‹ Collected papersChapitre 75 sur 84 · SCÈNE VPOCALYl'T QUE, LA cl.i H:i I h : \ I n i.\ m: l'aU.NTS DEI · texte numérisé non relu

SCÈNE VPOCALYl'T QUE, LA cl.i H:i I h : \ I n i.\ m: l'aU.NTS DEI

L'él ude de cette partie «lu portail nous a conduit à des résultats inespérés qui ont leur répercussion sur une infinité d'œuvres françaises ou étrangères, exécutées dès les plus lointaines époques de»l'arl chrétien et jusque s'ers la lin du xnc siècle.

En effet, nous avons d'abord reconnu que l'image du tympan ne pouvait pas représenter la scène de l'Ascension de Jésus, comme on le disait couramment, et qu'il s'agissait d'une scène apocalyptique. Ainsi Jésus n'est pas figuré montant vers le ciel, mais se tenant immobile et glorifie; dans h' rir/.

Entraîné ensuite à examiner avec grande attention les autres images notoirement connues pour des scènes d'Ascension, nous avons été amené à reconnaître que la grande majorité (rentre elles avaient été aussi inexactement identifiées et classées. Presque toutes se rattachent plus on moins intimement à la donnée du portail d'Étampes, mais quelquesunes n'ont rien d'apocalyptique I . Les rares images qui

1 Exemples : 1" Panneau en bronze de la porte de L'église Sainte- Sabine à Rome ve siècle représentant te Christ vu par Moïse, Aaron, N&bad et Àbiu : — 2° le tympan du petit portail de gauche, sous le narthex de l'église de la Madeleine, à Vézelay, où esl sculptée une scène d'apparition de Jésus à ses onze Apôtres, d'après le récit de S. Mathieu (chap. 28, vers. 16 . (L. Eug. Lefêvre, Communication au Congrès archéol. de France, à Avallon, 1901 : — 3° on va très loin dans cette voie en donnanl comme Ascensions une foule de scènes, apoca lyptiques celles-là, résumant le Jugement, en montrant Jésus en Majesté, c'est-à-dire issis sur le trône, et entouré d'une gloire tenue par des anges; i" on a encore considère comme Ascensions les scènes où une croix nue se dresse en l'air, el qui représentent simplement l'apparition annoncée par S. Mathieu XXIV, 30 : etc.

représentent réellement des Ascensions sont, jusqu'au milieu du mi" siècle, exclusivement surde petits objets, el en général, composées selon des formules insolites et bizarres qui permettent de les distinguer au premier coup d'œil l). Il j a aussi des images d'un caractère mixte, représentant Jésus dans le ciel après que s'est accomplie son ascension. tandis que les Apôtres placés au-dessous de lui sont représentés sur la Terre 2 . Enfin non- reconnaissons qu'il y a un petit nombre d'images douteuses dans lesquelles la pensée de l'artiste ne se découvre pas clairement '.) .

La -cène principale du portail de Notre-Dame d'Étampes est donc inspirée de l'Apocalypse et particulièrement des

chapitres Y. VI et XIV.

Le Christ y est figuré au centre, i.i.noi i;ses pieds aux pointes

Lrès écartées reposent sur des patins grossiers, à l'exemple d'autres personnages du portail : il n'est pas nimbé. La mutilation ne nous permet pas de connaître le geste de sa main droite. Quant à sa main gauche, elle s'appuyait sur un grand bâton dont il existe encore la longue trace droite et quelques fragments en relief, et qui très certainement se terminait par une petite croix. Ce bâton es! celui du Bon Pasteur \ .

1 Exemples : 1° Miniature du ms. 33 de la Biblioth. de l'Arsenal \- siècle : 2° miniature du Sacramentaire de Verdun. Bibt. nat. n 18005 xr siècle : 3° plaque de reliure en ivoire, au Musée de Gluny; i° tympan du portail de l'église San Isidore., à Léon, en Espagne fin du xir siècle . Toutefois, il y a aussi des images sans bizarreries et qui prêtent à confusion. Fait notable, car il est très rare pour les autres sujets évangéliques, les images représentant véritablement une Ascension possèdent presque toujours une inscription concise indiquant le sujet, comme s'il était bien nécessaire de faire savoir de quoi il s'agit. Cette [.recaution semble bien prouver que la donnée n'était relativement pas répandue et que l'artiste voulait éviter une confusion.

:1 Nous cmvons pouvoir faire entier dans cette catégorie une miniature de l'Évangile syriaque de la Bibliothèque Laurenziana, à Florence vi* siècle .

3 11 doit rire bien entendu que tout ce que nous disons ici concerne seulement les images antérieures a la moitié du xir siècle environ. Nous avons fourni des détails plus précis sur toutes les questions énoncées jusqu'ici, dans Le Portail d'Étampes et les Fausses scènes '/'Ascension du XII' siècle, Versailles, 1907.

I La croix est un signe distinctif qui peut expliquer pourquoi on n'avait pas pris la peine de nimber le Christ, mais cela n'est pas formel. De même on remarque l'absence de gloire autour de Jésus, (tr S. Bernard a fait une longue dissertation sur la gloire du Père et du Fils, disant que ce dernier n'avait pas de gloire de lui-même,

Tous les personnages qui entourenl Jésus sonl là pour le glorifier. On voit dans les voussures les vingt-quatre vieillards joueurs <le harpes I el porteurs de vases de parfums, accompagnés des douze prophètes. Ceux-ci symbolisent peutêtre l'Universalité des saints représentée dans l'Apocalypse cli. XIV parlescenl quarante-quatre mille élus de la nation des Juifs, car les anciens commentateurs onl rail remarquer que le nombre 12 esl la racine carrée de I î \ : de plus les prophètes sonl Juifs el proéminents.

Dans le linteau sonl les douze apôtres de l'Agneau Apoc, XXI, I i , donl la place esl toul indiquée auprès de Jésus, dans le Ciel, mais qui figurenl aussi la primitive Église S. Bernard, Serm. sur le Cant. des Cant:, VIII, J . el les douze tribus d'Israël Guil. Durand, ftational, I. III. 10 . el les fondements de la Jérusalem céleste Apoc, XXI, 1 '< 2 .

Sur le môme rang que les Apôtres, aux extrémités du linteau, on distingue encore l'emplacemenl presque aplani par les iconoclastes de deux autres figurines : nous avons la presque certitude, fondée sur plusieurs 1res sérieux motifs, qu'elles représentaient, à gauche, S. Jean-Baptiste, et, à

droite, la sainte Vierge 3 .

mais qu'il l'avait reçue du Père Serm. sur le Cant. des Canl., 76 . De cela on serait tente de proposer que le Christ d'Étampes n'a pas de -lune pour mieux le distinguer du Père. .Mais nous ne croyons pas un seul instant à cette explication. A notre avis, le Christ n'a pas son cadre symbolique habituel parce que le monument est primitif el que ses sculpteur et architecte n'étaient pas encore maîtres ni de ta construction ni du sujet. L'absence de nimbe est peut-être dû à la même cause. — Il y a lieu de se demander si le bâton n'était pas un étendard avec sa hampe "ruée à la manière de celui de l'Agneau mystique. D'après Guillaume Durand, l'étendard esl un signe de triomphe Ratio nal des divins offices. I, 6, 27 .

1 Sur les instruments de musique des Vieillards, voir ci-dessus, p 16.

2 A Reims, le 24 Octobre 1131, le pape Innocent 11. s'adressant à

Louis VI le Gros, taisait cette allusion: « La Jérusalem céleste

dont les fondements sont posés sur les montagnes, c'est-à-dire sur

les Apôtres » Or cette parole a été rapportée par un chroniqueur

contemporain qui l'entendit, un moine de l'abbaye de Morigny-lès- Étampes.

(3) La tradition byzantine, qui s'est perpétuée en Orient à travers le Moyen Age, croyons-nous, plaçait le Baptiste à la droite du Christ et Marie à sa gauche. C'est l'imagerie occidentale du xn" siècle qui a transformé la formule en mettant Marie à la droite du Sauveur et en substituant .lean l'Évangéliste au Précurseur. Dans le linteau d'Étampes, nous constatons que le dernier Apôtre à notre droite l'ail

Ces quatorze personnages jouissenl du bonheur suprêm de contempler la gloire de Dieu à face dévoilée. « Approchezvous de lui, et vous serez éclairés, et vos yeux n'en seront point éblouis [Psalm., 3 . » Voir Dieu, c'est la suprême récompense promise aux Élus;e\ ils ne s'en rassasient point.

