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j'ai déjà dit. Bien entendu, ces instruments son! tous présentés au repos, généralement tenus de la main droite, el appuyés sur la cuisse; sans quoi, l'identification eût été singulièrement plus aisée. Cette circonstance laissera toujours un doute dans notre esprit.

Un seul spécimen présente les particularités suivantes : de taille plus grande que les précédents, avec des échancrures, il est tenu de la main gauche et appuyé sur le genou gauche. Ses échancrures suffisent à indiquer un instrument à archet, puisqu'elles furent inventées parce que la caisse large contrariait les mouvements de celui-ci. D'ailleurs, la main droite du personnage est dans la position du .jeu. et on peut remarquer à l'endroit voulu, sur la caisse de résonnance, la trace d'un archet aujourd'hui disparu. Cet instrument serait donc une rote, l'instrument qui est en quelque, sorte le précurseur du violoncelle, quoique beaucoup moins grand que lui.

Il reste encore plusieurs motifs de sculpture qui paraissent être aussi des instruments, mais plus difficiles ;i définir H à identifier. Nous les voyons de taille moyenne, en forme de vièles. avec une caisse de résonnance à fond plat, sans traces d'archets, sans cordes marquées, sans même d'indication des ouïes. Ces instruments ne sauraient être des crouths qui se distinguent facilement par leurs manches au travers desquels doivent passer les doigts de la main gauche. Il serait plus sage de les considérer comme des vièles proprement dites. Il est difficile de se prononcer. Toutefois, si l'on a voulu sculpter des instruments à fonds plats, nous dirons avec M. Laurent Grillet que ceux-ci doivent plutôt figurer des instruments à archets I .

1 ouvrage cité. — Cette étude sur les instruments de musique du portail a paru pour la première fois dans le journal l'Abeille d'Étampes, n° du 16 janvier 1904.

POURQUOI LE PORTAIL N'A PAS SUBI RE RECONSTRUCTION ET N'A JAMAIS QUITTÉ SA PLACE PRIMITIVE

Après avoir traité îles sujets aussi agréables que ceux de la couleur el de la musique, dous regrettons plus vivemenl de ne pouvoir passer sous silence la question du déplacemenl du portail.

Cotto question par elle-même serait de seconde importance si elle n'entraînait pas {\<>* conséquences extrêmement graves pour l'histoire el la valeur archéologique du monument. En effet, si le portail avait été déplacé, il aurait donc su 1 h une reconstruction complète. Et, alors, quels changements n'aurait-on pas fait subir à sa structure première? Faudrait-il juger qu'il y a eu simple transport et changement de place, ou véritable renaissance avec utilisation d'un plus ou moins grand nombre de morceaux anciens? I Par exemple, quelle preuve aurions-nous qu'un arc primitif en plein-ceintre n'est pas devenu l'arc brisé actuel? ±

1 M. Gab. Flenry trouve une preuve du déplacement du portail dans le l'ait que les voussures sont décorées selon l'Apocalypse, tandis ipie le tympan représente une Ascension ouv. cité, p. 232). En lisant notre chapitre IV, on verra ce qu'il faut penser de cette preuve.

■1 11 existe heureusement une preuve excellente que l'arc du portail n'a jamais été plein-ceintre. En effet, toute sa structure est subordonnée à celle du tympan. Or il n'y a qu'à regarder celui-ci et sa bordure à droite et à gauche de la tête du Christ, pour voir qu'il n'a jamais été retouché. — 11 ne faudrait pas non plus partir de là pour prétendre que le tympan n'est pas l'œuvre originale, par exemple, en

Pourquoi le porlail seconde manière n'aurai t-il pas été mis à La mode gothique dans le cours des mu' cl xive siècles? Pourquoi certains morceaux ne seraient-ils pas des adjonctions postérieures, tels les dais I ou les chapiteaux par

exemple ?

11 y a donc une infinité de matières à controverse qui pourraient être introduites dans la discussion au grand détriment de sa clarté el de ses résultats. Il est «'vident qu'un certain nombre d'entre elles seraient immédiatement rejetées comme sans valeur, mais il n'en faudrait pas moins beaucoup discourir. Mieux vaut donc ruiner tout de suite, si nous le pouvons, celte malencontreuse proposition qui, à peine née. viendrait se heurter contre les plus logiques raisonnements.

Nous y avions d'abord acquiescé parce qu'elle semblait expliquer l'extraordinaire position du porlail (2 . mais surtout parce que nous ne l'avions pas étudiée. Aussi, quand nous eûmes abordé l'examen du monument, il fallut bien se rendre à l'évidence et constater qu'il n'a jamais été démonté et qu'il occupe sa place primitive.

