, et s'il est très probable qu'il s'agissait de tissus assez ordinaires, peut-être même relativement grossiers, il est du moins raisonnable de leur accorder l'âge déjà vénérable d'une origine carolingienne.

Et si peu brillante que soit notre énumération, elle suffit néanmoins à prouver que, sans tant de circonstances défavorables, Etampes pourrait aujourd'hui comme quelques autres anciens centres religieux, exhiber sa collection de tissus coptes, sassanides, persans, byzantins, italiens ou fiançais, et ses riches broderies de toutes provenances.

Je ne parle pas des tapisseries historiées, sauf pour enregistrer le silence des textes connus à leur égard.

Les relations de quelques cérémonies civiles nous font connaître plusieurs détails à retenir.

En i5oo, la Ville dépensa 46 livres tournois pour 20 aunes et demie de drap noir devant servir à la confection de six robes à l'usage des échevins et du receveurpour qu'ils assistent aux obsèques de Jean de Foix, Comte d'Etampes. (3).

Pour l'entrée solennelle de Gaston de Foix, fils du précédent, en i5o6, on acheta à Paris un dais avec cinq écussons dont quatre aux armes du prince et un aux armes de la ville : il était en soie et coûta i3 livres. On fit faire cinq robes en drap pour les échevins, et des bannières armoriées en taffetas pour deux trompettes (4).

1 Fleureau, p. 36o-36i; Plisson, ouv. cite, p, 197 et suiv. — A noter dans les mêmes procès-verbaux la présence d'un petit flacon de plomb portant une empreinte de crucifix (p. 2o5, 209 et 211).

(2) Voir ci-dessus, p. 5 1 et 54.

(3, Plisson, Rapsodie, p. 24.

(4) Ibid. y p. 26-27.

La reine de France, Anne de Bretagne, qui fut comtesse d'Etampes, eut aussi son entrée solennelle. Les principales acquisitions furent faites comme toujours à Paris. Elles consistèrent en 21 aunes « de drap de vigonie » pour faire des robes aux échevins, coût 62 livres ; « un ciel de damas blanc double, tant le fond que le contrefond, avec sa garniture de frange de soie fine jaune et rouge », et. son châssis à quatre colonnes pour être porté par les échevins au-dessus de la litière de la reine, depuis la porte jusqu'au logis (1).

A l'occasion du passage du corps de la même reine Anne de Bretagne, quand elle fut décédée, au mois de Janvier 1 5 1 4 , un échevin partit précipitamment à Paris pour se procurer de quoi faire un ciel. Il acheta 12 aunei de damas moyennant 35 livres tournois, une aune et demie de damas blanc «pour faire une grande croix à l'autour du dit ciel, et sept aunes de frange de soie noire. Les échevins furent habillés de robes et chaperons de drap noir. Six livres sont dépensées pour gants, cordons de deuil, ou choses semblables (2).

Dans les inventaires du duc de Berry, j'ai trouvé plusieurs objets d'ameublement aux armes d'Etampes, qui provenaient de Louis II d'Evreux, et d'autres, sans indication d'origine, qui pourraient bien alors avoir été exécutés pour Jean de Berry iv3). On peut se demander s'ils ne servirent pas aux princes spécialement pendant leurs séjours à Etampes.

(i)Ibid., p. 38. — Nous voyons dans le même ouvrage que les couleurs de la ville étaient moitié rouge et moitié canelle, et que chaque jour de Pâques le clerc de la ville recevait une robe faite en draps de ces deux couleurs (p. 52).

(2) Jbid., p. 33.

(3) (no 792). . . un tappis rond de drap de laine, armoié des armes de feu monseigneur le comte d'Estampes que Dieu pardoint, semé de plusieurs chiens emmantelez desdictes armes. . . ».

(n° 1 146). . . une autre chambre de drap de soye, ciel et dossiel tenans ensemble, aux armes d'Estampes, et trois courtines de cendail vermeil... ». [Inventaire de 1416, ms. de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, publié par Jules Guiffrey, ouv. cité, voir ci-dessus, p. 22, note 4).

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