‹ Collected papers (volume 4)Chapitre 14 sur 43 · ÉGLISE DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-PIERRE

Cette église, citée dans une charte de 1058, fut reconstruite au XI II" siècle et ruinée pendant la guerre de Cent ans. L'évêque Geoffroi Herbert posa la première pierre de l'édifice actuel le 23 avril 1494, mais des chapiteaux à crochets du XIII^ siècle, des arcatures entiers-point, des bandeaux formés de petits quatre-feuilles en creux, des corniches à crochets, apparaissent encore dans la souche du clocher occidental, au sommet des murs de la nef, des bas-côtés, des croisillons et du chœur. Enfin, la tourelle d'escalier du bras nord du transept doit être attribuée à la même époque. L'étude de cet édifice fait parfaitement comprendre comment la nef et la façade de la cathédrale du XI'^ siècle ont pu être rhabillées à l'époque gothique. Le plan de l'église se compose d'une nef de cinq travées, de deux collatéraux, d'un transept surmonté d'une tour-lanterne centrale, et d'un chœur à cinq pans entouré d'un déambulatoire qui communique avec trois chapelles rayonnantes.

Les voûtes d'ogives et les doubleaux en tiers-point de la nef du XVI'' siècle sont garnis de moulures prismatiques. Les grandes arcades, qui décrivent la même courbe, retombent sur des piles rondes, et leurs moulures viennent pénétrer dans le sommier. Entre la première et la seconde travée, les supports cylindriques ont un diamètre plus fort, parce quelles portent le clocher occidental. Des culots normands, en forme d'entonnoir coudé, sont scellés dans l'écoinçon des grands arcs pour soutenir les doubleaux. et les colonnettes des ogives prennent leur point d'appui sur

la galerie de circulation, bordée d'une balustrade de style llamboyant. Un élégant rinceau se déroule au même niveau. Plus haut s'ouvrent des baies hautes, dont le remplage se compose dun meneau central, de soufflets et de mouchettes. I.a chaire, du XVI 1' siècle, provient de l'abbaye de La Luzerne, et les stalles doivent être attribuées au XVP siècle. Dans les bas-côtés, les ogives, les doubleaux et les formerets retombent sur une seule colonne engagée, suivant la tradition normande.

Les quatre piles de la croisée, en forme de quatre lobes, sont cantonnées de quatre colonnettes d'angle et reliées par des arcs en tiers-point. Des moulures en pénétration se profilent sur leurs claveaux, qui portent une magnifique lanterne octogone de la Renaissance, soutenue sur quatre pendentifs, et voûtée par seize nervures à fines baguettes, comme celle de la cathédrale. Cette tour, commencée en 1550, d'après l'inscription gravée sur les socles des colonnes inférieures, fut terminée en 1581. Les comptes mentionnent les noms de Richard Vatin et de Guillaume Le Roussel, maîtres-maçons, qui travaillèrent à sa construction. Au premier étage, seize colonnes corinthiennes, à socle très haut, se détachent dans l'axe et dans les angles des pans coupés. Leurs chapiteaux reçoivent des arcatures en plein cintre, surmontées d'arcatures moins hautes, dont les pilastres encadrent des baies cintrées.

Un second rang de seize colonnes, de plus faible diamètre, sert de point d'appui aux ogives, et les fenêtres supérieures en plein cintre sont désaxées sous des arcatures de la même forme. (]omme larchitecte a surhaussé les formerets, afin que l'axe des lunettes soit horizontal, il en résulte que les écoinçons, à l'extrados des nervures, ont une grande hauteur. On peut faire le tour de la lanterne à deux niveaux difï'érents.

Chaque croisillon, voûté par deux croisées d'ogives prismatiques, est éclairé par dix fenêtres à remplage flam-

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boyanl. qui conservent quelques débris de vitraux du XVI'' siècle, donnés pai'des corporations. Le passage, sous rap[)ui de ces baies, est bordé dune bahistrade flamboyante d'excellent style. Il laut signaler, dans le bras nord du transept, une inscription de 1582, qui concerne la fondation de deux messes par les maîtres-maçons de Coutances.