Certes, tous les curieux qui s'arrêtent pour la première fois devant le portail d'Étampes éprouvent une impression désagréable de regret à voir un aussi beau monument enfoncé dans une encoignure de bâtiment, comme en pénitence, et même partiellement recouvert par un mur qui le dénature

«tonnant comme preuve que le linteau est rallongé ! Par bonheur nous avons, nous, la preuve que le linteau a été rallongé a son online, dans la position du dernier apôtre à droite, tourné vers la Vierge présumée : donc la Vierge existait, donc le linteau était rallonge dès son origine, et son rallongement avait été prévu par l'architecte, non seulement avant la pose, mais avant la sculpture ; la pierre était simplement trop courte. D'ailleurs le cas n'est pas unique ; le même fait s'est produit notamment pour le linteau de la porte Miégeville, a Saint-Sernin de Toulouse : deux personnages sont sculptés sur chacune des pierres le prolongeant.

I) En vérité, les dais ne pourraient pas être mis en question, ils sont sculptés dans le même bloc de pierre que les statues : ils sont donc bien du même temps que celles-ci.

2 Voir Max. Legrand, Étampes pittoresque, la Ville, 2e édil., Hampes, Huinbert-Droz, 1902. in-8. p. 201-20.5; - René Merlet, Congrès archéologique de Frcwee. à Chartres, l'JOO, p. 14-76 : - Gab. Fleury. Éludes sur les portails imaginés du XII' siècle,?. 12, et 232. M. Oeorg. Sanoner a aussi parlé du déplacement, mais pour le combattre. [Revue de l'A ri chrétien, 1903, p. 32o.

I itoyablenient. C'est pour expliquer ce cas anormal que fui mise en avant l'idée du déplacement.

Saas doute, l'esprit peul recevoir du soulagement à la pensée qu'un fait si fâcheux esl le résultai d'une cause inéluctable. Mais, en cherchant la cause, il esl imprudent d'expliquer cette bizarrerie, comme toutes les bizarreries si

diverses de bien des portails, par le déplacement du m i-

iin'iii .

Au contraire, à la réflexion, la position bizarre du portail d'Étampes dous paraît être la preuve la plus évidente qu'il n'a pas été déplacé : plus la position serait bizarre, moins il faudrait croire au déplacement. N'est-il pas, en effet, de simple bon sens que si l'on s'était donné le travail énorme de déplacer le portail, on ue l'aurait pas fait pour le mettre

• tans la position défecti se et presque ridicule où il se

Lrouve actuellement ?

Et d'abord, il ne suffit pas de trouver des preuves plus ou moins valables de déplacement, il serait utile d'indiquer d'où ce portail proviendrait, quelle aurait été sa place primitive. Pour une église moyenne comme celle de Notre- Dame d'Étampes, les emplacements de portails ne sont pas nombreux. Un beau portail est généralement destiné' à l'entrée principale, sur la façade occidentale. C'est, du reste, de cet endroit que les partisans du déplacement font provenir le portail en question.

A cela nous répondrons d'abord que l'on eut t'ait bien peu d'honneur a la Sainte-Vierge dans le portail principal d'une église qui lui était dédiée. En outre, en maintes églises, le portail principal, le plus large, le plus riche, le plus grand, est sur une façade latérale, car l'importance des façades est elle-même subordonnée à de nombreuses circonstances. Au Mans, le grand portail orné d'une Glorification du Christ e<t latéral 1 . A Albi, le portail royal, le portail principal est au Sud : l'église n'a pas d'autre entrée. On pourrait multiplier les exemples, mais à quoi bon? Si le portail esl 1res orné, il est par contre 1res étroit -2m Xi''1'1 . et rien ne prouve péremptoirement qu'on ait jamais voulu l'utiliser pour l'entrée principale de l'église; le véritable portail principal, celui de la façade occidentale, quoiqu'il soit as-

1 II esl juste de dire que d'aucuns ont aussi prétendu qu'il avait été déplacé '

sisté dans son oiïice par deux autres portails, a -2m locm d'ouverture à pied d'oeuvre, el il est donc sensiblement plus large, quoique construit dans une fortification 1 . Les pOrtails romans de Saint-Basile el de Saint-Gilles uni respectivement presque 3m el 2m64cin d'ouverture. Bref, le portaii est d'une étroitesse qui exclul immédiatement ridée de sa destination première pour la façad îcidentale.

