LIVRE DE TOUS LES MÉNAGES
C'est ainsi qu'en général l'on cherche à excuser les défauts d'attention dans l'exécution d'un procédé ; car le manipulateur, comme M. Chaptal le fait observer avec raison, ne veut jamais avoir tort. La méthode Appert est invariable , et les avaries que l'on éprouve doivent exciter fortement l'attention et porter à la recherche des causes qui les ont produites. On les trouvera bien assurément , soit dans la mauvaise confection des vases de verre ou de métal employés à la conservation des substances alimentaires, soit dans le mauvais bouchage des vases de verre ou dans la mauvaise fermeture des boites de fer-blanc ou de fer battu.
C'est, je le répète, du parfait bouchage que dépend le succès de l'opération (I).
(1) Dans les premiers temps de l'exploilalion de mon procédé, je bouchais moi-même les bouteilles qui renfermaient les substances alimentaires, et je me conformais exactement aux préceptes que j'ai publiés. Des commandes importantes m'étant survenues, j'eus besoin d'un aide dans mes travaux, et je m'adressai, pour boucher mes bouteilles, à M. Mangeon, tonnelier et charron àMassy, dont je connaissais l'intelligence. M. Mangeon neconnaissait pas ma manière de boucher; mais à peine eut-il bouché trois ou quatre bouteilles d'après mon procédé, qu'il opérait presque aussi bien que moi; il avait tant d'assurance qu'en serrant fortement delà main gauche le col de la bouteille, d'aplomb sur le casse-bouteilles, il frappait dessus avec autant de force qu'il en aurait mis à enrayer une roue. Je l'ai toujours employé depuis lors toutes les saisons, et chaque année il me bouchait ainsi de quinze à seize mille bouteilles.
Pour achever de dissiper les craintes qui pourraient exister sur les dangers de ce mode de bouchage, je puis ajouter que, pendant tout le temps que je suis resté chez mon père, qui m'employait à boucher une partie des vins de Champagne, dont il faisait le commerce,
Des bouchons pou?' les vases de verre ou locaux à grandes embouchures. — Après avoir parlé des bouteilles, de leur forme et de leur qualité; des bouchons et de la longueur du liège fin dont ils doivent être faits; de la manière de bien boucher; des sacs, de leur forme et de leur usage, donnons une idée des vases à grandes embouchures, ou bocaux en verre, dont Appert se servait pour renfermer les viandes de boucherie, la volaille, le gibier, etc., avant d'avoir adopté les boîtes de fer-blanc et de fer battu.
Ces bocaux ont des embouchures de 54, 81, 108 inillim. (2, 3, 4 pouces) et plus de diamètre, et sont d'une capacité relative. Ils portent, comme les bouteilles, une bague, non -seulement pour renforcer leur embouchure , mais encore pour recevoir le (il
il a éclaté dans ma main gauche plus de cent cinquante embouchures de bouteille, sans que jamais j'aie éprouvé le moindre accident. Au moment de l'éclat du lutri de la bouteille, provoqué par le coup de la palette, j'éprouvais une commotion qui me faisait involontairement ouvrir la main. J'ai remarqué un effet singulier produit par celle commotion: à l'instant où je l'éprouvais, plusieurs éclats de verre étaient entrés, non pas dans ma main gauche comme on pourrait le croire, mais dans la partie du bouchon qui était introduite dans le col de la bouteille. J'en conclus que la forle pression produite au col de la bouteille, ainsi que la compression de Pair produite dans l'intérieur par l'introduction du bouchon, étant moins considérable que la pression extérieure, l'air se dégageai! moment de la fraclure, cause la commotion que l'on éprouve, et donne à la pression extérieure la facilité de diriger les éclats de verre vers le col de la bouteille, et de les faire entrer dans le bouchon.
C'est d'après ces observations que j'ai acquis toule l'assurance nécessaire pour bien boucher. Je puis encore invoquer à mon appui l'expérience de ce qui se pratique tous les jours à Aï, Épernay, pour le parfait bouchage des vins de Champagne. Appert.