‹ Collected papers (volume 3)Chapitre 20 sur 23 · DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCHÉOLOGIE · texte numérisé non relu

DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCHÉOLOGIE

PROFESSEUR A L'ÉCOLE DES CHARTES

MEMBRE DE LA COMMISSION DES MONUMENTS] HISTORIQUES

PARIS SOCIÉTÉ GÉNÉRALE D'IMPRIMERIE ET D'ÉDITION

ANCIENNE IMPRIMERIE LEVÉ

71, rue de Rennes, 71

L'EGLISE DE TRI EL

Bâtie pendant le second quart du xiii® siècle et remaniée dès la fin du xiii^ siècle à la suite de l'effondrement de toutes ses voûtes d'ogives supérieures, puis au xv^ et au xvi^ siècle, cette église offre un excellent exemple d'agrandissements successifs nécessités par l'augmentation du nombre des paroissiens (1). Son plan primitif comprenait une nef, deux bas-côtés, un transept très étroit dont les croisillons étaient mal plantés et un grand chevet plat flanqué de deux collatéraux, suivant im tracé très répandu dans l'Ile-de- France, par exemple à Andrésy, à Cormeilles-en-Vexin, à Gaillon, à Jouy-le-Moutier, à Louveciennes et à Mareil- Marly (Seine-et-Oise).

Le plan actuel est très irrégul'er par suite des additions du XV® siècle, à savoir : la chapelle du collatéral nord, le second bas-côté méridional qui se prolonge jusqu'à l'abside à travers le croisillon sud et la grande chapelle établie au nord du transept et de l'ancien chœur. L'abside à cinq pans de la Renaissance, terminée vers 1554, qui s'ouvre sur le sanctuaire duxiii^siècle est entourée d'un déambulatoire emboîté dans un chevet plat et flanqué de trois chapelles angulaires. Classée parmi les monuments historiques vers 1850, l'église de Triel avait été rayée en 1887 de la liste officielle sous prétexte qu'elle menaçait ruine, mais M. l'inspecteur général Selmersheim la fit reclasser en 1894. La restauration de la

(1) J'avais déjà décrit celte église dans le BuUeiin de la Commission des antiquités de Seine-el-Oise, 1886.

E. Chauliat, deL

Plan de l'égUse de Trlel.

L EGLISE DE TRIEL Û

nef qui fait grand honneur à notre confrère, M. A. Ventre, fut commencée en 1911 et achevée en 1915.

Nef. — Un peu plus ancienne que le chœur gothique, la nef se divise en quatre travées : la dernière est moins large que les autres pour contre-buter les piles occidentales de la croisée, comme dans plusieurs églises du moyen âge. Il faut y distinguer trois campagnes du xiii® siècle. A la première, qui se place vers 1240, j'attribue les six colonnes isolées avec leurs bases à tore aplati dépourvues de scotie, leurs chapiteaux à crochets et leurs tailloirs octogones, les grandes arcades en tiers-point rehaussées d'un bandeau entre trois boudins et les trois colonnettes posées au nord et au sud sur le tailloir de la première colonne. Elles correspondaient aux ogives dont le profil se composait sans doute d'une gorge entre deux tores, comme dans les bas-côtés et à Taverny, mais qui montaient à deux mètres plus haut que les clefs actuelles, comme le prouvent trois chapiteaux mutilés visibles dans le comble de la nef contre la pile sud-ouest de la croisée. Au sud, l'amorce d'un bahut et deux colonnettes du triforium primitif engagé dans la pile du transept prouvent que cette petite galerie de style rayonnant, ressemblait à celle qui est murée à l'ouest dans le croisillon méridional. Il n'existe aucune trace des fenêtres primitives.

On peut faire remonter au dernier quart du xiii^ siècle les quatre voûtes d'ogives et les doubleaux en tiers-point dont le tore en amande à filet saillant se profile entre deux baguettes, les petites clefs ornées de feuillages, les formerets toriques ■et les faisceaux de cinq petites colonnettes qui s'appuient sur les trois bases primitives. Le triforium appartient à la même période : ses petites arcades tréflées, au nombre de quatre •dans les trois premières travées et de trois dans la dernière, sont garnies de deux tores et surmontées d'un boudin horizontal qui passe sous le cordon mouluré des fenêtres hautes. Elles retombent sur de hautes colonnettes en délit dont les

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chapiteaux garnis de feuilles mal découpées font corps avec leurs tailloirs octogones.

