V. Ruprich-Robert, del
Portail de Ducy Calvados .
sur les façades, mais ce qui appartient en propre aux architectes du XIII'' siècle, ce fut l'idée de les ajourer. Robert de Luzarches s'était contente» de découper un trèfle en creux sous la pointe des gables des portes de la façade, à la cathédrale d'Amiens. Jean Langlois décora de même les gables des porches latéraux de Saint-Urbain de Troyes (1). Le maître de l'œuvre de la cathédrale de Laon avait placé un bas-relief au même point pour masquer la nudité de la pierre: la même disposition fut adoptée à Chartres pour couronner les porches du transept et dans la façade de la cathédrale de Reims.
Jean de Chelles. qui lit construire les portes des croisillons de Notre-Dame de Paris, en 1258. doit être regardé comme le véritable créateur des gables à jour, car ceux des fenêtres de la Sainte-Chapelle, montés dix ans auparavant, sont encore semblables à ceux des portails d'Amiens. Ce grand artiste, qui fut un des précurseurs du style gothique rayonnant, fit percer dans ces gables une rosace à six lobes, surmontée d'un quatre-feuilles : deux rosaces à cinq redents se détachent en creux dans les écoinçons inférieurs. On peut comparer ces gables à ceux des portes de la façade à la cathédrale de Bayeux et à celui du grand portail de la cathédrale de Bourges dont la rosace centrale renferme huit rayons reliés par des arcs trèfles.
Peu à peu, les gables furent entièrement ajourés par un remplage du même type que celui des grandes fenêtres, qui remontent au milieu du XIIIe siècle. J'en citerai un exemple très précoce au portail nord de la
(1) Viollet-le-Duc : Dictionnaire d'architecture, t. VII, p. 303.
Sainte-Chapelle de Saint-Germer. commencée entre 1259 et 1266. Au centre, un quatre-feuillcs se détache entre trois trèfles. Sous le règne de Philippe-le-Bel, les Sables de ce type ne se comptent plus : je me contente
E. Lefèvre-Pontalis, phot.
Gable du portail central de la cathédrale de Bourges.
de signaler ceux des portes du transept à la cathédrale de Rouen et celui du portail du bas-côté sud à la collégiale de Mantes, daté de 1300. Les gables de cette époque méritent d'attirer l'attentiou des archéologues, parce que les petits arcs trèfles qui se trouvent à chacun de leurs angles forment .1rs mouchettes précoces à
E. Chauliat. del.
Sainte-Chapelle de Saint-Germer.
Gable du portail nord.
queue pointue. En outre, ils renferment souvent des triangles sphériques où viennent s'encastrer des trèfles à lobes brisés, qui sont les ancêtres des soufflets du style flamboyant déjà formés vers 1200 dans les arcatures supérieures des murs latéraux du croisillon sud à Notre-Dame de Paris et dans la rosace pleine du XIVe siècle qui décore le pignon nord du transept à la cathédrale de Soissons.
E. Chauliat, del.
Détails d'une arcature du croisillon sud à Notre-Dame de Paris.
Le remplage de certains gables du XIIIe siècle est appliqué sur un mur. comme au fond des croisillons de Notre-Dame de Paris. Au XIVe siècle, on peut
signaler d'autres exemples de la même disposition audessus et au revers des portes occidentales à la cathédrale de Lyon, au porche de Saint-Christophe à Notre- Dame d'Amiens. La façade de la cathédrale de Meaux. commencée vers la fin du XVe siècle, présente deux gables pleins décorés d'un réseau flamboyant, comme le portail nord du Vieux- Saint-Étienne à Caen, et celui du croisillon sud à la cathédrale de Rodez. Au XVIe siècle, certains gables ont la forme d'accolade ajourée, notamment sur les portails du transept à la cathédrale de Senlis et sur la porte de Rumilly-les- Vaudes, près de Bar-sur-Seine.
Gables des fenêtres.
Les gables des fenêtres gothiques ont la même origine romane que ceux des portails et dérivent à la fois du couronnement des fenêtres en saillie, au chevet de certaines églises du Soissonnais, et de l' amortissement des baies de plusieurs clochers du XIIe siècle. J'ai eu déjà l'occasion de faire remarquer le plan si original de plusieurs églises de la basse vallée de l'Aisne, dont le chœur et les croisillons sont flanqués d'une niche rectangulaire orientée, qui renfermait Tautel primitif. Vers 1150. l'architecte de l'église de Berzy-le-Sec, près de Soissons, adopta cette curieuse disposition en faisant saillir la fenêtre centrale du chœur en hémicycle, qu'il amortit par un fronton, comme dans les absides arrondies de Courmelles , de Nouvion- le -Vineux (Aisne) et des anciennes églises de Notre-Dame des Vignes et de Saint-Pierre à la Chaux, à Soissons.
Les rampants de ces frontons deviennent plus aigus dans la seconde moitié du XIIe siècle, de même
que les gables pleins des portails, comme il est facile de le constater sur les chevets plats des églises d'Aizy, de Bazoches, de Chacrise, de Coucy-la- Ville, de Droizy, de Lhuys, de Montigny-Lengrain, de Saint- Bandry (1), de Septvaux. de Vorges (Aisne), et dans les croisillons de Glennes, près de Braine, au XIIIe siècle. Je ne connais qu'un seul exemple de cette curieuse disposition dans l'Oise, à Cuise, près de Pierrel'onds. et un autre dans Seine-et-Oise, au chevet
Plan du chœur de Courmelles (Aisne).
de l'église de Vernouillct (2). mais je n'en ai jamais rencontré en Normandie.
(1) E. Lefèvre-Pontalis : Ouv. cité, pi. lv, lxxi et lxxv.
(2) Viollet-le-Duc : Dictionnaire d'architecture, t. I, p. 8. L'étroite chapelle carrée du chevet de Saint-Paul d'Issoire est également surmontée d'un petit pignon.
L'architecte de l'église romane de Vernou, en Touraine. qui avait fait saillir le portail de la façade, eut la singulière idée de mettre au même nu la fenêtre
Fenêtre à Montigny-Lengrain (Aisne).
supérieure, encadrée par quatre colonnettes. Il couronna l'archivolte de cette baie par un fronton très
E. Lefèvre-Pontalis, phot.
Église de Vernou.
Fenêtre de la façade.
A. Ventre, del.
Eglise de Berzy-le-Sec (Aisne).
Fenêtre de l'abside.
A. de Baudot, del.
Clocher de Châteauneuf.
Saône-et-Loire).