LES CHAPITEAUX
SCÈNES DE L'ANCIEN ET D! SOTVEAI IKSTAMENl
Les chapiteaux représentent une série «le scènes prises principalement dans le Nouveau Testament : deux scènes seulement sonl inspirées de la Bible. Nous avons divisé le toul ''ii trois groupes, s.-ms tenir compte de la différence d'origine, comme il suil :
Scènes de l'Enfance de Jésus se développanl toutes sur le jambage gauche <ln portail :
L° Annonciation l'été le -2."> mars . Sujel traité sous I intluence des évangiles apocryphes :
■2" Visitation Fête le 2 juillet . Traité selon S. Luc ;
:!' Joseph rassuré par l'Ange Évangile du 24 décembre . Traité selon S. Mathieu, mais avec une inexactitude qui laisse supposer l'influence des écrits apocryphes;
i" Le bain de l'Enfant Jésus I . Scène traditionnelle, seulement allusive aux légendes apocryphes, et complémentaire à la Nativité qui suil :
.v>" Nativité Fêle le 2o décembre . Traité avec <\r> influences apocryphes ;
('.■' Adoration des Mages Fête le (i janvier . Traité selon S. Mathieu, mais avec indépendance et originalité. Réguliè renient cette scène nui-ail dû être classée après I Assemblée
I Nous avons décril et commenté celle scène dans la première édition 'In présenl ou\ rage.
chez Hérode, mais l'artiste a voulu la placer dans l'angle où elle se trouve à cause de son importance;
7° Massacre des Innocents Fête le -H décembre . Il esl remarquable que la date de la fête ne concorde pas avec la chronologie des faits. L'artiste ne paraîl pas avoir tenu compte du calendrier, et la scène esl logiquemenl placée après l'Adoration des Mages. Traité selon S. Mathieu :
<SU Assemblée des princes des prêtres devant Hérode Fête de l'Epiphanie, 6 janvier . Selon S. Mathieu.
Scènes de la Passion se développant sur le jambage droit : !»•• Scène inconnue, cachée par le mur. Le baptême du Christ esl vraisemblablemenl une scène détruite;
Ht" cl 11° Entrée de Jésus à Jérusalem Fêtedes Rameaux .
Traité selon S. Marc el S. Mathieu :
12° Jérusalem s'apprête à recevoir Jésus. Un seul personnage attend sons la porte de la ville : nous ignorons s'il l'ait
Fia.
- hênia indiquant l'emplacement îles différentes scènes des chapiteaux.
allusion à Zachée, d'après un récil de S. Luc XIX, l,o qui sérail sans rapporl avec l'événement en cause ;
13° La Cène Évangile du Jeudi-Sainl . Traité selon S. Mathieu, S. Marc el S. Lue. mais avec des inexactitudes probablement causées par le manque de place ;
IVJ LesFemmesau Tombeau [Évangile du jour de Pâques . Traité selon S. Marc avec des inexactitudes voulues et très particulières ;
!.'/' Apparition de Jésus à Madeleine Évangile des jeudi el samedi après Pâques . traité selon S. Jean et S. Marc
Les scènes de Tentation à droite el àgauche du portail :
lu Tentation d'Eve et d'Adam :
1 7° \iliim ri J?ve chassés <h< Paradis terrestre;
l<S Première tentation de ■/'■sus. celle des pains Évangile c I ii I"1 dimanche de Carême . Traité selon S. Mathieu el S. Luc;
l!i" Antre tentation de ./'■sus. celle du Temple Evangile du I'1 dimanche de Carême . Traité selon S. Mathieu el S. Luc.
Nous pouvons certifier l'exactitude des identifications cidessus, car nous n'avons ménagé aucun soin pour arriver à un résultai définitif. Le grand désordre que des auteurs oui cru découvrir dans le classemenl des scènes est, au contraire, comme on peul s'en rendre compte, presque nul: l'erreur fui causée par une fausse interprétation des scènes.
Un remarquera aussi comment, par un symbolisme aussi élevé qu'ingénieux, les scènes de l'Ancien Testament n"vl(i el 17 ont été rationnellement mélangées aux autres.
En effet, les quatre scènes des Tentations constituenl ensemble — et même jointes à la précédente, Apparition </>■ .//'■sus ii Madeleine — connue la moralité «lu drame évangélique développé dans tous les autres chapiteaux. Le drame. c'est Jésus se faisant homme et subissant volontairement la Passion : la moralité, c'est le fruil du sacrifice de Jésus, c'est le rachat de nos péchés, c'est la Rédemption.
Tout d'abord, l'apparition de Jésus à Madeleine n° 15 signifie, d'après les Pères el les Docteurs qui l'ont commentée, que " Jésus est mort pour sauver les pécheurs. » Même un arbre, couvert de fruits el dressé aux côtés de sainte Madeleine, symbolise à lui tout seul la même pensée. Ensuite, dans les quatre dernières scènes on voit successivement la taule commise el le châtiment qui la suit, puis l'exemple de la résistance au péché que nous a donné Jésus-Christ.