Les fenêtres supérieures en tiers-point ne sont pas antérieures à la reconstruction des voûtes^ mais v-ers la fin du xiii^ siècle les deux baies de la troisième travée f rent remplacées par une rose à six lobes et deux quatre-feuilles inscrits dans l'ouverture des formerets^ suivant une disposition adoptée à Champagne (Seine-et-Oise), à Cambronne-les- Clermont et dans le déambulatoire de la cathédrale de Beauvais. En passant sur le chemin de ronde extérieur du côté sud, on peut constater que le chanfrein des quatre lobes se raccorde maladroitement avec le biseau de l'arc de décharge. A l'ouest, le troisième architecte défonça le mur de la façade au niveau du triforium pour ouvrir une large baie en tierspoint encadrée par un filet saillant entre deux tores et par six colonnettes. M. Ventre a retrouvé les témoins de ses deux meneaux, de la rose à six lobes et des deux trèfles du réseau dont le profil ne porte pas l'empreinte du style raffiné du xiv^ siècle.

Malgré la reconstruction des parties hautes de la nef, ses murs continuèrent à boucler sous le triforium et les colcnnes isolées perdirent leur aplomb, comme à Taverny et dans le chœur de Bury (Oise). Au xvi^ siècle, des étrésillons formés de deux poutres superposées et de quatre contre-fiches furent posés en travers du vaisseau central. Il devenait urgent de reprendre les colonnes en sous-œuvre et de remédier au déversement. M. Ventre se mit à l'œuvre en 1911. Il commença par faire monter des murs sous les grandes arcades et sous les doubleaux des bas-côtés pour soutenir la nef en l'air pendant le redressement des colonnes quiétaient dépourvues de fondations. Un chaînage qui part des piles occidentales de la croisée fut établi au niveau du triforiimi et vient s'ancrer dans la façade. Des poutres d'acier enrobées dans du béton et perpendiculaires à ce chaînage relient les murs goutterots fiux culées sous de nouveaux arcs-boutants dissimulés dans

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Église de Triel.

Travées nord de la nef.

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îes combles des bas-côtés. Au décintrage, qui eut lieu en 1913, le tassement fut insignifiant.

Bas-côtés. ■ — ■ Les quatre voûtes d'ogives du bas-côté nord remontent à la première campagne du xiii® siècle. Leur profil se compose d'une gorge entre deux tores, comme •dans les cathédrales de Chartres et de Soissons. Les mêmes moulures décorent les doubleaux en tiers-point et les clefs sont cerclées de feuillages. L'appareilleur avait mal calculé l'espace nécessaire à la retombée des arcs sur les tailloirs des grosses colonnes, car deux boudins des grandes arcades viennent buter sur les ogives. Le tore des formerets en tierspoint a été bûché. Toutes les piles engagées où les courbes concaves alternent avec des bandeaux furent refaites au XV® siècle en même temps que les trois fenêtres en tiers-point. Dans la quatrième travée s'ouvre une petite chapelle de la même époque voûtée d'ogives à moulures piriformes : sa fenêtre est recoupée par un meneau qui porte deux arcs trèfles et un soufflet.

Le bas-côté sud a conservé ses quatre voûtes d'ogives et les cinq colonnettes engagées de ses piles du xiii® siècle dont les chapiteaux à crochets et les tailloirs carrés sont encore intacts. Un arc en tiers-point, garni de quatre boudins et soutenu par six colonnettes , le fait communiquer avec le transept comme l'autre collatéral. Le porche méridional est adossé à la première travée où l'on voit des fonts-baptismaux du XVI® siècle à deux bassins, comme en Bretagne, mais les murs des trois autres travées furent défoncés au xv® siècle quand on construisit le second bas-côté. L'architecte n'hésita pas à bûcher le pied des culées du xiii® siècle pour les transformer en piles à pans coupés. Les trois voûtes d'ogives et leurs doubleaux à moulures piriformes s'appuient sur des piles ondulées entre les fenêtres en tiers-point. Les deux premières baies sont recoupées par trois meneaux reliés par des arcs trèfles et surmontés de mouchettes et de soufflets.

b I EGI ISE DE TRIEL

La troisième fenêtre plus étroite comme la dernière travée de la nef ne renferme que deux meneaux.

