‹ Collected papers (volume 4)Chapitre 35 sur 43 · V. Ruiirich-RoV.ert, tlel · texte numérisé non relu

V. Ruiirich-RoV.ert, tlel

Église de Secqueville-en-Bessin .

Tour centrale.

étaient couronnés d'une courte pyramide quadrangulaire ou d'un toit en bàtière.

Dans son bel ouvrage, Ruprich-Robert attribue tout à fait arbitrairement au XI'' siècle des clochers, tels que ceux de Beaumais, deCampigny, deCollevilie-sur-Mer, de Huppain, de Lion-sur-Mer, de Ver, qui ne se distinguent pas assez des tours du XII'" siècle pour leur assigner une date aussi reculée. Il faut étudier maintenant l'élévation des clochers romans du Calvados. Les contreforts d'angle qui les épaulent ont une faible saillie et s'arrêtent généralement sous le deuxième étage. Quelques tours, comme celles de Saint- Etienne, de la Trinité et de Vaucelles, à Caen, de la cathédrale de Bayeux, de Colleville, de Luc-sur-Mer, sont pourvues d'une tourelle d'escalier à vis qui fait corps avec le clocher, comme le prouvent la concordance des lits d'assises et le style des arcatures qui les contournent, mais généralement les étages n'étaient desservis que i)ar des échelles.

On entrait dans la plupart des clochers par une petite porte extérieure en plein cintre ou amortie i)ar un linteau en bàtière sous un arc de décharge. Par exception. Tune des portes du clocher de Ver. cpii était isolé, se trouvait au niveau du premier étage, comme dans un donjon. Au-dessus du soubassement nu, on voit un rang de longues arcatures en' plein cintre, très étroites, qui retombent sur des pilastres, comme à Basse-Allemagne, à Campigny. à Saint-Loup, à Rosel. à Saiiit-C(uitest et à Saint-Michel de "Vaucelles, ou sur des coloiuiettes, comme à Lion-sur-Mer, à Luc, à Colombiers-sur-Seulle. à Douvres et à Ver. Dans le clocher-porche de C.olleville-sur-Mer. les colonnettes alternent avec les pilastres sous les chapiteaux des ai-catures: je n'ai i)as rencontré dautre exemj)le de celle dis])Ositioii.

Faut-il assimiler les arcatures à pilastres aux bandes lombardes et croire à des influences étrangères qui seraient venues s'exercer en Normandie ? (-e n'est })as ici le lieu de

réfuter une opinion trop courante, dont notre confrère M. H. ^lartin du Gard vient de faire justice dans un livre récent (1). Je ferai simplement observer que ces arcatures ne sont pas identiques aux bandes lombardes qui jouent le rôle de corniche; en outre, on les retrouve sur les clochers de Retheuil (Aisne), de Chemillé (Maine-et-Loire) et de Saint- Estèphe (Charente).

Les architectes normands en ont fait usage dans le seul but de faire un contraste entre la simplicité de la décoration de la base dun clocher et la richesse de l'étage supérieur. En effet, quand les rangs d" arcatures sont superposés, comme sur les tours de Saint-Etienne de Caen, les arcatures à pilastres se trouvent toujours au-dessous des autres. Les petites arcades de ce type se composent de claveaux nus, tandis que les colonnettes correspondent à des arcs moulurés, sauf à la base de la tour centrale de Secqueville-en- Bessin. Les arcatures, ornées de bâtons rompus à Colombiers-sur-Seulle et à Sousmont- Saint- Quentin, s'entrecroisent à Haute-Allemagne, à Huppain (Calvados) et à Routot (Eure). A Saint-Michel de Vaucclles et à Colombierssur-Seulle, les arcatures se composent de deux rangs de claveaux qui retom])ent sur quatre colonnettes.

Au second étage, une seule baie souvre le plus souvent "sur chaque face, mais à Douvres, à Mouen, à Cohmibierssur-Seulle, à Saint-Loup, les baies sont géminées. Quand elles sont recoupées par une colonnette centrale, les deux ])etits arcs secondaires se trouvent souvent dc'coupés dans un linteau, comme à Quilly. à Thaon et à Ver. Les baies des clochers normands jjàtis dans la seconde moitié du XIL siècle sont plus hautes que dans les tours romanes des autres provinces, comme on peut le constater à Campigny. à Colombiers-sur-Seulle. à Huppain et surtout à Saint-Loup, près de Bayeux. Les archivoltes en plein cintre, garnies de

(1) L'ahhnye de Jitniiàfies. Etude archéoloquiiie des ruines, 1909, p. 133.