Mais le dernier objet sculpté dans les chapiteaux est un frontispice dé temple surmonté d'une croix : c'est l'Église Universelle. Il nous rappelle que dans le giron de celle-ci se trouvent, pour qui veut bien en bénéficier, la rédemption el même la récompense I .
i On se demande si. d'aventure, cette image "H telle autre d'une semblable donnée, n'a pas inspiré une glose nouvelle pour la parabole du Bon Samaritain qui trouva son application au \ne siècle dans un vitrail de Sens Voir E. Mâle, L'Art religieux nu XIIIe siècle, p. 233 . car Étampes était du diocèse de cette ville. D'après S. Bernard, c'est-àdire au temps du portail d'Étampes, c'étajl le cheval 'lu Samaritain
C'esl toujours au grand fail de la Rédemption qu'aboutissent toutes les théories religieuses du Moyen âge. Mais combien rare est une telle insistance, une telle recherche de combinaisons, une telle ingéniosité pour traduire, dans une œuvre sculptée 1 . la grande idée de la Rédemption que nous allons encore retrouver toul à l'heure dan- le tympan du même portail. On ne peul s'empêcher de reconnaître ici une direction savante el même quelque peu géniale.
D'ailleurs, une non moins surprenante originalité se retrouve dans la manière dont sont traitées quelques scènes, et notamment la Visite i\<'< Sainte- Femmes au Tombeau.
\ d'autres points de vue, les chapiteaux onl été sculptés avec une minutie extrême. Le spectateur qui les examine d'en bas ne peut pas se douter de l'infinité de petits détails précis que l'artiste a soigneusement exécutés pour être réaliste, ou pour suivre exactement les textes, on pour donnera chaque personnage un caractère expressif . L'œuvre n'a pas toujours atteint le niveau de la bonne volonté de l'artiste, mais on peut dire néanmoins qu'elle a été exécutée avec conscience. Malheureusement, tous ces efforts, tous ces scrupules à préciser des détails en apparence les plus insignifiants, sont inutile-, puisqu'on ne peul pas les voir, puisqu'on ne peul pas distinguer les sujets comme il faudrait. Toute- les minuscules merveille- des chapiteaux n onl jamais rempli leur but.
Certes, il y a faute du maître de l'œuvre ou du sculpteur : le rebord dé la pierre qui forme le sol imaginaire sur lequel évoluent le- figurines cache une partie du tableau. A Chartres, on a remédié dans une certaine mesure à cel inconvénient en donnant plus de retrait a la partie inférii ure de la corbeille et en sculptant le- personnages dan- un déséquilibre conventionnel mai- plu- propice à la perspective.
qui Ggurait L'Église. Serm. sur le Cant. des cant., X'LIV, 3. — La croix sur le Temple avant la crucifixion est un anachronisme a fréquent an Moyen Age. Mais il es! rare, croyons-nous, de voir des portiques de temple semblables à celui d'Étampes figurés en sculpture. Nous constatons une fois de plu- que ce type de monument, fort usité
sur les nnaies. est prétendu d'origine italienne, t'r. Lenormand.
Monnaies et Médailles, pp. 181-182, 21<i, 220-2-22.
l Lr même symbolisme, traduit différemment, se retrouve en Italie du Sud, dan- Le portail de Sant Andréa, à Barletta, œuvre du
dpteur Siméon de- Raguse. Le portail de Barletta, inspiré des monuments Français du domaine royal, est d'une date postérieure au p .ri n! ,] fil un es. Cf. I.. Bertaux. onv. cilé, p. 6 ■''.
Bien loi même, on ne jugea pas l'amélioration suffisante. L'inutilité reconnue de l'efforl amena presque loul de suite la suppression, dans les portails, des chapiteaux a scènes compliquées et minuscules. A leur place ou sculpta des feuilles d'acanthe, des rinceaux, des griffons el autres ornements sans grande signification f . Plus tard, dans le midi de la France, on reprit l'idée d'orner 1rs portails de scènes évangéliques sculptées, mais dans des proportions beaucoup moins réduites ef dans des monuments d'un style totalemenl différent. Ce fui lantôl de simples bas-reliefs, comme à Beaulieu, ou de véritables frises antiques, comme à Sainlliilles du Gard, à Mîmes, à Beaucaire el à Arles ~1 .
La Scène des Femmes ai tombeau 3). — Sauf dans quelques rares exceptions, la Résurrection ne l'ut jamais représentée iconographiquemenl avant le milieu ou la lin du xu'" siècle. C'esl la visite des Femmes au tombeau qui en tient lieu i .
Le tombeau esl au centre de la colonne. Il a l'aspecl d'un sarcophage élevé sur trois pieds 5 . el orné seulement sur sou liane de trois cavités circulaires qui, à la lou le première origine, figuraient peut-être des poignées (I . Une lampe. qui esl traditionnelle, pend au-dessus.