Transept. - — La plantation du transept^ dont l'axe longitudinal forme trois brisures^ est très défectueuse. La croisée forme un rectangle . comme dans beaucoup d'églises du moyen âge : le faible espacement de ses quatre piles s'explique par l'existence d'un ancien clocher central reconstruit à l'époque moderne. La voûte d'ogives centrale refaite à une époque avancée du xiii^ siècle. comme celles delà nef. est ornée d'i n tore à fdet saillant entre deux baguettes. La voûte primitive se trouvait à un niveau plus élevé^ comme le prouve l'ancien doubleau en tiers-point méridional. Sonprofd exceptionnel, comme celui des quatre arcs d'encadrement inférieurs, se compose de quatre gorges bordées de baguettes.

E. Chauliat, del.

Plan et détail d'une pile de la croisée.

Les quatres piles de la croisée parfaitement homogène^, malgré quelques apparences trompeuses, méritent d'attirer l'attention. Leur plan très original se compose de deux

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groupes d'une colonne entre deux colonnettes vis-à-vis de la nef et des bas-côtés et d'une colonnette qui reçoit une nervure de la voûte centrale. Les huit gorges qui l'encadrent sont flanquées de deux baguettes qui se réunissent en pointe au niveau des bases. Ce curieux profil qui se continue sur les doubieaux se rencontre autour des fenêtres du transept à Taverny et des chapelles rayonnantes de la cathédrale de Bayeux^ mais je n'en connais aucun exemple sur une pile gothique. Le premier architecte se proposa sans doute d'éviter la saillie de multiples colonnettes qui auraient masqué la vue du chœur. On sait qu'à Notre-Dame de Paris les piles occidentales de la croisée sont flanquées de pilastres pour la même raison.

Le croisillon nord porte l'empreinte de deux époques du xiii'^ siècle bien différentes. La partie basse avait été construite en même temps que les grandes arcades de la nef^ mais au XV® siècle on perça dans le mur de fond un arc en tiers-point aujourd'hui bouché pour faire communiquer le transept avec la grande chapelle du nord. Après l'écroulement de la voûte primitive remplacée par une croisée d'ogives à trois tores plus basse on dérasa toute la partie haute vers la i\n du xiii® siècle pour remonter à l'est et à l'ouest un triforium identique à celui de la nef. Ses arcades tréfléeS;,au nombre de quatre de chaque côté^ retombent sur de hautes colonnettes dont les chapiteaux sont ornés de crochets et de feuillages de meilleur style que dans la nef. Au-dessus du triforium une rose à six lobes entre deux quatre-feuilles s'encadre dans un formeret comme dans une travée du vaisseau central. Dans le mur de fcnd^ au niveau de la coursière^ une fenêtre en tierspoint recoupée par un meneau qui porte deux arcs brisés et une rose s'ouvre sous une profonde voussure.

Le croisillon sud qui menace ruine^malgré les étais appuyés sur ses angles, est une des parties les plus intéressantes de l'église. L'architecte qui fut chargé d'agrandir l'église au XV® siècle commit l'imprudence de percer ses trois murs pour

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le relier au nouveau bas-côté sud en l'allongeant d'une travée basse voûtée d'ogives piriformes et éclairée par une fenêtre à réseau flamboyant. En se retournant vers les piles da la croisée, on peut voir des traces d'inexpérience imputables aux appareilleurs du xiii® siècle. A droite, la colonnette destinée à soutenir l'une des nervures de la voûte d'ogives fait corps avec un boudin de l'arcade qui donne accès dans le

A. Ventre, del.

Triforium du croisillon sud.

bas-côté sud du chœur : plus haut elle est coupée par deux chapiteaux sans fonction qui dissimulent un hors d'aplomb : A gauche une colonnette présente le même porte-à-faux, mais il ne faudrait pas s'imaginer qu'une tribune eut été prévue à mi-hauteur du croisillon.

