LES INFLUENCES POITEVINES EN BRETAGNE
plusieurs autres écoles. On lui assigne comme limites les contins de l'Anjou, du Limousin et du Périgord, les bords de rOcéan. mais il faut reculer ses bornes dans la direction du nord et de l'est, en faisant observer qu'elle fit sentir son intluencc sur les églises du Dorât, près de Limoges, et de Cadouin (Dordognel, comme sur les fagades de Sainte-Croix de Bordeaux, de l'église de Petit-Palais, et sur les absides d'Aversan, de Begadam. de Loupiac et de Saint-Vivien (Girondej.
Notre confrère M. Deshoulières démontrera plus loin que les églises romanes du Berry se rattachent pour la plupai'l à l'école poitevine. On arriverait à la même conclusion en étudiant les églises de 1 Anjou avant le milieu du XIP siècle. Ainsi l'abside de l'église abbatiale de Fontevrault est du style poitevin le plus pur. et les sondages pratiqués par M. Magne dans le carré du transept ont prouvé que les bascôtés auraient élé bâtis suivant les mêmes principes, si le second architecte avait adoptt' les projets de son prédécesseur, au lieu de monter des coupoles sur une nef unique. L'église de Cunault. près de Saumur. ressemble à celle de Saint-Jouin-de-Marnes, en Poitou. L'église du Ronceray, à Angers, est poitevine non seulement par sa structure, mais aussi par l'appareil décoratif de son chevet. Les arcades de la salle capitulaire et la porte du réfectoire de l'abbaye de Saint-Aubin, dans la même ville, sont décorées suivant les formules de lart poitevin. En Touraine. l'église abbatiale de Beaulieu. les portails de Parçay-sur-Vienne et de Saint- Ours de Loches, garnis de motifs variés sur chaque claveau, se rattachent à la même école.
11 ne faut donc pas s'étonner de constater dans certaines églises romanes et gothiques de la Bretagne des traces évidentes d'une influence venue du Poitou. Ainsi le déambulatoire de l'église de Loctudy (Finistère;, le portail de l'église Saint-Sauveur de Dinan, flanqué de deux grandes arcatures, comme celui de l'église abbatiale de Lohon. et dont les
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claveaux sont décorés de niolils variés, présentent des caractères poitevins bien tranchés. Kn outre, les architectes bretons semblent avoir adoi)lé de préférence à tous les autres supports le plan des piles spéciales aux églises du Poitou, qui consiste à souder les colonnes les unes aux autres, au lieu de les engager dans des angles rentrants.
Sans doute, on rencontre parfois des piliers en forme de quatre-lobes dans quelques églises très «'doignées du foyer de Técole, comme dans le jtorchc de la calhi-dralede Durham. à. Dun-sur-Auron, à Plaimpied (Cher), à Vertheuil ((Gironde). à Dunières, en Velay (1). à Ko/oy-en-Brie Seine-et-Marne), à Saint-Martin-aux-Bois et dans le chœur de Villers-Saint- Paul (Oise). Des faisceaux de colonnes sans ressauts reçoivent des grands arcs ou des ogives, à Berteaucourt-les- Dames, en Picardie (2) et à Saint-Loup-de-Naud, près de Provins, mais ce sont des exceptions motivé(^s par la nécessité de bcàtir des piles de faible épaisseur.
Au contraire, ces deux types de piliers s'implantèrent si bien en Bretagne, qu'ils y persistèrent pendant toute l'époque gothique. D'ailleurs, cette région fut toujours retardataire, comme tous les pays granitiques ou montagneux, et neut pas de style original avant le XVI" siècle. L'école gothique de la Normandie l'engloba dans son domaine au XIII'^ et au XIV'' siècle, comme on peut le constater à la cathédrale de Dol et à Saint-Pol-dc-Léon. Des piles en forme de quatre-feuilles sont visibles dans le chevet de la cathédrale de Dol, à Saint-Sauveur de Redon, à Lanmeur, au Bourg de Batz. sous \o porche de Rosporden. Les supports des églises de Saint-Aubin de Guérande. de Lamboux, de Perros-Guirec. de Sainl-Gildas-des-Bois se composent de
(1) Ci. N. Thiollier : L'oirbitcctitre relûjieuse ù l'époque romane dans l'ancien diocèse du Puy. p. 111.
(2) Cf. C Knlart : Monuments religieux de l'archileclure romane dans la région picarde, p. 78.
6 LES INFLUENCES rOlTEVLNES EN HHETAGNE
colonnettes tangentes les unes aux autres et engagées dans un noyau cylindrique, comme à Lusignan (Vienne), à Melle, à Javarzay Deux-Sèvresi. à Nieul-sur-lAutise (Vendée), et dans le déambulatoire de Saint-Jouin-de-Marnes.