I. il esl vrai qu'on sculpta quelquefois en même temps dos scènes évangéliques ilans les voussures, comme au Mans.
(2] Les deux derniers paragraphes furent publiés pour la première fois dans le Réveil d'Êtampes du 22 sept. 1906.
:; A consulter des notes exégétiques dans Rohaul de Fleury, V Evangile, l. 11. p. 274.
( i M. Emile Mâle a dit : pas avant le \uc' siècle ouv. cité, pp. 229-230 . mais nous connaissons à Toulouse une Résurrection qui est antérieure : elle existe sur un des chapiteaux provenant du cloître du la Daurade, et est conçu ave une hardiesse extraordinaire. Mais nous ne tenons pas compte des images insolites certainement rares comme celle du \i° siècle dans l'Évangile syriaque de la Bibliothèque Laurenlienne à Florence.
(S Les tombeaux vénérés étaient surélevés pour permettre aux dévots de se glisser dessous et gagner quelque soulagement. Violletle-Duc, Die t. hist. du Mobilier, -2" éd., t. I. p. 70.
i. En France.au xir siècle, on ne trouve généralemenl que ce type île tombeau; il existe semblable à ('.lia rires, à Saint-Gilles-du-Gard, a Avallon, à Toulouse égl. Saint-Pierre ; il subsiste, lin du xnr siècle, dans le jubé de Bourges Musée . A Arles cloître les cavités sont quadrilobées. Sur cette tradition et des exemples, voyez Catiier el
Martin. Mélanges d'archéologie, 1831, vol. II, p. 73. — A noter [ •
son exception, à Toulouse chapiteaux de la Daurade , un sarcophage
ll'l -
Le sarcophage est recouvert </<■ sa pierre, comme s'il n'avait pas été ouvert. Les trois Femmes Madeleine, Marie mère de Jacques, el Salomé son! à droite. La première, très rapprochée du sarcophage qui ta cache un peu. porte un objel dans sa main gauche, probablemenl un vase aujourd'hui mutilé el supposé contenir des parfums. Mais sa main droite est appuyée sur un objet plus volumineux el comme enroulé, qui repose sur la pierre de fermeture du tombeau. L'objel pourrail vouloir représenter la toile nécessaire à un embaumement, quelque étoffe à bandelettes : il y aurait ainsi accord avec l'acte des Femmes apportant des parfums el avec le texte évangélique dans lequel il est écrit que les Femmes achetèrent do^ parfums pour venir embaumer Jésus Marc, XVI, 1.1. Cependant, nous pensons qu'il s'agit plulot du suaire abandonné par Jésus. En effet, une grande importance est donnée au linceul dans les Évangiles. C'esl Joseph d'Arimathie qui l'acheta Marc, XV, 6, 46 , el en enveloppa le corps de son maître Mathieu, XXVII, 7, 59; — Luc, XXIII, T. .").'» . S. Jean fournil principalement des détails sur ce qu'il advinl du suaire après la Résurrection : « Pierre... s'étanl baissé, il vil les linceuls qui étaienl à c terre:... Simon Pierre qui le suivail arriva peu après, el « entra dans le sépulcre, el vil les linceuls qui y étaient, et le a suaire qu'on lui avait mis sur la tête, qui n'était pas avec « les linceuls, mais plié en un lieu à part. •• /<?a>7,XX,4,5, 7.
Or, fait très important, l'objet, que nous supposons représenter le suaire, est posé sur le couvercle du tombeau : l'artiste semble avoir eu l'intention très voulue. 1res catégorique de montrer le tombeau fermé. Nous allons revenir sur ce cas dans un instant.
Les deux autres femmes suivent, élevanl dans leurs mains droites des vases de parfums 1 1.
L'ange regarde vers l'autre extrémité du sarcophage. On ne lui a sculpté qu'une seule aile, d'ailleurs largement déployée. I! est assis dans une petite chaire i . ce qui indique «pie les Maîtres d'Étampes oui encore suivi ici l'Évangile selon
à strigilles ou cannelures ondulées, souvenir manifeste de l'antiquité. Enfin il arrive parfois que les cavités sont multipliées jusqu'au nombre de six ou huit, à l'exemple d'images à Beaueaire et à Modène, comme :si l'intelligence de leur première raison d'être s'était oubliée.
1 De l'indigo apparaît encore sur les vêlements de ces femmes.
■l II est a-;sis égalemenl à Chartres et à, Saint-Gilles du Gard.
S. Marc: <■ Étant entrées dans le sépulcre, dit-il, elles virent
un jeune homme assis... XVI, 1. •>.
Où l'artiste d'Ëtampes ne suit pas du tout le texte évangélique de S. Marc, ni ceux de S. Mathieu, de S. Luc, de S. Jean, c'est quand il clôt le sarcophage de la façon la plus ostensible et la plus intentionnelle.
« Elles disaient entre elles, raconte S. Marc: qui nous
« ôtera la pierre qui ferme l'entrée «In sépulcre? Mais en
u regardant, elles virent que cette pierre qui était fort grande
« en avait été ôtée. Étant entrées dans le sépulcre... etc. ■•