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CHAPITRE II

Conservation des végétaux par la dessiccation. (1)

La dessiccation a pour objet de priver les végétaux de l'humidité nuisible à leur conservation. Tous les soins de cette conservation se rapportent à la récolte des végétaux, à leur dessiccation et à leur arrangement ultérieur.

§ 1". Récolte. — Le plus souvent, surtout pour les plantes médicinales, la conservation n'a pour objet que quelque partie d'une plante, sa racine ou sa tige, son écorce ou ses bourgeons , ses fleurs, ses fruits ou ses semences.

Les racines annuelles et bisannuelles se récoltent à l'automne lorsqu'elles ont atteint leur entier développement et la perfection de leur suc. Les racines vivaces, au contraire, sont bonnes à soumettre à la dessiccation vers le printemps, avant que l'été et l'automne n'aient desséché leur suc en les durcissant.

Les tiges herbacées , destinées à la nourriture de l'homme, se récoltent avant le développement des feuilles; celles qui servent en médecine, après le

(i) A la campagne, la sollicitude de la mère de famille ne peut se borner à la conservation des provisions pour la table; elle doit faire une collection de plantes bien connues et jugées le plus propres aux usages de la médecine domestique. Comme la dessiccation est la préparation la plus ordinaire des végétaux destinés à cet usage, nous donnons ici l'ensemble des règles qui conviennent pour dessécber chacune de leurs parties.

développement des feuilles et avant celui des fleurs* Les tiges ligneuses ont deux époques, après la chute des feuilles ou avant le développement des bourgeons.

Les écorces qui s'appliquent aux usages de la médecine et aux besoins de la cuisine comme condiment, ont pour leur récolte des règles analogues à celles qui président à la collection des racines : l'écorce des arbrisseaux se retire en automne, celle des arbres au printemps.

Les bourgeons se récoltent aux limites extrêmes de leur développement comme bourgeons , c'est-àdire avant que les différentes parties qui les constituent ne se soient désunies.

Les feuilles, à quelque usage qu'on les destine , doivent avoir atteint leur entier développement 5 le moment le plus favorable à leur récolte est celui où le travail de la floraison va commencer.

Les fleurs, pour la plupart, veulent être cueillies un peu avant leur entier épanouissement, celles de l'oranger même quelquefois avant que le bouton n'ait atteint ses dernières limites. Avant d'être livrées à la dessiccation, quelques fleurs, tels que la pivoine, la rose, l'œillet, aont dépouillées du calice, et chaque pétale mondé de l'onglet d'insertion.

Les fruits à traiter par la dessiccation au soleil, au four ou dans l'étuve, lorsqu'ils doivent servir d'alimentj se récoltent presque tous à leur parfaite maturité ; tels sont les cerises, les prunes, les figues, le

raisin, etc.-, parmi ceux qui sont destinés à la médecine domestique, quelques-uns se cueillent avant la maturité.

Nous ne parlerons point delà récolte des graines, soit farineuses y blé, orge, pois , haricots; soit émulsives, amandes, noix , etc. ; soit aromatiques, moutarde, etc.; soit cornées, car ces fruits se récoltant à la parfaite maturité n'exigent aucun soin particulier pour leur conservation, et ne demandent qu'en local où l'humidité et les insectes ne les altèrent pas; en d'autres termes, à l'époque où on les recueille ils sont, par le fait seul de la maturité, dans un état semblable à celui que présentent les fruits plus humides, après la dessiccation.

§ 2. Dessiccation. — Elle s'opère à l'air libre dans un lieu sec et exposé au soleil, ou bien à l'étuve, ou enfin par la chaleur du four selon la texture des végétaux et la commodité du ménage; elle doit être prompte en général, et conduite de telle sorte que la substance desséchée ne perde ni de son odeur, ni de sa couleur.

Les racines fibreuses lavées, séparées du collet et des radicules, fendues selon leur longueur, sont exposées au soleil sur des claies d'osier dans un grenier bien aéré, ou portées à l'étuve à 20 à 30 degrés : on les visite souvent pour les remuer et accélérer la dessiccation.

Les racines charnues, coupées en tranches, étendues sur des planches ou sur des claies en couches

minces reçoivent au grenier un premier degré dedessiccation, puis l'opération s'achève à l'étuve. Dans les ménages, elles sont amenées à l'état sonore et cassant qui convient à leur conservation par la suspension au voisinage de la cheminée ou par la chaleur du four.

