ANTÉRIORITÉ DU PORTAIL D'ÉTAMPES SU» CEUX DE LA MÊME CATÉGORIE
Tous les portails primitifs à statues-colonnes ne sonl pas identiques, lanl s'en faut. La fantaisie de leurs commettants particuliers, ou bien des motifs plus sérieux qui pesèrenl sur l,-i volonté de ceux-ci, on seulement la marche incessante el méthodique du progrès, sonl cause que leur structure générale el leurs détails d'ornementation offrent parfois des dissemblances importantes. Ce qui lésa l'ait classer ensemble dans une même catégorie, c'est, outre les statues-colonnes de leurs jambages, le byzantinisme plus ou moins persistant de ces statues, el le caractère roman des autres éléments
décorai i fs;
Cependant, le groupemenl élanl fait, on devail fatalement être tenté d'opérer un classement plus précis el plus séduisanl qui fixerail la date d'érection de chaque œuvre.
Or le degré «lu byzantinisme, comme le degré d'avaneen,rlli de loul style, est un guide pour le classement, mais il esl périlleux «le s'abandonner entièrement à lui seul : le degré entre deux monuments esl parfois, sinon nul. du moins impossible a distinguer, car nous prétendons juger même des œuvres <li>|>arue> el donl non- ne possédons plus que de mauvais dessins.
Heureuse ni. le progrès n'a pas mis de la variété el «le
la dissemblance q lans le style sculptural : il en a mis
dans l'architecture, «lans les procédés d'agencement, dans les accessoires, dans les attributs des saints, dans les données iques, dans les formules de composition des images.
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Quand nous avons pu déterminer les détails qui constituent un progrès sur les autres, et ilans quel sens le progrès s'est accompli, il n'était plus impossible, avec une comparaison attentive et méticuleuse, d'établir un classemenl par ordre de date.
Dire que le classemenl ainsi obtenu sera parfait «lu premier eoup,cela serait de l'outrecuidance, car les difficultés ne son I pas toutes aplanies. Un conçoit néanmoins la sûreté dune méthode qui procède non sur des appréciations individuelles d'une chose fugace et décevante comme la mince modification des styles et des l'on nés. niais sur la constatation formelle d'objets solides, tangibles, indiscutables. Le procédé esl scientifique, presque mathématique; >\\\ moins nous l'avons avec conviction considéré tel, el nous sentant armé d'une méthode assez sûre pour nous permettre de dépasser M. Wilhelm Voge, nous nous sommes permis de dire que le portail d'Ëtampes était plus ancien non seulement que les œuvres similaires de Chartres el de Chàteaudun, mais encore que toute la série des portails primitifs à statues-colonnes.
C'est M. Albert Mayeux qui le premier a présenté un travail de classemenl établi sur les hases indiquées I . t! a borné son étude à dix portails, tous jadis renfermés dans l'archidiocèse de Sens à l'exception d'un, celui du .Mans. Voici les « signes » qui onl servi a ses comparaisons :
J" Dais -1 ;
1 Les i/runils parlai/* du Ml" siècle et les Bénédictins de Tiron, dans les Archives île la France monastique, Rente Mubillan, Paris, l'uussielgue. août 1906.
2 A propos des dais, voici de nous des remarques publiées naguère dans un journal <Le Réveil d'Ëtampes. nj du 22 septembre 1906 :
« Il est un détail que je n'ai jamais vu noté nulle part malgré sa grosse importance. A Étampes, tous les dais, sans exception, l'ont partie du même bloc de pierre que les statues qu'ils surmontent. <M-, à Chartres, voici le cas ; il s'agit de vingt-quatre statues et, par suile de lenteurs, d'accidents, d'interruption de travail ou autres causes, ou découvre parfaitement plusieurs séries de statues qui se distinguent chacune par un style particulier, et faciles à classer par ordre d'ancienneté. Les statues de la plus ancienne série, celles du type d'Ëtampes, possèdent des dais taillés dans le même bloc. Dans la série qui vient ensuite, les statues on.1 encore des dais. mais, outre qu'ils sonl embellis, ils sont taillés dans un bloc de pierre spécial. Enfin, pour les statues les moins anciennes, celles de la baie centrale, où le progrès de l'art est plus notoire, aucun dais n'a été sculpte
Il faut, croyons-nous, attribuer le premier changement au désir des architectes de mettre plus d'harmonie dans l'oeuvre, el d'égaliser les statues par le bas el par le haut, sans que celle réforme fil réduire la
2° Nimbes I
:;• Forme générale «lu corps :
V Mains H objets tenus par celles-ci :
:;•■ Vêlements el leurs plis :
i; Pieds el leur position :
7" Supports 2). • . ,- i
Le résultai obtenu par M. Mayeux l'a conduit a déclarer
i,M1i d'abord : <■ Nous ci nencerons notre analyse par le
portail d'Étampes, paire que c'est «■•■lui qui, après «a; mi.