Dans le tympan, deux grands anges et deux plus petits participent à la glorification de Jésus : leur présence n'est pas inutile pour bien montrer que Jésus est dans le Ciel. et d'ailleurs pour traduire avec plus d'exactitude le texte de l'Apocalypse chap. V, v. H et 12 (1). Les deux anges voletant' dans l'extrados, c'est-à-dire à la partie supérieure du portail. Offrent au Seigneur dans des coupes les prières des hommes Tobie, 1-2 ± ■

Jusqu'ici, cette glorification de Jésus ne diffère donc pas beaucoup de toutes celles qui ornent le plus souvent les façades de m. s cathédrales du \n" siècle, et qui sont également tirées de l'Apocalypse. Ou remarque seulement l'ab-

un geste unique : il oublie Jésus et se tourne entièrement vers le personnage voisin placé dans l'angle. 11 nous a paru que cel acte respectueux, extrêmement rare dans l'iconographie, devait s'adresser à la Vierge. En outre, nous avons cru retrouver des Jean-Baptiste dans plusieurs autres Agnus Dei du xu" siècle notamment à Cahors, dans le mémo angle . et cela va de soi pour un tel sujet. L'exemple de l'iconographie byzantine a achevé de nous convaincre. Mais dans le portail de Cahors. nous croyons que, par un progrès de 1 idée symbolique, la sainte Femme placée non plus dans l'angle mais sous les pieds du Christ, figure l'Église. De même à Mauriac et dans d autres monuments : nous expliquerons pourquoi plus loin. A Montceaul'Étoile nous croyons distinguer le Baptiste au centre des douze Vpôtres, à côté de l' église ou de la Vierge ; dans la prétendue Ascension d'un vitrail de la cathédrale du Mans, nous croyons le retrouver, presque identique à celui de Cahors et placé semblahlement dans l'angle gauche.

1 » Je regardai encore, et j'entendis autour du trône des animaux el des vieillards la voix de plusieurs anges ; et il y en avait des millions de millions qui disaient : L'Agneau qui fut égorg* est digne de recevoir la puissance, la divinité... etc. »

•' Ces anges n'auraient aucune raison d'être dans une Ascension. c'est-à-dire, si Jésus quittait la terre pour le Ciel, car, pendant cet acte, le Christ n'avait pas encore perdu sa nature humaine pour prendre sa gloire divine qu'il a acquise seulement au plus haut des cieux à la droite de son Père. - Dans l'Agnus Dei de Cahors, quatre anges sont représentés volant, la tête en bas, sans les coupes, audessus de Jésus. A ceux-ci. il faut appliquer la parole divine rapportée par S Jean : « En vérité, en vérité je vous le dis que désormais vous verrez le ciel ouvert el les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'Homme » .Jean. I, 'il .

.,.,,,■,. des quatre Animaux, et Jésus esl deboi t au lieu d'être

vssis : mais cela suffîl pour changer complète ni la donnée

symbolique.

En effet, tandis que Jésus issis a pris toul le caractère de Dieu [e Père, de Dieu le Juge, Jésus debout garde une partie de sa personnalité humaine., le caractère du Fils de l'Homme \ ictime, de l'Agneau de Dieu.

Autrement dit, Jésus-Chrisl debout symbolise ["Agneau décril dans l'Apocalypse comme se lenanl debout slans tanquam occisus par opposition a Dieu le Père qui esl ^ssis sur le Lrôné sedens in throno . Dans le portail, Jésus- Chrisl figure mystiquemenl l'Agneau de {"Apocalypse, comme dans ce livre, l'Agneau esl cité mystiquemenl pour Jésus- Christ. Le Sauveur n simplement repris, sous le ciseau de ['artiste, la physionomie historique, la face humaine qui lui avait été substituée dans le texte sacré par le titre il Agneau, donl lavait salin'' naguère Jean-Baptiste : ■■ Voici l'Agneau

de Dieu qui rachète les péchés du de Jean, I. -2'.» .

pu haui du Ciel 1 Jésus s'offre à nous comme Rédempieur: car l'Agneau de Dieu symbolise tout entière l'idée de la tâche généreuse pour laquelle Dieu s'esl l'ail homme, et il rappelle l<' but immense et magnifique que Jésus a ensuite confié à son Église afin de l'achever: /" Rédemption. Il rappelle le sacrifice du Calvaire et symbolise le sacrifice de la

Messe qui est chaque jour conson i sur i<»us les autels.

.. /// cœlo magmiSfhic parons Sfulpoi et Agnus. •> << Grand dans le Ciel, ici je suis sculpté petit et sons l'aspect d un agneau », grava sur la pierre -2 un chrétien du \n' siècle : Mais la donnée symbolique du tympan d'Étampes veul rappeler que Jésus, devenu grand dans le Ciel, se souvient qu il fui petit et agneau sur la terre. L'Agneau de Dieu, qui fut homme, est rempli de miséricorde et de compassion pour les hommes.

L'Apocalypse et sa Glose. — L'énorme majorité îles plus grands sujeis «le décoration niilisés pour les monuments

1 im voit encore parfaitement dans les angles 1rs tons hleus qui coloraient le fond du tympan.

■2 Pierre conservée au Musée de Cluny Cf. X. B. de Montaull Revue de l'Art chrétien, 1903, p. 213 . — Remarquons en passanl combien le Chris) du tympan dfctampes est grand par rapport aux Vpôtres. Celte particularité, toul a l'ail à propos, serait inconcevable dans une ascension.

chrétiens de l'Antiquité ou du Moyen Âge oui été lires de rApocalypse. On eonnaissail déjà l'origine d'un aombre considérable de ces sujets, mais, depuis plusieurs années, nous nous sommes attaché à faire comprendre qu'il en existe beaucoup d'autres qui sortirenl de la même source d'inspiration. .Nous avons eu ainsi le bonheur d'éclairer l'opinion sur le tympan de Vézelay qui illustre les trois premiers chapitres de l'Apocalyse (1), et nous continuons à jeter de temps en temps une lueur nouvelle sur ce que nous avons appelé les Agnus Dei, sans nullement prétendre donner du premier coup l'explication définitive de questions effroyablement mystérieuses el complexes. Nous avons expliqué que l'Apocalypse donnant seule (\c> détails sur la pompe c(desie, ce document avait été indispensable aux artistes qui voulurent représenter la Toute-Puissance divine dans sa gloire.

On ne saurait donc étudier avec trop de soin le livre qui contient les mystères que Dieu a révélésà Jean 1 Ëvangéliste, et c'est pourquoi nous demandons la permission de le

résumer ici (2 .

La relation devient intéressante pour nous au commencement du chapitre IV : « Après cela je vis wiw porte

s'ouvrir dans le ciel le vis un troue dressé dans le ciel,

el quelqu'un assis sur ce trône autour de ce même

trône, il y en avait vingt-quatre autres sur lesquels étaient assis vingt-quatre vieillards velus de robes blanches, ayant

sur leurs têtes ^\i'> couronnes d'or Devant le trône el

autour, il y avait quatre animaux Et lorsque ces animaux rendaient gloire à celui qui est assis dans le

trône les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant

celui qui est assis sur le trône »

Le chapitre Y continue ainsi : « Je vis ensuite dans ta main droite de celui qui était assis sur le trône un livre écrit dedans et dehors, scellé de sept sceaux. El je vis un ange fort puissant qui disait : « Qui est digue d'ouvrir le

1 Revue de l'Art chrétien, 1906 ; — et Congrès archéologique de France. Avallon, 1907,

(2) Notre résumé est fait seulement pour éclairer le lecteur sur les points spéciaux qui intéressent cette élude. Pour avoir des explications plus complètes, on peut consulter notamment l'écrivain protestanl Keuss, Hist. de la théologie chrétienne aux temps apostoliques, 1804, I. I. pp. 131-M6.