Clocher de Ver.

E. Lefèvre-Ponlalis, phot.

Clocher de Basly.

Li:s CLOCHERS nu calvados U

liillellcs, de boudins et plus rarement de bâtons brisés, comme à Saint-Gervais de Falaise, à Fontenay-le-Marmion, à Saint-Loup, à Saint-Michel de Vaucelles et à Vienne, ou de têtes plates comme à Douvres et à Luc-sur-Mer (1), ou de leuilles en creux comme à Rosel. retombent sur deux ou sur quatre colonnettes. Lare brisé fait son apparition dans les baies des clochers de Douvres et de Luc-sur-Mer. tandis queson emploi est beaucoup plus répandu au XIL' siècle dans les tours de l'Ile-de-France. Des fûts en délit adoucissent la sécheresse des quatre angles: à Saint-Loup, deux colonnettes appareillées remplissent le même rôle.

Dans plusieurs clochers, comme ceux de Basse-Allemagne, de Beaumais, de Fontenay-le-Marmion. de Rosel. de Saint-Contest, de Saint-Michel de Vaucelles, une longue baie très étroite se trouve encadrée sur chaque face par larcature centrale, qui est flanquée d'autres arcatures du même style. On sait d'ailleurs que l'école romane normande se plaisait à tapisser d'arcatures tous les murs nus. comme la façade de la Trinité de Caen et de la catlu-drale d'Ely. Le troisième étage fait défaut dans beaucoup de clochers latéraux, sauf à Saint-Pierre de [^ongueraye. à Bénysur-Mer. à Lion-sur-Mer. Le clocher de Ver. qui est lun des plus élevés, possède un quatrième étage. Dans ces deux cas, les baies supérieures, ilanquées de colonnettes, encadrent deux arcades secondaires, et. par exception, trois à Saint-Pierre de Longueraye: c'est encore une preuve négative de l'influence lombarde en Normandie. Les différents étages sont toujours accusés par un bandeau biseauté ou moulure''. Les eorniches à modillons présentent des types variés, mais celles qui se composent de petites arcades subdivisées, comme sous les flèches de Baveux et de Vienne, sont très répandues.

(1) Ces deux clochers doiveiU être l'œuvre du même arctiitecte.

Clochers-porches et de façade.

Ces caractères généraux s'appliquent aux clochers-porches dont le rez-de-chaussée est voûté darètes. comme à Colleville-sur-Mer, ou dogives, comme à Basly. La première tour mérite d'attirer l'attention par sa hauteur exceptionnelle, par le diamètre anormal de ses colonnes dangle et par les oculi percés sous la flèche, comme au sommet des clochers dEnglesqueville et de Mosles, dans le chevet plat de l'église des Deux-Jumeaux et dans létage supérieur gothique du clocher méridional de Saint-Pierre-sur-Dives. Rupricli-Robert suppose que ces oculi uniques au nord et à l'est, mais géminés au sud et à l'ouest, étaient éclairés par un feu pendant la nuit pour servir de phare aux marins du Xll^ siècle, mais je n'y vois qu'un type d ouvertures basses qui permettait de donner au dernier étage une faible élévation. De même, les architectes des clochers de Cam- ])igny et de Saint-André-dHébertot ont perct' au sommet de ces tours des petites baies géminées dont la hauteur ne correspond qu'au tiers d'un étage ordinaire. Parmi les autres clochers-porches romans, il faut citer celui du Vieux-Thaon, qui est devenu une tour centrale, et celui de Vienne.