On n'a pas dit non plus à quelle époque le déplacement aurait eu lieu : serait-ce donc quand on a fortifié l'église el transformé la façade en posant un placage devant le clocher? 11 n'est pas très clair pourquoi on aurait déplacé un monument aussi important pour construire le placage. Nous imaginons que les architectes eussent trouvé une solution plus pratique. Pourtant, nous admettrons le fait durant un instant. Or, l'opération de la fortification fut longtemps attribuée au xiv" siècle ; à notre avis, elle date de 1200 environ (% . Pour concilier tout, nous dirons que la fortification et le déplacement du portail ont eu lieu entre 1200 et 1380. Mais alors, ce serait admettre que le déplacement est postérieur à la construction du croisillon sud. lequel est franchement de l'époque de la transition, et qui garde tant de caractères romans ! On va voir à quoi entraînerait cette théorie.

Du reste, toute la question est née du l'ait que le mur du croisillon recouvre un angle du portail, et c'est le croisillon qui en est la clef. Tout le monde semble ignorer que le croisillon est moins ancien que le portail d'une quarantaine d'années peut-être, ou, en tout cas. moins ancien que le déplacement supposé de celui-ci : on ne se rend pas compte des conséquences de cette erreur, car cela reviendrait à dire que les architectes et le chapitre de l'église voulant sauver le portail de quelque danger — nous supposons le danger — n'ont rien trouvé mieux que de faire un trou dans le mur occidental du transept pour y enfoncer l'angle du portail.

Pour nous, au contraire, ce n'est pas le portail qui esl entré dans le mur, c'est le mur qui a recouvert le portail, l'ail regrettable sans doute, mais du moins plus logique (3 .

h Voir notre élude : La façade occidentale, portails el fortifications de l'église Notre-Dame d'Étampes Bulletin de la Société Archéologique de Corbeil-É lampes, 1901 .

2) ïbid.

:t On peul se reporter à ce que aousavons expliqué ci-dessus, p. 1 1 el l-i.

Si déplacement il j a eu, il faul nécessairement el nous dous expliquerons complètement là-dessus tou4 à l'heure — qu'il ail eu lieu avanl la construction du transept. Or l'âge du transepl et celui «In portail ne permettenl pas d'accepter cette supposition. Ainsi, par exemple, si le portail a été construil entre ll-2<> et UoO, el le croisillon entre 1150 el UNO 1 . c'est donc presque coup sur coup que l'oo aurail construit le portail, qu'on l'aurait démonté puis remonté, el tout cela pour le cacher en partie par le croisillon tout de suite après? C'est très invraisemblable.

\u contraire, uous allons démontrer que le Chapitre se trouvant dans le ras d'opérer le déplacement du portail, s'esl refusée le faire; il a préféré endommager le portail, non toutefois sans s'efforcer de réduire le mal le plus possible. Voici donc, selon nous, comment les choses se sont passées.

Traversant une période de grande prospérité, et un frère du roi Louis VII se trouvant alors abbé, le Chapitre désira agrandir l'église du côté du Sud. Outre le motif de l'embellissement et la nécessité de compléter le transept déjà exécuté au Nord, le Chapitre fut probablement poussé par les autres motifs suivants : L° l'augmentation du nombre des chapellenies, par suite de nouvelles fondations: 2° l'obligation d'établir un lieu de refuge pour les malades (2 .

Cependant quand on décida d'allonger le bras méridional du transept, le portail royal était déjà en place, et même. par un sort vraiment malencontreux, en le construisant, on l'avait tellement poussé vers h> droite, en dehors de l'axe de sa travée, «pie le nouveau mur occidental du croisillon allait venir frôler les grandes images des rois de Juda, les ancêtres de Jésus-Christ.

C'est alors que l'on eut peut-être vraiment l'idée de déplacer le portail. Pourtant, on n'en fit rien: on construisit le mur aussi mince que possible 3 '•// ayant soin <7*' le

1 Nous donnons ces dates espacées pour être 1res large <■! ne pas prêter de ce côté à la critique.

■2 Nous savons en ellet de façon certaine que l'Hôtel-Dieu fut fondé au xu" siècle dans l'église Notre-Dame. En outre, d'autres renseignements nous confirment que le grabatoire était installe dans le croisillon sud. Voir notre ouvrage. Élampeset ses Monuments aux XI' i'l XIIe siècles, p. 90.

3 Nous n'avons pas la certitude que le mur a été fait particulièrement mince. Nous l'avons supposé parce qu'il y a possibilité qu'il ait été renforcé plus tard, à cause de sa faiblesse justement.

reporter vers l'Orient, 0'". ')()"" plus loin que son correspondant du croisillon nord. Étant donné le peu d'épaisseur du mut, on m' pouvait se passer d'un contreforl solide qui trouva sa place derrière la pile droite du portail. Sans les cinquante centimètres gagnés, ce contreforl serait veau audessus de l'intrados écraser les archivoltes. Nous l'avons mesuré à sa partie supérieure, un peu au-dessus des créneaux; il a l m 38e™ de large el s'écarte du mur en faisanl une saillie de i,!1 35cm.