La curieuse église de Pont-Croix (Finistère) et les édifices religieux du voisinage renferment toute une série de piles poitevines du XIII'' siècle, reliées par des arcs en plein cintre de la même époque, qui ont décidé M. Chaussepied,
Chapiteaux de Pont-Croix.
architecte des monuments historiques, à plaider l'existence d'une petite école régionale dans la notice qui accompagnait ses excellents relevés du dernier Salon (1). II a bien voulu mautoriser à reproduire ses dessins et je tiens à len remercier très cordialement. Dans la nef de Pont-Croix, qui n'est pas voûtée et qui est dépourvue de fenêtres, on remar-
(1) Elude sur lurchileclure ronuine du Finistère. Ecole régionalede Ponl- (Iroix, clans le lîulleiin de la Société (irchéolofjiijue du Finistère. 1909.
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([uc trois variétés de supporls. comme dans le chœur: les ims se composent de quatre colonnes accouplées suivant les deux axes ou suivant les angles d'un carré, les autres sont formées dun faisceau de huit colonnes. Les nombreux tores
E. Chauli.it. del.
Hôpital Saint-Jean, à Angers.
Chapiteau de la chapelle.
découpés dans les claveaux des o^randes arcades retombent sur de véritables bases en talus au niveau des sommiers.
8 LES I.NFLLENCES COITEVTNES EN lîHKTAC.NE
comme à Kérinoc en Poullan. suivant un principe particulier à lécole gothique de l'Anjou et qui est appliqué également sur la porte méridionale de la crypte à la cathédrale de Chartres et sur les portails de Notre-Dame-du-Pré au ]Mans et de l'église de Montlouis (Cher). Les houdins de rintrados s'appuient sur des culots en forme de cône renversé, qui ressemblent à ceux des églises bourguignonnes et cisterciennes. La sculpture des chapiteaux et leprofdtrès varié des bases méritent d'attirer l'attention. On voit même sur une pile quatre chapiteaux cubicpies. dont ciiaque angle est garni d'une; tlenr à quatre pétales.
Chapiteau de Languidou,
La chapelle en ruines de Languidou en Plovan. qui avait été fondée au Xll'- siècle par les chanoines Guillaume et Yves de Revesco, possède deux types de piles à colonnes accoupl(>es : le premier se compose d'un faisceau de huit fûts de même diamètre, le second comprend quatre colonnes et quatre colonnettes tangentes les unes aux autres, comme à Javarzay (Deux-Sèvres). F^es sept tores des grandes arcades en plein cintre forment un groupe de moulures assez imj)ortant pour que l'architecte ait ('-té obligé de faire
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reposci- sufdes oulots les trois l)OU(liiis iiilV-rieiirs. A Kt'rincc on Poiillaii. les siippoi'ts à liuil ((tloiiiics se renooiitreiit dans la nel' et dans le chœur, oii les eliaj)iteaux. garnis de leuilles lancéolées et de masques ^otliiciues, poi-tent bien lempreinte de lart du XIV" siècle (Miacpie tore des grandes arcades s'appuie sur une hase au niveau de riiuj)oste. Dans le carré du transept, les piles d angle conservent dou7,(î colonnes accouplées, dont les quatre plus fortes correspondent à la retombée des doubleaux.
Ces exemples, (pi'il serait facile de multi])lier. sulHsent à jalonner la marche de linlluence poitevine en Bretagne. Les édifices étudic's par M. Chaussepied. qui renferment peut-être un ou deux piliers primitifs, ne sont pas des églises romanes, mais des églises gothiques d'un style archaïque qui sont des répliques de celle de Pont-(]roix. (>omme je n'avais pas revu ce monumeni depuis longtemps, j'ai j)ri('' un de mes meilleurs élèves, M. Li'cureux, d'aller vérilier mes conclusions sur place rét(' dernier et d'y ajouter ses observations personnelles. Je m'empresse de lui C('der la j)aroi(> en le remerciant de son zèle airhéologi(|U('.
L'architecture romane a d'abord produit dans le sud du Finistère des «'glises extrêmement simples, telles que l'église de Loc-Maria, près Quimper. et celle de Meilars. L'église de Loc-Maria, encore intacte, est belle dans sa pauvreté : aucune sculpture, sauf quelques feuillages sur les chapiteaux des colonnes (pii cantonnent le carré du transept; la nef na |)Our piliers que des massifs carrés soutenant des arcs en plein cinti-e découjjés dans le nmr: au lieu de chapiteaux, une petite tablette qui fait le tour du massif. A Meilars. entre Pont-(h"oix et Douarnenez, nous retrouvons dans la nef les mêmes caractères d'indig^ence