‹ Collection A. CarêmeChapitre 30 sur 128 · LIVRE DE TOI S LES MÉNAGES · texte numérisé non relu

LIVRE DE TOI S LES MÉNAGES

« Voici le résultat des observations qu'une longue expérience m'a permis de faire :

« 1° J'ai remarqué que la tùle est généralement sèche et cassante;

« '2° Qu'elle est mal laminée et remplie de gerçures ;

« 3° Que le décapage en est incomplet et ne détruit pas les pailles;

« 4° Que l'étamage, en masquant tous ces défauts, ajoute aux inconvéniens qu'ils occasionnent, et empêche de les prévenir.

« Dans la confection des boites , si les feuilles employées ont des pailles ou des gerçures, elles se séparent sous le marteau de l'ouvrier, soulèvent peu-à-peu l'étamage, et facilitent l'oxidation.

« Lors de la dilatation qu'éprouvent les boites par l'application du calorique, les inconvéniens deviennent encore plus graves : les pailles se détachent complètement, et laissent après le refroidissement des interstices plus ou moins grands, mais inaperçus à cause de la légère couche d'étain qui les recouvre, et que le moindre choc détruit.

« Ces considérations démontrent suffisamment toute l'attention que réclame le choix du fer-blanc destiné à la confection des boites, et toute la difficulté qu'il y a à s'en procurer pour cet usage; car il est juste de remarquer que les défauts que je viens de signaler, et que plus de soins dans la fabrication feraient bientôt disparaître, n'ont ici qu'une importance relative au degré de perfection qu'exige l'usage auquel je l'emploie, et que le môme fer-blanc que

je répudie peut être utilement employé à une multitude d'ouvrages.

« Les fers-blancs anglais sorît mieux étamés et plus brillans que les nôtres; mais sans être meilleurs sous le rapport de la ductilité, ils sont beaucoup plus chers.

« Les caisses en sont généralement mal assorties, et il y règne la môme confusion de numéros que dans celles de nos fabriques. »

Ces réflexions si éminemment pratiques de M. Appert, en ce qui concerne la fabrication et le choix des fers-blancs pour les conserves en France et en Angleterre, ont perdu de leur opportunité; il faut le dire à l'honneur des fabriques de deux pays. Pourtant il était bon de les reproduire, car d'une part cette industrie peut encore se perfectionner, et l'extension des conserves appert lui en fait un devoir; d'autre part, la négligence dans la fabrication peut causer des pertes assez considérables aux préparateurs qui se servent de boîtes de cette nature pour les mettre dans la nécessité d'y renoncer. (Prieur- Appert.)

Nos voisins d'oulrc-mer ont fait d'énormes sacrifices pour atteindre au point de perfection auquel ils sont parvenus.

La première société qui s'est occupée chez eux de l'exploitation du procédé, ne l'a fait que d'après les données très incertaines d'un Français nommé Gérard, qui apporta à Londres un exemplaire de la première édition du Livre de fous les ménages; elle a

perdu près do cent mille francs en moins de Irois ans. De pareils résultats n'étaient pas encourageans, et il ne fallait pas moins que la persévérance anglaise pour donner suite à une opération, qui, chez toute autre nation, eût été abandonnée. Mais les Anglais ayant une fois reconnu l'infaillibilité du principe, et calculé tous les avantages qu'il présentait, ne reculèrent devant aucun sacrifice pour les obtenir.

De la confection des boites. — appert a mis un soin si minutieux dans tout ce qui a rapport aux manipulalions préparatoires, qu'il nous semble bon de le laisser exposer ses idées sur la confection des boites.

Les fers-blancs 2xx des fabriques de Bains et de Cliaudeau sont ceux que j'emploie. Comme leurs caisses sont tiercées de feuilles de diverses épaisseurs, je commence par les diviser ainsi : les plus minces pour les petites boites; les numéros audessus pour les moyennes, et les plus fortes pour celles de grande capacité.

Chaque caisse doit peser de 70 à 78 kilog. (155 à 4G0 livres), et contenir 225 feuilles.

Après avoir vérilié les poids et qualités, je procède au choix des feuilles, en les examinant attentivement des deux côtés, afin de reconnaître, autant que possible, les défauts de laminage masqués par l'élain, et qui ne s'aperçoivent que par de petites souillures plus ou moins apparentes aux surfaces. Je mets au rebut les feuilles dans lesquelles je reconnais des défauts; quant à celles dont la ductilité est conve-

nable à la bonne confection des boîtes, je les reconnais ainsi : je ploie le coin de la feuille en le frappant sur le tas avec un marteau ; si le fer qui compose la tôle est aigre, le pli présente des gerçures et môme des cassures qu'il n'offre pas quand la feuille est bonne. L'expérience me dispense de cette épreuve, et il me suffit de toucher le fer-blanc avec deux doigts pour reconnaître son degré de flexibilité.

La forme ronde est celle qui convient le mieux aux boîtes destinées à la conservation des substances (1). A la sollicitation de plusieurs marins, j'en ai fait établir de carrées qu'ils regardaient comme plus propres à l'arrimage; mais j'ai reconnu que cette dernière forme, sans offrir les avantages qu'on en espérait, présentait trop d'inconvéniens pour qu'on pût l'adopter. Elle demande beaucoup plus de précautions dans la confection, et coûte par conséquent beaucoup plus cher. Lors de l'application du calorique, la boite carrée se déprime sur les six faces, ce qui présente pour l'arrimage dans les caisses une quantité de vides que ne cause point la boîte ronde , déprimée seulement dessus et dessous; elle doit donc être la seule adoptée , si ce n'est pour certaines conserves , telles que volaille, gibier, etc., pour lesquelles on doit faire les boîtes ovales.

Je fais disposer à l'avance des boites de toutes les dimensions, dont je présume avoir besoin, depuis

(l) Les perfeclionnemens apportes aujourd'hui dans la fabrication ont l'ait disparaître une partie des inconvéniens signalés par Appert.

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