Les témoins du triforium primitif qui ressemblait à ceux de Saint-Denis, de la nef de Gonesse,duchœurdeCormeilles-en-

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Vexin et de Cambronne-les-Clermont (Oise), de Brie-Comte- Robert et des premières travées de Saint-Séverin de Paris sont bien visibles au fond du croisillon sud en avant d'une clairevoie établie après coup au xv® siècle dont chaque meneau porte deux arcs trèfles et un soufflet entre deux mouchettes. Les éléments de cette galerie du xiii^ siècle, bordée d'un bahut et aveuglée par un enduit à l'est et à l'ouest, se composaient de colonnes en délit reliées par des petits arcs trilobés et d'un trèfle qui s'encadrait sous chaque arcade en tierspoint. Des tores se profdent sur tous les claveaux. Le mur de fond était plein, mais l'architecte y avait ménagé des arcs de décharge, comme à la cathédrale d'Amiens et à Saint-Père de Chartres. Dans chaque mur latéral s'ouvrait une grande fenêtre en tiers-point du xiii® siècle recoupée par un meneau central et deux arcs brisés qui soutenaient une petite rose, mais on l'a bouchée à l'époque moderne, comme la grande baie flamboyante percée dans le mur de fond.

Chœur gothique. — Cette partie de l'église qui remonte au xiii^ siècle a subi les mêmes remaniements que la nef, mais le chevet plat et la seconde travée du nord furent démolis au milieu du xvi® siècle par l'architecte de l'abside. La première voûte, dont les ogives à trois tores identiques à celles du transept précèdent une voûte du xvi® siècle à nervures plates, retombe sur un faisceau de cinq colonnettes du XIII® siècle qui correspond à des colonnes isolées de la même époque. Il ne faut pas voir un exemple d'alternance dans le sanctuaire primitif qui se composait seulement de deux travées. Les chapiteaux des deux colonnes intermédiaires ornés de crochets bien découpés et leurs tailloirs octogones à gorge centrale sont plus élégants et sans doute un peu plus jeunes que ceux de la nef. L'étrésillon posé au xvi® siècle pour arrêter le bouclement des murs est encore en place.

Au sud, les deux arcades en tiers-point se distinguent par leur ouvert ure ixiégale • la plus étroite est voisine de la croisée,

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ce qui est parfaitement logique. Leurs claveaux, garnis de trois tores, retombent d'un côté sur une pile de la croisée, de l'autre sur des colonnettes qui étaient engagées dans l'ancien mur du chevet. Au nord, la première travée est seule intacte, car la seconde fut remplacée au xvi^ siècle par un arc en plein cintre oblique qui suit la courbe d'une ogive du bas-côté.

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Chapiteau du chœur.

Vers la fin du xiii^ siècle, le triforium primitif de la première travée dont une colonnette est encore posée au sud sur l'amorce d'un bahut fut remplacé par trois arcades tréflées qui s'appuient sur de longues colonnettes comme dans la nef et le croisillon nord. En même temps, on ouvrit au nord une baie en tiers-point, mais la fenêtre correspondante est une œuvre du xv^ siècle. Dans la seconde travée, le triforium

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supprimé au nord au xvi^ siècle est recouvert d'un enduit au sud.

Les bas-côtés primitifs du chœur sont recouverts de voûtes ■d'ogives du xiii^ siècle dont la gorge centrale se profile entre deux tores comme sur le doubleau intermédiaire. On voit encore au sud un faisceau de cinq colonnettes jadis engagées dans le mur extérieur^ mais les formerets ont disparu quand l'architecte du xv^ siècle fit communiquer la chapelle d'angle avec ce collatéral. Au sud, l'arcade en tiers-point qui donne accès dans le déambulatoire traverse l'ancien mur de fond suivant la courbe du formeret primitif. Il faut en conclure que le chevet plat primitif se trouvait à l'alignement de la route de Cheverchemont. La chapelle méridionale est une ceuvre du xv® siècle^ comme le prouvent le profil de ses deux voûtes d'ogives, les claveaux arrondis des deux arcades qui s'ouvrent sur le bas-côté et ses trois fenêtres à réseau flamboyant.

