DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D ' ARCH ÉO L OGIE
MEMBRE DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES
ET DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE FRANCE
sas
GAEN
HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 34, rue Demolombe, 34
Extrait du Compte-rendu du LXXI* Congrès archéologique
de France, Tenu en 1904, au Puy.
LES DATES
DE
Par un singulier hasard, Tordre méthodique de la description de Saint- Julien de Brioude coïncide avec les époques de sa construction, c'est-à-dire que l'édifice se rajeunit en allant de la façade au sanctuaire, contrairement à tant d'autres églises (1). Ce n'est donc pas un monument homogène. Son plan actuel comprend un large narthex, une nef de cinq travées flanquée de bas-côtés, un transept qui ne déborde pas sur les murs latéraux et un chœur entouré d'un déambulatoire qui communique avec cinq chapelles rayonnantes.
J'admettrais volontiers que le chevet primitif de l'église se composait d'une abside en hémicycle flanquée de deux absidioles, comme à Mauriac, car on n'aurait pas reconnu la nécessité d'agrandir le chœur à la fin du XIIe siècle s'il avait eu déjà la forme d'un rond-point. D'autre part, la crypte
(1) Notre confrère M. Thiollier a donné une courte description de l'église, avec un plan et la bibliographie des articles qui la concernent, dans le Guide archéologique du Congrès du Puy, p. 72 à 79.
romane, dont le plan se compose d'une courte nef et d'un chevet arrondi, mais dont les voûtes furent refaites en plâtre au XVIIe siècle, reproduit peut-être la forme de l'ancien sanctuaire.
Au revers de la façade moderne, le narthex se divise en trois travées qui correspondent à la nef et aux bas-côtés. Ses voûtes d'arêtes latérales ressemblent plutôt à des berceaux avec pénétration, comme celles des collatéraux, suivant une disposition qui existe également au Monastier. Elles sont encadrées par des doubleaux en plein cintre, dont les deux rangs de claveaux nus retombent sur de grosses colonnes courtes. Je crois pouvoir attribuer le narthex à une date voisine de 1120 : son étage supérieur est voûté au centre par une coupole sur trompes ajoutée après coup, vers le milieu du XIIe siècle, comme au baptistère de Saint-Jean du Puy : elle repose sur quatre arcs en plein cintre soutenus par des consoles relancées dans le mur. Les deux autres travées, voûtées d'arêtes, sont isolées par des murs de la partie centrale depuis le XVe siècle, car la face méridionale est ornée d'une curieuse peinture de cette époque qui représente des scènes de l'enfer. Sur un pilier voisin, un autre artiste a figuré deux maçons qui travaillent à la construction de l'église en présence de l'architecte (1).
Le narthex et les premières travées de la nef furent construits à des dates assez rapprochées,
(1) Ces peintures ont été décrites par M. l'abbé Desroziers, dans le Congrès scientifique de France, session du Puy, 1856, p. 550, et par M. Léon Giron, dans la Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des déparlements, 1887.
Saint-Julien de Brioude.
Ancien état du côté sud.
car on remarque derrière les orgues, c'est-à-dire au premier étage du narthex, des chapiteaux qui sont la réplique de ceux de la nef, comme celui où des hommes portent des moutons sur leur dos. Il me semble impossible de supposer que ces chapiteaux aient été sculptés après coup.
L'ordre chronologique me conduit maintenant à étudier le porche bâti contre la seconde travée du bas-côté sud et voûté d'arêtes : son style est identique à celui du narthex. Mêmes arcs en plein cintre doublés, mêmes fortes colonnes engagées, dont quelques grands chapiteaux à feuilles plates et volutes d'angle ont été refaits en ciment. On remarque à l'est une fenêtre à claveaux simulés par des faux joints et le premier étage de ce porche est éclairé par deux autres baies. Au sud, la plus large est encadrée par un cordon biseauté qui se relie à la corniche.
J'ai fait reproduire une ancienne photographie de l'élévation latérale au sud avant la démolition d'une maison adossée à l'église. L'étude de l'appareil à gros joints démontre que la tribune du narthex et la première travée du bas-côté méridional sont homogènes, car les minces claveaux de leurs fenêtres, noyés dans du mortier, portent encore l'empreinte d'un style archaïque. On voit également que le porche du sud vient se coller sur un contrefort plus ancien qui pénètre dans son mur occidental ; mais un peu à droite de ce contrefort, entre le toit du porche et la corniche neuve du bas-côté, le raccord d'un appareil à joints plus fins avec celui du mur qui fait suite à la tribune du narthex est facile à distinguer. Il faut en conclure que le porche en question est plus jeune que le narthex, d'autant plus que les joints de ses assises
et des claveaux de ses fenêtres hautes sont beaucoup
moins épais.