Le chœur, du XVI'" siècle, est recouvert de sept nervures, dont l'une rejoint la clef de l'arc triomphal. Les piles cylindriques et les arcs brisés sont du même type que danslaneL Au-dessus de la balustrade qui accompagne la galerie de circulation, les fenêtres, de style flamboyant, s'ouvrent sous une profonde voussure. Des verrières du XVI'' siècle, encore intactes, représentent les apôtres ; elles furent données par les forgerons et les bouchers de Coutances en 1505 et en 150fî. Nicolas Saurel, maître-magon, travaillait encore dans le rond-point en 1581.

Les voûtes d'ogives du déambulatoire, ornées de moulures à pénétration, se confondent avec celles des chapelles rayonnantes à trois pans coupés, dans trois travées où leurs compartiments de remplissage reposent sur six nervures. En face des colonnes isolées, un demi-fùt reçoit les doubleaux en tiers-point, et onze fenêtres à remplage flamboyant s'ouvrent dans les murs inférieurs du chevet. Les arcs-boutants de l'abside portent un chéneau sur leurs claveaux, et les culées conservent leurs gargouilles.

La façade occidentale forme le soubassement d'un grand clocher du XVI® siècle. Ses énormes contreforts, flanqués de pinacles flamboyants, s'élèvent au-dessus de sept petites colonnettes du XIII*" siècle. Leurs chapiteaux à crochets servaient de socles à des statues, comme au portail principal de la cathédrale. La porte, à boudin continu, est surbaissée, et des crochets de mauve frisée décorent son archivolte, en accolade, sous une grande fenêtre en tierspoint. On voit, plus haut, un rang de crochets du XIU^ siècle, puis cinq arcatures dont les colonnettes et les chapi-

teaux remontent à la même époque, et les archivoltes à fleuron au XVI' siècle.

La tourelle d'escalier, accolée au nord-ouest, est également une œuvre du XllI- siècle, car ses arcatures g'othiques se trouvent au même niveau que celles du clocher, sous un bandeau orné de petits quatre-feuilles et de crochets. Les murs du XIII'' siècle sélèvent donc encore à la moitié de la hauteur totale de la tour, mais ils disparaissent presque entièrement sous des placages du XVP siècle. Au nord, une horloge, incrustée après coup, porte la date de 1550; et l'auteur de ce travail a gravé son nom sur le contrefort à gauche: 3fl)(in If bl'ft01T. Le cadran méridional fut refait en 1604. Toute la partie haute de la cage descalier, décorée d'arcatures flamboyantes et couronnée de pinacles qui sortent d'une toiture en pierre, remonte au XVI" siècle, comme les murs supérieurs de la tour. L'avant-dernier étage est ajouré par quatre grandes baies en tiers-point, dont le meneau cruciforme encadre quatre remplages flamboyants. Une balustrade, du même style, contourne la base du dernier étage octogone, percé de huit baies en tiers-point et épaulé par huit petits arcs-boutants qui s'appuient sur des pinacles. Le dôme, à huit pans, garni décailles, qui forme le couronnement de la tour, porte un lanternon très élégant.

A l'extérieur, la tour-lanterne centrale porte aux quatre angles cette inscription :

ôanctf pftre ora pro nobie

Ses pans orientés sont ajourés aux deux étages par des baies jumelles en plein cintre. Des tourelles descalier. ornées d'arcatures et amorties par un lanternon, masquent les autres côtés. Une galerie de circulation, bordée par de petites arcades, contourne la base d'une courte flèche octogone ornée d'écaillés et de crochets.

E. Leièvre-Pontalis, phot.

Saint-Pierre de Coutances.

Tour-lanterne.

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Bibliographie. — Unrn Palustre : La Renaissance en France, t. II, p. •-iiU. — Le Cacheux : L'église Saint-Pierre de Coutances, dans La Normandie monuinentalc et pittoresque, Manche, t. I, 1899. p. 101.

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