La grande chapelle du nord, recoupée par la cloison de la sacristie, communiquait avec le croisillon et avec le bas-côté contigus. Pour agrandir le chœur latéralement à la fin du xv^ siècle, il fallut planter au droit de la grosse colonne du xm® siècle une colonne cannelée dont la frise se compose de coquilles reliées par un câble et qui soutient d'un côté les basses voûtes du xiii® siècle et de l'autre des nervures piriformes. Deux autres i iles octogones servent de point d'appui aux six voûtes d'ogives de la chapelle et à leurs doublcaux en tiers-point garnis de moulures en pénétration qui retombent également sur des culs -de-lampe à figurines engagés dans le mur extérieur. Les cinq fenêtres en tiers-point, divisées par deux meneaux, conservent leur remplage flamboyant.

Abside et crypte de la Renaissance. — Suivant le projet de l'architecte qui allongea le chevet au milieu du xvi^ siècle, le chœur du xiii® siècle, ses bas-côtés et les chapelles latérales du xv® siècle devaient être remplacés par un large

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transept dont les amorces sont bien \dsibles dans les conible& de la chapelle du nord. On y voit les chapiteaux corinthiens des grosses colonnes engagées qui devaient soutenir des voûtes identiques à celles de l'abside. Au sud, le retour d'équerre du mur, l'amorce d'une fenêtre de la Renaissance derrière la baie flamboyante de la chapelle d'angle et les harpes del'appareil prouvent la même intention.

Comme la nouvelle abside était beaucoup plus large que le chevet plat du xiii^ siècle, le maître de l'œuvre reporta son axe vers le nord. Il fut donc obligé de raccorder de ce côté le& deux constructions par une travée oblique, mais ce n'était

E. Chauliat, del.

Plan de la crypte.

pas la seule difficulté à résoudre. Ne pouvant songer à supprimer la vieille route qui montait sur le plateau de l'Hauthil^ il la fit passer dans un souterrain dont la voûte en berceau plein cintre s'appuie sur cinq doubleaux. De l'autre côté du chemin, il jeta les fondations d'une crjq^te pour racheter la différence de niveau, comme à la cathédrale de Bourges, à S^int-Ai^nan de Chartres et'à Rosnay-l' Hôpital (Aube), car

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les cryptes gothiques n'étaient plus destinées à renfermer des tombeaux de saints. Son plan très original ne coïncide pas avec celui du chevet.

L a partie centrale de la crypte^ divisée par un mur de refend qui porte une voûte en berceau transversal, se termine par trois pans coupés. L'escalier de descente bouché par une dalle aboutit dans ce réduit : on peut d'ailleurs pénétrer dans la crypte par deux portes qui s'ouvrent dans le souterrain aux

E. Chauliat, del.

Clef de voûte de la crypte.

extrémités du déambulatoire. Cette large galerie, limitée par cinq pans coupés, est recouverte par cinq voûtes d'ogives dont le boudin central se profde entre deux doucines. Des rosaces et une tête humaine encadrée de feuillages se détachent sur les clefs. Dans les deux travées droites s'ouvre une baie re-

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coupée par un meneau, deux arcs cintrés et un cercle : deux oculisont percés dans chaque pan coupé. Pour mon ter le chevet platetla chapelle centrale triangulaire qui fait seule saillie sur le mur droit^ l'architecte planta au centre et aux angles une forte pile isolée^ de forme carrée^ destinée à soutenir deux voûtes en berceau qui se pénètrent. Ce parti très original avait l'avantage de diminuer le cube des maçonneries du soubassemenfetd'é\dter la construction de trois chapelles basses.

E. Chauliat, del.

Mélaillon de la voûte de l'abside.

L'abside, élevée de six marches pour donner une hauteur suffisante au passage souterrain, se compose d'une large travée qui précède cinq pans coupés. Sa partie droite est recouverte d'une voûte d'ogives dont le large boudin très aplati est flanqué de fines baguettes et de listels, profil assez rare qui se retrouve dans le chœur d'Ennery,près de Pontoise. Les

Église de Triel.