Les gros clochers de façade rectangulaires de Saint- Étienne et de la Trinité de Caen et de la cathédrale de Bayeux rentrent dans la catégorie des clochers latéraux ornés d'arcatures superposées (ij, mais leurs dimensions sont plus grandes et leurs étages plus élevés. Le troisième étage des tours de Saint-Etienne de Caen est ajouré par deux baies sur chaque face. La colonne qui les recoupe est plus forte que dans les clochers des églises rurales: des billettes dessinent des lignes brisées dans les écoinçons,

(1> Les arcaturcs des clochers de Bayeux, masquées par les placages du XIII-- siècle, apparaissent sur les tourelles d'escalier.

comme à Douvres, à Saint-C^ontest. à Saint-Gervais de Falaise et dans la façade de la cathédrale du Mans. Les clochers de la cathédrale de Bayeux, qui ont été rhabillés au XIII*' siècle, sont ornt's sur chaque face, à lavant-dernier éta<J-e, de quatre larges arcatures qui retombent sur des pilastres à ressauts : les deux archivoltes centrales encadrent des baies en plein cintre. Trois baies de la même forme flanquées de quatre colonnettes ajourent chaque côté de létage supérieur. (>ost une anomalie, comme les trois rangs d'arcatures du clocher méridional de Saint-Pierre-sur-Dives.

Flèches romanes.

Les clochers du X1I« siècle dans le Calvados étaient si rarement couronnés dun toit en bàtière, que M. de Caumont a cru pouvoir reporter au XIIP siècle ce mode de couverture très répandu dans le Soissonnais vers 1150. En effet, les clochers romans de Fonteiiay-Ie-Marmion, de Mouen, de Parfouru-lKcIin conservent seuls encore des bâtières plus ou moins remaniées. Les architectes donnèrent la préférence aux llèches de pierre plus ou moins élancées. Au commencement du XII" siècle, ces pyramides de pierre sont encore trapues, comme à Ver (Calvados), à Aiziers (Eure) et au Vieux-Thaon. où les assises sont disposées en ffradins : des tètes d'animaux se détachent sur les arêtes et au sommet de cette dernière toiture.

Les flèches à quatre pans qui se rencontrent également au XII' siècle à Moutiers (Basses-Alpes;, à Saint-Paul de Mausole et à Saint-Trophime d'Arles, à Sainte-Marie-des- Chazes Haute-Loire), devinrent peu à peu plus aiguës dans la plaine de Caen. mais plusieurs ont été refaites. Ainsi la pyramide du clocher dAnguerny. ajourée par douze quatrefeuilles, n'est pas antérieure au XIII' siècle. On arrive à la même conclusion en examinant la flèche du clocher de Rosel, car un filet saillant se profile sur ses boudins d'angle. Les

ilèches des tours de Saint-Contest et de Saint-Michel de Vaucelles ne remontent qu'au XVIP siècle. Enfin, celle du clocher de Bény-sur-Mer fut rebâtie par François Auberée, après l'adjudication du 18 novembre 1725.

Parmi les pyramides quadrangulaires encore intactes, il faut distinguer celles qui sont ajourées par quatre lucarnes, comme à Colleville-sur-Mer, et celles qui en sont dépourvues, comme à Basly, à Huppain, à Saint-Loup (1) et à Vienne. Les unes et les autres sont ornées de boudins sur les arêtes et plus rarement au milieu de chaque pan, comme à Saint-Loup-Hors, à Colombiers-sur-Seulle, sur les clochers de la cathédrale de Chartres et de la Trinité de Vendôme. Les écailles sont plutôt rares au XIP siècle, mais on en trouve des exemples sur les flèches des deux premières tours et sur celle du clocher d'Huppain, où les tores viennent s'appuyer sur des têtes d'animaux recourbées, comme à Saint-Loup. Les assises en gradins, déjà signalées à Ver et à Thaon, se retrouvent à Basly et à Colleville-sur-Mer, mais avec une saillie moins prononcée.

Les architectes des clochers romans du Calvados firent un emploi précoce des lucarnes, qui prirent une grande importance au XI II' siècle. Les plus anciennes se composent d'une baie en plein cintre encadrée par des jambages nus et surmontée d'un petit fronton aigu, comme à Colleville-sur- Mer. C est un des rares exemples authentiques du XIP siècle, mais on peut supposer que les architectes qui furent chargés de rebâtir les flèches des clochers de Bény-sur-Mer, de Rosel, de Saint-Conlest et de Saint-Michel de Vaucelles reproduisirent les lucarnes primitives. Les premiers essais dajourage des flèches carrées furent très timides. Ainsi on voit des petites baies géminées, en plein cintre, entourées d'un boudin continu, qui s'ouvrent à la base de chaque pan

(1) Cette pyramide est plus épaisse à la base qu'au sommet, sans doute à cause de sa grande hauteur.

