CP
A. Ventre, del.
Eglise de Ghâtel-Montagne.
Travée de la nef.
l'église de chatel-montagne 5
XIIe siècle dans la cathédrale de Rochester et l'église de Jedburgh, en Angleterre (1), dans la cathédrale de Barletta, en Italie, puis au XIIIe siècle à la cathédrale de Rouen et à l'église d'Eu (2) où un faux triforium ajoure les murs de la nef pour donner plus de hauteur aux collatéraux, comme dans le chœur gothique de Saint- Paul de Narbonne.
Faut-il considérer ces pilastres complètement frustes comme l'indice d'une influence bourguignonne, en faisant un rapprochement avec un triforium du même genre qui se voit dans la dernière travée de la nef à Saint-Julien de Brioude? Je suis porté à le croire, en comparant ce triforium à ceux de la cathédrale d'Autun, de Cluny et de Paray-le-Monial. Chaque baie haute en plein cintre est flanquée de deux arcatures qui s'appuient sur deux pilastres au-dessus d'un rang de grosses billettes, comme à l'extérieur.
Tous les chapiteaux de la nef, taillés dans le granit, portent l'empreinte d'un style très barbare. On voit sur leurs corbeilles de lourds feuillages à peine dégrossis, des palmettes mal découpées, des animaux affrontés, des personnages nus et assis qui lèvent leurs bras et leurs jambes en l'air jusqu'au bord du tailloir, comme des acrobates, un àne portant un long sac sur le dos. Les tailloirs ne se retournent pas sur les piles : leur biseau se creuse en cavet peu profond et le tore inférieur des bases est légèrement aplati. Comme le granit du pays est rebelle au ciseau, on ne doit pas se laisser influencer par l'extrême grossièreté
(1) Ruprich-Robert : L'architecture normande, p. 153, fig. 159.
(2) Dans les bas-côtés de la cathédrale de Meaux, le même effet fut obtenu après coup en démolissant la voûte primitive cpii séparait les collatéraux des tribunes.
Q l'église de chatel-montagne
des chapiteaux pour faire remonter les parties basses de la nef à une époque antérieure au premier quart du XIIe siècle.
Pour comprendre les remaniements dont l'église fut l'objet vers 1150, il faut démontrer qu'à l'origine les voûtes de la nef, des bas-côtés et du transept se trouvaient à un niveau beaucoup plus bas qu'aujourd'hui. En effet, la trace d'une reprise des piles dans leur partie haute est indiquée par une diminution du diamètre des colonnes engagées vis-à-vis de la nef au niveau des sommiers des grandes arcades. Ce n'est pas un repentir, comme dans le transept de l'église abbatiale de Jumièges et dans une pile de la nef à Saint-Hilaire de Poitiers, car les murs extérieurs des collatéraux présentent un appareil qui se modifie brusquement à partir de l'imposte des fenêtres au point qui correspond à la reprise générale de l'édifice. D'ailleurs, la photographie ci-jointe montre bien qu'on a fait des arases irrégulières au niveau du triforium, en supprimant plusieurs lits d'assises qui chargeaient l'extrados des grandes arcades.
La première voûte en berceau de la nef arrivait donc au niveau de l'appui des baies supérieures qui furent appareillées vers le milieu du XIIe siècle avec le triforium ajouré qui occupe l'emplacement des anciennes fenêtres. Il est probable qu'on a remonté plusieurs chapiteaux primitifs sous les doubleaux actuels. En affirmant que les murs ont été surélevés après coup, je suis absolument d'accord avec notre confrère M. du Ranquet, qui est arrivé aux mêmes conclusions après plusieurs visites de l'église. Je ne saurais trop le remercier de m'avoir communiqué ses remarques les plus récentes.
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A. Ventre, del.
Église de Ghâtel-Montagne.
Chapiteau de la nef.
E. Lefèvre-Pontalis, phot.
Kglise de Chàtel-Montagne.
Bas-coté sud.