Les bois, les tiges et les écorces se dessèchent facilement par l'un des trois moyens indiqués. Le peu d'humidité que renferment ces corps rend l'opération facile.

Les feuilles, selon qu'elles sont plus ou moins épaisses, plus ou moins charnues , ont besoin d'une température plus ou moins élevée. Celles qui sont charnues veulent que l'opération, lente au début, s'accélère ensuite avec élévation de la température jusqu'à 35 et 40 degrés.

Les sommités fleuries, telles que la petite centaurée, l'hysope, la marjolaine, le thym, etc., se dessèchent à l'étuve ou dans des greniers bien aérés, réunies en petits paquets.

Les fleurs , d'une texture plus délicate que les autres parties des végétaux, douées de principes plus déliés, plus volatils, sont le plus difficile à bien dessécher; quelques-unes même d'un arôme fugace, d'un tissu trop humide, tels que le lys, le jasmin, la tubéreuse, ne se dessèchent pas ; d'autres exigent des opérations préparatoires : les pétales des roses rouges, des œillets, doivent être mondées de leurs onglets ; les ilcurs de violettes séparées de leurs calices et de leurs pédoncules.

Les fruits sucres, tels que prunes, ligues, raisin, se dessèchent au soleil, à l'étuveou au four; l'opération ne doit aller pour eux que jusqu'au point nécessaire à leur conservation; ils gardent une consistance molle et ne peuvent être amenés à un état sec et cassant, sans perdre en grande partie leurs qualités alimentaires ou leurs propriétés médicamenteuses.

§ 3. Conservation des substances végétales desséchées. — Parvenues au point où elles sont à l'abri de la fermentation , les substances végétales doivent être éloignées de la lumière, de l'air et de l'humidité; les caisses bien closes , les flacons , les bocaux exactement fermés , les sacs de papier à plusieurs doubles servent à les soustraire aux altérations qui les menacent incessamment. On comprend, en effet, que les précautions doivent être plus ou moins grandes, selon la texture du végétal et la délicatesse du principe à conserver. S'agit-il d'une racine, d'une écorec ou toniques ou mucilagineuses qu'il faut garder pour les besoins à venir, une caisse en bois, un sac même remplissent l'objet qu'on se propose : veut-on, au contraire, fixer les propriétés plus fugaces des fleurs, des parties aromatiques, les bocaux peints, les vases hermétiques sont nécessaires. Les légumes desséchés doivent être traités avec le même soin , tandis que les raisins , les figues , les pruneaux , les poires tapées et autres fruits à sucs concentrés se contentent de caisses revêtues de papier.

Avant de passer à l'exposé des moyens particuliers

propres à la dessiccation des végétaux alimentaires, nous voulons faire connaître à la mère de famille le nom des plantes dont elle doit chaque année faire provision : La racine, les fleurs et les feuilles de mauve et de guimauve , les feuilles et les fleurs de bouillonblanc, les fleurs de violette, de véronique, de tussilage, de coquelicot , la graine de lin lui serviront comme espèces émollientes, pectorales et adoucissantes; les racines de fenouil , de persil, d'ache, de petit-houx , d'asperge, de fraisier, le chien-dent; les jardines de carotte sauvage, les baies dJalkékenge et de genièvre comme espèces diurétiques et rafraîchissantes; les fleurs et les feuilles de sureau et de bourrache, la sauge et le romarin comme espèces sudorifiques et aromatiques ; les feuilles et les fleurs d'oranger, les fleurs de tilleul et les feuilles de mélisse comme espèces calmantes; les feuilles et les fleurs d'absinih e; les fleurs de camomille , les racines et les tiges d' angélique ,\ anis , la badiane, Yécorce d'orange , la menthe comme espèces toniques, stim ulanteset stomachiques ; la petite centaurée, la gentiane comme espèces toniques, amères et fébrifuges; la fumeterre, le pissenlit, la chicorée sauvage comme espèces légèrement toniques et dépuratives. Toutes ces plantes sont sous la main des personnes qui vivent à la campagne; les recueillir, les dessécher et les conserver forment un travail facile et une distraction agréable; administrées à temps, elles font disparaître les indispositions et préviennent souvent les maladies.

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