Livre fi d'en rompre les sceaux ? » Mais nul ne pouvait, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ouvrir le livre ,,i le regarder. Je pleurais beaucoup de ce qu'il ne s'était

trouvé personne qui fût digne d'ouvrir le livre El I un

des Vieillards me dit : » Ne pleurez point, voici le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, qui a obtenu par sa victoire le pouvoir d'ouvrir le Livre el d'en rompre les

sceaux. •>

Alors Jésus, le lion de la Lribu de Juda, le rejeton de David, v;i entrer en scène sous l'image de l'Agneau : <• Je regardai ci je vis au milieu du trône el des quatre animaux et au milieu des Vieillards l'Agneau qui se tenait debout

quoique égorgé El il vint prendre le livre de la main

droite de celui qui étail assis sur le trône ; el l'ayant pris, les quatre animaux el le- vingt-quatre vieillards se prosternèivni devant l'Agneau, ayanl chacun des harpes el des coupes d'or pleines de parfums qui sonl les prière-, des saints. »

El Ions chantent un cantique en l'honneur de l'Agneau : « Vous êtes digne. Seigneur, de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, parce que VOUS avez été mis à mort et

que vous nous ave/, rachetés pour Dieu El j'entendis,

continue S. Jean, toutes les créatures qui partout

disaient : A celui qui est assis sur le trône, el à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire el puissance dans les siècles

des siècles. -

Cependant l'Agneau ouvre les sceaux les uns après les autres el révèle leurs secrets chap. VI . puis de? saints, des martyrs innombrables louent el adorent Dieu, qui est ASSIS sur lé trône, ainsi que l'Agneau qui leur servira de pasteur el les conduira aux fontaines des eaux vivantes chap. \ Il .

Apre- l'ouverture du sixième sceau, on voit apparaître le .luge et sa balance; mais c'esl seulement après l'ouverture du septième sceau que résonnent les sept trompette- annonçant des cataclysmes el finalement le règne de Jésus-Chrisl

chap. VIII, XI).

L'Église symbolisée par une femme qui va enfanter, est persécutée par un dragon chap. XII .

Mais enfin le temps est proche. « Je regardai encore, dit Jean, et je vis l'Agneau qui étail deboi t sur la montagne de Siou ». La chute de Babylone esl annoncée. Le Fils de ['Homme, couronné el tenant une faux, apparaît assis sur

une nuée blanche chap. XIV : il fera tomber Babylone, la grande prostituée chap. XV-XX . EtJérusalem va descendre du ciel comme ////'■ épouse environnée de la clarté de Dieu. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements dans le sang de l'Agneau, afin qu'ils aienl droit à l'arbre de vie, et qu'ils entrent dans la ville par les portes. Ce sera le deuxième et dernier Avènement du Fils de l'Homme chap. XXI-XX11 .

Dans ce court résumé de la Révélation de Jean, nous nous sommes efforcé d'énumérer sous la forme la plus concise huiles les idées maîtresses qui furent utilisées par les artistes. Chaque idée peut se figurer sommairement par le personnage principal, et suffit à constituer à elleseule un symbole. ( >n voit tour à tour défiler :

Celui qui est assis sur le trône, c'est-à-dire Dieu le Père ; L'Agneau debout, c'est-à-direJésus-Rédempteur, la victime expiatrice :

Le Fils de l'Homme, tantôt debout et tantôt assis, c'est-àdire Jésus empruntant plus ou inoins tantôt le caractère de l'Agneau et tantôt relui du Père; Babylone, la Cité du Démon :

Jérusalem, la Cité de Dieu, la Ville céleste, l'Église triomphante mi des Prédestinés f .

Autour de ces premiers rôles, les personnages secondaires et les accessoires sont multipliés :

Le Trône :

Les Vieillards :

Les quatre Animaux :

Le Livre aux sept sceaux :

Le Livre de vie de l'Agneau ; Les Anges :

La montagne de Sion, etc., etc., etc.

Encore devons-nous nommer ces choses accessoires et abstraites, la gloire et le triomphe, que les artistes ont trouvé moyen d'exprimer par des objets : 1° le cadre de gloire aux contours divers appelé vesica piscis, mandorla, amande, ellipse, gloire' : 2° la robe de pourpre; 3° ["étendard.

Les personnages, objets, symboles que nous venons de

l Sur Jérusalem, Guit. Durand a fourni ces explications : <■ Jérusalem signifie historiquement la Cité terrestre de ce nom nu serendenl les pèlerins : allégoriquémenl, c'est l'Église militante et tropologiquemeiii. toute ame fidèle : enfin anugogiquemenl, c'est la Jérusalem ou patrie céleste.

Planche extraite de la lievue </<■ l'Art chrétien.

L.iter, ne se retrouvent pas sans eaux' profonde dans les grandes compositions décoratives de l'Antiquité el du Moyen \ge. || faul bien qu'un rapport existe entre «-es images el

l'Apocalypse.

Mais examinons donc les gloses, c'est-à-dire, les commentaires explicatifs donnés par les Pères. Celles «pn* nous trouvons dans 1rs manuscrits presque contemporains du portail d'Étampes, sonl très instructives. Le manuscrit i02 de la Bibliothèque de Chartres, provenant du chapitre de la cathédrale el datant du mu" siècle, commente ainsi le texte apocalyptique : e Et vidi Agnum Chrislum qui fuit viclima

stantem certantes adjuvantem I » fol. 137 . Kl pins

loin : « Kl vidi el ecceAgnus Christus pro nobis i ilatus

stabal m adjuvans supra montem Sion in Ecclesiam virtitubis celsam cl Deum contemplantem ■■ fol. loi -2 .

,, Par li' muni de Syon est signefié seinte Glise, a l\i li agniel vinl ;i sueurs ■■ •'! . dil autre glose de l'Apocalypse.

DlEl LE PÈRE ET DlKI LE Fil.-. LES DEI \ GRANDS SYMBOLES DU XIIe SIÈCLE, JÉSUS DEBOUT « ADJUVANS », JÉSUS ASSIS « JUD1CANS ».

Pour nnns. en la circonstance, le fait le plus remarquable

dans lf texte de l'Apocalypse, c'esl la distinction faite avec insistance entre V Agneau deboi t et Celui qui est assis sur />■ trône 't . Les deux acteurs ne sauraienl se confondre : I un

1 « Et je vis l'Agneau le Christ qui fui victime se tenant debout c'est-à dire aidant ceux qui luttent ... « Commentaire du chapitre \ .

2 « El je vis encore l'Agneau le Christ qui fut immolé pour uous qui se tenait debout comme pour venir en aide sur la montagne de Sion sur l'Église élevée à cause de ses vertus el contemplant Dieu «

Commentaire du chapitre XIV . — Les citations ci-dessus sont d autant plus intéressantes qu'elles expriment les idées des chanoines de la cathédrale de Chartres, lesquels ont érigé au cours des m" et \nr siècles deux portails à Agnus Dei inspirés sur celui d'Étampes. —On peut encore consulter à Chartres le ms. 158, du su" siècle, provenant de l'abbaye de Saint-Père, el donl le commentateur tut Ambroise Autpert

voir i 7, v : et le ms. 38u, du xiii" siècle, provenanl îles Dominicains voir t. XI, I ;;'; i el 3 is. \ "* .

3 Ms. iv. lu:; de la liibl. nat. fin du \u s. ou commencement du v,,r . Voir L. Delisle el P. Meyer, VApocalypse en français au XII l' siècle, Paris 1901, pp. 10-71. — A rappeler encore la parole du Psalmisle : » Benedical te Dominus ex Sion. Que le Seigneur le bénisse du haut de Sion. » Psaume 133 qui se chante à Complies.

I On trouve la distinction exprimée de nombreuses fois,

li- premier esl

la genèse des Au temps de

tien! le Livre que l'autre vienl lui prendre; debout, le second est assis I .

Il nous apparaît que cette distinction a été deux plus importants symboles du xne siècle saint Bernard, la différence mystique des deux symboles était si bien établie que l'abbé de Clairvaux professe la doctrine suivante : quand <»n parle de quelqu'un debout, sans le désigner autrement, il ne saurait être question que de Jésus. Dans un cas. David a bien dit des choses qui semblent prouve!- qu'il s'agit de Moïse. Mais saint Bernard proteste : Jésus est le véritable Moïse, et en écrivant Moïse, David avait le Seigneur en vue! Kl Bernard ajoute : •- Comment se peut-il faire qu'il Moïse se tint debout, s'il ('tait abattu : ou s'il était deiuk t. comment était-il abattu? Je vais vous montrer si vous voulez qui est celui-là qui s'est vraiment tenu DEBOUT quoiqu'il fûl abat! il. Je n'en connais point d'antre qui l'ait pu faire que mon Seigneur Jésus qui certainement vivait dans sa mort même, puisqu'il était abattu sur la croix. et qu'il ('tait debout avec le Père par sa Divinité »> -1 . Avant cette forte affirmation d'une doctrine qu'il n'étail vraisemblablement pas li' seul à défendre, Bernard ava.il expliqué' :

C'est donc là l'état où (dail l'Époux c'est-à-dire l'Époux de l'Église, Jésus . lorsqu'il se tenait deboi ï derrière la muraille... Et c'est avec raison qu'elle le représente debout, parce que lui s<'ul s'est tenu véritablement debout et ferme dans la chair, puisqu'il n'a pas senti le péché et la corruption de la chair. >•

Encore, au sujet <\r> pieds spirituels de Dieu, il argumente ainsi sur une sentence du Psalmisle : « Aussi ne faut-il point négliger comme une chose peu importante de savoir quels sont ces pieds que l'Écriture attribue si souvent

a Dieu, et avec lesquels elle le représente tantôt cou

étant debout comme lorsqu'elle dit : « .Nous l'adorerons

dans le lieu où il a été DEBOUT sur si'S pieds INaliu.. 131 .