E. Lefè%-re-Pontalis, phot.

Clocher de Saint-Loup.

Ruprich-Robert, dol.

Clocher-porche de Golleville-sur-Mer.

E. LelO'vro-PoiiKilis. pliui.

Clocher de Tordouet.

de la llèche carn'e de Colombiers-sur-Seulle. La pyramide du clocher du Vioux-Thaon est également percée de quatre trous rectangulaires, comme celle de Basly.

Les flèches à quatre pans devinrent très rares au XIII* siècle et celle de Bricqueville, qui remonte au XV'' siècle. est une curieuse exception, mais on peut se demander si la flèche octogone, qui s'était répandue dans le Vexin, dans le Beauvaisis et autour de Paris vers 1150, fut adoptée dans le Calvados dès le XII*^ siècle. Toutes les flèches de ce genre que j'ai eu l'occasion d'examiner ne sont pas antérieures au XIII*^ siècle.

Clochers centraux.

Les clochers centraux ne diffèrent des clochers latéraux que par le plus grand nombre de leurs baies, qui peuvent être géminées, comme à Ryes et à Osmanville, ou former un triplet sur chaque face, comme à Englesqueville. La tour de Saint-Gervais de Falaise se distingue par la profondeur de ses quatre longues arcatures, dont les trois rangs de bâtons brisés s appuient sur six colonnettes. Les deux arcatures centrales sont seules ajourées. La tour centrale de Lancienne église de Touques est octogone (1): ses pans orientés sont percés de deux baies géminées, tandis que les autres sont ornés de deux arcatures de la même proportion. Au contraire, les huit pans du clocher de Sainte-Marie-Caumont. dont les angles et les baies sont flanqués de colonnettes, forment un octogone régulier, comme les deux étages du clocher de Tordouet, ajourés par des baies qui encadrent deux arcades secondaires.

La plus ancienne tour-lanterne normande est celle de Jumièges, qui fut terminée vers 1067; il n'en reste plus

(1) Le clocher central d'Octeville (Manche) est également octogone. Cf. Ruprich-Robert : L'architecture normande, pi. cxxxv.

que le mur occidental. Son étage supérieur, destiné aux cloches, est ajouré par trois baies sur chaque face, comme à Boscherville. L'architecte de l'abbatiale de Saint-Etienne de Caen. consacrée dix ans plus tard, éleva de même une tour ajourée sur la croisée. Au XIP siècle, son lambris l'ut remplacé par une voûte d'ogives. Un véritable triforium. dont les arcades en plein cintre retombent sur de robustes colonnes, permet de circuler autour de la cage, et un passage supérieur traverse les murs au niveau des huit baies vitrées, qui sont flanquées d'arcatures à l'extérieur. La tour-lanterne de la Trinité de Caen a perdu son caractère primitif, mais celle de Saint-Xicolas de Caen, voûtée auXIP siècle et remaniée plus tard, conserve sa galerie de circulation encadrée par des pilastres carrés qui supportent des petits arcs. Il est certain que l'église romane de Saint-Pierre-sur-Dives, comme celle de Cerisy-la-Forèt. était surmontée d une tourlanterne rebâtie au XIIP siècle.

Clochers du XIII« siècle.

L'emplacement des clochers n'est plus le même à l'époque gothique que pendant la période romane. Les clochers latéraux deviennent extrêmement rares, comme à Baron, mais plusieurs, commencés au XIP siècle, furent surmontés d'un étage gothique, comme à Biéville, à Goustranville, à Ifs, à Sousmont-Saint-Quentin. Les tours centrales et les tours-lanternes se multiplient. Sauf le clocher nord de la cathédrale de Lisieux. les autres tours de façade furent rhabillées au XIll^ siècle, comme à la cathédrale de Baveux, ou pourvues de flèches, comme à Saint-Etienne de Caen ou sur le clocher sud de Saint-Pierre-sur-Dives (1). Les clochers-porches, tels que ceux de Bazenville, de

(1) Les clochers romans de Campigny, de Douvres, de Quilly et de Secque\'ille-en-Bessin furent également couronnés de flèches au XIII^ siècle.

E. Chauliat, del.

Église Saint-Pierre de Touques.

Clocher central.

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