nous a paru avoir le plus d'unité de style 3), parcequecesl
dimension ni la hauteur des statues. Pour h- artistes ceci ne pouvail rire en question : ils voulaient, au contraire, que tous les saints russen ..rands.et le dais gênail cette extension générale, à cause «le l inégalité
de dimension des pierres. Imites apportées de loin.
Quant à lu suppression finale de, dais, elle eul lieu, selon nous, encore plus expressément pour le même motif d'harmonie et d égalisation, et aussi a cause de la solidité précaire du second système Les l„ls ne se trouvaient plus composés que «le fragments ayant des saillies aussi énormes que lourdes el dont le centre de gravite était au-dessus «lu vide. Ko fait, on essaya «le parer à cet inconvénient en diminuant la saillie des «lais sur la façade «d en leur donnant du volume sur les eûtes. Néanmoins, tout le système restait défectueux, il risquait d'occasionner une suite de désastres ; et on trouva peut-être que Ton avait eu trop «le peine pour obtenir la stabilité approximative des statues de la seconde série. Il est notable que les vingt-quatre statues primitives de Chartres ne sont plus au complet; personne ne sait si l'accident qui en a supprimé plusieurs ne fut pas du aux causes que nous indiquons. Trois sur cinq des statues manquantes appartiennent a des séries intermédiaires.
La recherche de la stabilité, si impérieuse, a finalement conduit .les, architectes à changer radicalement leur système primordial. La statu,. d.abord accrochée par le dos à une colonne, est vite devenue un véritable bas-relief, comme au Mans images des saints Pierre et Pau . etc., ou à une véritable cariatide adossée comme on peut en voir dans plusieurs portails du Nord ou du Centre et. dans le Midi, a Arles, a Saint-Gilles du Gard, à Saint-Barnard de Romans, etc.
En résumé, 1rs dais ne sont pas un expédient couine on a d ils sont un ornement. L'ornement est-il symbolique.' Je n en sais rien; je constate qu'on le trouve tout d'abord à Etampes, au-dessus de statues de saints de Y Vncien Testament non nimbes. En tout jas, on s'est débarrassé de cet ornement quand on vil I n«.p- I « l'exécutera souhait, sans nuire tout à la fois a 1 aspect de lensembe el à l'importance mystique de chaque statue, ou sans nuire a a Stabilité indispensable «!«■ celle-ci. - - A ,,«» a* et selon la ,vvin;-, générale, les «lais sont symboliques el figurent la Jérusalem céleste, tout au moins dans le cas en question. ! Voir ci-dessus, p. -'<ï. noir 2.
3 VL Vogè avail déjà dit : . Il est remarquable qu'on a'ail presque
ss —
de lui que qous avons trouvé i\r> dérivés certains, alors que nous d 'avons pu le faire dériver d'aucun autre; enfin parce que c est celui que nous considérons comme le plus ancien. ••
Après Étampes, M. Mayeux établit sa liste dans l'ordre suivanl : Chàteaudun, Chartres, Saint-Denis, Pi-ovins Saint- Ayoul . Saint-Uermain-des-Prés de Paris, Le Mans, Notre- Dame de Paris, Provins Saint-Loup de Naud), cl enfln Corbeil.
Nous nous sommes personnellement attaché dès la première heure a lixer la place d'Ëtampes dans la série : notre bul étant atteint, nous n'avons pas motif d'élargir ici la question I .