Serm. sur le Cant. des ('uni., Serm. VI. par. IV . Etc. 3).

Ce n'est d'ailleurs pas le texte de l' Apocalypse tout seul

qui a donné naissance à ce symbole. Les Actes des Apôtres

I .M. t.. Gloquel a parfaitement établi la différence dans son manuel Éléments dCiconogr. chrét., p. 56 .

± Serm. sur le Cant. des ('"ni., LVI, ±.

:; on trouvera d'autres exemples dans notre étude sur le tympan de Cahors. fier, de l'Art chrétien, 1907.

nous onl représenté sainl Etienne au milieu de soîi supplice, levanl son regard au Ciel, el voyanl ■■ la gloire de Dieu, el j,isus qUi était deboui à la droite de Dieu a Act. Apost.,YU) I .

Bref il esl incontestable que, au \w siècle, el bien ayant, oi1 reconnaissail une signification symbolique à la position de Jésus debout, signification claire el précise. Le caractère de Jésus présenté debout, c'est d'être secourable, adjuvans. Ce symbole parait avoir tenu une place importante dans la doctrine des Pères du xne siècle.

Mais est-ce à dire que le symbole esl resté confiné dans la littérature, dans la théologie scolastique? Ne l'aurait-on jamais traduit dans des œuvres plastiques? Ainsi à la vue du peuple tremblant on n'aurait offert que le Christ juge sévère, terrible, el pas de Chrisl secourable car attaché à la ,.,-uix il perd ce caractère ? Nous prétendons le contraire, el commenl pourrait-on nier mie intention formelle de I artiste quand Jésus est figuré debout en face des martyrs comme à Cahors et à Chartres -2 .

Cependant, il ne faudrait pas déduire de là que Jésus, figuré dans le Ciel, esl représenté seulement debout, et que la personne divine représentée assise esl toujours Dieu le

Père.

A nuire avis, il en esl ainsi dans l'Antiquité, avec des exceptions néanmoins :! . Mais au \ir siècle, et peut-être avant, on avait fini par représenter souvent Jésus assis; d'ailleurs, 1° en vertu de ce principe dogmatique que le Père et le Fils se confondent ï . 2° en accord avec la parole de l'Ecriture indiquanl qu'il esl assis à la droite de son Père Ps cix. i ; — Rom., VIII, 34; - Coloss., 111,2; - Hebr., I 3 e| 13 : prir., III, ±2. ele. ,3° et encore parce que, dans lès derniers chapitres de l'Apocalypse, après son deuxième Avènement, sa première personnalité ayant disparu, lui-

I tn peu plus loin, le texte répète la même phrase, mais cette fois en substituant au Qom de Jésus celui du Fils de l'Homme.

•> Pour Cahors, voir aotre étude déjà citée, et pour Chartres : Le Symbolisme du portail mérid. de la cath. de Chartres Revue de l AH chrétien 1907. - Nous n'avons pas encore l'ait une étude spéciale des châsses mais nous présumons cru'on trouverait dans leur décoration ,le nombreux Jésus debout adjuvans. Ex.: La châsse de Saint-Sernin ;'i Toulouse.

:; Voir plus bas. p. 61, unie l

i Ils sonl égaux en toute choses, xquales per ovmia.. disent les Pères.

même est d'abord devenu le Juge, puis étant entré dans le repos éternel après ses travaux, il s'est confondu entièremenl avec le Père, et il esl assis sur le trône de son Empire I .

Ce n'est pas Dieu le Père qui doit juger à la fin dernière du Monde, c'est le Fils de l'Homme. S. Mathieu le confirme XXIV, .'}(> . S. Bernard prêchail que l'Église désirait le second Avènement du Christ parce qu'il jugera les hommes comme Fils de l'Homme et non comme Fils de Dieu, afin d'être moins sévère contre eux ± .

Mais, comme Juge, le Fils de l'Homme sera assis. Au Moyen Age, on ne concevait pas autrement la position d'un personnage puissant en train de juger. Ainsi Jésus debout, quand il ne symbolise pas spécialement l'Agneau, figure le Fils de l'Homme dans son premier Avènement, el lorsqu'il est assis, il figure le Fils de l'Homme dans son second Avènement 3). Du moins, tel devait être l'interprétation du XIIe siècle i , qui parait avoir presque unique-

1 Quelle erreur ne commet-on pas quand, devant une image où Jésus est représenté assis sur le trône, sous le prétexte que des anges tiennent son cadre glorieux, on interprète la scène comme une Ascension. Jésus montant au Ciel a pu être ligure dans cet équipage insolite par un ivoirier isolé, cela ne change rien à la règle générale. Le tronc même inoccupé joue dans l'Apocalypse un rôle très important. Les Orientaux avaient si bien compris cela que, soit pour marquer la puissance divine, soil pour figurer le Jugement dernier de la manière la plus sommaire, il était devenu banal chez eux, pendant l'Antiquité et le Moyen-Age, de décorer les voûtes absidates des églises avec une peinture représentant, faute de mieux, le trône apocalyptique, I'étoimasi.v, parfois entouré des quatre animaux. A notre avis, le trône est intimement lié à la vision de saint Jean, et quand Jésus est représenté \-si- sur le trône, cela doit suffire à indiquer qu'il est dans le Ciel. A notre avis, tous les Christ en .Majesté des ivoires byzantins sont des images apocalyptiques, sans le moindre doute.

ï Serin, sur le Ca.nL des Cunl .. Serm. 73. Voir aussi Serm. 56. — Le titre de Fils de l'Homme rapprochait Jésus de l'humanité-, car le Fils de Dieu est un Dieu lui-même.

:; Guil. Durand indique les cantiques qui se rapportent aux deux Avènements Ralional, lib. VI, c. U2).

\ Pour donner tout de suite une illustration de cette théorie, nous pouvons dire: 1" le tympan d'Élampes représente l'A'gnus l»ei : 2e le tympan de Cahor- représente le premier Avènement : :i,J le tympan de la baie centrale du portail royal de Chartres représente le deuxième Avènement. — Outre le nimbe, le Livre doil fournil- une indication précieuse pour distinguer le Père du Fils. Dieu le l'en-, Celui qui est \-hs sur le trône, dans les premiers chapitres de l'Apocalypse, lient le Livre dans la main droife;on suppose donc que la personne divine

,,,,., ,l glorifié Jésus-Chrisl dans ses phases mystiques, an détriment de Dieu le Père. Seulemenl plus lard, vers le xive siècle, les trois personnes recevronl des honneurs égaux en paraissanl ensemble dans les mêmes tableaux sous les aspects les plus différents: alors Dieu le Père seul sera vssis, el le Fils aura toul l'aspect lamentable de la victime. Victime immolée, l'Agnus Dei du \n" sied.' l'est, mais n'oublions pas qu'il reste pourtant triomphant stantem tanquam occisum . Une glose précédemmenl citée explique en outre qUe le texte montre Jésus debout pour exprimer qu'il porte secours à ceux qui souffrent certantes adjuvantem . Mais là u'esl pas tout le sens mystique. •• El ge vi... un agniel estant ausi comme ocis, •- dil le manuscrit 103 de |a Bibliothèque Nationale; el il ajoute dans sa glose : « Ceo que r, agniel estul e fu ausi comme ocis signefie qu'il sullVi passiun en la humanité, el sa deïté lu entière, ou ke il eS| en terre mortifiez en ses membres par tribulation, el en gloire meint entier quant a sa persone » I .