Abside.

l'église de triel 15

quatre liernes viennent buter au milieu de chaque compartiment sur un quatre- feuilles qui renferme une rosace. Les six branches d'ogives qui rayonnent au-dessus de l'abside alternent avec sept liernes coupés par un losange central qui est décoré de feuillages^ mais l'un d'eux porte les trois croissants caractéristiques du règne de Henri II. Les formerets en plein cintre retombent sur le même pilastre que les autres arcs. La date de 1825 peinte sur le doubleau intermédiaire en plein cintre se rapporte au badigeonnage du chœur. Le premier doubleau, dont l'ouverture est plus grande, s'appuie

Profil des arcades de l'abside.

sur une pile flanquée de quatre grosses colonnes surmontées, comme celles qui correspondaient à l'entrée des croisillons amorcés, de chapiteaux corinthiens et d'un entablement décoré de denticules. Sur la pile nord plantée à l'alignement de l'ancien mur extérieur du bas-côté, trois corbeaux soutiennent une ogive du xiii® siècle, un doubleau et une nervure du xv^ siècle.

Les six colonnes isolées qui supportent les grandes arcades en cintre surbaissé^ garnies d'une large moulure convexe, de baguettes et de listels, reposent sur des socles très hauts et sur des bases attiques flanquées de griffes. Les deux premières ont un diamètre plus fort que les autres. Un entablement couronne les chapiteaux doriques cerclés d'un rang d'oves. Au-

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dessus s'élève un pilastre cannelé flanqué de deux colonnettes galbées suivant une disposition qui se retrouve dans les bas-côtés de Saint-Maclou de Pontoise et de Saint-Eustache de Paris. La frise surmontée de denticules qui règne sous les fenêtres fut malheureusement mutilée en 1870^ sauf la figure du Christ bénissant. Elle représentait les apôtres et deux autres saints^ comme à Ennery et à Epiais (Seine-et- Oise). Au nord, la fenêtre en plein cintre de la première travée

Chapiteau de l'abside.

E. Chauliat, del.

est recoupée par deux meneaux qui portent trois arcs cintrés et un cercle entre deux mouchettes sans redents. Au sud, une baie de la même forme renferme un cercle entouré de cinq petites roses, comme dans le transept d'Ennery. Les fenêtres qui éclairent l'abside sont divisées par un seul meneau qui soutient deux arcs et un cercle, mais dans la baie

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centrale l'archivolte encadre deux consoles en forme d'S pour ne pas nuire à l'effet du vitrail.

A l'entrée du déambulatoire, deux grosses colonnes engagées, reliées par un arc en plein cintre, précèdent une voûte d'ogives rectangulaire. Le tore aplati des nervures, encadré par des listels, des baguettes et des cavets vient buter sur une clef garnie d'une large fleur à cinq pétales. Les formerets décrivent une courbe en plein cintre et les voussoirs des compartiments fort bien appareillés ont les dimensions d'une brique comme dans beaucoup d'églises du xvi^ siècle. Dans les cinq autres travées, les croisées d'ogives dont le profil est

Profil des ogives du déambulatoire et de l'abside.

identique sont montées sur un trapèze et retombent sur des colonnettes galbées à chapiteaux corinthiens. Les pilastres rudentés intermédiaires couronnés de chapiteaux ioniques s'élèvent à un niveau supérieur afin que la courbe des doubleaux en plein cintre soit surbaissée et non pas surhaussée : leur profil ressemble à celui des grandes arcades du sanctuaire.

Le chevet plat avec ses deux chapelles d'angle et sa chapelle centrale offre une disposition analogue à celui de Saint- Etien ne de Beauvais, mais l'architecte de Triel qui a tracé son plan sur des dimensions plus modestes n'eut pas besoin^ com-

IS

L EGLISE DE TRIEL

Chapelle angulaire du nord-est.