.Mais nous désirons encore faire remarquer que, dans les éludes faites pour classer ou dater les monuments sculptés, on n'a pas encore pu tirer un parti suffisant <\r> comparaisons si utiles à l'aire entre les diverses manières donl sonl traitées les scènes évangéliques ou symboliques i . Il y a une excuse excellente a cela, c'esl le mystère plus un moins complel qui entourait tanl d'œuvres iconographiques du ait siècle. Les derniers voiles commencent seulement à
se soulever peu ;'i peu, e| on découvre notai 1 1111(11 1 l'altération d'idées qui sépare les portails d'Étampès et de Senlis.
jamais cité, en même temps que celui de Chartres, le portail d'Étampes, car aucun ne mérite mil, ml />• titre d'œuvre classique qui' celui-ci. ■■ Die Anfange.... p. 210.
I II nous suffira pourtant de faire en passant plusieurs remarques. Parce que l'en sait avec certitude que le portail de Corbeil esl antérieur
a UNO. un parait enclin à le considérer peu antérieur à cette date Tel n'est pas notre avis : le document écrit qui nous a fourni la date extrême de U80 es1 suis aucune valeur pour fixer la date exacte. Nous croyons le portail de Corbeil contemporain de relui de Saint-Germaindes-Prés. Tous deux peuvent fort bien avoir été exécutés vers il'.i). Le monument de Notre-Dame de Corbeil serait attribuable sinon a Henri de France, qui cessa délie abbé en U46, du moins à son frère et successeur Philippe dont le décès est indiqué en 1102 ou 1164. — 11 nous parait très imprudent de lixer la date du portail de Sainltiermain-des-Prés en se fondant sur la forme du bonnet devenue que porte une des grandes statues. Cette statue— nous avons de nombreux motifs pour le croire — doit représenter Melchissédec, c'est-à-dire un roi et un juif: il n'y a donc rien de surprenante ce qu'où l'ait coiffé d une mitre lant soit peu dissemblable des mitres portées sur les sceaux par les évêques du moment.
■i Nous nous sommes bien trouvé de la méthode de comparaison dans nos études des trois portails sculptés étampois Bulletin de In Société Air/,, de Corbéil-Étampes, 1906 et 1901 .
Pour notre pari, nous avons constaté que les mêmes scènes évangéliques sonl traduites différemment dans les chapiteaux d'Étampes cl ceux de Chartres. Malgré le court espace ,1,. leuips qui sépare la création des uns el des autres, le progrès 5 a marqué son empreinte. <ir ce sonl les formules charlraines qui oui survécu : on peul donc poser, en principe, qu'elles sonl plus nouvelles. Au contraire, les scènes élam- |K »iscs. œuvres de début parfois trop hardies, parfois tâtonnantes, souvenl originales, sonl tombées caduques parce , 1 1 ! < - la tradition ne s'est pas fondée sur leur exemple plus ancien el considéré comme incomplètement parfait. S il esl impossible ou seulement imprudent d établir un classemenl des œuvres par le seul examen iconographique, il esl incontestable que ce moyen esl du plus grand secours quand il
s'agil d'oeuvres du m' siècle, car à ce ment le progrès
i|(> |n composition el de l'idée est incessant.
Le même cas se présente pour les grands personnages des statues-colonnes. Nous avons déjà expliqué comment l'absence de personnages du Nouveau Testament dans un portail était pour nous un certificat d'ancienneté. A Etampes, il n'y en eut point primitivement : au .Mans, il y en a deux; dans les portails de Provence, il- sonl nombreux.
parmi les saints de la Bible, nous en chérissons un plus particulièrement : c'est Melchissédech. Si nous ne commettons pas une grosse erreur au sujel de ce personnage, il esl plus facilement reconnafssable à cause de son costume de
pontife. A Etampes, il n'est encore que vague ni sacerdotal.
— avani de l'être plus à Chàleaudun, — el il esl le premier à la droite du Christ. A Saint-Germain-des-Prés, il garde encore la même place, mais cette fois il esl habillé eu évoque; ;, Nesle-la-Reposte, il porte le même costume, mais il esl passé à la gauche du Christ, el sa première place esl occupée par saini Pierre. C'esl le pontife de l'Ancienne Loi qui a L'édé le pas ei les honneurs au pontife de la Loi Nouvelle. Dorénavant S. Pierre n'abandonnera plus jamais sa prérogative à Melchissédech I .