Déplus l'Agneau représente mysliquemenl l'Eucharistie. Or. dans le sacrifice eucharistique de la Messe, les anges. les saints, les apôtres, tous les bienheureux indistinctement sont considérés comme •• les membres de Jésus-Christ, unis inséparablemenl à leur chef, el ils trouvent leur honneur et gloire à s'offrir avec lui en sacrifice ». De sorte que la présence «les anges, des apôtres et même des saints de 1 Ancien Testament dans l'ornementation du portail d'Ëtampes, rsl donc utile pour l'expression complète du symbole qui illustre le tympan. Ils glorifienl Jésus, mais ils sont aussi

victimes avec lui.

Voilà donc bien les idées d'holocauste, de résurrection el ,1,. triomphe symbolisées par l'Agneau -- el si complètemenl traduites parles crucifix primitifs, jusqu'au \in" siècle — indistinctement pour résumer une autre grande idée, I idée dernière : LA RÉDEMPTION.

A la personne de l'Agneau -Fils- de -l'Homme s'attache principalemenl le caractère rédempteur: » Non le Père, non

tenant le Livre dans la main gauche ligure le Fils .le l'Homme, c'està-dire celui qui lut l'Agneau. - Le premier caractère el le troisième ou dernier apocalyptique de Jésus sont marqués parfois dans le même monument qui contient le Christ assis et l'Agneau. Ex.: Charlieu, Saint-Loup de Naud, Saint-Ayoul de Provins, etc. 1 Delisle el Meyer, ouv. elle. p. 24.

l'Espril sainl qui esl descendu sur la terre, mais le Fils ».

Le Rédempteur esl Dieu el homme », s'écrie sainl Bernard I . Mais on ne peul séparer l'idée de Rédemption de Dieu l'ail homme, de Jésus représenté sous la figure d'un homme; el la personnalité humaine du Chrisl élail trop importante pour toujours la cacher derrière l'image d'un petil animal. G'est.pourquoi, en dehors de toul autre motif, les chrétiens désireux d'élever leur symbole ou plutôl de le rapprocher de l'humanité et en même temps de la vérité, devaienl fatalement abandonner quelquefois l'image de l'Agneau pour lui substituer celle de Jésus lui-même, lout en conservant à la seconde apparence la même signification spirituelle el allégorique.

Guillaume Durand, célèbre prélal écrivain du xine siècle, qui fut quelque temps doyen de l'Église de Chartres; nous a transmis les sentiments d'un maître à ce sujet. Voici cequ'il dit : «... Or, parce que Jean-Baptiste montra le Chrisl avec le doigt, eu disanl : » Voici l'Agneau de Dieu », quelquesuns représentaient le Chrisl sous la figure d'un Agneau. » — « Cependant, comme l'ombre a passé et que le Chrisl esl vraimenl homme, dit le pape Adrien De Consec, III. 7 . nous devons le peindre sous la forme d'un homme ». Car ce n'est pas l'Agneau de Dieu qu'on doil représenter principalement sur la croix : niais après y avoir mis un homme, rien n'empêche de peindre un agneau dans la partie inférieure ou postérieure, puisqu'il est le véritable agneau qui porte les péchés du monde 2). C'est donc de ces manières el de diverses autres que l'image 'lu Sauveur esl retracée, à

L « Non Pater, non Spiritus sanctus advenit in mundum . sed Filins. » De Adventum Domini, Serm. I, 1 : — « Redemptor Deus et bomo » Traetatus de Passione Domini, en. XLV1. 182 .

i J)ans cette représentation de deux Images différentes mais lâchant te même symbole, nous avons cm reconnaître un exemple plastique très marqué ù'anagogie. Car, en effet, le symbole de Jésus-homme et debodi esl expliqué par l'Agneau mystique ; en d'autres termes, l'Agneau esl représenté à côté de Jésus pour indiquer que celui-ci atout le caractère symbolique impliqué au premier. Ainsi il n'y aurait pas d'anagogie dans le portail de Charljeu, par exemple, nu l'Agneau est sculpté au-dessus du Christ \ssis. parce que le symbole du premier est totalement différent de celui du second. Sur l'Anagogie, consultez Guil. Durand, Rational, préf., XII ; — Em. Mile. L'Art rel. au XIII' s., p. 170 ; — L.-Eug. Lefèvre, Le symbolisme 'lu portail méridional de Chartreu, Rev. .1/-/ chrél., 1907. Voir également ci-dessus, p. .".li. note 1. et p. lis. note I.

cause «les différentes significations qu'elle entraine avec elle l ...

Les paroles de l'évêque de Mende concernanl le Crucifix réclamenl une explication. La Crucifixion n'a pas été traduite en image avanl le \T siècle; et encore, à cette époque, on la représentai! avec une croix nue, ■-ans le Christ, coi m ne on le peul constater sur une fiole du trésor de M on /a. Aussi, quand Jésus commença à être figuré sur la croix, il n'était guère qu'un symbole, comme l'Agneau donl il avail [iris la place '1 ; il étail véritablement l'Agneau de Dieu apocalyptique, immolé mais triomphant, vision divine parfaitement idéale et mystique oe rappelant que de façon allusive le drame historique et humain du Golgotha 3 .

Il découle encore clairement de tout ceci que le Christ du tympan d'Étampes cache le même symbole que les C.lirisi souriants des crucifix primitifs. Entre un crucifix primitif el l'image d'Étampes, il \ a différence de formule iconographique; mais la donnée symbolique est équivalente, ■ elle est identique: on la trouve seulement plus simplifiée ici el plus développée là.

Les Apôtres. La Sainte-Vierge. L'Église. — Par les commentaires de l'Apocalypse que nous avons fournis, il

1 Ralional, Lib. I, e. III. 6. — A propos de la manière dont est représentée l'Ascension, Durand dit simplement : <■ Peint montant des degrés, c'est son Ascension. » Ibid., par. 6.

2 Une très ancienne image à Venise représente ainsi la Crucifixion : l'Agneau sur la croix : la Vierge et Jean le lîaptiste probablement se tenant à droite et à gauche comme dans les images où Jésus figure

Rohaut de Fleury, La Sainte-Vierge, t. I. pi. XI.V .

3 L'image de la Crucifixion de Jésus doit à son origine d'être restée symbolique jusqu'à la fin du Moyen âge. Les détails réalistes qui turent introduits dans la composition ne sauraient nous tromper sur ce point, et rien ne prouve que le caractère souffranl de Jésus, par exemple, caractère évidemment plus exact, n'eut pas pour but de rapprocher l'image de la vérité el de l'exactitude historiques. — Au début, la croix elle-même n'avait pas le caractère historique : ce l'ut un simple attribut distinclif placé derrière l'Agneau, et équivalent au nimbe crucifère. Elle ne l'ut pas l'accessoire essentiel de la scène qui né lait pas historique. — Enfin, la croix n'est pas essentielle pour marquer le caractère de l'Agnus l>ei, puisqu'elle n'est pas un attribul apocalyptique : le Christ du tympan d'Étampes ne possède même pas un nimbe crucifère. Le détail essentiel de la donnée de l'Agnus Dei, c esl que Jésus soit représenté debout. — Pour bien comprendre toul ceci, on peut se reporter à l'Agnus Dei de la chapelle de la Bourgonnière dont nous reproduisons ici l'image extraite de la Revue de l'Art chrétien, 1906, pp. 224-225 PI. V).

semble bien que les Apôtres du linteau figurent le mont de Sion avant de symboliser par extension l'Église primitive et aussi 1rs Fidèles; et ainsi ils n'auraient pas été sculptés sous les pieds du Christ par quelque hasard heureux de la composition décorative : ils auraient été place- suivant une intention formelle des Maîtres de l'Œuvre, pour exprimer un sj mbole, parce que l'Agneau « est sur le mont <le Sion ». Mais ils ne pouvaient pas non plus être placés sur le même rang «pie Jésus, car dans le Ciel ils ne sont point égaux à Dieu, et l'honneur est déjà grand d'être au-dessous de lui. « sub pedibus » 1 • lui outre S. Bernard a appliqué an chœur des Apôtres nue sentence d'Isaïe Isa.. 62), par laquelle ilseraient les sentinelles gardant Jérusalem -1 .

Quant à la sainte Vierge qui, selon la vraisemblance, existait primitivement dans l'angle droit du linleau.il n'y a pas lien de l'assimiler à la Sainte-Église. Nous croyons que Marie prend ici part pour son propre compte à la glorification de -on Fils, et c'était encore une manière d'être honorée. Elle avait tons les droit- d'être associée à la pompe céleste: et. dans une image symbolique île la Rédemption, sa place é'iail évidemment marquée 3 .