Un portail en plein cintre se trouve au fond du porche et sa plate-bande en bàtière rappelle la forme des linteaux du portail de Notre-Dame du Port, du croisillon nord à la cathédrale du Puy et de 1 ecrlise de Meillers (Allier). C'est une œuvre contemporaine des célèbres portes ornées de tètes de lion en bronze, dont les pentures ressemblent a celles des vantaux de l'église d'Ébreuil (Allier). Je croîs que l'architecte du portail n'avait pas prévu la construction du porche, car les tailloirs des chapiteaux de la porte ne se raccordent pas avec ceux du porche et sa voussure, garnie d'un tore, n'est pas concentrique a la courbe d'un large formeret qui retombe sur deux colonnes, comme les autres arcs d'encadrement.
Le porche nord fut certainement applique après coup contre une porte plus ancienne vers la fin du XIP siècle: un cordon de feuillages dissimule le raccord. Sa voûte d'arêtes est encadrée par des arcs en tiers-point à boudin continu. M. Thiollier a signa e la disparition des personnages en stuc qui ornaient le tympan du portail. C'est un exemple tardif en France à ajouter a l'emploi de cette décoration dans 1 église de Germigny-les-Prés (1) et sur les chapiteaux du XIe siècle de Saint-Remi de Reims.
Rentrons dans la nef pour constater que ses quatre premières travées, bâties vers le milieu du XIP siècle, sont homogènes, avec leurs grands arcs en plein cintre à doubles claveaux dépourvus de moulures qui
(1) Ces stucs sont déposés dans une salle du Musée archéologique d'Orléans.
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A. \>ntre, del.
Saint- Julien de Brioude.
Porche méridional.
E. Lefèvre-Pontalis, phot.
Saint-Julien de Brioude.
Nef.
retombent sur des piles très hautes cantonnées de quatre colonnes, comme à Chanteuges. à Chamalières et au Monastier. Les chapiteaux qui regardent la nef se trouvent à la même hauteur que ceux qui reçoivent les grandes arcades et les doubleaux des bas-côtés. Ils devaient porter au XIIe siècle un pilastre qui servait de point d'appui aux doubleaux d'une voûte en berceau brisé.
Vers le milieu du XIIIe siècle, la nef fut surélevée et on retailla les pilastres pour y encastrer des colonnettes qui soutiennent des ogives en amande dans la quatrième et la cinquième travée. Ces travaux coïncidèrent avec les indulgences accordées par le pape Alexandre IV. dans une bulle datée du 9 août 1259 (1), a ceux qui contribueraient aux remaniements de l'église, mais on les poursuivit au XIVe siècle dans les trois premières travées, comme l'indiquent le filet en saillie sur le tore des ogives, les chapiteaux à deux corbeilles de feuillages et les fenêtres de style rayonnant de la troisième travée. Leurs remplages, formés d'arcs trèfles, de deux quatre-feuilles et d'une rosace à huit lobes, coïncident avec la seconde campagne de construction des voûtes et ressemblent à ceux des fenêtres de deux chapelles de la cathédrale de Clermont. Les autres travées sont éclairées par des oculi à six lobes. Dans la quatrième, une baie en plein cintre s'ouvre dans le comble du bas-côté: c'est peut-être un témoin d'une disposition antérieure.
La cinquième travée fut rebâtie à la fin du XIIe siècle, en même temps que le chevet de l'église. Ses arcs en
(1) Cf. Lachenal : Une bulle du pape Alexandre IV concernant l'église Saint-Julien de Brioude. (Brioude, Watel, in-8% 14 p.)
tiers-point sont ornés de trois boudins et surmontés (lun triforium à trois baies entre des pilastres, qui ressemble à celui de Châtel-Montagne lAlber). Les chapiteaux engagés sous la retombée occidentale de la cinquième arcade furent relancés dans la quatrième pile Au dehors, des arcs brisés détachés du mur pour jouer le rôle de mâchicoulis sont adossés a cette travée, comme au chevet des croisillons.
Les bas-côtés, recouverts de voûtes dont les arêtes ne se recoupent pas, sont éclairés par des fenêtres en plein cintre et leurs doubleaux en plein cintre retombent sur des colonnes engagées. Tous les chapiteaux de la nef et des collatéraux méritent d'attirer 1 attention. L'un des plus curieux, voisin du narthex au sud, a été robjet d'une savante dissertation de M. de Lasteyrie (1). H représente deux démons ailés à longues cornes, séparés par un usurier nu qui porte des ailes au dos et qui tient un cartouche en forme de livre ouvert avec cette inscription:
(1) Inscription énigmatique
Brioude, dans les Comptes rendus des séances Inscriptions et Belles-Lettres. 1890, p. 193.
sur un chapiteau de Saint-Julien de de l'Académie des
A. Ventre, del.
Saint-Julien de Brioude.
Bas-côté nord.
Je tiens à remercier M. Paul Le Blanc de m'avoir communiqué la photographie du moulage que j'ai fait reproduire et voici comment j'interprète le texte sans tenir compte des points, car un de ces signes se trouve au milieu du mot ARTIFEX