Nous a von- déjà dil par quels événements pouvaient s expliquer le choix d'abord exclusif, puis l'abandon graduel
! Bien entendu, nous ne contestons rien au sujet du portait d"Arles dool le pontife doit bien représenter S. Trophirue. Autres lieux, .-mires temps, autres idées. Dans les monuments d'Arles el de Saint-Gilles, Ipôtres el martyrs ont pris la place des héros de la Bible,
des saints de l'Ancien Testament, et, en somme, le changemenl survenu dans l'esprit des images du \nr siècle.
Dans l'étude de ta progression ascendante ou décroissante des honneurs accordés iconographiquement à certaines personnalités bibliques ou évangéliques, la Sainte-Vierge nous offre encore un exemple très caractéristique.
Nous avons dit notre conviction motivée concernant la présence de Marie à l'extrémité droite du linteau du portail d'Élainpes 1 i.Si nous nous trompons, si la Vierge est absente, alors elle ne paraît sur le monument que pour jouer des rôles épisodiques dans les scènes des chapiteaux. Donc, de deux choses l'une, on bien la Vierge ne ligure pas dans le linteau, ou bien elle a été reléguée à son extrémité et placée à la gauche du Christ : si honorable que fût le t'ait, il ne plaçait pas la Mère de Jésus au rang privilégié que la piété des fidèles lui a accordé pins tard. Or, qu'on n'en doute pas, le fait ne marque nullement une défaveur spéciale infligée à Marie par les artistes étampois : tontes les circonstances protesteraient contre une telle supposition. Le fait indique seulement (pie, à l'heure de l'érection du portail, on n'avait pas encore pris l'habitude de rendre à la Vierge les honneurs qu'elle reçut plus tard dans les tableaux sculptés. Il y a là un signe certain d'archaïsme ~2 .
Date di Portail. — Donc, comme l'avait l'ail prévoir
il Ci-dessus, p. 51, note 3.
2 A Chartres, la Vierge est absente du tympan et du linteau : mais là. il est difficile d'en tirer une déduction, car le tympan de la porte gauche lui est réservé. Beaucoup plus claires sont les œuvres postérieures de Cahors. Mauriac, et .Montceau-l'Etoilc-, où la donnée de ['Agnus Dei est aussi représentée mais avec des signes manifestes de progrès. 11 devient pour nous de moins en moins douteux que dans ces portails, la sainte mystérieuse placée sous les pieds de Jésus, au milieu des Apôtres, ûgure l'Église. l'Épouse du Fils de l'Homme. C'est parce que. entre l'érection du monument étampois et celle des autres. les commentaires enflammés de sainl Bernard sur le Cantique des Cantiques avaient répandu le gracieux symbole de l'Eglise amoureuse et de son Bien-Aimé. On introduisit alors île même façon la ligure de l'Épouse dans des images ou le Fils de l'Homme est \ssis, connue a Saint-Loup de N'aud et à Charlieu : et toujours elle esl mise en possession de la place d'honneur au centre An linteau. Ainsi, dans tous 1rs cas. ici ou la, que l'Orante symbolise l'Église, ou bien qu'elle s'identifie avec -Marie dans sa personnalité entière et pure de toute allusion mystique, le résultai pour nous reste le même : le progrès est égalemenl évident entre la formule d'Étampes el celle de Cahors,
de Mauriac, ou île Charlieu.
M. Voge I . comme l'a confirmé M. Mayeux, comme nos propres études nous en «>ni convaincu, le portail 'I Etampes parail bien être le plus ancien de tous les portails à statuescolonnes. Le programme iconographique essayé en petil à
Étampes, fui ensuite traité avec magnifique ampleur à
Chartres el à Saint-Denis.
Reste la question délicate de la date. Nous ne possédons tnalheureusemenl qu'un seul poinl de repère certain. On duit à M. Anthyme Saint-Paul un ouvrage -1 qui précise parfaitement d'après les textes de Suger, la date «lu portail de l'église abbatiale de Saint-Denis 'A . Ce portail esl de 1 1 10 environ : el puisque des comparaisons sûres nous permettent de lé considérer comme moins ancien que le portail d'Ëtampes, celui-ci est donc antérieur à 1140.
La difficulté esl de déterminer assez exactement de combien d'années il faut reculer derrière 1140 pour arriver à la date du portail d'Ëtampes. Le Dr Voge, après Viollet-le-Duc \ . a proposé l'année U3o pour le portail de Chartres 5 : selon l'avis <lc ces deux maîtres, le monument étampois serait donc à peu près de la même date. M. Albert Mayeux, par
un raisonnement large el méthodique 1ère nte légèrement
entre 1 130 el I Ll">. D'accord avec notre confrère, nous-mème avons précédemment déclaré que le portail avait dû être eonslruil entre 1 131 el 1 135 6 .