Tout antre est le cas. selon nous, de la Sainte-Oranle du portail deCahors \ . qui est placée immédiatement sous les pieds du Christ et doit figurer entièrement elle-même le mont de Sion et la Sainte-Église. Mieux encore, dans le portail de Mauriac, ou le Mont de Sion est sculpté à côté de la Sainle- Orante, nous croyons qu'il y a anagogie entre le personnage et la chose, l'une expliquant — incomplètement, certes — le sens mystérieux de l'autre •"> .

1 Ibib.. LXXVli, 1. — Guil. Durand dit des Apôtres : <■ Quelquefois na peint aussi autour du trône de Dieu, ou plutôt dessocs, les Apôtres <■■ Rational, 1. 3. X .

•2 Voir S. Bernard. Sermones in Cantic. Canticor.. LXIX. 5.

:j <• Redempturus horninem pretium contulit in Marin m Deus •>. dit S. Bernard De Virgine Dei para, Serm. II. »• ; et encore. <■ Bedemptio nostra planlata in Virgine » Tractatus de Passion» Domini. XLVI. 17-7 .

i L.-Eug. Lefévre, Les formules iconographiques de l'Agnus Dei au XIIe siècle: Le tympan de Cahors, dans la Revue de l'Art chrétien, juillet 1907.

.". A propos de la Sainte-Vierge figurant l'Église, M. Emile Mâle a smalé le témoignage dllonorius d'Autun VArt religieux au Mil' le. Paris, 1902, p. 230). — A propos des images de Cahors, de Mauriac el d'autres lieux, un devait se demander si la Sainte-Femme Dgu-

Planche extraite Je la Revae de l'Art chrétien.

— li.'j

PoiM i. \ i ; 1 1 1 ; m l'Acnkai m: Dn.i. — Sans doute la ni dr subtilité n'enirail pas dans le cerveau du peuple illettré, mais néanmoins celui-ci comprenait tout ce qui était essentiel. Le sujel lui étail des plus familiers. Des lecteurs l'en avaient pénétré ; des chants avaienl maintes fois répété à ses oreilles les noms des personnages. Avec leur sagesse el leur compétence habituelles, les li . Il . I*. P. Cahier el Mail in onl exprimé, à propos des images devenues incompréhensibles, des pensées que nous trouvons du plaisir a l'aire mieux connaître, car il nous parait ipi un les a beaucoup oubliées.

Les figures mystiques employées dans tari ou le langage du chrétien au Moyen Age n'avaient rien de Mystérieux : elles étaient Faites pour être divulguées, el elles étaient au contraire devenues extrêmement populaires. •■ Le Christianisme n'a pins voulu de mystère que la où l'esprit humain ne saurait atteindre »> : el alors furent créées les expressions de mystique el de mysticisme qui impliquent un mystère hvs relatif. L'idée étail inconnue de l'Antiquité, el c'esl le \n" siècle <|ni a inventé le mol mysticare pour traduire l'idée ivelle. •■ Je ne <li> pas. précise le Père Cahier, que beaucoup <lc ces formules ne soienl tombées à l'état de mystère pour nous, mais pourquoi avons-nous été si malavisés que de désapprendre la langue de nos pères? Prétendre aujourd'hui qu ils aient pu broncher sur ce qui nous embarrasse en cela, c'est imaginer «piils aient pu ne pas savoir lire ce qu'ils faisaient écrire parfÔul à grand frais •• I .

rant l'Église n'était pas supposée être sur la terre, lundis que Jésus était dans le Ciel : les explications d'IIonorius d'Autun incitaient encore à cette conjecture. Pourtant nous sommes très porté à croire que l'Église est représentée dans le Ciel, c me d'ailleurs les autres personnages. Des images nous y engagent beaucoup : telle la peinture murale de l'église de Saint-Chef Isère : el il y a aussi des textes comme la phrase suivante de Guillaume Durand: « Et l'Église d'à présent, clil-i!, esl appelée Sio?i. parce que. à cause du pèlerinage de cette vie placée loin de la promesse des lieux du Ciel, les hommes l'attendent et la contemplent. Voilà pourquoi elle a reçu le nom i\r Sion, c'est-à-dire attente. » Rational, I. I. i. En somme, l'Église dont il esl question n'est pas la communauté des fidèles sur la terre. dite Église militante, mais plutôt l'Église triomphante, la Cité de Mien. la Jérusalem céleste, qui esl élevée dans le Ciel, el mise en opposition à Babylone, Cité du Démon. Dans son universalité, l'Église esl divisée en trois branches : mille les deux que nous venons de citer, il existe encore l'Église du Purgatoire dite Souffrante.

I Caliier el Martin. Monographie de lu Cathédrale <!>• Bourges, /'" partie, vitraux du X M' siècle 1841-1844, p. 229, note i .

Il ne faut pas trop s'étonner si une grosse erreur a été commise au sujel de la donnée symbolique du portail d'Ëtampes, et si uous découvrons aujourd'hui que des images, longtemps pour nous énigmatiques, furent jadisex-* cessivement claires et limpides uon seulement aux yeux des gens d'église et des artistes, mais meure aux yeux du peuple.

L'énigme «lu tympan est survenue comme naquit l'énigme des grandes statues. La cause du mystère est l'indifférence stupide des siècles qui uous précédèrent, et notre temps n'est pas entièrement responsable de l'erreur subséquente.

Quoi qu'il en soit, comment pourrait-on douter «le la popularité de l'Agneau durant le Moyen Age. quand celle popularité l'a conduite jusque sur les bannières et sur \c> monnaies 1 ?

APERÇU J>t L'HISTOIRE DE LA DONNÉE SYMBOLIQUE. — Le

symbole de l'Agneau était entré dans la tradition à l'origine du Christianisme, avec les premiers livres saints. l'Évangile S. Jean, I. -2S--20 et l'Apocalypse, [mis. par l'image, il s'est répandu, développé, multiplié à l'infini en Ion! lieu el sur toutes les choses, sur les vastes monuments et sur les minuscules objets. Les Grecs paraissent être ceux qui ont le plus l'ail pour sa diffusion, el peut-être après l'avoir créée. En outre. Jean-Baptiste a occupé dans l'iconographie orientale une place exceptionnelle, tout ;i l'ail privilégiée, qu'il doit à ses rapports avec l'Agneau.

En tout cas, l'Agneau fut sans conteste le modèle favori des premiers artistes chrétiens. Déjà, sur les jours modestes des Catacombes, ils peignaient le Bon Pasteur. Mais après la paix de l'Église, ils purent couvrir les absides el les arcs triomphaux «les basiliques, avec leurs éblouissantes mosaïques -1 où le pelil Agneau -quand ce n'est pas le Fils de

1 Nous citons en passant que l'Agneau se trouvait dans l'écusson .lu Chapitre de l'église Sainte-Croix d'Étampes, fondée en lis:! par Philippe-Auguste.

i2 Liste de monuments ou se trouvent des mosaïques offrant de l'intérêt pour l'élude de la donnée symbolique <h> VAgnus Dei : Mausolée de Sainte-Constance, à Rome (iv« siècle ; église Sainte-Pudentienne, à Ruine lin du ive s. : basilique de Noie, détruite mais décrite vers l'an 400 : église des SS. Côme et Damien vi* s.: église Saint-Clément à Rome antérieure au xi" s.)-, églises de Sainte-Praxède.et de Saint- Marc, à Rome ixe s. : Sainte-Marie-du-TranstéVère, à Rome su* s. chapelle Palatine de Montreale, en Sicile mc s. ; basilique de Saint-

>'H me lui-même, comme dans le portail d'Elampes,

occupe sa place ,ï côté du terrible Dieu le Père. D'ailleurs, les artistes n'usenl pas toujours des splendeurs de la

saïque : la peinture leur suffil souvenl I .

puis <■>' sonl les grandes verrières de nos cathédrales françaises qui sonl nue occasion nouvelle de montrer l'Agneau de Dieu -l . El nous passons sur la multitude des petits objets d'ivoire, de verre, de bronze, d'argent ou d'or sur lesquels on a ciselé la douce image figurative de l'Agneau ou ,iu |-'iis de l'Ho e, pour parler mainlenanl de la sculpture.

jean-de-Latran, à Rouie \m s. : etc. — Dès le i\« siècle, dans la mosaïque de Sainte Constance, la formule symbolique de l'image du portail H Étampes se trouve déjà parfaitemenl composée, ei naturellement avec une ampleur inconn le uotre petil monument.

