‹ Collected papers (volume 2)Chapitre 90 sur 150 · Arch. de l'Oise, G · texte numérisé non relu

Arch. de l'Oise, G

6. Bulletin du Comité archéologique de Noyon, t. VII, 1885, p. 133.

châsses. La cathédrale possédait encore huit tapisseries représentant les scènes du déluge et l'histoire de Noé, le beau dais donné en 1755 par le chanoine Montain et dix-sept ornements brodés qui comprenaient généralement six chapes, une chasuble, deux tuniques, deux étoles et trois manipules.

L'évêché et le chapitre de Noyon furent supprimés par la loi du 12 juillet 1790 et la première fermeture de la cathédrale eut lieu le 22 novembre de la même année par ordre des administrateurs du district, mais l'édifice fut rouvert le 17 juillet 1791 pour l'abbé Coupé, prêtre assermenté, ancien curé de Sermaise1. En 1792, un charpentier, nommé Herbet, brisa sur place les neuf cloches de la cathédrale et le gros bourdon du poids de 18,000 livres dont le battant se trouve au pied de l'escalier des tribunes de la nef. On envoya les morceaux à la fonte à Paris, avec les cinquante-huit cloches des autres paroisses de Noyon2. En exécution d'un arrêté de Dumont et Levasseur, représentants du peuple en mission dans l'Oise, Antoine Parisot pesa le 15 lévrier 1793 tous les objets en cuivre qui se trouvaient dans la cathédrale avant de les envoyer à Amiens pour fabriquer des canons3. Ainsi disparurent toutes les lames de cuivre incrustées sur les tombes des évêques du xrve, du xve et du xvie siècle, les plaques funéraires et les statues de bronze qui décoraient l'édifice. Le 10 août de la même année, les archives du chapitre furent brûlées en dehors de la ville. Le 23 octobre suivant, les administrateurs du district s'emparèrent des châsses, des statuettes, des ornements et de tous les objets précieux du trésor pour les envoyer à Paris4, mais un sacristain, nommé Eustache Rohault, recueillit les reliques et les enterra le lendemain dans le préau du cloitre. La châsse de saint Eloi, placée sous le maîtreautel, resta dans la cathédrale jusqu'au mois de novembre.

La municipalité décida le 28 octobre 1793 que les statues des portails seraient brisées et que toutes les sculptures des tympans

1. Briere, Manuscrit Lucas, dans le Bulletin du Comité archéologique de Noyon, t. XI, 1895, p. 250.

2. Briere, Manuscrit Lucas, dans le Bulletin du Comité archéologique de Noyon. t. XI, 1895, p. 225.

3. Boulongne, Inscriptions lumulaires de l'église Notre-Dame de Noyon, p. 23.

4. Brière, Manuscrit Lucas, dans le Bulletin du Comité archéologique de Noyon, t. XI, 1895, p. 252.

et des soubassements seraient mutilées1. Cet acte de vandalisme fut exécuté le lendemain aux frais de la ville. Les ouvriers jetèrent quelques fragments de sculptures dans un caveau qui se trouve sous la tour du nord. On en a retiré deux grands morceaux d'une statue d'évêque du xme siècle en 18562. Au moment où un maçon allait briser le maître-autel, André Dumont, député à la Convention, qui était de passage à Noyon, fit observer que ces sculptures avaient un sens mythologique et sauva cette œuvre d'art du marteau révolutionnaire. La première fête de la déesse Raison fut célébrée à la cathédrale le 20 novembre 1793.

Après toutes ces mutilations, la nef et les bas côtés de la cathédrale furent transformés en écurie au mois de février 1794 : on y logea jusqu'à 800 chevaux. Le transept fut converti en magasin à fourrages et le chœur devint une salle de danse où les citoyens se réunissaient tous les décadis3. Après la réouverture de la cathédrale, le 4 juin 1795, on installa dans la tour du sud la cloche de la paroisse de Saint-Martin, fondue en 1743 4. Le 20 août suivant, les reliques de saint Médard, de saint Eloi, de saint Mummolin et de sainte Godeberte furent exhumées du préau du cloître5. La cérémonie de la translation, célébrée le dimanche 23 août, attira une foule immense à la cathédrale, mais une partie de l'édifice servait encore de grenier à foin, car une lettre du commissaire des guerres, datée du 21 juillet 1796, constate que les fonds manquaient pour transporter les fourrages ailleurs 6. Un arrêté départemental du 23 septembre 1799 n'autorisa l'ouverture des églises que les jours de décadi et de fêtes nationales ou pour les enterrements ; mais cette mesure fut rapportée le 26 novembre et Notre-Dame de Noyon rouvrit définitivement ses portes le 1er décembre. En décrétant la conservation des édifices destinés au culte, les consuls sauvèrent la cathédrale, qui aurait pu

1. D'après Levasseur, Annales de V église cathédrale de Noyon, p. 709, la scène du jugement dernier était sculptée sur le tympan du portail central dont les statues représentaient saint Éloi, sainte Godeberte, Hérode.

2. Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, t. VI, p. 247.

3. Brière, Manuscrit Lucas, dans le Bulletin du Comité archéologique de Noyon, t. XI, 1895, p. 254.

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