DIRECTEUR DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DARCHKOLOG.E
MEMBRE DD COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES
ET DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE FRANCE
sas
GAEN
HENRI DELESQUES, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
34, rue au Gaxu, 34
Extrait du Compte rendu du LXX< Congrès archéologique
de France Tenu en 1903, à Poitiers.
L'EGLISE DE JAZENEUIL
L'origine de Jazeneuil remonte à l'époque galloromaine, car cette paroisse est citée en 681 à l'occasion de la translation des reliques de saint Léger (1). Ansoald, évèque de Poitiers, s'y était rendu au-devant du cortège. L'église, classée parmi les monuments historiques, se compose d'une nef moderne, d'étroits bas-côtés dont le mur extérieur est ancien, d'un transept flanqué d'absidioles et d'un chœur en hémicycle. Le vaisseau central et les collatéraux, reconstruits au XIXe siècle dans le style roman du Poitou, n'offrent aucun intérêt archéologique, mais le carré du transept conserve une coupole en blocage sur pendentifs. Les arcs en tiers-point à double ressaut qui la soutiennent retombent sur des colonnes jumelles à l'entrée de la nef et sur des colonnes groupées trois par trois à l'entrée des croisillons et du chœur. On remarque des feuilles plates sur leurs chapiteaux dont le tailloir en biseau est garni d'un ruban ondulé. Les lourdes bases sont flanquées de griffes.
(1) Acta sanctorum, octobre, t. I, p. 480.
Le croisillon nord fut démoli à la fin du XVIIe siècle, mais le croisillon sud est encore intact. Sa voûte en berceau brisé est renforcée par un petit doubleau en tiers-point à double ressaut voisin de la croisée et soutenu par deux colonnes. On voit encore les traces de cette disposition du côté nord. Deux hautes arcatures en plein cintre qui s'appuient sur deux colonnettes décorent le mur méridional et le mur occidental. Au sud elles encadrent deux baies en plein cintre mais l'une fut divisée au XVe siècle par un remplage flamboyant. L'absidiole, dont la voûte en cul-de-four brisé retombe sur une moulure en biseau, ressemble beaucoup à celles de l'église de Lusignan. Les colonnettes de la baie centrale en plein cintre sont plus fortes que celles des deux fenêtres voisines à claveaux nus et les chapiteaux, ornés de palmettes, sont couronnés de tailloirs en biseau.
Le chœur, terminé en 1164. comme le prouve l'inscription dont je parlerai plus loin, est recouvert de deux croisées d'ogives bien curieuses. Les nervures de la première voûte, garnies d'un gros boudin, sont maladroitement appareillées sous la voûte en berceau de la partie droite : elles ne sont pas séparées par un doubleau de celles de l'hémicycle qui se composent de quatre branches toriques appliquées sous un cul-defour. Ces ogives, dépourvues de formerets, sont disposées comme celles 'du chevet de l'église voisine de Lusignan qui fut sans doute bâtie par le même architecte" Il est évident que celui-ci a copié un système de voûte qu'il avait vu ailleurs sans en comprendre le principe, car il ignorait l'art d'appareiller les compartiments de remplissage. Dans le Soissonnais, les voûtes en cul-de-four des chœurs de Berzy-le-Sec et
E. Lefèvre-Pontalis, phot.
Église de Jazeneuil.
Chœur,
de Laffaux n'étaient renforcées que par deux nervures, comme dans l'église de Saint- Vétérin à Gennes (Maineet-Loire), mais on avait parfois monté une véritable croisée d'ogives au XIIe siècle sur des absides arrondies, comme à Saint- Vaast-de-Longmorit (Oise) et à Glennes (Aisne .
Les nervures du chœur de Jazeneuil n'ont pas été ajoutées après coup, comme celles qui sont plaquées sous la coupole de l'église de Montagne (Gironde), car elles s'appuient sur des colonnettes prévues dans la construction : les petites feuilles plates sculptées sur les tailloirs de leurs chapiteaux se continuent sur le bandeau de l'imposte. La date de cette voûte prouve qu'il ne faut pas se laisser prendre au caractère grossier d'une croisée d'ogives pour la vieillir quand on la rencontre dans une région où l'art roman avait poussé de profondes racines. Les voûtes d'ogives du XIIe siècle sont d'ailleurs très rares en Poitou, mais on peut signaler à Poitiers les nervures à profil carré qui ont remplacé les voûtes d'arêtes primitives sous le clocher de Saint-Hilaire et celles qui recouvrent le chœur de la cathédrale, terminé en 1167 d'après l'inscription peinte autour d'une clef.
La travée droite et l'hémicycle sont décorés d'arcatures en plein cintre qui retombent sur des colonnettes : leurs bases sont dépourvues de griffes et leurs chapiteaux, garnis de palmettes, de volutes, de monstres affrontés, d'oiseaux buvant dans une coupe, sont couronnés par des tailloirs h double biseau légèrement creusé en cavet. C'est sur le fût d'une de ces colonnettes qu'est gravée l'inscription suivante relevée par M. Poulard du Palais, qui a bien voulu mettre à ma disposition les dessins de tous les chapiteaux de
l'église et que je tiens à remercier de son dévoué concours :