! • D'Ëtampes jaillit alors une lumière inespérée sur le deuxième grand cycle sculptural de ce temps, qui s'est manifesté sur le sol du département actuel d'Eure-et-Loir. »■ M. Vôge, Die Anfange..., p. 21p. — .< Nous pouvons donc, sans hésiter, revendiquer pour l'atelier d'Ktampes ce groupe tout entier de statues celles de Chàteaudun » Ibid., p. 219).
2 Suger, l'église de Sainl-Denis et sainl Bernard. Bulletin arcL, 1890, p. 258; et Lu Transition, Revue de l'Art chrétien, 1894-1895. Voir' aussi André .Michel. Hist. de l'Art, t. II. pp. 132-133.
3 La brièveté des Mémoires de Suger au sujet des trois portes ne prouverait-elle pas que le style et le genre deces œuvres n'étaient pas tout neufs. L'abbé eût parlé avec plus de complaisance de la création
qu'il mirait ace plie lui-môme à Saint-Denis. Quand il mentionne
un tympai rné contre l'usage d'une mosaïque ». c'est donc qu'il
existait un usage el des tympans décorés différemment. Mais Suger dit « usage nouveau ». parce qu'en fait la création des portails à arcs brisés était nouvelle : il a préféré I" vieil arc à plein cintre.
I Dict. d'arch., I. VIII, p. 208.
5 Die Anfange.. . ouv. cité, p. 122.
G Nous avions tenu ce raisonnement : Si le portail a été construit quelques hui! ou dix années avant IHO, il doit avoir été décidé,
Toutefois, si en aucune façon uous oc pouvons admettre que le portail soit postérieur à 1135, rien ne nous empêche absolument de le considérer comme antérieur à 1131: si nous ne pouvons pas avancer la date, il nous est permis, les circonstances l'exigeant, de la reculer au delà de 1130. Durant les vingt dernières années, par un excès de prudence scientifique, on a rajeuni considérablement les monuments «1 n XIIe siècle 1 . Sous l'influence de cet étal desprit, nous nous sentions très audacieux en défendant la date 1131-1135. Mais il esi temps d'avouer que nous n'avons jamais eu pour celle période un complet enthousiasme : nous la considérons possible, nous ne la jugeons pas absolument probable. En effet . les conditions de la ville d'Étampes el de l'église Notre-Dame, entre 11-20 et 1130, furent tout autant favorables à l'érection du portail que celles de la période «les cinq années suivantes 2). Le Concile national de 1130 marque l'apogée d'Étampes d'une façon en quelque sorte matérielle, autant qu'un événement peut le faire; mais il est évident que la ville occupait déjà son rang auparavant : le seul l'ait d'avoir été choisie par Louis VI pour le lieu du Concile prouve son importance et ses droits à la haute distinction du monarque.
De plus, nous ne pouvons pas serrer de trop près l'année L140. 11 faut laisser le temps de naître aux monuments intermédiaires: il faut réserver assez d'années pour la mise eu train et l'exécution île leurs travaux. Bref, nous proposons dorénavant pour date de l'érection du portail d'Etampes la période comprise entre 1120 et 1135, en avouant notre secret penchant jour les années qui ont précédé 1130 •> .
étudié, préparé vraisemblablement à Étampes a la lin de l'année 1130 eu au commencement de Tannée 1131, au moment du Concile national ou lors du séjour d'Innocent II dans la ville. Par conséquent, en suivant notre hypothèse, les travaux du portail n'auraient pas pu être entrepris avant le courant de 1131 Voir ei-dessus, p. 80, note 2 .
I M. André Michel a fortement dit ce qu'il pensait de la crise de rajeunissement que viennent de traverser 1rs éludes archéologiques. Voir histoire de l'Art, 1. 11. p. 138.
■i Voir notre Étampes cl ses monuments aux XI" et XII' siècle*. Paris, Alph. Picard, 1907.
3 11 va de soi que si les statues d'Étampes sont de 1125, par exemple, les similaires, c'est-à-dire les plus anciennes de Chartres doivent être considérées comme antérieures à iï 30.