Gallia christiana, t. IX, col
œuvres de la ville d'Amiens, pour conjurer ce danger1. Cet expert, qui remplissait les fonctions de maître des ouvrages de maçonnerie du roi dès l'année 1472, visita Notre-Dame de Noyon et déposa son rapport sur les réparations les plus urgentes le 14 mars 14762. Les quatre colonnes monolithes de la partie droite du chœur, écrasées sous la charge, étaient étayées depuis quinze ans. Il fallait se décider à les remplacer. Pour consolider les voûtes de la nef qui se crevassaient de toute part, à cause de l'écartement des murs, Pierre Tarisel voulait faire bâtir de nouveaux contreforts au pied des culées du côté nord et il se proposait de décharger les angles des voûtes qui étaient remplis de décombres, avant de réparer les ogives et les doubleaux. Il ajoutait qu'une voûte s'était jadis écroulée et conseillait de renforcer les arcs-boutants et leurs culées pour prévenir un pareil accident. Enfin ce maître maçon engageait le chapitre à faire restaurer l'entablement de la grosse tour du nord et à la protéger contre les intempéries par une flèche en bois ou par une terrasse recouverte de plomb.
Avant d'entreprendre des travaux d'une telle importance, les chanoines firent une démarche auprès de Louis XI pour obtenir l'autorisation d'envoyer des quêteurs dans toute la France avec les reliques les plus précieuses de la cathédrale. Le roi, qui se trouvait au Puy, leur accorda cette faveur par des lettres patentes datées du 5 juillet 14763. Cette pièce mentionne d'abord l'incendie de 1316 et l'écroulement des voûtes que le chapitre avait fait rebâtir à grands frais vers 1460. Trois voûtes de la nef étaient lézardées et la reconstruction des arcs-boutants et des culées s'imposait absolument. Pour éviter l'effondrement du chœur, on avait étayé les piliers et rempli les arcades de maçonnerie. Les guerres continuelles avaient beaucoup diminué les revenus des domaines du chapitre et les ressources faisaient défaut pour restaurer les fermes en même temps que la cathédrale.
Les quêteurs se remirent en route le 5 novembre 14774, mais
1. Durand, Maître Pierre Tarisel, dans les Mémoires de l'Académie des sciences, des lettres et des arts d'Amiens, t. XLIV, 1897, p. 1.
2. Arch. de l'Oise, G 1338, publié par La Fons-Mélicocq, les Artistes du nord de la France, p. 28.
3. Arch. de l'Oise, G 1338. Vidimus du 4 décembre 1477, publié par La Fons- Mélicocq, les Artistes du nord de la France, p. 31.