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CHAPITRE IV

Classification des grands vins de Bordeaux.

La connaissance des vins précieux que possède la France et des lieux qui les produisent est tellement peu répandue en France que la majeure partie des consommateurs et même des marchands commettent chaque jour des fautes grossières sur les qualités des vins et sur les crus d'où ils viennent. C'est à tel point que les étrangers, beaucoup mieux instruits que nous-mêmes des richesses de notre sol, sont surpris de l'ignorance extraordinaire dans laquelle nous sommes à ce sujet, qu'ils se défient et sont souvent tentes de croire qu'on les trompe en leur offrant de certains vins. Ainsi, par exemple, il n'est pas rare d'entendre citer les vins de Beaune, de Saint-Julien, de Médoc, etc., comme si ces noms étaient ceux de clos particuliers ; tandis que Beaune est un chef-lieu d'arrondissement du département de la Côte-d'Or (Bourgogne), Saint-Julien, une commune du Médoc, et enfin le Médoc, une contrée qui renferme près de deux arrondissemens du déparlement delà Gironde et produit des vins de toute qualité.

Une erreur pareille a lieu aussi pour les années, comme si le même cru produisait toujours d'excellens vins. Et pourtant quelle différence d'une année à Vautre pour les meilleurs crus !... Donnons un seul

exemple : A la lin de 1834, les vins de Leoville, récolte del82(J, furent vendus à raison de 350 fr. le tonneau, pendant qu'à la môme époque ceux de la récolte de 1831 se vendaient 2,100 fr. le tonneau, et il en fut de même pour tous les grands Bordeaux.

Ces réflexions m'amènent à conseiller à ceux qui veulent faire des approvisionnemens de vins, de se rendre bien compte du cru d'où proviennent les vins et de quelle année ils sont; ce qui nécessite de la part du vendeur beaucoup de probité et de la part de l'acheteur une confiance d'autant plus grande que souvent il est presque impossible déjuger à la dégustation ce que deviendront certains vins; il en est qui alors paraissent fort bons et très agréables et qui, mis en bouteilles, loin de s'améliorer, deviennent inférieurs et quelquefois se gâtent complètement; ce sont surtout les vins frelatés, sophistiqués, tandis que d'autres, qui paraissent encore durs et peu agréables, tournent parfaitement et deviennent délicieux après quelques années de bouteille.

« D'après ces courtes observations, il est évident que l'on ne saurait mettre trop de soin, trop de prudence dans le choix de son fournisseur de vins, puisqu'il faut avoir en lui une confiance à-peu-près illimitée; l'avenir du vin dépendant tout-à-fait de son origine et de l'année qui l'a produit, deux qualités que la dégustation ne peut souvent faire apprécier.

« Comme je ne veux parler avec quelque détail que des grands vins de Bordeaux, je dirai ici une fois

pour toutes aux amateurs que les vins des Graves, qui entourent Bordeaux, ceux de Bourg, une partie de ceux des environs de Liboume et surtout les vins communs du Médoc, leur fourniront de bons ordinaires.

« Nous passons donc immédiatement aux vins que l'on appelle dans le commerce vins classés. Ils sont récoltés sur la rive gauche de la Garonne et de la Gironde, dans le Médoc. Cette rive, dit l'excellent Guide du voyageur à Bordeaux , plantée en vignes si justement célèbres, n'a pas, en général, plus d'un quart de lieue de largeur ; à cette distance de la rivière, on ne trouve plus que des landes incultes ou des vignes sans qualité, de sorte qu'à deux pas du terrain le plus précieux on se trouve dans un désert inhabité.

« Il y a cela de remarquable, qu'en partant de Bordeaux et en descendant le fleuve, il semble que la qualité des vins aille en augmentant depuis Blanquefort jusqu'à Margaux ; là elle s'arrête pour recommencer à Saint-Julien, qui en est éloigné de plus de deux lieues et se continue jusqu'à Saint- Seurin-de-Cadourne, où l'on ne trouve plus que des vins sans distinction.

« On peut juger, d'après cela, que, quoique les vins lins soient répartis en classes, comme on n'a pu les assimiler que parce qu'on les paie le même prix, ce serait une erreur de croire que les vins de la même classe ont toujours un goût, une sève semblables ; car, comme il y a dans chaque classe des vins

de différentes communes, ils ont, chacun, les qualités

distinctives de la commune où ils sont récoltés.

« La première commune de Médoc est celle de Blanquefort. Les vins commencent à s'améliorer ; ils sont supérieurs aux Graves de Bordeaux, mais ils n'approchent pas de la sève du Médoc; il n'y a dans cette commune aucun cru classé.

« Vient ensuite la commune de Ludon dont les vins sont sensiblement supérieurs à celle de Blanquefort (on ne parle que de ceux venus dans la partie graveleuse de cette commune) 5 on y trouve le cru de la Lagune, classé comme les premiers 4mes, et le Ckdteau-de-Pommiers, renommé en Hollande.

« La commune de Macau, dont la plus grande

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