E. Chauliat, deL

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me à Saint- Jean de Troyes,de monter une pile isolée devant les chapelles d'angle formées de deux pans coupés comme celles de l'axe. Il les encadra toutes les trois par deux colonnes engagées à chapiteaux ioniques. Vu leur faible profondeur^ une seule branche d'ogives qui vient buter sur la clef d'un arc surbaissé en retombant sur un cul-de -lampe suffit à voûter chacun de ces triangles. Quatre coquilles se détachent sur les voûtains de la chapelle du nord, sans doute parce qu'elle était sous le vocable de saint Jacques et quatre rosaces de feuillages décorent les compartiments de remplissage de celle du sud. Les fenêtres en plein cintre du déambulatoire, divisées par un meneau qui correspond à un cercle entre deux arcs,, alternent avec des baies dont le remplage se compose de deux meneaux, d'une ellipse et de deux mouchettes sans redents.

Extérieur. — La façade du xiii^ siècle, épaulée par quatre contreforts à larmiers, conserve un portail en tiers-point très simple. Le tympan nu est encadré par deux boudins qui retombent sur quatre colonnettes et sur des chapiteaux garnis de feuillages comme les corbeaux placés sur le linteau. Le fenestrage effrité de la grande baie supérieure en tierspoint dont les meneaux avaient été remplacés par des poteaux de bois a été remonté par M. Ventre qui en a retrouvé les amorces.

Au nord, les arcs-boutants doivent être attribués au xv^ siècle, comme les quatre culées amorties par deux pinacles, mais ceux du sud sont l'œuvre de l'architecte qui refît le triforium et les voûtes de la nef: un chemin de ronde contourne toute l'église au niveau des fenêtres hautes. Le porche, adossé à la première travée du bas-côté sud et bâti au xv® siècle par le même architecte que celui de l'église de Poissy, était recouvert d'une voûte d'ogives dont les nervures piriformes se sont efîrondrées, vu la mauvaise qualité de la pierre. On y entre par deux arcades en tiers-point très effritées qui

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étaient ornées de niches et de dais^ comme les piles d'angle. Au fond s'ouATe un portail qui donne accès dans la première travée du bas-côté sud. Les vantaux^ garnis de médaillons à têtes et d'éléments décoratifs de la Renaissance, viennent se rejoindre sur une clef pendante qui reçoit deux arcs en anse de panier. Ce curieux système de retombée, appliqué •dès le xii^ siècle aux portails de Saint-Pierre-le- Vieux à Perpignan et de Sainte-Claire de Zamora en Espagne, se rencontre dans les portes flamboyantes de Limay et de Poissy^ à Sauveterre-de-Béarn, dans le chœur d'Oiron. Les piédroits, garnis de niches, correspondent aux redents trèfles de l'archivolte en tiers-point. Dans le tympan, la main bénissante du Père éternel se dissimule au milieu de rayons, comme à Poissy. Le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe mutilée, est encore visible et les fleurons martelés devaient soutenir la Vierge et l'ange de l'Annonciation.

E. Chauliat, del.

Gargouille du bas-coté sud.

Au nord, la nef est épaulée par des arcs-boutants du xv® siècle qui s'appuient sur des contreforts couronnés de pinacles de la même époque. On aperçoit quelques témoins de

LÉGLISE DE TRIEL 21

ja balustrade formée de petites arcades en lancette. Sur la face méridionale^ les arcs-boutants primitifs ont été remplacés à la fin du xiii^ siècle^ quand on a refait les voûtes de la nef. Entre les baies flamboyantes^ les contreforts du xv^ siècle sont ornés de pinacles et de gargouilles qui représentent des chimères, mais les murs extérieurs, dont la pierre est de mauvaise qualité, s'effritent comme la corniche. Le transept, surmonté d'une tour centrale moderne enduite de plâtre qui a remplacé le clocher primitif, est flanqué au nord-ouest d'une tourelle d'escalier du xiii^ siècle amortie par une flèche de pierre octogone et au nord-est de la chapelle flamboyante déjà décrite. Le croisillon sud, allongé au xv^ siècle, menace ruine, mais il est solidement étayé : on y entre par une petite porte en anse de panier. Au-dessus de la grande fenêtre flamboyante, le pignon du xv^ siècle, flanqué de pinacles, est orné d'une corniche et de crochets de mauve frisée.