1 Liste de monuments où se trouvent des peintures murales offrant de l'intérêt pour l'étude de I" donnée symbolique de l'Agnus /><■< : Catacombes, cimetière des SS. Pierre et Marcellin commencement .lu ve siècle : église souterraine 'le Saint-Clément, à Rome \\~ s. ; église San-Bastianello, a Rome \i' s. : église Sainte-Marie-in-Pallaria, a Rome x- s. .

En France, les peinturés murales sonl principalement des \r el mi" siècles: église de Vie. Indre ; église Saint-Loup .le N'aud, près de Provins; chapelle Saint-Gilles, a Montoire, Loir-et-Cher; crypte de l'église de Montmorillon, Vienne; église de Saint-Chef, Isère; église rie Saint-Jacques-les-Guérets, Loir-et-Cher, curieux exemple d'anagogie : baptistère de Saint-Jean, à Poitiers : église de Landes, Charente- Inférieure; Saint-Amand de-Boixé, Charente; Couvent des Jacobins, a Toulouse-, palais des Papes, a Avignon : cathédrale Sainte-Cécile, à Albi xv s. : etc..

Dans la peinture du cimetière des SS. Pierre el Marcellin, Jésus esl figuré par l'Agneau. C'est à tort, à notre avis, m11' 'es iconographes te reconnaissenl dans le personnage kssis qui figure plutôl Dieule Père. Pareille méprise est constante el générale pour nue infinité d'images de l'antiquité chrétienne.

Durant toute l'antiquité, Jésus ne lut probablement représenté que debout dans une a ènewM/J?*/<?Jie,oualors, exceptionnellement, assissur un r/lobe ou l'arc-en-ciel ou bien encore ^ssis sur l'arc-en-ciel et les pieds posés sur le t/lubc ■'. el imberbe. Le personnage barbu, ayant le visage du Christ, représenté assis sur un trône, esl presque toujours Dieu le l'ère, ('.'esl dan- le cours du Moyen Vge que tes artistes onl confondu peu à peu le Père el le Fils en les représentant de la même façon.

2 Liste de monuments où se trouvent des vitraux offrant 'le l'intérêt pour l'étude de la donnée symbolique de l'Agnus Dei : Chapelle de la Vierge de la cathédrale du Mans : cathédrale de Poitiers ; cathédrale de Lyon mil' siècle : un vitrail de Suger dans l'église de Saint-Denis

virs . vitrail de l'Apocalypse, dan- la cathédrale <\e Bourges XIIIe s. : église de Saint-Germain-lès-Corbeil : etc.

L'Agneai de Diei i.t la sa li'Tuue. -- L'Église des premiers siècles si1 méfia avec juste raison de la sculpture qui fournissait à l'idolâtrie tous ses dieux. .Mais après qu'elle eu! été reconnue par Constantin an313 . elle laissa se produire une renaissance «le la statuaire. Or le plus délicieux objet qui nous reste de ce lemps esi une statuette du musée de Latran, représentanl le Bon Pasteur. La sculpture funéraire s'empara naturellement du symbole préféré, et nous avons trouvé sur quelques tombeaux des images précursives du tympan d'Étampes. Mais ce dernier paraît être vraimenl le premier grand tableau apocalyptique traité en pierre ou en marbre. La formule semble avoir été inspirée par les mosaïques ou les peintures, voire même les images des manuscrits, plutôt que par les sculptures des sarcophages, et, comme il est naturel, elle se créa un caractère original en passant d'un arl dans un autre. Il fallul bien qu'elle se simplifiât et se rapetissât pour s'adapter aux exigences de la pierre et de noire architecture des portails. Mais bientôt, la formule a élargi le champ trop rétréci <\<>> tympans et des voussures pour s'étaler sur <\e> façades entières d'église, comme à Poitiers 1 .

1 Liste de monuments sur une façade desquels nous croyons reconnaître un Agnus Dei : Tympans à Chartres portail ouest, baie de gauche : Mauriac Cantal ;Cahors Lot) ; La Charité-sur-Loire (Nièvre) ; Montceau-l'Étoile Saône-et-Loire : Vandeins Ain ; Meillers [Allier : Saint-Sulpice-de-Favières Seine-et-Oise ; Chartres (portail sud, haïr de gauche : nous croyons en voir un aussi dans le tympan de la cathédrale de Troja, en Capitanate Italie , xn« siècle Cf. E. Bertaux, Y AH dans l'Italie mérid., p. 334 et suiv.. pi. XVI .

Façades d'églises à Périgueux ; Saint-Hilaire-du-Foussay Deux- Sèvres avec exemple d'anagogie : Poitiers, Angoulême ; Ruffec Charente : Youvant Vendée .

D'autres façades ou parties de monument sculptées exhibent également un souvenir direct du tympan d'Étampes sous la l'orme d'un agneau figuratif: au Mans: Saint-Ayoul de Provins. Saint-Loup de xàud Seine-et-Marne ; Avord. Jussy-Champagne et Vornay Cher ; Lichères Charente ; Mouen Calvados ; Charlieu (Loire ; Sainte-Mariedes-Dames, Fenioux, Abbaye des Dames à Saintes, et Le Douhel Charente-lnf. : Saint-Pierre de Nevers portai! détruit ; Saint I d'Amont Haute-Saônej ; Saint-Aubin d'Angers ; Sigôlsheim Alsaei : San Zeno de Vérone: Talmont. près de Koyan ; Oloron Hautes- Pyrénées : Parthenav Deux-Sèvres : chapiteau de Saint-Benoit-sur- Loire Loiret : le lleaulme Seine-et-Oise ; cloître d'Arles ; San lsidro de Léon; Andernacb Prusse Rhénane). Sur des autels: à Sainte- Croix du Latran à San Cataldo de Païenne, à Sainte-Marie du Prieur à Rome, a Besancon: etc. - Par i description de M. Sabuc, sur

— li'.l - -

Les œuvres sculptées du \n" siècle, continuant la tradition iconographique de l'Agnus l)<'i. à leur tour l'ont transmise aux siècles suivants. Toutefois il nous faul parler brièvement du caractère nouveau que la donnée semble avoir acquis sous l'influence de saint Bernard ou de ses prédications.

En effet, vers 1135, l'abbé de Clairvaux entreprit le commentaire du Cantique il*1* < 'antiques : il mourut avant d avoir étudié plus de Irois chapitres, mais non sans avoir prononcé suc le sujet quatre-vingt-six sermons. Selon sa croyance, ainsi queJérémieel Ézéchiel, six siècles avant J.-C, avaient

peint (« le rapport de Jéhovah et du Peuple d'Israël c me

un mystique mariage », Salomon, dans son ouvrage, avait

laquelle M. Sanoner a aimablement attiré notre attention, nous croyons reconnaître l'Agneau el Dieu le Père, traités selon la formule

des manuscrits, dans un chapiteau du cloître de Saint-Pons de Thomières.

Un tombeau sculpté à Saint-Junien Haute-Vienne offre une composition d'un intérêt capital. Elle est en abrégé, niais avec les trois personnages principaux disposes de la même façon, semblable au portail royal de Chartres. Toutefois, et c'est ce qui rend le monument encore plus intéressant, le Fils de l'Homme est figure par l'Agneau.

Le xvi" siècle a consacré une magnifique décoration monumentale

au Bon Pasteur et à l'Agneau dans la voûte et les archivoltes du

Gros-Horloge à ttouen. On lui doit encore le remarquable Agnus Dei

sculpté dans le retable de la chapelle de ta Bourgonnière, à Bouzillé

Maine-et-Loire (PI. V .

Nous connaissons du \\n" siècle l'Agnus Dei du jubé de Notre- Dame-la-Grande à Valenciennes, compose d'après fantique.

