LES INFLUENCES POITEVLNES EN BRETAGNE
architecturale ; le reste de l'église date de la lin du XVP siècle et des premières années du XVII''. Un détail qui n'existait pas à Loc-Maria, ce sont de minces colonnettes placées de part et d'autre des piliers carrés de la nef pour soutenir la tablette qui remplit Toffice de chapiteau, mais tout l'ensemble est encore très pauvre. L'influence venue du Poitou apporte au roman breton les éléments d'une rénovation complète. Tout un groupe d'églises, dans l'ancien diocèse de Quimper, est d'inspiration nettement poitevine.
Seulement, cette influence s'est fait sentir assez tard et aux limites mêmes de l'époque romane, lorsque déjà les pratiques de l'architecture gothique devenaient communes (1). Les constructeurs bretons m<''langèrent délibérément les deux styles, usant parfois d'expédients pour les combiner. Sur de grêles colonnes romanes couronnées de chapiteaux étroits, ils montèrent des archivoltes gothiques en plein cintre, à boudins multiples, dont certaines retombées durent être portées par des culots placés au-dessus des chapiteaux, la surface des tailloirs étant trop restreinte.
Cet expédient, comme tant d'autres, paraît avoir créé une mode. Il semble bien qu'après avoir compliqué d'éléments gothiques des églises destinées d'abord à être purement romanes, on ait pris du goût à ce mélange et que des églises, à une date assez avancée, peut-être même en plein XIIP siècle, aient été bâties de parti pris dans un style mixte.
Tout se prêtait d'ailleurs à la conservation tardive d'éléments de l'époque romane et du gothique primitif. La pierre souvent employée dans cette région est un granit grossier et cassant d'où les sculpteurs ne pouvaient songera dégager des crochets gothiques; il fallait se contenter d'ornements en faible saillie, tels qu'en avait produit la sculpture
(1) Les Archives du Finistère ne contiennenl aucun document qui permette de préciser les dates.
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roinano. D'autre paît, l'arc en ])lein cintre des archivoltes fj'othiques primitives n avait aucune raison de céder la place à l'arc en tiers-point dans un pays où les églises n'étaient pas voûtées, l'emploi de l'arc brisé étant, comme l'on sait, lié ess<'ntiellenient à certaines nécessités de la cons- . traction des voûtes. Ainsi, le type de la nef sans voûte, avec des grands arcs en plein cintre dont l'archivolte cen traie porte sur un culot, est resté habituel dans la Cornouaille jusqu'à une époque avancée. Avec le temps, les nervures des archivoltes prenaient des profils plus élégants, les colonnes un as[)ect ])lus robuste: le type des chapiteaux se rapprochait des modèles gothiques, et l'on voyait descendre jusque parmi les feuillages de leur corbeille, les culots primitifs (pii. maintenant, étaient d'ailleurs figurés. Mais la disposition générale demeurait la même. Il s'est trouvé encore au XIV*^ siècle, peut-être au XV'", des architectes pour la reproduire.
On pourrait essayer de retrouver la série d'imitations toutes locales par lesquelles, de paroisses en paroisses, ce type d'églises s'est transmis et conservé. Si trop d'intermédiaires n'ont disparu, il y aurait peut-être moyen de reconstituer la chaîne. En tout cas, dans le pays de Pont- Croix, nous avons pu constater une filiation réelle entre trois édifices voisins: l'éo-lise de I^ont-Croix. léolise de Mahalon et la chapelle de Kérinec en Poullan.
Iv'église de Pont-Croix, très remaniée, présente des j)arties d'époques diverses. L'élément essentiel est une nef d(; style mixte, roman et gothique primitif. Cette nef se trouve actuellement séparée en deux tronçons par une grande travée du W" siècle, voûtée d'ogives, au-dessus de laquelle s'élève la flèche. Avant la construction de cette travé-e, léglise avait été allongée du côté de l'est. Deux travées non voûtées qui. actuellenuMit, constituent le chœur, paraissent dater du XH'' siècle. On avait certainement terminé alors r(''glise j)ar un chevet plat, sans doute percé d'une
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grande fenêtre centrale avec une fenêtre de chaque côté, selon la disposition que conserve encore la chapelle de Kérinec (1). Au XVI* siècle, on creva le chevet plat et l'on établit derrière le chœur un d('ambulatoire polygonal. Kn même temps, le collatéral sud du chœur fut élargi en une espèce de croisillon, tandis que du côté nord, le collatéral, qui est double en cet endroit, demeurait intact.
La partie primitive de l'église présente tous les caractères du style mixte tel que nous l'avons décrit. Les archivoltes des grands arcs sont composées de cinq boudins à peu près d'égale grosseur, celui du milieu l'eposant sur un culot. L'aspect des colonnes et des chapiteaux est très roman. Quelques chapiteaux ont d'ailleurs été simplement épannelés. 11 est diiUcile de dire si l'on a monté après coup des archivoltes gothiques sur des colonnes de pur style roman, ou si les architectes de Pont-Croix ont copié un édifice dans lequel cette addition s'était déjà trouvée réalisée. Ce qui tendrait à rajeunir l'église de Pont-Croix, c'est que quelques bases de colonnes nous ont paru présenter des profils d'une époque assez avancée.
Les arcades, qui forment un double bas-côté nord le long du chœur, sont de même dimension que celles de la nef, mais s'en distinguent par plusieurs détails. Un banc de pierre sert de soubassement aux colonnes, et les culots très simples qui, dans la nef. soutenaient les archivoltes centrales des grands arcs, sont devenus des masques humains tout à fait analogues à ceux (pii se rencontrent couramment dans les églises bretonnes du XIV'' et du XV'^ siècle. Toutefois, un des chapiteaux de cette série présente une belle ornementation de style roman composée de rangs d'étoiles en
(1) C'est le même type de chevet que nous retrouvons au Kreisker de Sainl-Pol-de-Léon. \'oir sur ce sujet notre ouvrage : Sainl-Pol-de-Léon, la cathédrale et le Kreisker. Il ne serait pas impossible que cette disposition l'ùt empruntée à l'Angleterre.