L'abside, reconstruite au xvi^ siècle, est bâtie sur la crypte et sur un passage souterrain dont la voûte en berceau s'appuie sur des doubleaux en plein cintre. Ses trois chapelles reposent sur des piles d'angle isolées. Dans le mur du déambulatoire s'ouvrent des fenêtres à meneaux du style de la Renaissance, comme la corniche garnie de triglyphes et de denticules qui porte une balustrade ajourée. Les arcs-boutants, dont l'écoinçon est évidé, retombent sur des culées amorties par des rinceaux qui passent sous des consoles. Au pied de la croupe, des modillons soutiennent également une balustrade. Du côté sud, contre le chevet plat d'une chapelle flamboyante, on voit le jambage d'une fenêtre qui aurait éclairé le transept projeté par l'architecte du sanctuaire.

Vitraux. — Les belles verrières du xvi^ siècle ont été étudiées avec le plus grand soin par le chanoine Marsaux (1).

(1) Mémoires de la Société historique de Ponloise et du Vexin, t. XIV. 1892, p. 17.

22 l'église de triel

Je me bornerai donc à les décrire sommairement. Dans la «acristie accolée au croisillon nord^ on remarque une Trinité et un écu aux armes parlantes de la famille Coquerel. La chapelle voisine conserve quelques panneaux où le Christ est flanqué de deux anges tenant les instruments de la Passion au-dessus de saint Hubert, à genoux devant le cerf, de saint Jean tenant l'agneau et de saint Fiacre, une bêche à la main. La fenêtre centrale de l'abside renferme la Crucifixion. Dans la première travée nord du rond-point, un arbre de Jessé se détache sur un fond bleu : les panneaux inférieurs et deux autres à droite sont neufs. La verrière suivante, donnée en 1557 par Thomas Mercier, marchand de Meulan, est consacrée au martjTc de saint Sébastien, patron des archers. Plus haut, saint Roch en pèlerin est accompagné de son chien, saint Martin coupe en deux son manteau et saint Nicolas ressuscite les trois enfants.

La chapelle qui s'ouvre dans l'angle nord-est du déambulatoire renferme dans son premier vitrail des scènes de la vie ^ie saint Nicolas. Il se baigne aussitôt après sa naissance, puis il fait l'aumône pendant la nuit à l'une des trois jeimes iilles qui trouve la bourse à son réveil. Un navire qui va sombrer est sauvé par son intervention : aussi les mariniers l'avaient-ils adopté pour patron. Deux panneaux donnés par Mathurin Le Bailly et sa femme représentent saint Mathurin qui baptise ses parents et qui exorcise la fille de l'Empereur d'Autriche. La seconde verrière, datée de 1554, mais beaucoup trop restaurée, retrace la légende des pèlerins de Saint- Jacques, victimes d'une servante de Toulouse qui cache une tasse d'argent dans un de leurs sacs et sauvés par le saint qui fait chanter un coq à la broche pour convaincre le juge de leur innocence.

A l'angle opposé du chevet, la Transfiguration du Christ, rehaussée par des rayons de jaune à l'argent, mérite une mention spéciale pour sa composition et sa technique. Moïse -et Elie apparaissent dans les nuages : en bas saint Pierre,

E . Lefèvre-Pontalis, phot.

Eglise de Triel.

Vitrail de la Transfigaration.

l'église de triel 2Î

saint Jacques et saint Jean tiennent des phylactères. Les armes des donateurs inconnus se retrouvent sur les vantaux du portail méridional. A côté^ le baptême du Christ est moderne, mais la décollation de saint Jean-Baptiste date du xvi^ siècle. Les habitants du hameau de Cheverchemont, au-dessus de Triel, donnèrent la grande grisaille de la mort de la Vierge qui est très remarquable. Dans la chapelle flamboyante bâtie au sud du chœur, il faut signaler le repas de Jésus chez Simon, puis en descendant le bas-côté méridional un médaillon de la Cène, l'entrée du Christ à Jérusalem, la Crucifixion et la Résurrection, datée de 1574. Toutes les verrières de Triel, faussement attribuées à l'école deBeauvais, sont l'œuvre des ateliers parisiens.

PARIS. SOC. GÉNÉR. d'iMPR. ET d'ÉDIT., 71, RUE DE RENNES

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