Il faudrait aussi rattacher à la formule du tympan d'Étampes certaines images qui Iraduisenl encore l'Apocalypse, mais dans lesquelles Jésus, toujours debout, a le caractère du Fils de l'Homme plutôt que celui de VAgneau de Dieu. Le tympan de La Lande-de-Cubzac Gironde) appartient à cette donnée, comme un linteau à /.ara Dalrnatie . et l'autel d'argent de Pistoïa, si nous ne présumons pas trop d'une description de M. G. Sanoner. Il nous parait en outre à peu près certain qu'un certain nombre d'images représentant le Fils de l'Homme ont passé jusqu'à présent inaperçues. Nous avons soutenu Revue de l'Art chrétien, 1906, p. 23"/ : e1 au Congrès archéologique de France à Avall'in. 1901 que le personnage principal du linteau du grand portail de l'église de la Madeleine à Vézelay, représentait peut-être le Fils de l'Homme. Ce personnage, parce qu'il tient une clef dans sa main, avait toujours été identifié à S. Pierre : or, ceci nesl pas un argument péremptoire ; nous avons en effet découvert dans une peinture du palais des l'a]. es. à Avignon, un JéSUS-Christ indiscutable tenant égalemenl l'attribut de la clef. Il n'est pas douteux qu'on trouvera d'autres exemples venant corroborer la vraisemblance el la logique de noire thèse, car notre prétention ne va pas (dus loin.

fail de même pour Dieu cl son Église. L'Époux du Cantique, c'est le Fils de L'Homme : l'Épouse, c'est l'Église 1 .

Or, si le portail d'Étampes est uniquement inspiré de l'Apocalvpse, celui de Cahors trouve également son explication dans l'Apocalypse et dans le Cantique de Salomon tel que le comprenait S. Bernard; pour l'illustration du Commentaire ,1,. l'abbé de Clairvaux, on ne saurait choisir une imagefrontispice tout à la Pois plus simple el plus parlante.

A Étampes,le mont de Sion,qui est l'Église, esl figuré par les Apôtres: à Cahors. au contraire — el il en est de même à Mauriac el à Montceau-l'Ëtoile, apparemment — L'Église elle-même, figurée par une orante, est placée au centre du groupe, sous les pieds de Jésus, el le chœur i\r^ douze Apôtres a disparu pour faire place à dix saints d'une personnalité moins exclusive el plus générale, représentant mieux l'ensemble des fidèles. Ainsi la pensée de l'Épouse extasiée, « ivre d'amour », figurée par la petite statuette de Cahors, pourrait peut-être se traduire par la phrase qui domine loul le vieux Cantique — « Osculetur nie osculo oris sui, — qu'il me baise d'un baiser de sa bouche, » — et pour L'explication de laquelle Bernard a disserté au cours de plusieurs sermons.

Encore, si l'on veut prendre la peine de rechercher quel chapitre de l'Apocalypse se trouve être mieux illustré par les images d'Étampes el de Cahors, el conséquemmenl quel est le véritable rapport symbolique existant entre l'Agneau ou le Fils de l'Homme -2 el les Assesseurs, on saperçoitque l'on s'égare dans les méandres d'une doctrine professée inégalement par Bernard sur la condition (1rs saints après leur mort mais axant la Résurrection :{).

Axant de quitter le \ il" siècle, nous dirons aussi un mol de ces christ debout qui. écrasant lion, dragon \ . aspic el basilic, ornent les trumeaux des portails, et qui lurent inau-

1 Cf. Abbé Vacandard, Vie de S. Bernard, Paris. 1895, t. I. pp. 170-494. S. Bernard a l'ail une fois de plus l'application d'une méthode constante dans l'histoire du christianisme, mais qni a pris au Moyen Age un développement inouï.

•j Nous avons expliqué comment le caractère de l'Agneau s'altère au cours de l'Apocalypse, voir pp. 59 et suiv.

:; Vacandard, op. oit., t. Il, pp. 7£-77.

\, Des images représentent un véritable agneau luttanl contre un dragon.

gurés à Bourges ou quelque pari ailleurs dans le même [emps. Nous ne savons par quelle association 'I idées, on a faii courammenl de ces images des Chrisl enseignant. Peut-être le livre qu'ils tiennent, quoique fermé, esl cause

Je "■elle interprétation que nous jug is fausse. En effet,

quel rapporl > a-l-il entre res Chrisl isolés, debout, el les véritables Christ docteurs de l'Antiquité, installés dans des chaires de professeurs, donl le livre ouvert esl •■ légende », r'rsi le cas de dire ainsi, du Ipgem dut indicateur, el qui sont toujours entourés des Apôtres el «le la multitude des

disciples? Déjà M. Ë. Mâle a excellem al constaté leur

caractère triomphateur 1 . A notre lour, nous désirons seulemenl faire remarquer que ces Chrisl deboi r fonl opposition, si nous pouvons nous exprimer ainsi. au\ Chrisl assis des tympans el que, à nuire avis, ce sonl encore des

Fils «le l'Iloii !-adjuvans, «les Agnus Dei.

Cependant le xn" siècle s'écoule laissant plutôt tomber la

formule iconographique du lympan d'Ëlampes. Le \m" voil le roi saint Louis choisir l'Agneau pour emblème. Puisalors t»ien ne prouve mieux l'importance acquise dans I esprit de l'Église Universelle parla donnée apocalyptique que l'empressemenl systématique et régulier ^\r> artistes à l'utiliser chaque fois qu'ils viennent de découvrir un nouveau procédé d'expression a leur talent el à leur génie.

Quel esl le sujet de la suite laineuse dc> tapisseries de la

cathédrale d'Angers, qui eouvrail une surface de 140 à 150 mètres de longueur? C'est l'Apocalypse el le triomphe de l'Agneau.

Quelques années pin- lard, en 1383, Jean d'Orléans peint un Agneau sur le volet d'un diptyque destiné au duc de Bourgogne. Tout porte à croire que c'esl nue des premières peintures exécutées à I huile.

Au débul du xv" siècle, en Flandre, les frères Van Eyck vont appliquer, eux aussi, la peinture à l'huile dans une composition décorative qui esl ''' chef-d'œuvre de I École flamande primitive. Quel sujel encore choisissent-ils ? L Adoration de l'Agneau -1 . L'exemple a été immédiatement

1 VArl relig. au Mil' -■■ [>■ '•-•

1 Nous pourrions bien encore indiquer l'œuvre d*un primitif italien. Fra Angelico da Kiesole (1387-1 io.'i a peint un Agnus Dei qui accompagne son tableau du Couronnement de la Vierge, au Louvre un centre de la bordure inférieure .

suivi pour beaucoup de tableaux similaires, ici le retable dit de Palencia, au Musée du Prado, à Madrid.

Cependant en Italie, en H77. Baccio Baldini s'avisa de graver en creux une vignette. Or, sod image, qui inaugurait, dit-on, une nouvelle manière d'art, représente Jésus debout dans une gloire, Agnus Dei triomphant. El en somme, quand nu veut maintenant étudier l'histoire de la gravure sûr bois à ses débuts, on trouve les meilleurs spécimens de comparaisons dans les Ouvrages imprimés de l'Apocalypse I .

D'ailleurs, le portail d'Ëtampés lui aussi se distingue en fournissanl un exemple du même genre. Certes, on ne peut pas dire que, avant son érection, oulleparton u'avaitencore donné une telle importance à une œuvre symbolique chrétienne dans un monument en pierre sculpté; mais du moins semble-t-il, jamais avant lui la sculpture et la pierre n'avaient été requises pour traduire aussi grandiosemenl la vision de sainl Jean.

Les scènes de l'Ascension. — Enfin, un (\<-> résultats les plus imprévus de noire étude du portail d'Ëtampés a été de nous amener à découvrir que, vraisemblablement, jamais les artistes chrétiens u'onl représenté '■// grande image, l'Ascension du Christ avanl la lin du mi: siècle environ '-1 .

Il est d'ailleurs un l'ail reconnu : la Résurrection de Jésus esl dans le même cas. (in représentai! les scènes d'avant ou d'après, la Mise au tombeau ou la Visite des Saintes Femmes, mais jamais l'action de Jésus sorlanl ressuscité de son tombeau.

Or, ou distingue immédiatemenl le rapporl qui existé entre les deux scènes. Résurrection el Ascension. En présence de Cel exemple de désignation conventionnelle dune scène par le nom de celle qui I a suivie, on se demande si. au xiie siècle, on n'a pas donné parfois le titre d'Ascension a des images représentanl Jésus dans l'étal où il si' trouvait, non pas au moment exael de l'événement, mais immédiatement après, c'est-à-dire quand il lui arrivé dans le Ciel.

Quoi qu il soil de celle livpolhèse, il est du moins une importante constatation facile à faire. Les images que nous considérons comme les premières scènesd Ascension sculp-

I Des Apocalypses figurées, manuscrites et xyloyraph'ttfues, Paris. 1870, p. 6.

.! Voir les études que nous avons consacrées m cette thèse el rlônl les titres sont en tête de cri ouvrage,

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