on avail tenu beaucoup à ce croisillon, et, pour préserver lé portail, on avail fail de réels efforts; car les cinquante centimètres gagnés contraignirenl à dr> travaux assez considérables, à l'intérieur de l'église, et occasionnèrent des constructions très disparates. Tout d'abord, l'arc doubleau du bas-côté se trouvail trop loin pour supporter le mur occidental du croisillon : ",/ '■<< construisit donc nu treuil à rôle ; mais encore ce a mvel arc doubleau allait butter dans le vide de la nef : <</> le fil 'loin: obliquer légèrement vers l'Occident pour aller retrouver la colonne de la nef. Cette manœuvre fut insuffisante; H on fut obligé d'adosser à la colonne un véritable pilier. Le pilier suivant du même côté delà nef, c'est-à-dire le premier pilier du chœur actuel, se trouva aussi altéré, par le fait qu'il de c ail recevoir la retombée d'un arc de moindre rayon. Toutes ces constructions accidentelles ne se reproduisenl pas de l'autre côté de la nef : elles causent une disparité importante I . Mais il faut dire aussi que la disparité 1res apparente en ce qui concerne la colonne, le pilier et le doubleau, est au contraire presque invisible en ce qui concerne le mur. cause pourtant de toul le reste : de sorte (pie. en somme, la belle ordonnance du double transept ne se trouve pas gâtée. D'ailleurs, il esl nécessaire de comprendre que c'est pour arriver à ce résultai que le portail a été sacrifié; autrement, il eût été bien facile de construire le mura -2"' :iiim ou 3m en dehors de l'alignemenl au lieu de il'" 50cu1 comme on a l'ail.

I, Pour être -eupuleux. nous devons dire qu'un clocher de bois el plomb se trouvait avant 1789 au-dessus du double croisillon et portail ainsi en partie sur la colonne de la net dont nous venons de parler. \v;mt d'avoir étudie l'église avec soin, nous avions cru que cette colonne avail été renforcée pour prévenir son fléchissement sous le poids du clocher. Quand nous avons découverl la dill'érenec d'alignement habilement dissimulée des murs du transept, il a bien fallu reconnaître que notre première explication étail fausse.

En outre, i partie des efforts faits | r atténuer le mal

onl peut-être été rendus vains plus tard. On fut, semble-i-il, obligé de renforcer le mur extérieurement à cause de sa

faiblesse exagérée. Ainsi le portail se trouverait actuelle ni

plus recouverl qu'il o'avail été prévu par les constructeurs du croisillon.

On a compris combien ces différentes constatations sonl importantes. Si on persistail à considérer le mur du transept comme plus ancien que le portail, il faudrail expliquer : i i pourquoi ce unir esl dans un alignemenl autre que son correspondant; 2° pourquoi l'on a exécuté à L'intérieur du l'église tous ces travaux importants, très coûteux et disparates; 3° eufin pourquoi, volontairement el d'une façon si absurde, on a jeté le portail sur la droite, hors de L'axe de la travée, pour aggraver encore Le mal el qu'il pénètre pins avanl dans le mur du transept.

Au contraire et en résumé, si on vent admettre que le portail esl pins ancien de trente ou quarante ans que le transept, el n'a pas été déplacé, loul s'explique très aisément. Les constructeurs du croisillon sud ont trouvé préférable de cacher nn angle du portail pour agrandir L'église, plutôt que de gâter La régularité de Ligne du monument à l'intérieur : ils ont attaché nue grande importance à ne pas déparer les deux bras de la croix. Ainsi le portail n'a pas été déplacé connue («n L'a dit, mais il a été sacrifié 1 .

Le portail est une œuVre primitive, où les traces de tâtonnements abondent, mais nullement oeuvre refaite -2 II esl bien la. à l'endroil que les circonstances exigeaient qu il |ï,l. pour donner accès an souverain dans l'église royale.

l N'est-on pas encore ronde à faire une autre réflexion: si. avant la construction du croisillon, un avait déplacé le portail déjà une fois, on n'eut peut-être pas hésité à le déplacer une seconde luis afin d'éviter ta disparité intérieure el un ensemble de travaux dune importance à peu près égale. Le l'ail seul de n'avoir pas exécute le déplacement quand on a construit le croisillon semble prouver qu on n'a lias osé tenter pareille expérience.

•• Nous n'avons pas la compétence nécessaire pour décréter si un portail pouvail ou oe pouvait pas être démonte et transporte ailleurs pièce par pièce, au mi siècle. Mais dous sommes tenir de croire la chose possible pour un portail simple, à ce point que nous nous ,1,-1 nandous même si le portail roman bien connu de Saint-Basile dTÉtampes n'esl pas un ancien portail -occidental de l'église Notre- Dame ?

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